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Archive journalière du 19 avr 2013

Des problèmes / Félix Guattari / Séminaire mars 1981

Les machines abstraites se déplacent à une vitesse infinie
Pour assumer ce type de passage, une autre instance – et à mon avis, cela a des conséquences pratiques considérables ! – est nécessaire : les machines abstraites qui, elles, ne répondent pas à cet axiome de relativité. Les machines abstraites se déplacent à une vitesse infinie. Elles n’ont pas de problème – c’est le cas de le dire ! – avec les coordonnées et les territoires. Leur vitesse de transistance est soit infinie, soit nulle.
Quand la vitesse de transistance est nulle, c’est le trou noir la machine abstraite est non-opératoire, n’existe pas. Et quand elle est opératoire, sa vitesse est infinie. Voilà qui nous permettra de fonder une dimension de décisionnalité – dimension de fondation de singularités opérant loin des équilibres.
Cela veut dire que, quelle que soit la vitesse de transfert des conditions d’une problématique, les machinismes abstraits mis en jeu sont toujours – eux – arrivés avant. Prenons des exemples ; imaginons de transporter des conditions physico-topologico-terrestres à une quantité infinie d’années-lumière dans la galaxie. Tant que ces conditions ne sont pas trans- portées, décalquées (par quelque moyen qu’on imagine), la problématique ne se pose pas.
Mais les machinismes abstraits relatifs à ces espaces topologiques sont arrivés, eux. En effet, une fois que les conditions y seront, les solutions y seront déjà : la même consistance problématique que dans les conditions terrestres, se retrouvera là-bas – comme un équivalent, en quelque sorte, du principe de conservation des machines abstraites : les conditions problématiques peuvent être différentes ou non-pertinentes, cependant, à tous les points des coordonnées, existe le même type de consistance au niveau des machines abstraites.
Car, poser des problèmes de topologie, de chimie organique ou autre, dans des galaxies où il n’y a vraiment aucun type d’équivalent de relations énergétiques, quel sens cela a-t-il ? Aucun. Cela ne se pose que si des conditions similaires existent. Et pourtant, la problématique donnera le même résultat. C’est un axiome : les mêmes conditions problématiques étant réunies, donneront le même type de consistance abstraite, le même type de problématique.

L’axiome du plan de consistance
Il existe un champ universel des machines abstraites qui couvre l’ensemble de toutes les problématiques. C’est une garantie de consistance, hors toutes les coordonnées et hors tous les territoires. C’est l’extensivité absolue de la déterritorialisation qui nous permet de générer des possibles flous.
Fondant le temps de la coupure, le temps de la rupture problématique, c’est aussi ce qui nous garantit que le temps permet, en effet, de remanier quelque chose et de refonder une problématique. Autrement dit, l’économie du possible peut être, effectivement, innovatrice. Le temps d’une rupture permet de réagencer des solutions inédites, non calculables en termes de trajectoire déterministe, et répondant à un plan de machinisme abstrait.
Les champs problématiques échappent aux démons de la place, ils peuvent toujours aboutir à une possible remise en question radicale de toutes les problématiques calculables. Et cette éruption des champs problématiques est le fait des machinismes abstraits : porteurs des événements les plus rares, ils peuvent court-circuiter les champs problématiques et faire des connexions là où toutes les conditions antérieures, tous les calculs possibles des trajectoires d’objets, de relations du déjà-donné et du déjà-prévu sont vains. Une coupure machinique abstraite peut donc – quelle que soit la problématique – toujours surgir. Les événements rares – singuliers – ont cette capacité d’apporter, en quelque sorte, une anti-entropie, une énergie innovatrice, une puissance d’ordination nouvelle, quels que soient les niveaux de stratification et de transfert des problématiques.

Un champ des possibles flous
Un champ des possibles flous, porteur de devenirs hétérogènes au niveau des machines abstraites, s’oppose aux trajectoires déterministes des champs problématiques porteurs d’objets homogènes, identifiables, reproductibles. Les machines abstraites sont des êtres absolument déterritorialisés, existant hors de toutes les coordonnées d’agencements.
Les idéalités problématiques sont des déterritorialisations relatives, toujours prises dans le métabolisme des agencements. La consistance des idéalités est relative à des champs territorialisés – manifestes ou potentiels – alors que les machines abstraites ne relèvent pas de processus possibilistes ; et c’est parce qu’elles échappent aux processus possibilistes qu’elles sont, précisément, une coupure dans les champs de possibles calculables : elles postulent une pure consistance hors de toutes coordonnées. À cet égard, le machinisme abstrait, porteur de toutes les puissances d’innovation intégrales, représente une potentialité.
C’est pourquoi le niveau des machines abstraites se trouve substitué au niveau énergétique de la libido : il met en question, radicalement, toute idée d’économie quantitativiste, pulsionnelle.
Félix Guattari
Des problèmes / séminaire du 10 mars 1981
Texte intégral à télécharger :
fichier pdf guattari séminaire 10.03.81
Des problèmes / Félix Guattari / Séminaire mars 1981 dans Dehors uforange




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