Archive mensuelle de août 2011

Partant des Nuits du 4 août : ce fut donc à Peyrelevade !

Ce fut donc à Peyrelevade…
Plus de 2000 personnes, venues de toutes parts, ont fait le chemin de Peyrelevade les 4, 5 et 6 août, en dépit des messages de panique répandus dans l’espoir d’empêcher que cette fête n’ait lieu.
La fête a donc bien eu lieu, dans une de ces rares communes françaises où des représentants élus mettent encore un point d’honneur à ne pas se contenter de fleurir les ronds-points et d’accueillir les vide-greniers.
Le nombre des participants dépassa même quelque peu les espérances des organisateurs. Deux jours, deux nuits, de liesse lucide pour une foule que tout parvenait à convaincre qu’elle vivait là un de ces moments réputés impossibles, un moment d’où s’étaient effacés la barrière de l’argent, le soi-disant fossé des générations, et tous ces messages de désespérance que les pouvoirs, médiatiquement appuyés, s’attachent, chaque instant que la vie fait, à envoyer aux populations pour nourrir le sentiment d’impuissance collective.
Deux jours, deux nuits, où tout n’était que rencontres, écoute attentive, intelligence, don et gratuité, portés par une centaine de musiciens, comédiens, acrobates, conteurs, poètes, cinéastes, conférenciers et autres combattants venus témoigner de leurs guerres contre l’actuel système de domination.

Une curieuse alchimie…
Organiser une fête, c’est viser ce point où l’organisation s’efface devant ce qui y advient. Ce point d’évanouissement de la logistique, de la séparation entre organisateurs et organisés, on peut dire que nous l’avons vécu assez continûment durant ces deux jours, et ce fut une grâce ! Si la fête a été réussie, c’est que, plus qu’une fête, elle fut une promesse vivante projetée sur l’avenir, l’ouverture délibérée d’une brèche dans le cours programmé des défaites et des renoncements.
Un des moments les plus magiques fut celui du banquet le vendredi soir, qui rassembla à la même table plus de 600 convives. Est-il si courant en ce bas monde, qu’un groupe de cinquante personnes sans moyens particuliers, s’offrent la compagnie de tant d’invités, illustres ou anonymes, sans devoir les faire passer à la caisse ?
Est-il si courant par ailleurs que se tienne un événement procédant d’autant de talents conjugués, réunissant tant d’intervenants, d’efforts cumulés, de concours spontanés et d’aides matérielles gracieuses, sans que personne ne songe à en tirer un euro ?

Retour du politique…
Les Nuits du 4 août, ce fut aussi tellement d’heures de prises de parole et de discussions passionnées, qu’il est presque impossible d’en faire la synthèse. Retenons seulement quelques points :
- Des centaines de personnes ont réussi à parler et débattre politiquement, deux jours durant, sans se référer à aucun des partis existants, fût-ce pour les conchier. Cela est signe qu’une vie politique arrive à maturité, qui ne doit rien au théâtre des institutions : la scène politique n’est à l’évidence plus le lieu du politique, mais de son occultation.
- Il semble qu’à mesure que le politique déserte la scène, ce soit à même les territoires, donc localement, que le conflit resurgisse, avec une vigueur et une résolution inédites. Comme actuellement dans le Val de Suse en Italie.
- L’exemple tunisien nous enseigne que le principal piège qui est tendu aux révolutionnaires de ce temps, quand ils parviennent à faire trébucher le régime, est l’illusion, issue de la Révolution Française, d’un « processus constituant ». C’est-à-dire l’idée que l’on pourrait à nouveau déléguer à une assemblée élue, à une « Constituante », le soin de fixer les conditions modernisées de l’usurpation du pouvoir du peuple par un nouveau régime. Ces processus constituants ont pour principal effet de désarmer le peuple en redivisant ce qui avait réussi à s’unir au moment de la révolte, effaçant jusqu’aux traces de celle-ci.
- Sous toutes sortes de formes, ce qui revient au centre des combats de l’époque est la question de la « démocratie », c’est-à-dire de son caractère problématique.
- Devant la démonstration assénée par Fukushima, le mouvement anti-nucléaire est à la veille d’une renaissance. La France ne sera pas épargnée.
- Au terme de ces deux jours de discussion, la confusion reste grande sous le ciel et dans les esprits. De futures initiatives devraient contribuer à la résorber.

S’organiser contre les « organisations »…
Par leur déroulement même, les Nuits du 4 août ont au moins prouvé ceci :
- Un collectif, en s’organisant pratiquement, parvient à faire de la pluralité des sensibilités une source de richesse, et non de paralysie et de querelles.
- L’époque est bien notre condition commune. Il est possible de se ressaisir de l’époque localement sans que ce qui se passe au loin, dans le temps ou dans l’espace, ne soit traité comme une chose exotique, comme simple objet de curiosité.
En dépit de l’extrême séparation régnant dans cette société, notre aptitude à nous organiser collectivement est à peu près intacte, comme restent bouleversantes les joies qui en découlent.
- Au prix d’un peu d’entêtement, et malgré l’hostilité des autorités, on peut organiser de grandes choses à quelques-uns, sans rien attendre de personne. La satisfaction est alors à la mesure des risques pris.

Faire mentir les bonimenteurs…
Si les Nuits du 4 août sont parvenues à démontrer quelque chose, c’est avant tout que « la guerre de tous contre tous » n’est qu’une chimère dans l’imaginaire ravagé des Pouvoirs. Si nous sommes parvenus à rassembler 2000 personnes au fin fond du plateau de Millevaches, à partir d’une plateforme de révolte et d’exhortation au combat – en restant par ailleurs convaincus que nous aurions pu en faire dix fois, voire cent fois plus, si nos forces l’avaient permis – c’est simplement que le peuple réel diffère fondamentalement de ce qu’en reflètent les télévisions.
Le peuple réel est tout autre chose que ces visions de foules hagardes que l’organisation dominante convoque dans ses espaces sous contrôle : pour un rallye, un match de foot, un bain de soleil sur une plage, une quelconque grand-messe du showbiz ou de la culture, ou dans la galerie marchande du samedi après-midi.

Quand l’impossible ne peut qu’advenir…
Non, la détermination populaire et la vie qui résistent n’ont pas été éradiquées. Elles restent entières, contrairement à ce que martèlent, toujours prompts à vendre la peau de l’ours, tenants et valets d’un système dont ils sont les seuls à s’éblouir.
Si, au fond, les Nuits du 4 août ont pu s’envisager et se dérouler avec cette texture si singulière, c’est que « el imposible no puede que ocurrir ». Ce qui était perceptible là, c’était non le caractère exceptionnel des organisateurs, mais bien celui des circonstances historiques dans lesquelles nous vivons.
Tout reste donc à faire !
Des membres du collectif « les Nuits du 4 août »
http://www.nuitsdu4aout.com/
nuitsdu4aoutcameraobscura.jpg
A lire sur le Silence qui parle :
Contrôle et devenir / Gilles Deleuze, entretien avec Toni Negri
Trois problèmes de groupe / Gilles Deleuze, 1 et 2

Q / Julien Desprez, Fanny Lasfargues, Sylvain Darrifourcq

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Ainsi, s’épanouira l’immense florilège. Bleu de pourpre. Fil en extension ; des désaccords protubérants à l’éclatement final, en partage lisse, mais d’un rire de profil… Platitude aux ambres galbées, d’une crise écomique aux pourtours claudiquants, bruns et passionnés ; quelqu’en soit le visage. Une figure molle. Pourtant, ire de l’oubli qu’en déprave à la lettre. Qu’il en soit inique. Propre à l’oubli. Propre à la vie. Merdre au découdre à l’envie, réclame à qui dispose ; nom, si proche qu’il y paraît. Pour démontrer s’il en faut, d’une plénitude morne…
Q
Julien Desprez / Guitare
Fanny Lasfargues / Basse
Sylvain Darrifourcq / Batterie
Concert à l’Olympic Café, Paris, 19 mai 2009
Son / Vincent Tronel
Images / Romain Coissard

http://www.myspace.com/qmusique

Le crime était presque sexuel / Marcela Iacub

Dans le droit contemporain, le meurtre n’est plus le seul mal absolu, à son côté, il y a le crime sexuel. Depuis une quinzaine d’années les violeurs sont, en moyenne, presque aussi lourdement condamnés que les meurtriers ou les assassins. Le nombre de condamnations pour crimes sexuels représente près de la moitié (48,1%) de l’ensemble des condamnations pour crime. Cette population constitue ainsi un sérieux facteur d’inflation carcérale. Au 1er janvier 1999, elle représentait 20% des hommes et des femmes jugés et détenus en France métropolitaine, soit 30 460 détenus, tandis qu’elle ne représentait que 12% trois ans auparavant (1). Et non seulement les peines sont devenues de plus en plus sévères mais, de surcroît, elles prévoient des traitements particuliers, comme l’injonction à des soins psychiatriques sans que pour autant le criminel sexuel soit considéré comme un malade et donc comme un irresponsable (2). D’autres mesures contribuent à créer une véritable « exception sexuelle » comme l’existence d’un fichier informatisé destiné à recueillir les empreintes génétiques des personnes condamnées, mesures qui témoignent de la véritable guerre que notre société a déclarée au crime sexuel, seul à l’égard duquel la récidive soit devenue intolérable (3).
Or, c’est au nom de la libéralisation de moeurs que l’on explique la surenchère des infractions et des peines en matière sexuelle. En effet, selon l’interprétation libérale classique, le crime sexuel est aussi sévèrement puni parce qu’il porte atteinte à la liberté sexuelle, pensée comme liberté d’entretenir ou de ne pas entretenir des rapports sexuels. Dans ce sens, l’on range dans une rationalité politique commune la répression du crime sexuel, la contraception, l’avortement (4). Néanmoins, la contraception et l’avortement concernent plutôt des libertés procréatives car elles permettent de séparer la sexualité de la procréation. Leur interdiction ou leur autorisation ne porte pas atteint à la licité ou l’illicéité des rapports sexuels en tant que tels mais à leurs conséquences factuelles ou juridiques. Dans ce sens, la contraception et l’avortement seraient le versant négatif non pas d’une liberté sexuelle mais procréative. Ainsi, de même que personne ne saurait vous empêcher de procréer par les voies naturelles, personne ne saurait vous imposer de le faire, tout au moins si vous êtes une femme. En revanche, si ce que l’on protégeait par le crime sexuel était la liberté sexuelle, l’équivalent en termes positifs devrait être l’existence d’une infraction punissant le fait d’empêcher quelqu’un d’avoir des rapports sexuels. En clair, s’il vous vient un jour à l’esprit d’empêcher quelqu’un d’entretenir des relations sexuelles avec un tiers et que, pour ce faire, vous rentrez dans son domicile et vous employez des voies de fait pour les séparer, vous serez accusé d’avoir violé son domicile, peut-être de coups et blessures, selon la façon par laquelle vous vous y êtes pris mais personne ne qualifiera votre comportement de crime sexuel, ce qui vous épargnera d’être envoyé 15 ans en prison.
Qui plus est, si cette interprétation libérale était vraie, si elle pouvait être compatible avec quelque chose comme l’épanouissement de la sexualité, en plus du droit de dire « non », l’Etat social aurait pu mettre en place des moyens pour faciliter l’accès à ces activités, notamment à l’égard de ceux qui sont démunis sur le marché de la séduction (5). Il en a été ainsi avec la liberté de procréer par exemple, dont les substituts orthopédiques sont l’adoption ou la procréation artificielle. Mais une telle idée appliquée à la sexualité nous semble carrément impensable, parce que ces comportements sont surtout protégés du point de vue négatif (6). Et ce droit à ne pas entretenir des rapports sexuels est quasiment aussi protégé que le droit à la vie et beaucoup plus que le droit de la donner (l’avortement forcé n’est puni que de 5 ans de prison, art. 223-10 du code pénal).
Ces quelques remarques nous permettent de penser que le droit de na pas entretenir des rapports sexuels doit être considéré non comme l’un des aspects de la liberté sexuelle, mais de la protection d’une autre valeur, que la loi dénomme « ses » depuis 1980 et qui est juridiquement instituée comme un droit à l’ « intégrité sexuelle ». Au carrefour du corps et du psychisme, si l’on se tient aux mots mêmes du code pénal, cette intégrité ne saurait être atteinte qu’avec le consentement des personnes qui y participent. Et certains juristes comparent cela à la pratique des sports violents ou même aux interventions chirurgicales (7). Ceci veut dire, en substance, que toute activité sexuelle est susceptible de porter atteint à cette intégrité et c’est pour cette raison que le consentement des participants doit être « éclairé ». Et c’est cette forme d’instituer le sexe, comme négativité, comme intégrité, qui a été « libéré » de l’ancien carcan des moeurs.
Je voudrais montrer ici comment le crime sexuel moderne, dénormalisé et dématrimonialisé – dans sa facture légale elle-même et en dehors de toute autre considération sociologique – est ce qui peut paradoxalement expliquer la surenchère spectaculaire des incriminations et des peines dont il est l’objet. Pour ceci, je vais essayer de faire l’histoire du viol avant et après la loi de 1980, date à laquelle on passe du régime des moeurs au régime du sexe. Ce passage se caractérise par deux procédés différents. Le premier consiste à inclure dans la notion de sexualité potentiellement criminelle non seulement les rapports hors mariage mais tous les rapports sexuels, c’est-à-dire, même les rapports sexuels entre époux. Le deuxième est la définition métaphorique et extensible à l’infini de ce « sexuel » que l’on pénalise, qui mène à la jurisprudence, à des décisions arbitraires, fondées dans des raisonnements analogiques, contraires aux principes constitutionnels.
Danger du sexe, décidément, mais pas forcément où on le croit…
(…)
Il faudrait sans doute tenter d’expliquer l’économie politique du crime sexuel à l’intérieur d’un ordre juridique qui semble s’être écarté du puritanisme ancien, qui a volontairement terminé avec la notion de « moeurs » (46); qui a voulu accompagner et encadrer la libération des désirs et des plaisirs. Car, au moment où le crime sexuel moderne a été créé, il y a une vingtaine d’années, la sexualité aurait pu simplement disparaître comme problème juridique spécifique, comme le prônaient certains auteurs comme Foucault (47) qui s’est opposé à la constitution du viol comme crime à part. Disparaître, ou du moins devenir quelque chose de mineur, du point de vue de la peine, comme le voulaient certains juristes minoritaires à la fin des années 1970 (48). Il est certain que ce destin minimaliste de la sexualité n’était pas dans l’air du temps ni chez ceux qui croyaient à la libéralisation de la sexualité et qui pensaient le viol comme épiphénomène de la misère sexuelle, ni chez les féministes qui y voyaient un combat décisif contre l’oppression des femmes et qui voulaient calmer les élans des libérateurs du sexe. Il ne l’était pas non plus pour les conservateurs, alliés circonstanciels des féministes, qui voulaient à travers la répression du viol mettre de l’ordre dans ce qu’ils pensaient être devenu une anarchie des moeurs. Ainsi, paradoxalement, on peut penser que la réforme des années 1980 dont nous héritons, a été peut-être la façon la plus efficace de reconduire, en la transformant du fond en comble, la politique des anciens crimes contre les moeurs.
Marcela Iacub
le Crime était presque sexuel / 2001
Extraits du texte paru dans l’Unebévue n° 18 « Il n’y a pas de rapport sexuel »
Actes du colloque des 5-6 mai 2001, Cité des Sciences, Paris

lire également sur le Silence qui parle : A satiété / Sylvère Lotringer
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1 X. Lameyre, la Criminalité sexuelle, Paris, Flammarion, 2000.
2 Voir à cet égard J. Castaignède, le Suivi socio-judiciaire applicable aux délinquants sexuels ou la dialectique, sanction-traitement, Dalloz, 1999, chronique, pp.23-30; Ph. Salvage, « les Soins obligatoires en matière pénale » in JCP, I, n°4062; B. Lavielle, « Délinquance sexuelle et application des peines », in Gazette du Palais, 1997, II, Doctrine, pp.1034-1038.
3 L. Folléa, « les Mystères de la perversion », in le Monde, 20 juin 1995, p.12 citant le Pr C. Mormont, « la Récidive est dans la nature même de la sexualité », in Projet de loi n° 202, Ass. Nat., 3 septembre 1997, Exposé de motifs.
4 Voir par exemple, Mossuz-Lavau, les Lois de l’amour, les politiques de la sexualité en France (1950-1990), Paris, Payot, 1991.
5 Bien au contraire, on connaît le statut juridique problématique des activités comme la prostitution ou la pornographie. Voir à cet égard D. Lochak, « le Droit à l’épreuve des bonnes moeurs, puissance et impuissance de la norme juridique », in les Bonnes moeurs, Paris, PUF, 1994, pp.15-53.
6 Il n’existe aucun texte de droit interne ou de droit international consacrant en tant que telle la liberté sexuelle. La doctrine considère néanmoins que celle-ci est l’objet des reconnaissances indirectes par l’entremise de plusieurs types de dispositions comme le droit à l’intimité et le droit au mariage. Voir à cet égard, S. Regourd, « Sexualité et libertés publiques », in J. Poumarède et J-P. Royer (dir), Droit, Histoire et Sexualité, Lille, Publications de l’Espace Juridique, 1987, pp.309-334.
7 Voir dans ce sens les commentaires de L-M. Nivôse, « les Eléments constitutifs du viol. Rapport sur l’arrêt de la chambre criminelle du 9 décembre 1993″, in Droit Pénal, avril 1994, pp.1-3.
46 Voir à cet égard, D. Mayer, « le Droit promoteur de la liberté des moeurs ? », in les Bonnes moeurs, op, cit. pp.55-60.
47 M. Foucault, Dits et écrits, tome 4, Paris, NRF Gallimard, 1994.
48 Pour voir le développement des débats à la fin des années 1970 voir F. Picq, Libération des femmes, les années mouvement, Paris, Seuil, 1993 pp.234 et s. ; et J. Mossuz-Lavau, les Lois de l’amour, op. cit, pp. 189 et s.

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