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	<title>Le silence qui parle</title>
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		<title>Speak rich en Tabernaque (&#171;&#160;17 mai, sexe, amour et gratuité : rouge partout !&#160;&#187;) / ArchYves Pagès</title>
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		<pubDate>Thu, 17 May 2012 00:03:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Speak rich en Tabernaque [juron manifestant la colère] Sur toutes les chaînes de radios comme celles de la TiVi Speak rich say Quebec Inc Parlez-nous du bien commun vendu au moins offrant Des trous dans les poches de la nation Pour que vos gaz de schiste perforent notre ignorance Speculate on our future Donnez-nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Speak rich en Tabernaque [<em>juron manifestant la colère</em>]<br />
Sur toutes les chaînes de radios comme celles de la TiVi<br />
Speak rich say Quebec Inc<br />
Parlez-nous du bien commun vendu au moins offrant<br />
Des trous dans les poches de la nation<br />
Pour que vos gaz de schiste perforent notre ignorance<br />
Speculate on our future<br />
Donnez-nous des chroniqueurs de foutaises<br />
Des bourreux de crânes de nuages pelletés<br />
Des démagogues de la condescendance érigée en système<br />
Pour nous faire avaler la pilule de votre mépris<br />
Speak rich en Tabernaque<br />
Ne tournez pas vos langues de bois sept fois dans votre bouche<br />
Coupez à blanc nos arbres à profits<br />
Financez les multinationales à même notre trésor public<br />
Pendant que nous peinons sous le poids de notre «juste part»<br />
Éduquez-nous à l’investissement et à la richesse<br />
En nous <strong><a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2011/09/26/la-fabrique-de-lhomme-endette-essai-sur-la-condition-neoliberale-maurizio-lazzarato/" target="_blank">endettant</a></strong> jusqu’à plus soif<br />
Pour que vos intérêts nous plient l’échine<br />
Speak rich en Tabernaque<br />
As if we don’t know about how you lead a financial crisis<br />
Dites Fitch, Moody’s, Standard &amp; Poor’s<br />
Pour calmer notre tension du désespoir<br />
Faites-nous croire que nous payons la dette de notre solidarité<br />
Quand nous écopons des frais de 25 ans de libéralisme corrompu<br />
Speak rich<br />
Speak rich over our dead bodies<br />
Because nous sommes 99% à crever de faim<br />
Pour nourrir le Chronos du capitalisme sauvage<br />
Speak it out loud<br />
Because nous sommes lobotomisés par vos modèles de consommation<br />
Nous comprenons des langages simples<br />
Comme celui de la publicité<br />
Nous comprenons des langages vides<br />
Comme celui de vos discours politiques<br />
Nous comprenons<br />
Nous comprenons un peu trop<br />
Speak rich en Tabernaque<br />
Give us an American dream<br />
Pour épancher nos plaies de capital humain…<br />
Bâillonnez nos révoltes de votre poivre démocratique<br />
Supprimez notre honte sous la matraque des libertés individuelles<br />
Étouffez-nous de vos droits lacrymogènes<br />
Déformez notre cohésion sociale<br />
Sous l’objectif propagandiste de vos mass media<br />
Nous parlons peu<br />
Mais nous n’oublions pas<br />
Speak rich en Tabernaque<br />
From Thatcher to Reagan<br />
In <a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2011/11/02/la-strategie-du-choc-michael-winterbottom-et-mat-whitecross-dapres-naomi-klein/" target="_blank"><strong>Friedman</strong></a> or Von Hayek’s words<br />
Bring usto the Washington Consensus<br />
Enlight us with the New World Order<br />
Nous sommes faits de désordre<br />
Et votre norme est trop petite pour nous<br />
Speak rich<br />
Coupez les mamelles de l’État<br />
Excisez le peuple sous le bistouri des institutions financières<br />
Il faut régler le pas des pauvres à coup d’inflation<br />
Align us on your axis of evil<br />
Nous sommes dociles dans la terreur<br />
Pris de torpeur hivernale dans vos xénophobies quotidiennes<br />
Mais si nous nous réveillons<br />
Si nous nous réveillons<br />
Nous savons soulever tous les printemps du monde<br />
Speak rich<br />
Tell us about your «cultural revolution»<br />
Dites-nous combien vous êtes «socialement responsables»<br />
Que notre lexique gauche se vide de son sens<br />
Au bénéfice de vos soliloques sourds d’idéologie dominante<br />
Condamnez notre culture de misère à votre dédain<br />
Parce qu’elle ne cadre pas dans votre économie du Savoir<br />
Parce que vous craignez que la force de notre «nous»<br />
Renverse la faiblesse de votre «je»<br />
Quand vous vous recroquevillez sur une «majorité silencieuse»<br />
Pour mieux nier la rumeur dont la rue est otage<br />
Quand nos cris résonnent sur les pavés<br />
Pour faire entendre qu’une autre voie est possible<br />
Speak rich en Tabernaque<br />
Commencez-vous à comprendre<br />
Que nous ne sommes pas seuls ? »</p>
<p><em>Pour mieux saisir les références cachées de ces vers libres, on reviendra à la source d’un autre poème fondateur, Speak white, de Michèle Lalonde, créé en 1970 à l’occasion de de la première Nuit de la poésie à Montréal, qui a fait l’objet en 1980 d’un montage parallèle d’images contextuelles, à ne pas manquer, c’est </em><strong><a href="http://www.onf.ca/film/speak_white" target="_blank">juste là</a></strong>.</p>
<p><em><strong>Et là :</strong></em> <strong><a href="http://www.archyves.net/html/Blog/?p=3113" target="_blank">http://www.archyves.net/html/Blog/?p=3113</a></strong><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/rouge-partout.jpg" rel="lightbox[2752]"><img class="alignnone size-full wp-image-2754" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/rouge-partout.jpg" alt="Speak rich en Tabernaque ("17 mai, sexe, amour et gratuité : rouge partout !") / ArchYves Pagès dans Action rouge-partout" width="439" height="705" /></a></p>
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		<item>
		<title>Le racisme des intellectuels / Alain Badiou</title>
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		<comments>http://lesilencequiparle.unblog.fr/2012/05/15/le-racisme-des-intellectuels-alain-badiou/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 15 May 2012 00:11:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agora]]></category>
		<category><![CDATA[Badiou]]></category>
		<category><![CDATA[Brossat]]></category>
		<category><![CDATA[Deleuze]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d&#8217;en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d&#8217;achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d&#8217;en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d&#8217;achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d&#8217;étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie.<br />
C&#8217;est déjà du reste cette France <em>&laquo;&nbsp;retardataire&nbsp;&raquo;</em> qu&#8217;on accusait d&#8217;avoir voté non au référendum sur le projet de Constitution européenne. On l&#8217;opposait aux classes moyennes urbaines éduquées et modernes, qui font tout le sel social de notre démocratie bien tempérée.<br />
Disons que cette France d&#8217;en bas est quand même, en la circonstance, le baudet de la fable, le pelé et le galeux &laquo;&nbsp;populiste&nbsp;&raquo; d&#8217;où nous vient tout le mal lepéniste. Etrange, au demeurant, cette hargne politico-médiatique contre le &laquo;&nbsp;populisme&nbsp;&raquo;. Le pouvoir démocratique, dont nous sommes si fiers, serait-il allergique à ce qu&#8217;on se soucie du peuple ? C&#8217;est l&#8217;avis dudit peuple, en tout cas, et de plus en plus. A la question <em>&laquo;&nbsp;les responsables politiques se préoccupent-ils de ce que pensent les gens comme vous ?&nbsp;&raquo;</em>, la réponse entièrement négative <em>&laquo;&nbsp;pas du tout&nbsp;&raquo;</em> est passée de 15 % de l&#8217;ensemble en 1978 à 42 % en 2010 ! Quant au total des réponses positives <em>(&laquo;&nbsp;beaucoup&nbsp;&raquo;</em> ou <em>&laquo;&nbsp;assez&nbsp;&raquo;), </em>il est passé de 35 % à 17 % (on se reportera, pour cette indication statistique et d&#8217;autres d&#8217;un très grand intérêt, au numéro hors série de la revue <em>La Pensée</em> titré &laquo;&nbsp;Le peuple, la crise et la politique&nbsp;&raquo; et réalisé par Guy Michelat et Michel Simon). La relation entre le peuple et l&#8217;Etat n&#8217;est pas faite de confiance, c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire.<br />
Faut-il conclure que notre Etat n&#8217;a pas le peuple qu&#8217;il mérite, et que le sombre vote lepéniste atteste cette insuffisance populaire ? Il faudrait alors, pour renforcer la démocratie, changer le peuple, comme le proposait ironiquement Brecht&#8230;<br />
Ma thèse est plutôt que deux autres grands coupables doivent être mis en avant : les responsables successifs du pouvoir d&#8217;Etat, de gauche comme de droite, et un ensemble non négligeable d&#8217;intellectuels.<br />
En définitive, ce ne sont pas les pauvres de nos provinces qui ont décidé de limiter autant que faire se peut le droit élémentaire d&#8217;un ouvrier de ce pays, quelle que soit sa nationalité d&#8217;origine, de vivre ici avec sa femme et ses enfants. C&#8217;est une ministre socialiste, et tous ceux de droite ensuite qui se sont engouffrés dans la brèche. Ce n&#8217;est pas une campagnarde sous-éduquée qui a proclamé en 1983, que les grévistes de Renault &#8211; en effet majoritairement algériens ou marocains &#8211; étaient des &laquo;&nbsp;<em>travailleurs immigrés</em> (&#8230;)<em>agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises</em>&laquo;&nbsp;.<br />
C&#8217;est un premier ministre socialiste, bien entendu à la grande joie de ses &laquo;&nbsp;ennemis&nbsp;&raquo; de la droite. Qui a eu la bonne idée de déclarer que Le Pen posait les vrais problèmes ? Un militant alsacien du Front national ? Non, c&#8217;est un premier ministre de François Mitterrand. Ce ne sont pas des sous-développés de l&#8217;intérieur qui ont créé les centres de rétention pour y emprisonner, hors de tout droit réel, ceux qu&#8217;on privait par ailleurs de la possibilité d&#8217;acquérir les papiers légaux de leur présence.<br />
Ce ne sont pas non plus des banlieusards excédés qui ont ordonné, partout dans le monde, qu&#8217;on ne délivre aux gens des visas pour la France qu&#8217;au compte-gouttes, pendant qu&#8217;on fixait ici même des quotas d&#8217;expulsions que devait à tout prix réaliser la police. La succession des lois restrictives, attaquant, sous prétexte d&#8217;étrangeté, la liberté et l&#8217;égalité de millions de gens qui vivent et travaillent ici, n&#8217;est pas l&#8217;œuvre de &laquo;&nbsp;populistes&nbsp;&raquo; déchaînés.<br />
A la manoeuvre de ces forfaits légaux, on trouve l&#8217;Etat, tout simplement. On trouve tous les gouvernements successifs, dès François Mitterrand, et sans répit par la suite. En la matière, et ce ne sont que deux exemples, le socialiste Lionel Jospin a fait savoir dès son arrivée au pouvoir qu&#8217;il n&#8217;était pas question d&#8217;abolir les lois xénophobes de Charles Pasqua ; le socialiste François Hollande fait savoir qu&#8217;on ne décidera pas les régularisations de sans-papiers autrement sous sa présidence que sous celle de Nicolas Sarkozy. La continuité dans cette direction ne fait aucun doute. C&#8217;est cet encouragement obstiné de l&#8217;Etat dans la vilenie qui façonne l&#8217;opinion réactive et racialiste, et non l&#8217;inverse.<br />
Je ne crois pas être suspect d&#8217;ignorer que Nicolas Sarkozy et sa clique ont été constamment sur la brèche du racisme culturel, levant haut le drapeau de la &laquo;&nbsp;supériorité&nbsp;&raquo; de notre chère civilisation occidentale et faisant voter une interminable succession de lois discriminatoires dont la scélératesse nous consterne.<br />
Mais enfin, nous ne voyons pas que la gauche se soit levée pour s&#8217;y opposer avec la force que demandait un pareil acharnement réactionnaire. Elle a même bien souvent fait savoir qu&#8217;elle &laquo;&nbsp;comprenait&nbsp;&raquo; cette demande de &laquo;&nbsp;sécurité&nbsp;&raquo;, et a voté sans état d&#8217;âme des décisions persécutoires flagrantes, comme celles qui visent à expulser de l&#8217;espace public telle ou telle femme sous le prétexte qu&#8217;elle se couvre les cheveux ou enveloppe son corps.<br />
Ses candidats annoncent partout qu&#8217;ils mèneront une lutte sans merci, non tant contre les prévarications capitalistes et la dictature des budgets ascétiques que contre les ouvriers sans papiers et les mineurs récidivistes, surtout s&#8217;ils sont noirs ou arabes. Dans ce domaine, droite et gauche confondues ont piétiné tout principe. Ce fut et c&#8217;est, pour ceux qu&#8217;on prive de papiers, non l&#8217;Etat de droit, mais l&#8217;Etat d&#8217;exception, l&#8217;Etat de non-droit. Ce sont eux qui sont en état d&#8217;insécurité, et non les nationaux nantis. S&#8217;il fallait, ce qu&#8217;à Dieu ne plaise, se résigner à expulser des gens, il serait préférable qu&#8217;on choisisse nos gouvernants plutôt que les très respectables ouvriers marocains ou maliens.<br />
Et derrière tout cela, de longue date, depuis plus de vingt ans, qui trouve-t-on ? Qui sont les glorieux inventeurs du &laquo;&nbsp;péril islamique&nbsp;&raquo;, en passe selon eux de désintégrer notre belle société occidentale et française ? Sinon des intellectuels, qui consacrent à cette tâche infâme des éditoriaux enflammés, des livres retors, des &laquo;&nbsp;enquêtes sociologiques&nbsp;&raquo; truquées ? Est-ce un groupe de retraités provinciaux et d&#8217;ouvriers des petites villes désindustrialisées qui a monté patiemment toute cette affaire du &laquo;&nbsp;conflit des civilisations&nbsp;&raquo;, de la défense du &laquo;&nbsp;pacte républicain&nbsp;&raquo;, des menaces sur notre magnifique &laquo;&nbsp;laïcité&nbsp;&raquo;, du &laquo;&nbsp;féminisme&nbsp;&raquo; outragé par la vie quotidienne des dames arabes ?<br />
N&#8217;est-il pas fâcheux qu&#8217;on cherche des responsables uniquement du côté de la droite extrême &#8211; qui en effet tire les marrons du feu &#8211; sans jamais mettre à nu la responsabilité écrasante de ceux, bien souvent &#8211; disaient-ils &#8211; &laquo;&nbsp;de gauche&nbsp;&raquo;, et plus souvent professeurs de &laquo;&nbsp;philosophie&nbsp;&raquo; que caissières de supermarché, qui ont passionnément soutenu que les Arabes et les Noirs, notamment les jeunes, corrompaient notre système éducatif, pervertissaient nos banlieues, offensaient nos libertés et outrageaient nos femmes ? Ou qu&#8217;ils étaient <em>&laquo;&nbsp;trop nombreux&nbsp;&raquo;</em> dans nos équipes de foot ? Exactement comme on disait naguère des juifs et des <em>&laquo;&nbsp;métèques&nbsp;&raquo;</em> que par eux la France éternelle était menacée de mort.<br />
Il y a eu, certes, l&#8217;apparition de groupuscules fascistes se réclamant de l&#8217;islam. Mais il y a tout aussi bien eu des mouvements fascistes se réclamant de l&#8217;Occident et du Christ-roi. Cela n&#8217;empêche aucun intellectuel islamophobe de vanter à tout bout de champ notre supérieure identité &laquo;&nbsp;occidentale&nbsp;&raquo; et de parvenir à loger nos admirables &laquo;&nbsp;racines chrétiennes&nbsp;&raquo; dans le culte d&#8217;une laïcité dont Marine Le Pen, devenue une des plus acharnées pratiquantes de ce culte, révèle enfin de quel bois politique il se chauffe.<br />
En vérité, ce sont des intellectuels qui ont inventé la violence antipopulaire, singulièrement dirigée contre les jeunes des grandes villes, qui est le vrai secret de l&#8217;islamophobie. Et ce sont les gouvernements, incapables de bâtir une société de paix civile et de justice, qui ont livré les étrangers, et d&#8217;abord les ouvriers arabes et leurs familles, en pâture à des clientèles électorales désorientées et craintives. Comme toujours, l&#8217;idée, fût-elle criminelle, précède le pouvoir, qui à son tour façonne l&#8217;opinion dont il a besoin. L&#8217;intellectuel, fût-il déplorable, précède le ministre, qui construit ses suiveurs.<br />
Le livre, fût-il à jeter, vient avant l&#8217;image propagandiste, laquelle égare au lieu d&#8217;instruire. Et trente ans de patients efforts dans l&#8217;écriture, l&#8217;invective et la compétition électorale sans idée trouvent leur sinistre récompense dans les consciences fatiguées comme dans le vote moutonnier.<br />
Honte aux gouvernements successifs, qui ont tous rivalisé sur les thèmes conjoints de la sécurité et du &laquo;&nbsp;problème immigré&nbsp;&raquo;, pour que ne soit pas trop visible qu&#8217;ils servaient avant tout les intérêts de l&#8217;oligarchie économique ! Honte aux intellectuels du néo-racialisme et du nationalisme bouché, qui ont patiemment recouvert le vide laissé dans le peuple par la provisoire éclipse de l&#8217;hypothèse communiste d&#8217;un manteau d&#8217;inepties sur le péril islamique et la ruine de nos &laquo;&nbsp;valeurs&nbsp;&raquo; !<br />
Ce sont eux qui doivent aujourd&#8217;hui rendre des comptes sur l&#8217;ascension d&#8217;un fascisme rampant dont ils ont encouragé sans relâche le développement mental.<br />
<strong>Alain Badiou</strong><br />
<em>le Racisme des intellectuels</em> / 5 mai 2012<br />
<em>Tribune publiée dans Le Monde</em><br />
<strong><em>Lire également sur le Silence qui parle :<br />
par Gilles Deleuze : <a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2008/07/01/deleuze-1-a-propos-des-nouveaux-philosophes/" target="_blank">A propos des nouveaux philosophes</a><br />
par Alain Brossat :<br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2012/05/02/l%E2%80%99enjeu-populiste-et-la-guerre-des-deux-democraties-alain-brossat/" target="_blank">l&#8217;Enjeu populiste et les deux démocraties</a><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2012/05/11/la-part-de-la-plebe-alain-brossat-entretien-avec-alexandre-costanzo-et-daniel-costanzo/" target="_blank">la Part de la plèbe</a></em></strong><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/descente.jpg" rel="lightbox[2728]"><img class="alignnone size-full wp-image-2735" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/descente.jpg" alt="Le racisme des intellectuels / Alain Badiou dans Agora descente" width="1290" height="970" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Du grand entretien de Mediapart avec M. Mélenchon / Yvan Najiels</title>
		<link>http://lesilencequiparle.unblog.fr/2012/05/14/du-grand-entretien-de-mediapart-avec-m-melenchon-yvan-najiels/</link>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 11:32:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Deleuze]]></category>

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		<description><![CDATA[Le regretté Gilles Deleuze a dit quelque part qu&#8217;à chaque campagne électorale, le niveau de la connerie montait. Celle de 2012, semble-t-il, n&#8217;échappe à la règle, tant s&#8217;en faut. La connerie cette année se sera notamment illustrée par la polémique autour de la viande halal mais le drame de telles billevesées, c&#8217;est qu&#8217;elles peuvent se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le regretté Gilles Deleuze a dit quelque part qu&#8217;à chaque campagne électorale, le niveau de la connerie montait. Celle de 2012, semble-t-il, n&#8217;échappe à la règle, tant s&#8217;en faut. La connerie cette année se sera notamment illustrée par la polémique autour de la viande halal mais le drame de telles billevesées, c&#8217;est qu&#8217;elles peuvent se transformer en lois persécutoires.<br />
Mediapart, dans tout cela, fait assez bien son travail, il faut le dire et il semble que la longue interview de Jean-Luc Mélenchon gagnerait &#8211; mais pas spécialement pour lui&#8230; &#8211; à être diffusée, partagée, connue. Les réactions aussi de certains lecteurs sont édifiantes dans leur colère face à Edwy Plenel qui a osé parlé de François Mitterrand, saint homme de la gauche et unique président &laquo;&nbsp;socialiste&nbsp;&raquo; d&#8217;une Vème République qu&#8217;il a refusé d&#8217;enterrer (&laquo;&nbsp;les promesses n&#8217;engagent que ceux qui les reçoivent&nbsp;&raquo;, disait jadis Pasqua) après l&#8217;avoir pourtant dénoncée&#8230;<br />
La mélenchonomania qui saisit &laquo;&nbsp;le peuple de gauche&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas pour rassurer et ce sentiment est accentué par les commentaires qui disent clairement qu&#8217;il est inutile de parler de Mitterrand. Ce refus, du reste, illustre une dimension tragique du registre électoral. On pourrait dire, en prolongeant La Rochefoucauld, que le soleil, ni la mort, ni l&#8217;inertie globale du monde ne se peuvent regarder fixement. L&#8217;illusion électorale est une douceur sucrée sans lendemain mais qui, les quelques mois qu&#8217;elle dure, nous berce langoureusement. Il n&#8217;y aura rien &#8211; ou si peu &#8211; d&#8217;un strict point de vue électoral mais on y a cru et cette illusion lyrique de supermarché parlementaire rend plus douces nos rudes existences.<br />
Pour autant, à l&#8217;injonction parlementaire &laquo;&nbsp;Votez !&nbsp;&raquo;, il est faible de répondre par son inverse &laquo;&nbsp;Ne votez jamais !&nbsp;&raquo;. Tout dépend des situations et s&#8217;il apparaît évident qu&#8217;il fallait participer au référendum de 2005 contre le carcan libéral du TCE, les élections post-Mai 1968 ou post-Révolution tunisienne furent clairement des opérations réactionnaires destinées à liquider le fond de l&#8217;air rouge ou, pour la Tunisie, la révolution en marche.<br />
S&#8217;agissant de l&#8217;élection de cette année, élection antidémocratique s&#8217;il en est car nous collant une camisole de force pour 5 ans, il est assez ahurissant que cette question soit sous le boisseau. Il en va de même pour le vote Mélenchon. Est-on obligé de voter pour un homme qui veut incarner &laquo;&nbsp;l&#8217;autre gauche&nbsp;&raquo; (serpent de mer parlementaire, cela aussi&#8230;), qui fut sénateur PS à 35 ans, mitterrandolâtre ne doutant jamais de la grandeur de son mentor et jospiniste de choc dans un gouvernement qui comptait le flic Chevènement et le poujadiste Claude Allègre ? Tout cela n&#8217;est pas de l&#8217;ordre du détail, ni de l&#8217;histoire ou, en tout cas, d&#8217;une histoire close. Le mitterrandisme n&#8217;est pas une chose ancienne, définitivement derrière nous. Nombre de plaies de ce pays en viennent directement: l&#8217;invisibilité des ouvriers (spécialement s&#8217;ils sont étrangers), la laïcité belliqueuse qui proscrit les musulmans de ce pays, l&#8217;argent-roi qui désormais est le seul critère d&#8217;études réussies, la conversion de la France au capitalisme financier le plus vil, l&#8217;atlantisme assumé&#8230; En cela, Edwy Plenel a eu raison d&#8217;interroger Jean-Luc Mélenchon sur le mitterrandisme car ce point est tout sauf un détail et rester fidèle à cette période de désorientation et de corruption politiques ne dit rien qui vaille. Enfin, la fidélité à un homme qui n&#8217;avait d&#8217;autre principe que sa réussite politique personnelle est plus que déconcertante&#8230; Qu&#8217;est-ce qui garantit, en effet, que M. Mélenchon me mettra pas ses pas dans ceux de son Tonton ? Entre Saint-Just et Mitterrand, il va falloir choisir !<br />
Le premier signe de cette éventualité est la justification que le co-président du PG donne à la rigueur. Celle-ci fut obligée, due à circonstances imprévues et extérieures&#8230; Qu&#8217;est-ce qui aujourd&#8217;hui assure que de telles circonstances ne se reproduiront pas ? Mystère. Et ce n&#8217;est pas la &laquo;&nbsp;révolution citoyenne&nbsp;&raquo; qui nous rassérènera car à vrai dire, cette expression n&#8217;est même pas oxymorique, elle est purement contradictoire puisqu&#8217;elle réconcilie l&#8217;idée de &laquo;&nbsp;révolution&nbsp;&raquo; avec &laquo;&nbsp;dîner de gala&nbsp;&raquo; sous les lambris de la Rrrrépublique ! C&#8217;est dire à quel point ce mot d&#8217;ordre est fumeux! Pareil pour &laquo;&nbsp;insurrection civique&nbsp;&raquo; où est entendu que civique concerne le vote stricto sensu. Cette expression est la version de gauche du fétichisme hollandais pour l&#8217;isoloir. Elle réconcilie, elle, manifestations et élections. Elle liquide, mais du côté gauche, l&#8217;événement-68.<br />
On pourrait continuer à pointer les éléments inquiétants du discours mélenchonien ainsi que les positions politiques du bonhomme. C&#8217;est un peu dangereux vu la colère qu&#8217;elle engendre parmi les fans du candidat Front de Gauche (Edwy Plenel en a fait les frais) et, surtout, c&#8217;est peu utile car, au fond, tout le monde &#8211; y compris parmi les électeurs du FdG &#8211; est conscient du simulacre d&#8217;événement &#8211; et donc de la supercherie &#8211; que Jean-Luc Mélenchon représente. Chacun sait que le slogan &laquo;&nbsp;Prenez le pouvoir&nbsp;&raquo; est une blague et pourtant, nombreux sont ceux qui acquiescent. C&#8217;est la bêtise électorale pour s&#8217;inspirer de Deleuze &#8211; ou le crétinisme parlementaire, pour reprendre des bolcheviks que, pour le coup, Mélenchon raille assez souvent.<br />
Que fera le Front de Gauche, une fois aux affaires ? Qui le sait vraiment ? En quoi serait-il le cartel qui, pour la première fois, résisterait au mur de l&#8217;argent ? La manifestation de la Bastille ne répondait pas à cela et, du reste, c&#8217;était une manifestation muette au sens où aucun énoncé singulier venu du peuple n&#8217;a été dit. Que personne ne pointe cela est étonnant : la manifestation pour la VIème République était un rassemblement pour un homme&#8230; providentiel, mais de gauche !<br />
L&#8217;injonction &laquo;&nbsp;Ne votez pas !&nbsp;&raquo; serait cependant faible et stérile. La campagne crée des dynamiques face auxquelles la lucidité est faible. Bien des gens voteront Mélenchon comme il y a trente et un an des salariés, Mitterrand, en pensant qu&#8217;il n&#8217;y aurait plus de chômage. Cela peut s&#8217;entendre et cela ne fait pas de ces gens-là des &laquo;&nbsp;nigauds&nbsp;&raquo; contrairement à ce qu&#8217;écrit Alain Badiou dans son dernier livre. Néanmoins, ce qui est insupportable et qu&#8217;ont quand même bravé Edwy Plenel et Mathilde Mathieu, c&#8217;est l&#8217;éteignoir parlementaire mis comme une camisole sur la pensée de notre émancipation.<br />
<strong>Yvan Najiels</strong><br />
<em>Du grand entretien de Mediapart avec M. Mélenchon</em> / 26 Mars 2012<br />
<strong><em><a href="http://blogs.mediapart.fr/blog/yvan-najiels" target="_blank">Blog d&#8217;Yvan Najiels</a><br />
<a href="http://blogs.mediapart.fr/edition/mille-communismes" target="_blank">Edition Mille communismes</a></em></strong><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/meninblack2.jpg" rel="lightbox[2707]"><img class="alignnone size-full wp-image-2711" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/meninblack2.jpg" alt="Du grand entretien de Mediapart avec M. Mélenchon / Yvan Najiels dans Agora meninblack2" width="720" height="388" /></a></p>
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		<title>Saint Foucault, un miracle ou deux ? / Colloque de l’ELP organisé par l’Unebévue / Paris 12-13 mai 2012, Maison de l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 15:13:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Flux]]></category>
		<category><![CDATA[Foucault]]></category>

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		<description><![CDATA[« Pour moi, ce type était un putain de saint ». Le putain de saint en question est Michel Foucault. Le type qui a écrit la phrase est David Halperin, dans son livre Saint Foucault : Towards a Gay Hagiography. Vie des hommes illustres, chroniques des rois, hagiographies, épopées des grands bandits populaires, ces genres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Pour moi, ce type était un putain de saint »</em>. Le putain de saint en question est Michel Foucault. Le type qui a écrit la phrase est David Halperin, dans son livre <em>Saint Foucault : Towards a Gay Hagiography.</em><br />
Vie des hommes illustres, chroniques des rois, hagiographies, épopées des grands bandits populaires, ces genres de récits dans lesquels la description tient une large place deviennent-ils immanquablement aujourd&#8217;hui des procédures d&#8217;objectivation et d&#8217;assujettissement s&#8217;ils ont pour sujet ce que le XIXe siècle a stigmatisé comme « vies déviantes »? <em>« La béatification de Foucault par Halperin est une absurdité réfléchie »</em>, dit Catherine Lord, <em>« à la fois une éviscération de l&#8217;homophobie et une ode à la fabrication d&#8217;un moi queer »</em>. Elle ajoute : <em>« On ne devient pas un saint sans réaliser un miracle ou deux. L&#8217;histoire de la sexualité de Foucault fut à l&#8217;époque la plus grande source intellectuelle d&#8217;inspiration des militants de la lutte contre le sida.»</em><br />
Le combat pour avoir le dernier mot dans l&#8217;interprétation et le contrôle de la représentation, inhérent à la situation biographique en général, prend une dimension politique irréductible quand il s&#8217;agit d&#8217;une vie gaie, rappelle Halperin.<br />
Sans pour autant lâcher ce qu&#8217;il développe dans <em>Surveiller et punir</em>, qui fait de la description à partir du XIXe siècle une des technologies politiques d&#8217;examen produisant des corps dociles, dressés, individués, classés, Foucault a par la suite évoqué le <em>« grondement de la bataille »</em>. Celle des anormaux, dont les «récits de vie», sous toutes leurs formes artistiques, ne sont pas des psychobiographies mais des faits d&#8217;écriture, de création, points intenses des vies infâmes, sources de lignes de fractures, de collisions, d&#8217;inventions. Celle également des « récits de soi », des pratiques des arts de l&#8217;existence, peut-être porteuses d&#8217;une nouvelle subjectivité. <em>«Les mutations du capitalisme ne trouvent-elles pas un vis-à-vis inattendu dans la lente émergence d&#8217;un nouveau Soi comme foyer de résistance ? »</em> questionne Deleuze dans son <em>Foucault</em>. <em>« Faire de sa vie une œuvre éclatante »</em>…<br />
Dès lors, comment accéder à une visibilité nécessaire à la proclamation d&#8217;une sexualité déviante, rendre visibles les coupures, les bleus, les taches qui forment la culture <em>queer</em>, tout en sachant que cette visibilité est ironiquement utilisée par la norme indispensable à la surveillance de ceux dont la vie est ainsi mise en écriture ?</p>
<p><strong><em>Saint Foucault, un miracle ou deux ?</em><br />
Colloque de l’<a href="http://www.ecole-lacanienne.net/" target="_blank">ELP</a> organisé par <em><a href="http://www.unebevue.org/" target="_blank">l’Unebévue</a></em></strong></p>
<p>A Paris les 12 et 13 mai 2012<br />
9h30/12h30 &#8211; 14h30/17h30</p>
<p>Maison de l’Europe<br />
35 rue des Francs-Bourgeois<br />
75004 Paris</p>
<p>inscriptions à envoyer à<br />
ELP 110 Bd Raspail 75006 Paris<br />
ou sur place le samedi 12 mai de 9h à 9h30<br />
60 euros, chèque à l’ordre de l’ELP<br />
80 euros sur place<br />
<a style="border: 0pt none" href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/PROGRAMME.pdf"><img style="vertical-align: middle;border: 0pt none" src="/wp-includes/images/pdf.png" alt="fichier pdf" /> PROGRAMME</a><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/stfoucaultelp.jpg" rel="lightbox[2713]"><img class="alignnone size-full wp-image-2719" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/stfoucaultelp.jpg" alt="Saint Foucault, un miracle ou deux ? / Colloque de l’ELP organisé par l’Unebévue / Paris 12-13 mai 2012, Maison de l'Europe dans Flux stfoucaultelp" width="656" height="960" /></a></p>
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		<title>La part de la plèbe / Alain Brossat (entretien avec Alexandre Costanzo et Daniel Costanzo)</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2012 00:37:02 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Agora]]></category>
		<category><![CDATA[Brossat]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans ta démarche, la politique est la catégorie centrale, et on la retrouve problématisée entre le carnaval des Tondues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, – ces femmes sur lesquelles s’acharnaient les foules après la Libération pour avoir couché avec l’occupant allemand –, d’ouvrages sur le stalinisme, la mémoire des camps ou encore le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Dans ta démarche, la politique est la catégorie centrale, et on la retrouve problématisée entre le carnaval des Tondues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, – ces femmes sur lesquelles s’acharnaient les foules après la Libération pour avoir couché avec l’occupant allemand –, d’ouvrages sur le stalinisme, la mémoire des camps ou encore le territoire de la prison, cette étrange institution saisie comme une survivance de barbarie… Mais aussi au détour du serviteur qui ira vérifier face au maître le principe d’égalité et du « corps de l’ennemi » où tu suis les déplacements des discours portant sur la figure paradoxale du monstre politique dans nos sociétés. Aussi, en y regardant de plus près, on dira que le principal sillon semble être celui la « violence » cartographiée au détour de termes qui reviennent sans cesse (barbarie, désastre, sauvagerie, plèbe). Or cette « sauvagerie » est déployée entre d’un côté une déconstruction de la fable démocratique qui cherche à immuniser la société contre des figures de la violence ou de la souffrance et, de l’autre, dans un appel à une « résistance infinie » comme le portrait des contours incertains et parfois sauvages de la <a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2008/09/10/la-politique-qui-vient/" target="_blank">« politique qui vient »</a>. Pourrais-tu dans un premier temps revenir sur cette tension ou du moins définir la singularité de ta démarche ? Mais aussi préciser ce qu’il en est des figures de l’ennemi qu’une société se fabrique ? Car au fond, il y a toute une série de personnages qui circulent dans ton œuvre entre les tondues, le prisonnier ou le criminel, le fou et la maladie, la plèbe, le terroriste ou le monstre politique, et ces personnages sont bien souvent les épouvantails que notre monde se donne comme les figures de l’ennemi.</em></strong></p>
<p>J’ai l’impression que nous tournons un peu en rond, que nous ne sommes jamais vraiment sortis de ce qui a formaté nos premières indignations et nos premiers pas de côté, à l’adolescence, à savoir cette « idée », mais qui n’en est pas vraiment une, qui est plutôt une sensation première qui n’a jamais cessé de nous envelopper et qui adhère à nos méninges comme une espèce de glu, cette « idée », donc selon laquelle les sociétés dans lesquelles nous vivons, les régimes politiques qui y sont, semble-t-il, solidement établis sont (seraient) fondés sur un mensonge constitutif, constitueraient tout un domaine d’apparence ou plutôt un mode d’apparition et même d’auto-affirmation qui serait intrinsèquement et constamment fallacieux, abusif, illusoire. Que ces sociétés, ces régimes se définissent, se présentent, se légitiment en mettant en avant un certain nombre de positivités et que la charge de la posture critique ou des pôles de radicalité (que nous nous attribuons d’office) s’épuiserait au fond à détecter les éléments de négativité que recèlent, cachent, refoulent ces prétendues positivités.<br />
Je dis que nous tournons en rond, parce que j’ai l’impression que, d’une génération à l’autre (une génération nous sépare), nous recommençons le même geste, avec des outils différents : avec Sartre et Marx, nous démasquions, dans les années 1960-70, pêle-mêle, la double morale de la bourgeoisie et le misérable miracle de la modernisation capitaliste ; avec Rancière et Badiou, vous vous êtes activés, au tournant du siècle dernier, à arracher le masque de la démocratie de marché ; vous avez dit, avec Rancière notamment : la vraie démocratie, ce n’est pas ça, c’est tout autre chose – bref, le présent politique est fondé sur l’entretien de ce mensonge perpétuel consistant à « nous » faire prendre des vessies pour des lanternes, un régime aux traits oligarchiques irrécusables pour la démocratie.<br />
La question pour moi n’est pas tant de savoir si cette « idée » du mensonge constitutif sans cesse reprise par un nouveau bout est vraie, si elle permet des descriptions probantes et vérifiables d’un état de réalité – elle le permet assurément à plus d’un titre –, mais plutôt si elle n’appartient pas au registre de ces vérités qui enferment et qui empêchent la pensée de se renouveler, de se déplacer et de déployer de nouvelles puissances&#8230; Cette idée/sensation du mensonge originaire est-elle vraiment aussi forte qu’elle en a l’air, et n’y aurait-il pas moyen de s’en émanciper pour tenter de penser le présent sous d’autres conditions ? – voilà la question que je me pose.<br />
Mais quel rapport, me direz-vous, entre cette question très générale et les questions plus circonstanciées que vous me posez à propos de mon travail ? Pour moi, ce rapport s’établit tout naturellement : l’habileté avec laquelle vous parcourez mes différents chantiers en les jalonnant à l’aide de quelques mots clés et motifs récurrents me conduit sans coup férir à cette question désolante : et si mon travail n’était pas, précisément, enfermé dans quelques présupposés jamais interrogés, dans quelques gestes devenus compulsifs et automatiques à force d’être répétés ? En effet, les personnages saillants que vous mentionnez – la tondue, le plébéien, le terroriste, l’émeutier, le migrant clandestin, etc., – sont, dans tous mes essais, les truchements, voire les otages, d’une présentation, plus ou moins dramatisée, de l’envers violent du décor qui entoure et met en valeur les positivités évoquées plus haut. Ils désignent un dehors constamment litigieux et énigmatique car toujours pris dans un agencement complexe d’exclusion et d’inclusion. L’idée étant au fond, et elle me vient entre autres de Foucault, que c’est paradoxalement sur les marges que se montre le cœur des choses, ou bien encore, dans ces « gestes obscurs » qui enferment le fou, criminalisent le clandestin, humilient la tondue que se dévoile l’effectivité du pouvoir ou le secret d’une situation. Et donc, on est toujours pris dans ce geste consistant à se déplacer vers les bords, vers les marges, à inverser l’angle de vue sur telle ou telle séquence passée ou présente pour arracher le masque, organiser la résistance dans le discours, perforer l’ordre des discours, dénoncer le tour fantasmagorique du « parler correct » dans nos sociétés pour produire des effets de vérité, des effets de retour du vrai faisant brèche dans la cuirasse du grand mensonge qui enveloppe toute réalité perçue aux conditions des positivités accablantes&#8230; Telle est donc la question toute bête que je me pose – le geste critique ne subit-il pas un appauvrissement singulier, en référence au programme de « la critique » qu’esquisse Kant, lorsqu’il s’épuise pour l’essentiel à débusquer le mensonge et la violence du « système » – sous quelque angle que ce soit ? Ne sommes-nous pas trop exclusivement « critiques » en ce sens de la dénonciation et insuffisamment « artistes » au sens de l’affirmation pure ou de la création – de la présentation de nos propres positivités, là où nous aurions établi entre nous et le « grand mensonge » quelque chose comme une distance souveraine ?</p>
<p><strong><em>En effet, notre description de ton œuvre était bien générale, et elle proposait un décor schématique en guise d’introduction pour te demander de fixer quelques gestes qui caractérisent ta démarche. Et tu indiques ces chemins, ces sillons, en effectuant un pas de côté, en écartant du moins ce que tu caractérises comme le thème du « mensonge constitutif » dans lequel se verrait piégée une adolescence de la pensée tournant à vide. On pourrait revenir sur cette appréhension des choses, mais tu parles de ce qui permet à la pensée de se renouveler, de se déplacer, de déployer de nouvelles puissances. Tu proposes de penser le présent sous d’autres conditions, d’inverser l’angle de vue sur telle ou telle séquence pour appréhender l’effectivité d’une situation, mesurer ces gestes obscurs, de se déporter vers les marges. Et ce seraient là des gestes humbles qui viendraient perforer l’ordre des discours, ouvrir des brèches. Mais précisément pourrais-tu nous donner des exemples de ces brèches dans ton œuvre, et du coup de ce qu’elles affirment comme puissances nouvelles ?</em></strong></p>
<p>A vrai dire, puisqu’il était question de retravailler la question de la violence, je voulais essayer d’envisager sur de nouveaux frais la question de savoir à quel titre et sous quelle forme ce monde du présent dans lequel nous sommes immergés nous fait violence. Je voulais questionner cette sorte d’évidence molle selon laquelle la première des violences que ce monde nous ferait subir tiendrait au fait qu’il nous ment constamment et depuis toujours, ce monde, sur sa constitution, qu’il ne cesse, dans toutes ses dimensions, de se parer de titres qu’il n’a pas, d’usurper des mots glorieux ou puissants, de développer tout un théâtre de la représentation dont il nous faudrait, en bons platoniciens, dénoncer les illusions, les abus et les subterfuges. C’est bien cela, me semble-t-il, le paradigme négatif de cette démocratie planétaire contemporaine qui tenterait d’imposer ses titres à gouverner le monde et à être l’horizon indépassable de notre temps avec d’autant plus d’intolérance qu’elle serait le tout autre de ce qu’elle affirme être – une oligarchie réelle costumée en pouvoir du peuple. Telle serait donc la première des violences que nous ferait subir ce monde-là, une violence qui, en vérité, recèlerait en puissance toutes les autres. Et telle serait, du coup, la situation originaire qui nous assignerait le rôle, je n’ose dire la mission ou le sacerdoce, de vouer nos forces à déchiffrer cette imposture et à la dénoncer. Mais le risque n’est-il pas alors que, nous attachant à cette position, nous entrions de notre propre gré dans un agencement où nous ne ferions que tenir notre rôle, celui de l’opposant ou de l’imprécateur, du rebelle, dans un dispositif général qui, quoique nous en ayons, nous aurait de toute éternité programmés à l’avance et inclus ? <a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2009/02/23/y-a-t-il-moyen-de-soustraire-la-pensee-au-modele-detat-gilles-deleuze-felix-guattari/" target="_blank"><strong>La question posée est assurément deleuzienne, elle est celle de savoir comment différer vraiment, et casser la machine « dialectique » qui assigne d’emblée sa place au négatif, à l’intérieur du système et à ses conditions.</strong></a> L’incapacité des protagonistes les mieux renommés de la critique contemporaine du « total-démocratisme » (Rancière, Nancy, Balibar…) à différer dans la langue d’avec cette violence que fait subir le régime oligarchique contemporain au mot démocratie, la condition un peu pathétique à laquelle ils se trouvent réduits de se présenter (se subjectiver ?) comme les promoteurs de la vraie démocratie contre ses usurpateurs n’est-elle pas le symptôme de cette difficulté à s’arracher à la force d’attraction de ce champ hégémonique dans lequel, disons, tout usager du mot « démocratie » a sa place – fût-il un contempteur véhément de la démocratie de marché et de ses horreurs ? La question est donc tout à fait distincte : dans le contexte présent d’occupation du mot démocratie, au sens le plus violent du mot occupation, est-il bien sûr que nous n’ayons d’autre choix que de résister jusqu’à sa « libération », comme on résiste pour libérer un pays, un territoire occupé ? Est-ce bien ainsi que les choses se passent, lorsque des enjeux se cristallisent à la jointure du politique et du linguistique ? Ayant été longtemps un trotskiste de stricte obédience, je suis porté à oser ici une comparaison : des décennies durant, nous nous sommes battus pour disputer le nom du communisme aux staliniens qui l’avaient accaparé et le déshonoraient. L’issue de cette bataille où plus d’un a laissé sa peau n’a pas été celle que nous escomptions : si le destin a tranché, ce n’est pas en accordant sa faveur à l’un ou l’autre camp mais plutôt en dissolvant la situation sur le terreau de laquelle cette dispute faisait rage, en pulvérisant la question elle-même. Aujourd’hui, le mot communisme est un peu désoccupé, désœuvré, dépeuplé autant au moins que le mot démocratie est surpeuplé, occupé à mort et surinvesti. Pourquoi n’en irait-il pas de même de la bataille qui fait rage aujourd’hui entre les défenseurs de la démocratie contre l’idéologie du « démocratisme » (Rancière, en écrivant <em>la Haine de la démocratie</em>, défend la démocratie authentique contre les imposteurs de la démocratie de marché comme Trotsky faisait rempart de son corps devant Marx en écrivant <em>Défense du marxisme</em> où il dénonce les falsifications staliniennes) ?<br />
A moins d’attribuer au mot démocratie un statut équivalent à celui du corps impérissable du roi (celui d’une substance suprasensible, une et indivisible, corps sacré de toute politique), on peut raisonnablement imaginer que, une nouvelle fois, c’est la configuration même de l’affrontement mettant aux prises des promoteurs du Nom de la Démocratie à d’autres, comme aux plus beaux temps de la Réforme, qui volera en éclats, le signifiant maître de toute cette empoignade devenant tout à coup indistinct, ayant perdu toute puissance et toute aura&#8230; Ce modèle du changement de terrain (Althusser) substitué à celui de la résolution d’un « problème » (au règlement d’une querelle) dans les termes où ils sont posés est familier aux épistémologues. Il s’applique aussi à la sphère des débats politiques et les discontinuités qui s’y constatent ont pour corollaire la subite désaffection de mots puissants qui, la veille encore, apparaissaient comme d’incontournables opérateurs de toute pensée ou action politique.<br />
Il me semble bien que ceux qui considèrent que la démocratie présente une unité substantielle et que celle-ci est de nature juridique (un corps de lois) et institutionnelle et que ceux qui se font les défenseurs de la démocratie contre ses détracteurs (supposés, en l’occurrence, dans l’essai de Rancière susmentionné) dont l’unité s’énoncerait en terme d’opération – une seule et même opération de présentation de l’égalité au rebours des « comptes » inégalitaires, indéfiniment réitérable au gré de l’hétérogénéité des situations – ont davantage en commun qu’ils ne divergent sur le fond. Ils pensent la politique en général sous le couvert et aux conditions de l’Un indivisible, d’une idéalité sans alternative, d’un concept dont la compacité efface les puissances du moléculaire et les virtualités du multiple. De ce point de vue, les soulèvements arabes récents ont été un test probant. Face à la normalisation démocratique (ici aussi, le mot normalisation doit être entendu dans toute sa violence – les militaires égyptiens de l’ère post-Moubarak sont des Husak à la puissance 10) que les chancelleries et les supposées élites occidentales appellent de leurs vœux, toutes sortes de flux d’aspirations populaires, plébéiennes, juvéniles, féminines, d’intensités utopiques, hétérotopiques, millénaristes, etc., se sont manifestées, qui sont entrées en conflit plus ou moins frontal (violent, sanglant en Egypte, en tout cas) avec les visées des normalisateurs plus ou moins adoubés par les puissances occidentales. Dans ce contexte, le Nom de la Démocratie appartient à ceux qui organisent les élections générales, à ceux qui les emportent (les Frères musulmans !), à ceux qui entreprennent d’aligner la vie politique et institutionnelle de leur pays sur le supposé « modèle » de la démocratie occidentale, en y intégrant les particularités locales. Le Nom de la Démocratie appartient à ceux qui font profession de se mettre en conformité avec la normativité d’une politeia dont tout, dans le présent et le destin en Occident clament la crise et la déréliction. Tel est bien le piège implacable dans lequel les logiques du présent tendent à enfermer les énergies formidables qui se sont libérées, dans les pays arabes, au cours de l’année 2011.<br />
Dans un tel contexte, n’est-il pas évident que le pur et simple Nom de la Démocratie échoue à nommer l’ensemble de ces gestes, mouvements, actes, paroles, affects qui constituent la part ingouvernable et adversative à la normalisation de ce processus ? Faire des jeunes révolutionnaires de la Place Tahir qui ont immédiatement discerné dans l’opération électorale une tentative d’interrompre le mouvement, un geste thermidorien, des « démocrates radicaux », voire des démocrates qui s’ignorent, n’est-ce pas passer radicalement à côté de ce que ces intensités comportent de diversité, d’indétermination, de variabilité ? La vie politique, lorsqu’elle comporte un élément de nouveauté, lorsqu’elle produit des déplacements effectifs, lorsqu’elle fait événement bouscule aussi les nomenclatures les mieux assises. C’est dans l’après-coup que l’événement reçoit son nom pour l’Histoire. Et donc décréter qu’envers et contre tout, les jeunes de la place Tahir, composition multiple d’énergies irréductibles les unes aux autres, « font de la démocratie », sans le savoir ou en le sachant, ce n’est pas rendre justice à leur capacité de réinventer le monde laquelle est, selon Hanna Arendt, le propre de la politique vive. C’est reprendre, sur un mode mineur, certes, mais avéré, le geste violent de la normalisation. Et donc, pour boucler la boucle de cette partie du questionnement, le geste philosophique à promouvoir aujourd’hui serait plutôt celui qui consiste à se rendre disponible à ces poussées de réinvention du monde plutôt que de persévérer dans la posture de la dénonciation des impostures ou de propagation de la vraie foi. Ce qui suppose une capacité effective de se déplacer, de creuser des écarts, de différer – d’avec soi notamment. J’aime assez, de ce point de vue, et même si la chose peut paraître anecdotique, la façon dont les inculpés de Tarnac, plutôt que devenir les administrateurs perpétuels de leur martyrologe, se sont métamorphosés en scieurs en long. C’est assez nietzschéen, à l’aune des temps actuels&#8230;</p>
<p><strong><em>Ton propos polémique tourne autour de la dispute qui se joue autour du nom « démocratie », telle du moins que tu la reconstruis, et de la manière dont Jacques Rancière, entre autre, aura conceptualisé la chose politique. Cette approche semble par moment enfermer ces pensées dans une alternative un peu trop schématique (la fonction critique et le gardiennage de ce qu’est l’événement de la politique) en oblitérant au passage ce qu’elles ouvrent comme puissances chacune à leur manière. On a du mal à souscrire à bien des expressions, des tournures et parfois aux contours du tableau général que tu présentes, cependant il ne s’agit pas pour nous ici de rentrer dans cette discussion mais d’essayer de saisir le chemin que tu proposes. Dans ton tableau, tu nous dis au fond deux choses nouées. D’un côté, toute une génération aura finalement enfermé ou rétréci ce qu’est la « vie politique » : il y a des angles morts, des champs aveugles et des territoires oubliés… Et, de l’autre côté, cette dispute portant sur ce qu’est le réel de la démocratie est de toute manière perdue d’avance. Aussi le chemin que tu esquisses ira croiser au fond ce que Foucault pointait comme la « part de la plèbe » en identifiant des énergétiques de l’échappée ici ou là. Ce serait ces « lieux » aux contours improbables dans lesquels on pourrait indexer ces gestes obscurs, ces déplacements, ces « poussées », ces « capacités de réinvention du monde » propres à la singularité de chaque situation. On aurait aimé là encore que tu explicites cela avec les personnages qui circulent dans ton œuvre : les tondues, les monstres politiques, les émeutiers, les migrants, les malades, les plébéiens ou les criminels qui sont bien souvent les « figures de l’ennemi »… Mais on voulait surtout revenir pour avancer autrement à la manière dont tu définis notre régime comme « démocratie immunitaire » dont l’injonction subjective serait celle d’un </em>noli me tangere<em>. Pourrais-tu revenir sur cette conception du « ne me touche pas » ? Car au fond qu’est-ce que c’est cette chose qu’il ne faut pas toucher ?</em></strong></p>
<p>Je vois bien que la pacification des mœurs continue à faire ses victimes collatérales et qu’en bons sujets de la démocratie immunitaire, vous êtes portés à rabattre le débat sur la polémique, dans son sens le plus péjoratif, dès lors qu’il trouve une certaine vivacité à tenter de s’émanciper de la codification habermassienne des procédures correctes de la « discussion ». Si vous aviez vu sur quel ton se menaient les débats, y compris entre amis politiques, dans les années 1970 ! Votre hyperesthésie à l’affect (à peine) passionné qui soutient l’argumentation est à sens unique. Ce que vous oubliez volontiers, c’est qu’il est ici le contrechamp de la morgue et du mépris si souvent rencontré au détour de ces phrases où est écarté d’un geste dont la tournure aristocratique n’échappe qu’aux distraits, « le bavardage inconsistant de la plèbe ». Bref, vous me voyez, avec cette discussion, englué dans les idées fixes, ressassant de vieilles rancunes intempestives, et vous en êtes bien fâchés, tant vous préféreriez que la paix et l’harmonie règne parmi ceux qui sont convoqués à composer l’Académie des philosophes dangereux et indomptés. Mais permettez-moi de voir les choses autrement : de la même façon que la politique vive est rare et intermittente, les vrais débats cristallisés à la jointure du philosophique et du politique, les points de discorde où se discernent des enjeux qui fassent époque et ne soient pas destinés à amuser la galerie ne sont pas légion. Notre capacité de porter des diagnostics sur le présent est évidemment tributaire de la façon dont nous saurons ou non saisir ces points de cristallisation et les expliciter. Une fois qu’une conviction est arrêtée sur ce point, c’est non pas vaine obstination mais suite dans les idées que revenir sur ces points de friction. La rhétorique élusive des questions qui fâchent, consistant à les décrier comme des « obsessions », des « marottes », m’est très familière – ceux qui se battent sans relâche contre le droit de conquête concédé à l’Etat d’Israël par les grandes puissances et une bonne partie des opinions occidentales en connaissent bien la tournure, qui se font traiter tous les jours d’ « obsédés » de la question palestinienne, d’anti-sionistes obsessionnels, etc. Il en va ici de même, toutes choses égales par ailleurs, naturellement : considérer que le partage du signifiant-maître de la politique (« la démocratie ») entre nos amis et nos ennemis politiques est une des apories majeures qui grèvent notre propre constitution politique et celle de ceux avec lesquels nous sommes appelés à former du « commun », du collectif, du « nous » politique &#8211; ce n’est pas là le symptôme d’un tempérament obsessionnel mais plutôt la manifestation d’une volonté qui s’attache à ne rien céder sur ce qui fait litige et qui, pour ce motif même, ne rechigne pas à remettre toujours les questions qui fâchent sur le tapis.<br />
Dans la guerre des discours qui fait rage, depuis le tout début du soulèvement tunisien, le slogan de la normalisation escomptée par cet Occident que ces mouvements ont non seulement pris de cours mais souffletés a été, constamment : démocratisation. Or, ce que nous avons vu, c’est que ces mouvements étaient traversés par toutes sortes de flux hétérogènes, des flux égalitaires, anti-autoritaires, féministes, de spiritualités diverses, des flux anarchistes, pan-arabes, révolutionnaires, des flux de toutes sortes informant des pratiques et des actions, nourrissant des espérances sans dénominateur commun. C’est ce signe du multiple et de l’indéterminé, de l’éternel retour dans l’inédit même que je serais porté à retenir ici, plutôt que celui de l’ « autre démocratie » qui ne fait pas justice à la puissance de descellement de ce soulèvement par vagues. La recherche d’un principe unificateur, d’un concept unique (et présentable) sous lequel se subsume cette multiplicité porte la marque d’une hésitation à larguer les amarres de pensée encadrée et légitimée par la tradition. Au fur et à mesure que s’accumulent les phénomènes et événements, que s’épaissit le trait des processus indiquant que le cours de l’Histoire vivante se désoccidentalise, que les points de cristallisation et les lieux où « les choses se décident » se déplacent vers d’autres espaces, notamment les post-colonies (un « paysage » nouveau dont les soulèvements arabes sont une saisissante manifestation), la question de la faculté de nommer, de trancher sur la nomenclature destinée à désigner ce qui advient, ce qui est en cours, ce qui constitue l’enjeu de la lutte et le but de l’espérance devient toujours plus sensible – et litigieuse. La violence normalisatrice et hégémoniste avec laquelle le discours des médias, des élites, des gouvernements et des organisations humanitaires occidentaux place l’auto-activité protéiforme de ces multitudes qui, en Chine continentale, affrontent l’autorité autour de questions salariales, environnementales, sanitaires, liées aux croyances et aux opinions (etc.) sous le double signe de la « lutte pour la démocratie » et du « combat pour les droits de l’homme » (produisant des effets de colonisation idéologique à l’intérieur même de cet espace), est une manifestation saillante de la lutte pour la maîtrise des discours, du récit de l’Histoire contemporaine dont l’Occident s’est toujours considéré comme le détenteur naturel. La projection de catégories dans lesquelles se trouve concentré à haute dose notre propre héritage culturel sur ces mondes autres engagés dans des processus de mutation sans précédent, où surgit un champ d’expérience politique inédit, où émergent des subjectivités politiques nouvelles est ce qui appelle de notre part davantage d’écoute que d’acharnement à nommer. Or, sur ce point, nos démocrates radicaux ne font guère entendre de différence par rapport aux démocrates institutionnels : ils pensent les uns et les autres que les ouvriers et les citoyens chinois qui se heurtent au pouvoir autoritaire sont en lutte pour « la démocratie », condition absolue pour que leurs revendications et leurs espérances soient homologables. La violence cachée de ce qui se tapit ici dans la lutte pour la dénomination et la perpétuation des récits occidentalocentriques est, proprement, infinie. Le maintien de l’hégémonisme occidental sur la conduite des récits passe par de tels décrets à propos du « nom de la chose ».<br />
Au demeurant, il est bien évident que tout ce qui contribue à l’unification des discours sur la politique autour d’un unique signifiant a partie liée avec la désintensification de la vie politique, avec son évanescence croissante. Il ne s’agit pas de dire qu’il suffirait de faire rentrer dans leurs droits des mots ou syntagmes naguère puissants comme « révolution », « prolétariat », « lutte des classes », « communisme », pour assurer la renaissance du politique ; mais, à l’évidence, la raréfaction de la vie politique entretient un rapport étroit avec sa tendance actuelle à s’effectuer sous le signe compact d’un seul maître-mot – démocratie. Cette situation de quasi-monopole fait violence à la vie politique (dont le multiple est l’élément) et tout ce qui tend à donner force de loi et à asseoir l’autorité de ce régime discursif contribue, quel que soit le chemin qui y conduit, à renforcer cet effet. Je nomme plèbe, flux plébéiens ce qui résiste à cette unification et ne se décline, par définition, qu’au pluriel. Je nomme rétivité, déprise, soulèvement (surrection) les modalités selon lesquelles se manifestent des sujets plébéiens, ou plutôt se compose une subjectivité plébéienne, s’agrège un corps plébéien de la lutte. L’expérience historique contemporaine, au temps du libéralisme enragé (wildgeworden, Marx), c’est que le peuple ne retrouve ses capacités adversatives face à ses ennemis et face à l’Etat que sous la forme elle-même ensauvagée d’une plèbe sans statut de légitimité autre que celui qu’elle construit dans la lutte, qu’elle impose à l’ennemi – je veux dire : un peuple sans arrières, sans patrimoine historique, sans inscription dans quelque grande tradition que ce soit. Un peuple surgi de rien d’autre que de sa propre exaspération, laquelle peut bien être aussi sa propre intelligence. Ce peuple né de ces conditions où tous ceux qui le composent ont été poussés à bout par l’hybris contemporaine du Capital et de ses marionnettes – la Trinité « emblématique », comme on dit, DSK, Berlusconi, Ben Ali – est aujourd’hui le tout autre du peuple du suffrage universel, celui auquel il ne saurait sous aucune condition se superposer. Mais il est également, aussi massifs que soient les rassemblements qu’il forme à l’acmé de son soulèvement, bien différent du peuple de la grève générale appelé de ses vœux par l’aile radicale de la Seconde Internationale. Car c’est un pur et simple peuple de l’instant du soulèvement, le rien devenu tout, dans le pur éclat, la pure fraction de temps où prends corps l’événement. Un peuple (celui de la place Tahir) condamné à être stigmatisé, réprimé, criminalisé comme plèbe aussitôt qu’apparaissent les premiers signes d’affaiblissement du souffle qui l’a porté.<br />
Tout conspire en ce sens, dans les conditions actuelles où les « prolétaires » à statut de naguère tendent à être traités par le Capital comme l’étaient, hier, les sujets coloniaux, à rendre floues les frontières entre plèbe et peuple – j’entends le peuple de l’événement, le peuple de la politique vive qui, en prenant corps, déplace les limites du possible. Cette transformation des conditions de la politique a son importance, si on la réfère, par exemple, à l’opposition que théorisait Foucault entre le peuple des organisations, de la mémoire collective, de la légitimité institutionnelle (le peuple de Charonne) et la plèbe des sans noms (les massacrés du 17 octobre 1961).</p>
<p><strong><em>Quand il s’agit d’égalité, de liberté ou d’émancipation, nous devons tout aux soulèvements populaires disait Marat. On pourrait mettre ces propos en exergue de notre entretien avec l’embarras qu’ils suscitent. Car voilà ce que sous-tendait notre question : si le </em>noli me tangere<em> décrit le principe subjectif caractérisant nos sociétés, on comprend intuitivement ce qu’il y a parmi ces choses un peu effrayantes auxquelles il ne faut pas toucher. Et c’est précisément ce qui se joue sous les termes de « soulèvements populaires », de « peuple », de « plèbe ensauvagée », ce qui déborde ici ou là et que tu présentes comme des flux hétérogènes, multiples et indéterminés. C’est ce qui advient dans des mouvements de déprise, des échappées, des gestes irréductibles ou lorsque tu parles aussi d’un peuple sans arrière, sans statut de légitimité autre que celui qu’il se construit ici et maintenant dans la lutte : le peuple de l’événement. On ne peut que souscrire à ces mots, on entend également, contrairement à ce que tu penses, parfaitement les antagonismes que tu fixes en déconstruisant le régime discursif dont « démocratie » serait l’opérateur – ou l’emblème pour le dire à la manière d’Alain Badiou. Et on ne peut que souscrire aussi à cet écart pointé entre un « peuple des organisations » et l’émergence d’une « plèbe des sans noms »… Ceci dit, tu nommes au fond « plèbe » ce qui vient embarrasser, bouleverser l’ordre des choses aussi bien qu’un ensemble de traditions politiques ou la pensée, de sorte que tu assumes un gardiennage de ce « dehors » dans sa singularité. Mais on sait que le problème est également de savoir ce qui advient de ces « purs éclats », de ce « peuple de l’événement » ? Ou comment établir ce « commun » qui aura inventé ici et maintenant des possibilités inouïes ? L’autre manière de poser la question est au fond celle-ci : comment une philosophie l’accueille ? Qu’en a-t-elle fait ? Ou comment elle l’affirme ? Par exemple, si Jacques Derrida invoque une « démocratie à venir » qui tomberait sous le coup de tes critiques, il a surtout construit une pensée pour appréhender des points de fuite dont « différence », « trace », « possible impossible » pourraient être les noms. C’est ce que l’on pourrait appeler également « de l’hétérogène » ou du « dehors » chez Michel Foucault ou encore le présupposé de l’égalité dans la démarche de Jacques Rancière… Alors pour reprendre le fil de notre discussion, on dira que ton objet est, parmi de nombreuses figures, cette chose embarrassante, la « plèbe ensauvagée » comme le creuset d’une triple opération. D’une part, elle exige une translation vers les marges comme un déplacement des perceptions, des angles de vue, des affectivités, et elle devient du coup l’opérateur d’un éclatement d’un certain ordre des discours figeant entre autre ce qu’est la politique. De sorte qu’elle est enfin le site de l’événement, du multiple, du pluriel, de la « vie politique » dont tu assumes le gardiennage.</em></strong></p>
<p>J’entends bien qu’il y aurait quelque chose de profondément ridicule à s’établir dans la position du « gardien de la plèbe » comme d’autres s’auto-instituent dans celle de gardiens légitimes et étatiques du peuple républicain. Ce dont je suis convaincu, c’est que la politique doit être placée sous le signe de la multiplicité des référents et des signifiants et non pas sous celui de l’unification autour d’un signifiant-maître ou d’une Idée, de son effectuation sous le signe et dans l’horizon de l’Un-seul. Or, dans les conditions présentes où la désintensification de la vie politique, la désertification du champ politique entretiennent évidemment des relations étroites avec la tendance massive à l’unification de la sphère politique autour du mot puissant Démocratie, le nom de la plèbe survient en premier lieu comme ce qui rappelle la condition première de la vie politique, la pluralité et le conflit des référents. Le nom de la plèbe vient nommer la possibilité quand même de différer, dans ce champ, il est le signifiant de l’hétérogène et la marque de l’impossibilité d’achever la clôture sous le signe de l’Un. Le nom des « points de fuite », comme vous dites. Il sera aussi peut-être (dans la situation actuelle où le chaos organisé de l’économie néo-libérale produit une dérégulation massive des rapports sociaux et introduit dans les relations entre gouvernants et gouvernés, employeurs et salariés, riches et pauvres, un élément de brutalité sans précédent) ce qui aide à nommer tout ce qui vient, en quelque sorte, en supplément de l’exploitation capitaliste, du conflit entre capitalistes et salariés – tout ce qui, de l’immémoriale relation entre maîtres et serviteurs, se trouve réveillé par cet élément de violence innommable qu’introduit le capitalisme contemporain dans les rapports sociaux.<br />
On voit bien comment, de plus en plus, le vocabulaire marxiste traditionnel au cœur duquel se trouve installé le motif de l’exploitation, de l’irréductible conflit qui oppose les capitalistes aux producteurs salariés, se trouve débordé par le retour de cette langue immémoriale où il est question de riches et de pauvres, de milliardaires en dollars et de sans- (papiers, domicile fixe, ressources, etc.), de maîtres et de serviteurs. Où la brutalisation des rapports sociaux trouve son expression dans la montée de motifs comme le mépris, l’humiliation, la dignité (bafouée), l’indignation, la fureur, la révolte, l’émeute – ceci sur fond de ce que l’on pourrait appeler une crise généralisée des formes de reconnaissance mutuelle qui se trouvaient établies au fondement des équilibres instables mais durables et des configurations où la complémentarité conflictuelle réglait les relations entre organisations patronales et syndicats, entre l’Etat-patron et les fonctionnaires, etc.<br />
Ce qui est entré dans une crise durable, signe d’une « maladie » irréversible et incurable, avec la montée en puissance de l’économie liquide et du capital financier, ce sont toutes les formes d’institutionnalisation de la lutte des classes qui, en Europe notamment, s’étaient développées par paliers successifs depuis la fin du XIXe siècle. Le syndicalisme de masse, le réformisme de type social-démocrate et l’Etat social en étaient les piliers apparemment indestructibles. Or, en peu de décennies, tout ceci a été saisi d’une sorte de tremblement généralisé au point de perdre toute capacité de baliser, étayer et agencer le monde social et politique dans lequel nous vivons.<br />
La tendancielle destruction de l’ensemble des dispositifs qui appareillaient la lutte des classes et agissaient à ce titre dans le sens de la modération des conflits a des conséquences incalculables. Sous nos latitudes mêmes, où prévalent encore des normes immunitaires élevées, des millions d’individus se retrouvent directement exposés, sans médiation, à la brutalité du système, aux assauts du capitalisme liquide et des procédures de dérégulation tous azimuts. Ces coups de boutoir pulvérisent les assurances identitaires et produisent une humanité qui, tendanciellement, va s’éprouver comme menacée dans son élémentaire intégrité. Tant il est vrai que l’effet du chaos organisé est de produire toute une série de fractures, de séparations, d’exclusions, de discriminations qui fragmentent et atomisent les groupes, détruisent les solidarités, isolent, désolent et tendent à faire douter certains de leur appartenance au corps commun de l’humanité générique – lequel n’existe qu’à la condition de la reproduction continue de ces mécanismes de reconnaissance que le système, dans sa rage destructrice contemporaine, travaille sans relâche à ruiner.<br />
La plèbe sera alors tout simplement cette part de l’humain (de la population) qui ne consent pas à sa désolation programmée et qui politise à ses propres conditions les enjeux du « retour » de cette sorte d’Ancien régime spectral où le serviteur n’a rien d’autre à attendre du maître que le plus constant des mépris. Strauss-Kahn, sous cet angle, est mieux qu’un emblème – une allégorie, celle d’un monde où les maîtres désignent les serviteurs sous le nom de « matériel » et les voient comme le pur et simple truchement de l’assouvissement de leurs décrets et de leurs plaisirs. La plèbe, comme dans Les chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmèche, c’est le contre-champ de cette présomption sans limite, mais un contre-champ sans échange, sans langue commune, sans espace partagé. Qui s’étonnera que les châteaux brûlent, quand, du sein de la gauche socialiste, surgit ce type d’émule tardif du Divin Marquis ?<br />
<strong>Alain Brossat</strong><br />
<em>la Part de la plèbe</em> / mai 2012<br />
<em>Entretien avec Alexandre Costanzo et Daniel Costanzo</em><br />
<strong><em><a href="http://ici-et-ailleurs.org/" target="_blank">Publié sur Ici et ailleurs</a></em></strong><br />
<strong><em>L&#8217;hyperlien deleuzo-guattarien, dans le propos d&#8217;Alain Brossat,<br />
est made in le Silence qui parle.</em></strong><br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/film-socialisme2.jpg" rel="lightbox[2686]"><img class="alignnone size-full wp-image-2694" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/film-socialisme2.jpg" alt="La part de la plèbe / Alain Brossat (entretien avec Alexandre Costanzo et Daniel Costanzo) dans Agora film-socialisme2" width="1280" height="960" /></a></p>
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		<title>Concitoyennes, concitoyens, chères électrices et chers lecteurs… En attendant le &#171;&#160;journal clandestin&#160;&#187; / Jean-Marc Adolphe / Revue Mouvement</title>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 00:09:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On sait, la presse, c’est comme la Grèce, ça va plutôt mal. Et pourtant, ces derniers mois, votre « revue indisciplinée » a augmenté ses ventes (kiosques, librairies et abonnements) de 30%. Vos suffrages nous mettent évidemment du baume au cœur. D’autant plus que l’environnement ambiant ne nous aide guère. Bien qu’envoyé en service de presse à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On sait, la presse, c’est comme la Grèce, ça va plutôt mal. Et pourtant, ces derniers mois, votre « revue indisciplinée » a augmenté ses ventes (kiosques, librairies et abonnements) de 30%. Vos suffrages nous mettent évidemment du baume au cœur. D’autant plus que l’environnement ambiant ne nous aide guère. Bien qu’envoyé en service de presse à un certain nombre de rédactions, le dernier numéro de <em>Mouvement</em>, comportant un dossier, « Défaire le colonialisme », dont nous sommes plutôt fiers, n’a quasiment pas été relayé. Quasiment censuré sur France Culture, hormis une exception notoire dans l’émission <em>La Dispute</em>, sur la scène de l’art contemporain en Croatie (sans doute n’avons-nous pas été assez élogieux sur le dernier ouvrage d’Olivier Poivre d’Arvor), <em>Mouvement</em> n’accroche à son tableau de citations qu’une <strong><a href="http://www.liberation.fr/culture/2012/05/03/pieces-de-resistance-en-seine-saint-denis_816217" target="_blank">mention de Marie-Christine Vernay dans <em>Libération</em></a></strong>, autour des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis (auxquelles <em>Mouvement</em> s’associe à travers plusieurs rencontres avec des chorégraphes, voir nos <strong><a href="http://www.mouvement.net/accueil#multim%C3%A9dia" target="_blank">« Rendez-vous Mouvement »</a></strong>). Ainsi va la presse dans notre pays désormais Hollandais, timorée et peu confraternelle. Restent heureusement quelques blogs et sites Internet (merci à l’excellent <strong><a href="http://www.paris-art.com/" target="_blank">paris-art.com</a></strong>), le téléphone arabe et le bouche-à-oreille.<br />
Mais l’essentiel, donc, est que <em>Mouvement</em> voie progresser son audience. Ce qui n’est pas une raison pour se reposer sur ces lauriers, bien au contraire. Nous venons même de nous doter d’un nouveau moteur turbo (évidemment silencieux et non polluant) pour passer à la vitesse supérieure. A partir du 14 juin, <em>Mouvement</em> paraîtra désormais tous les deux mois. Et, <em>of course</em>, abonnez-vous dès maintenant ! Vous aurez ainsi la primeur de découvrir avant tout le monde, en sus de <em>Mouvement</em> et de trois nouveaux tirés-à-part (« Chorégraphes associés », « Culture et développement durable », « Jouer avec la ville », avec <a href="http://www.lieuxpublics.fr/" target="_blank"><strong><em>Lieux publics</em></strong></a> et le réseau européen <a href="http://www.in-situ.info/fr/" target="_blank"><em><strong>In Situ</strong></em></a>), un « journal clandestin ». Qu’es aco ? Chut !, c’est totalement secret (puisque clandestin). On vous réserve la surprise.<br />
<strong>Jean-Marc Adolphe</strong><br />
<em>Extrait de l&#8217;édito de <strong><a href="http://www.mouvement.net/site.php" target="_blank">Mouvement</a></strong></em> / mai 2012<br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/machineareverbriongysin.jpg" rel="lightbox[2678]"><img class="alignnone size-full wp-image-2681" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/machineareverbriongysin.jpg" alt="Concitoyennes, concitoyens, chères électrices et chers lecteurs… En attendant le "journal clandestin" / Jean-Marc Adolphe / Revue Mouvement dans Agora machineareverbriongysin" width="700" height="453" /></a></p>
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		<title>Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs / Anne Querrien</title>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 07:48:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Gilles Châtelet saisit et dénonce le tournant historique réactionnaire des années 80, triomphe de la médiocrité, qui s’observe dans les politiques culturelles, et surtout dans les modes de vie, au moment où les politiques économiques et sociales s’enfoncent dans le libéralisme, la privatisation et la communication. De ce pamphlet, deux personnages grotesques émergent, le Cybergédéon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2008/09/17/relire-marcuse-pour-ne-pas-vivre-comme-des-porcs-gilles-chatelet/" target="_blank"><strong>Gilles Châtelet</strong></a> saisit et dénonce le tournant historique réactionnaire des années 80, triomphe de la médiocrité, qui s’observe dans les politiques culturelles, et surtout dans les modes de vie, au moment où les politiques économiques et sociales s’enfoncent dans le libéralisme, la privatisation et la communication. De ce pamphlet, deux personnages grotesques émergent, le<em> Cybergédéon</em> et la <em>Turbobécassine</em>, hybrides alliant le gore moyenâgeux à la prétention « numérique ».<br />
D’une démonstration qui fait mouche, voici une série de passages qui témoignent à la fois du style et du message :<br />
En une phrase, Châtelet pose le décor postrévolutionnaire : <em>« […]Andy Warhol n’avait-il pas dit que tout le monde serait désormais une star… pendant une seconde ? »</em> (p. 26)<br />
Un décor qui se concentre de façon anecdotique dans la boîte parisienne <em>Le Palace</em> dont le patron, Fabrice, dispose d’un <em>« […] vivier de beaux lévriers de banlieue, disponibles et arrogants, parvenus par l’animalité et fiers de l’être, piaffant avec cet air farouche qui prétend décourager toute approche pour ne se soumettre qu’aux plus audacieux »</em>. (p. 27)<br />
<em>« […] comme beaucoup d’autres gogos, les grands dadais de la cybermeute se prenaient pour les princes des réseaux et des déclics, alors qu’une force centrifuge des millions de fois plus puissante qu’eux les avaient déjà relégués dans les provinces subsidiaires du snobisme de deuxième main, dans ces satrapies lointaines où la mode exile cruellement ceux qui croient avoir trouvé la bonne combine pour s’installer tout juste derrière les locomotives, sans savoir qu’ils sont déjà contaminés par ce que les mondains redoutent le plus : la ringardise. »</em> (p. 30)<br />
<em>« […] l&#8217;infatuation et l&#8217;esprit de chapelle allaient, comme d&#8217;habitude, venir à bout de l&#8217;intelligentsia française, qui était un peu le navire amiral de la subversion européenne. Les années 60 avaient été celles du naufrage du “matérialisme dialectique” qui, peu à peu, avait perdu toutes ses griffes ; il avait fallu céder le terrain au “nietzschéisme” qui, à son tour, commençait à s&#8217;effriter. Hegel, Marx, Nietzsche n&#8217;avaient bien sûr rien à voir avec tout cela, mais toute grande pensée si affûtée soit-elle, périt toujours entre les mains des vestales trop zélées.</em><br />
<em> Les vestales ne manquaient pas : nietzschéisme vagabond qui errait de Zarathoustra à la CFDT, nietzschéisme mondain pour les plus éveillés &#8211; aussi indispensable aux dîners parisiens que l&#8217;entremets de la maîtresse de maison &#8211; et enfin post-nietzschéisme postmoderne pour les plus demeurés et les plus provinciaux, lassés des “grands récits” et des “luttes ringardes” qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais eu le courage de mener. Le style Cyber-Wolf, apolitique et blasé, commençait à pulluler : comment résister à la délicieuse frivolité de ceux qui se faisaient fort de “chier sur le négatif”, qui croyaient avoir enfin trouvé le secret de la jubilation permanente et prétendaient cultiver des orchidées dans le désert sans trop se préoccuper de l&#8217;épineux problème de l&#8217;arrosage ? Merveilleux Jardiniers du créatif qui voulaient s&#8217;envoler avant d&#8217;avoir appris à marcher et qui avaient oublié que la liberté, est aussi la maîtresse concrète &#8211; et souvent douloureuse &#8211; des conditions de la liberté.</em><br />
<em> La Contre-Réforme néo-libérale allait prendre sa revanche sans faire de cadeaux aux Jardiniers du créatif. Chaque idée, fût-elle la plus généreuse, être impitoyablement retournée comme un gant, ruminée pour resurgir sous la forme d&#8217;une réplique cauchemardesque… »</em> (p. 34).<br />
S’ensuit un point de vue critique sur le discours de mai 68, sur l’apologie de la différence qui ne fait que masquer la hiérarchie toujours présente, sur la critique de l’Etat qui légitime la casse de l’Etat-providence, sur le nomadisme qui conduit à la mondialisation et aux délocalisations, sur l’ordre du désir qui ne reflète que le narcissisme à la base des démocraties de marchés.<br />
Le chaos, fort à la mode, lui semble <em>« […] une dialectique bâclée, limitée au pressentiment trouble d’une multiplicité hantée par une unité originaire, elle-même toujours déjà contaminée par le divers. C’est pourquoi la fascination exercée par les théories scientifiques modernes du chaos n’est pas exempte d’équivoque : elle conjugue deux séductions, celle du confort de l’opérativité et celle de l’émerveillement face à tout ce qui est sur le point d’apparaître. »</em> (p.41) Des métaphores sont importées de théories mathématiques (Gilles Châtelet est mathématicien)  <em>« […] sans expérience de pensée propre légitimant le choix des variables, des paramètres qui articulent les mathématiques pures aux causalités réelles »</em> (p. 48). On fait dire aux mathématiques ce qu’on veut, et en l’absence de pensée ce qu’on veut, c’est la platitude, la bêtise.<br />
<em>« […] L’expérience de pensée de Hobbes ne se contente pas de légitimer la soumission à un corps visible incarné dans le corps visible du souverain, elle permet de concevoir la multitude des robinsons comme une masse possédant tous les caractères de fluidité, de prédictibilité, d’opérativité impersonnelle d’un marché »</em>. (p. 52) <em>« La mise en coïncidence de la multitude des robinsons avec une masse rend leur détresse et leur férocité calculables, rationnelles, domesticables dans le confort et l’habitude, dans l’ordre cybermercantile contemporain habité par Bécassine Turbo-diesel et Gédéon Cyber-plus. Un ordre caractérisé par la jouissance de chacun à sa place, de l’égalité dans la détresse. »</em> (p. 55)<br />
L’homme moyen inventé par Quételet, fondateur de l’approche différentielle en psychologie, consacre la déchéance statistique de l’homme ordinaire. D’après Quételet, l’homme moyen est à la nation ce que le centre de gravité est à un corps, le point de composition de toutes les forces qui s’appliquent à lui à l’instant <em>t</em>. D’où la stratégie proposée par Hobbes, Quételet et tous les libéraux : capter l’énergie des citoyens en la transformant en énormes silos virtuels d’hommes moyens grâce au travail ou aux sondages d’opinion. Virtuel est à comprendre ici au sens de force, et non au sens d’illusion. (p. 60).  Marché=démocratie=majorité d’hommes moyens (p. 65).<br />
Et « la main invisible » ne fait que faire glisser chaque homme ordinaire dans la peau de l’homme moyen par un cheminement sympathique, d’autant plus adapté que l’argent donne une équivalence à toutes les situations. La participation aux jeux de société par exemple est une propédeutique à ce cheminement. Pour le pouvoir d’aujourd’hui, il s’agit de <em>« […] faire miroiter aux yeux de l’homme ordinaire une immanence de pacotille – celle de « l’homme moyen » pour mieux assurer la transcendance de l’équilibre. Fluidité maximale propageant le mimétisme comme une gangrène, confusion de la mobilité avec le nomadisme douteux des &laquo;&nbsp;jobs&nbsp;&raquo; et du temps partiel, solidarités expéditives de camaraderie de survie, tels sont les caractères de la nouvelle société civile, asservie à l’équilibre… la thermocratie »</em> (p. 78).<br />
Dans cette société, le rôle des Cybergédéons est d’exclure froidement du festin ceux qui n’ont pas les moyens d’y participer, de faire descendre le rôle de l’Etat au niveau individuel. Et Gilles Châtelet d’anticiper (il est mort en 1999) : <em>« […] Pourquoi ne pas rendre encore plus acérée l’offensive de la thermocratie en inventant une microphysique de l’obéissance, une neurocratie qui permettrait de frôler le zéro absolu du politique, et ferait passer d’une paix thermo-civile à une paix cyber-civile »</em> (p. 80). Les recherches pour créer les conditions d’une anarchie rationnelle d’hommes communicants et une fluidité financière intégrale vont en ce sens.<br />
Suit un mini-pamphlet contre le pétro-nomadisme pétainiste de la voiture : travail-famille-bêtise montée sur pneus, où tout le monde devient égal dans l’immobilisme de l’embouteillage. Compétition hargneuse quand ça roule, et impuissance quand ça ne roule pas. Apprentissage fordiste des règles de la démocratie marché. Deuxième mini-pamphlet visant les campagnes contre la drogue des années 80 : <em>« […] On avait même requis pour l’occasion les gueules et les appas les plus viscéralement consensuels, notamment ceux d’Anne Sinclair qui a su jusqu’à aujourd’hui conjuguer avec bonheur la force tranquille d’une walkyrie du sens commun et la spiritualité post-moderne des turbobécassines »</em> (p. 109)<br />
Turbo-bécassines et cyber-gédéons sont<em> « […] exemplaires de ce cynisme décontracté qui se réclame du &laquo;&nbsp;chacun son truc&nbsp;&raquo;, expression aussi indispensable à l’hygiène &laquo;&nbsp;créative vitale de la société civile&nbsp;&raquo; que la bouteille d’eau minérale qui ne quitte jamais notre néo-bécassine et lui permet de &laquo;&nbsp;mieux vivre la ville&nbsp;&raquo;. La prolifération des turbo-bécassines et des cyber-gédéons et l’émergence concomitante d’un certain snobisme de masse sont des signes qui ne trompent pas ; ce sont les critères d’entrée dans la société tertiaire de services, critères presque aussi fiables que les discontinuités qui, dans une flore ou dans une faune, marquent le franchissement de telle ou telle zone climatique. »</em> (p. 112)<br />
<em>« […] Le comble de l’extase cyber-bourgeoise ? Une journée épuisante à traquer les soldes &laquo;&nbsp;les plus sympas&nbsp;&raquo; et conclue par un &nbsp;&raquo; Oui, enfin, je veux dire… Descartes, Leibniz, Voltaire feraient comme nous. Eux aussi étaient déjà cosmopolites…&nbsp;&raquo; Nous venons de mettre le doigt sur une des manies les plus écœurantes du populisme urbain et de son cosmopolitisme d’aéroport : se réclamer des</em> best of <em>de la planète en prétendant se réclamer d’un cosmopolitisme qui s’animait d’une passion de l’humanité et visait à la libérer de l’abjection de la nécessité… Pour la grande majorité des Turbo-bécassines et des Cyber-gédéons, le cosmopolitisme est d’abord une certaine manière transcontinentale de rester chez soi et entre soi. »</em> (p. 121-122).<br />
L’exception culturelle française n’est jamais que la réduction de la culture française à ses parts de marché et la promotion d’une surclasse nomade de <em>condotierri</em> du XXI siècle qui, d’après Jacques Attali savent créer, jouir, bouger, et surtout vivre sans payer ce qu’ils consomment. Mais <em>« […] comment battre de vitesse l’atomisation et sa prolifération d’unités de détresse, réduites à leurs baskets, leurs deux kilos de cervelle et leur baladeur ? Disloquer et déprimer est maintenant infiniment plus rapide que la patiente maturation d’unités de lutte, de subversion et de solidarité capables d’embraser la multitude »</em> (p. 135).<br />
Cette liquidation se fait au moyen d’un parler-vrai, qui tempère l’objectivité des chiffres par <em>« […] une espèce de bienveillance exhibitionniste pour tout ce qui est concret et quotidien : panier de la ménagère », décor de la salle de bains ou de la chambre à coucher, figures souriantes du crédit. … « […] Les neurones sur pied jouiront certes d’une existence plus confortable que les serfs ou les ouvriers des filatures, mais ils n’échapperont pas facilement au destin de matière première auto-régulable d’un marché aussi prédictible et homogène qu’un gaz parfait, matière offerte en atomes de détresse mutilés de tout pouvoir de négociation pour louer leur mental, cervelle par cervelle »</em> (p. 143- 145) Un néoprolétariat est né, auquel s’opposent le luxe et l’insolence des nouveaux chevaliers du marché, qu’envient Turbo-bécassines et Cyber-gédéons.<br />
<em>« […] Les chevaliers-opérateurs n’ont pas dit leur dernier mot : ils savent que, transformés en hommes moyens et segmentés en tranches, les gogos deviennent inoffensifs et conspirent même à un équilibre qui, loin de tendre vers une extension pour chacun de la capacité d’agir, induit et renforce un équilibre des inégalités. Car tout le jeu consiste, comme pour le marché financier, à créer de la dissymétrie, à organiser des groupes de pression, à accaparer l’espace-temps public… à proliférer en réseau pour faire triompher son message&#8230; ce qui ruine les prétentions démocratiques d’un équilibre fondé sur le principe un homme-une voix. »</em> (p. 148). <em>« La symétrie entre Main invisible (de l’économie) et Boîte noire (de la communication) doit être impitoyable et exige que les exclus de la prospérité économique tendent à coïncider exactement avec les apathiques du jeu politique »</em> (p . 150).<br />
Comme le dit <a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2010/10/03/preface-a-propaganda-dedward-bernays-normand-baillargeon/" target="_blank"><strong>Edward Bernays</strong></a>, neveu de Freud, fondateur de la discipline des relations publiques aux Etats Unis : <em>« […] Ce sont les minorités intelligentes qui se doivent de faire un usage systématique et continu de la propagande. »</em> (p. 152). Plus est amorcée la triple alliance des marchés économiques, politiques et communicationnels, plus s’impose la nécessité d’une dissymétrie préfabriquée par les ingénieurs sociaux de consensus… Il s’agit de construire la société civile à l’échelle planétaire, de réunir l’anarchie, le juridisme, l’empirisme logique et le mercantilisme sous l’étendard du néoconservatisme festif, du Dieu unique du chaos et du réseau, en un cortège fermé par les <em>« maquignons du dressage cognitif »</em>… <em>« […] Ce ne sont pas les robots qui nous menacent, mais ce rapport instrumental au langage qui prétend le dépouiller de toute ambiguïté afin que toute opération cognitive puisse être vue comme une suite d’étapes élémentaires. »</em> (p. 154).<br />
<em>« […] Le travail est écartelé entre le travail-corvée de la survie et le travail-performance de la surclasse. C’est négliger que seul le travail-patience entraine une amplification inouïe de la liberté à la fois en extension, par le développement de la puissance d’agir de chacun, et en intensité, par la découverte d’une plasticité propre à l’individualité humaine »</em> (p. 160). La crise contemporaine tient à la dégradation relative du travail patience alors qu’il est le seul créateur de richesses nouvelles. <em>« […] La tyrannie et la médiocrité de la demande socio-économique ont vaincu ce qui prétendait incarner le dynamisme et la légitimité d’une nouvelle micropolitique post-moderne »</em> (p. 162)<br />
Et enfin vient la contre-proposition : <em>« […] A la mesquinerie de l’homme moyen… vautré dans le pluralisme – ce multiple anesthésié- il convient d’opposer l’homme quelconque, capable d’éveiller le geste politique qui déborde toute routine et tout possible anticipé. »</em> Il y a un héroïsme, un superflu du quelconque où se manifeste le politique en tant que tel, qui n’est pas naturel, ni statistique, ni moyen. <em>« La liberté cogne comme un fait et ne se réduit pas à faire un choix »</em> rationnel. L’héroïsme du quelconque propulse dans le collectif des individuations nouvelles… Il amplifie nos possibles et nous sauve de l’immonde condition d’espèce humaine, sans le secours d’un dieu, et fait que l’histoire ne se résume pas à la conquête de niches écologiques.<em> « La démocratie ne se déduit pas d’une optimisation de possibles préexistants mais surgit par le pari, infiniment plus généreux et donc infiniment plus risqué, d’une excellence des virtualités de la multitude et de l’aptitude de celle-ci  à la dispenser. A ce pari s’associe le principe de l’innocence de l’exception… La démocratie vaut parce qu’elle laisse sa chance à cet héroïsme du quelconque, dont, jusqu’à présent, l’Histoire n’a toléré que des balbutiements. »</em> (p.167)<br />
La même conviction travaille les deux autres recueils d’articles et de notes diverses publiés après sa mort par Catherine Paoletti : <em>Les animaux malades du consensus,</em> aux éditions <a href="http://www.editions-lignes.com/" target="_blank"><strong>Lignes</strong></a>, et <em>L’enchantement du virtuel</em> aux Editions de la rue d’Ulm, le premier plus journalistique, le second plus théorique et pédagogique. Malgré le titre et l’exergue, tirée de <em>Qu’est-ce que la philosophie ?</em> qui souligne la honte qu’il y a à être un homme dans les démocraties de marchés, il n’est pas question ici de passer à la surhumanité ou à la posthumanité, en suivant le chemin lâche des turbo-bécassines et des cyber-gédéons. Il s’agit de se remettre au travail-patience de la production du virtuel dans le domaine quelconque où l’on fait jouer sa liberté, où l’on peut s’engager dans un devenir exceptionnel.<br />
<strong>Anne Querrien</strong><br />
<em>Note de lecture (ici en version intégrale) paru dans <a href="http://www.revue-chimeres.fr/drupal_chimeres/" target="_blank"><strong>Chimères</strong></a> n°75</em> / 2011<br />
<strong>Gilles Châtelet</strong> / <em>Vivre et penser comme des porcs, de l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés</em>, Exils puis Folio, 1999.<br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/homecar.jpg" rel="lightbox[2643]"><img class="alignnone size-full wp-image-2666" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/homecar.jpg" alt="Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs / Anne Querrien dans Chimères homecar" width="800" height="509" /></a></p>
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		<title>Marelle / Julio Cortázar</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 00:17:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je touche tes lèvres, je touche d&#8217;un doigt le bord de tes lèvres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s&#8217;entrouvrait pour la première fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer, je fais naître chaque fois la bouche que je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je touche tes lèvres, je touche d&#8217;un doigt le bord de tes lèvres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s&#8217;entrouvrait pour la première fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer, je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu&#8217;elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.<br />
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s&#8217;enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvements vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l&#8217;eau.<br />
<strong>Julio Cortázar</strong><br />
<em>Marelle (Rayuela)</em> / 1963<br />
<a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/davidlynchisabellarossellini.jpg" rel="lightbox[2641]"><img class="alignnone size-full wp-image-2646" src="http://lesilencequiparle.unblog.fr/files/2012/05/davidlynchisabellarossellini.jpg" alt="Marelle / Julio Cortázar dans Pitres davidlynchisabellarossellini" width="800" height="793" /></a></p>
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		<title>Les jours sont courts / François Béranger</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 05:04:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Videos]]></category>

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		<description><![CDATA[François Béranger 1937-2003]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><p><a href="http://lesilencequiparle.unblog.fr/2012/05/06/les-jours-sont-courts-francois-beranger/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p><br />
<strong><a href="http://www.facebook.com/Beranger.Francois?v=app_156218351098324">François Béranger</a></strong><br />
<em>1937-2003</em></p>
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		<title>Par-delà l&#8217;impossible / Raoul Vaneigem</title>
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		<pubDate>Sat, 05 May 2012 00:36:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lesilencequiparle</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;impossible est un univers clos. Néanmoins, nous en possédons la clé et, comme nous le soupçonnons depuis des millénaires, la porte s&#8217;ouvre sur un champ d&#8217;infinies possibilités. Ce champ, il nous appartient plus que jamais de l&#8217;explorer et de le cultiver. La clé n&#8217;est ni magique ni symbolique. Les Grecs anciens la nommaient &#171;&#160;poésie&#160;&#187;, du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>L&#8217;impossible est un univers clos. Néanmoins, nous en possédons la clé et, comme nous le soupçonnons depuis des millénaires, la porte s&#8217;ouvre sur un champ d&#8217;infinies possibilités. Ce champ, il nous appartient plus que jamais de l&#8217;explorer et de le cultiver. La clé n&#8217;est ni magique ni symbolique. Les Grecs anciens la nommaient &laquo;&nbsp;poésie&nbsp;&raquo;, du verbe &laquo;&nbsp;poiein&nbsp;&raquo;, construire, façonner, créer.</em></strong></p>
<p>Depuis qu&#8217;avec la civilisation marchande s&#8217;est instauré le règne des princes et des prêtres &#8211; dont les lamentables résidus continuent de grouiller sur le cadavre de Dieu &#8211; le dogme de la faiblesse, de la débilité native de l&#8217;homme et de la femme n&#8217;a cessé d&#8217;être enseigné, aux dépens de la créativité, faculté humaine par excellence. La loi du pouvoir et du profit ne condamne-t-elle pas l&#8217;enfant à vieillir prématurément en apprenant à travailler, à consommer, à s&#8217;exhiber sur un marché d&#8217;esclaves où la roublardise concurrentielle et compétitive étouffe l&#8217;intelligence du cœur et de la solidarité ?<br />
Nous sommes en butte à une dénaturation constante où la vie est vidée de sa substance tandis que la nécessité de survivre se réduit à la quête animale de la subsistance. Le droit aléatoire à l&#8217;existence s&#8217;acquiert au prix d&#8217;un comportement prédateur qui monnaie et rentabilise la peur.<br />
Alors que le travail socialement utile &#8211; agriculture naturelle, école, hôpitaux, métallurgie, transports &#8211; se raréfie et se dégrade, le travail parasitaire, assujetti aux impératifs financiers, gouverne les Etats et les peuples au nom d&#8217;une bulle financière vouée à imploser. La peur règne et répond à la peur. La droite populiste récupère la colère populaire. Elle lui désigne des boucs émissaires interchangeables, juifs, arabes, musulmans, chômeurs, homosexuels, métèques, intellectuels, en-dehors, et l&#8217;empêche ainsi de s&#8217;en prendre au système qui menace la planète entière. Dans le même temps, la gauche populiste canalise l&#8217;indignation en des manifestations dont le caractère spectaculaire dispense de tout véritable projet subversif. Le nec plus ultra du radicalisme consiste à brûler les banques et à organiser des combats de gladiateurs entre flics et casseurs comme si ce combat dans l&#8217;arène pouvait ébranler la solidité du système d&#8217;escroquerie bancaire et les Etats qui, unanimement, en assument les basses œuvres.<br />
Partout la peur, la résignation, la fatalité, la servitude volontaire obscurcissent la conscience des individus et rameutent les foules aux pieds de tribuns et de représentants du peuple, qui tirent de leur crétinisation les derniers profits d&#8217;un pouvoir vacillant.<br />
Comment lutter contre le poids de l&#8217;obscurantisme qui, du conservatisme à la révolte hargneuse et impuissante du gauchisme, entretient cette léthargie du désespoir, alliée de toutes les tyrannies, si révoltantes, si ridicules, si absurdes qu&#8217;elles soient ? Pour en finir avec les diverses formes de grégarisme, dont les bêlements et les hurlements jalonnent le chemin de l&#8217;abattoir, je ne vois d&#8217;autre façon que de ranimer le dialogue qui est au cœur de l&#8217;existence de chacun, le dialogue entre le désir de vivre et les objurgations d&#8217;une mort programmée.<br />
Par quelle aberration consentons-nous à payer les biens que la nature nous prodigue : l&#8217;eau, les végétaux, l&#8217;air, la terre fertile, les énergies renouvelables et gratuites ? Par quel mépris de soi juge-t-on impossible de balayer sous le souffle vivifiant des aspirations humaines cette économie qui programme son anéantissement en accaparant et en saccageant le monde ? Comment continuer à croire que l&#8217;argent est indispensable alors qu&#8217;il pollue tout ce qu&#8217;il touche ?<br />
Que les exploiteurs s&#8217;opiniâtrent à convaincre les exploités de leur inéluctable infériorité, c&#8217;est dans la logique des choses. Mais que révoltés et révolutionnaires se laissent emprisonner dans le cercle artificieux de l&#8217;impossible, voilà qui est scandaleux. J&#8217;ignore combien de temps s&#8217;écoulera avant que volent en éclats les tables d&#8217;airain de la loi du profit, mais aucune société véritablement humaine ne verra le jour tant que ne sera pas brisé le dogme de notre incapacité à fonder une société sur la vraie richesse de l&#8217;être : la faculté de se créer et de recréer le monde.<br />
Jusqu&#8217;à ce que les mots porteurs de vie se fraient un chemin dans la forêt pétrifiée, où les mots glacés et gélatineux consacrent le pouvoir d&#8217;une mort froidement rentabilisée, peut-être est-il indispensable de répéter inlassablement : oui il est possible d&#8217;en finir avec la démocratie corrompue en instaurant une démocratie directe ; oui il est possible de pousser plus avant l&#8217;expérience des collectivités libertaires espagnoles de 1936 et de mettre en œuvre une autogestion généralisée ; oui il est possible de recréer l&#8217;abondance et la gratuité en refusant de payer et en mettant fin au règne de l&#8217;argent ; oui il est possible de liquider l&#8217;affairisme en prenant à la lettre la recommandation &laquo;&nbsp;Faisons nos affaires nous-mêmes&nbsp;&raquo; ; oui il est possible de passer outre aux diktats de l&#8217;Etat, aux menaces des mafias financières, aux prédateurs politiques de quelque étiquette qu&#8217;ils se revendiquent.<br />
Si nous ne sortons pas de la réalité économique en construisant une réalité humaine, nous permettrons une fois de plus à la cruauté marchande de sévir et de se perpétuer.<br />
Le combat qui se livre sur le terrain de la vie quotidienne entre le désir de vivre pleinement et la lente agonie d&#8217;une existence appauvrie par le travail, l&#8217;argent et les plaisirs avariés, est le même qui tente de préserver la qualité de notre environnement contre les ravages de l&#8217;économie de marché. C&#8217;est à nous qu&#8217;appartiennent les écoles, les produits de l&#8217;agriculture renaturée, les transports publics, les hôpitaux, les maisons de santé, la phytothérapie, l&#8217;eau, l&#8217;air vivifiant, les énergies renouvelables et gratuites, les biens socialement utiles fabriqués par des travailleurs cyniquement spoliés de leur production. Cessons de payer pour ce qui est à nous.<br />
La vie prime l&#8217;économie. La liberté du vivant révoque les libertés du commerce. C&#8217;est sur ce terrain-là que, désormais, le combat est engagé.<br />
<strong>Raoul Vaneigem</strong><br />
<em>Par-delà l&#8217;impossible</em> / avril 2012<br />
<strong><em>Publié dans <a href="http://www.limpossible.fr/001/index.php" target="_blank">l&#8217;Impossible</a> n°2</em></strong><br />
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