Archive mensuelle de avril 2010

A propos de la polémique ouverte autour du propos de Michel Onfray / Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

En tant que soignants (psychiatres, éducateurs, psychologues, infirmiers…), certains, psychanalystes, d’autres non, mais tous engagés dans un mouvement contre une psychiatrie sécuritaire, normative et hygiéniste, nous ne pouvons que nous insurger contre le propos récent de Michel Onfray.

Pierre Delion, qui fait partie des fondateurs de notre mouvement a su dire tout ce que nous devons à la fondation freudienne pour l’invention d’une pratique de psychothérapie institutionnelle, forgée dans la résistance au nazisme et à l’indifférence devant les 40 000 malades mentaux morts de faim et d’abandon.

Ce qui compte pour nous c’est une politique de la folie et une éthique fondée sur une mise en acte d’un inconscient qu’il faut bien appeler freudien, ainsi qu’une méthode qu’il s’agit de réinventer sans cesse à partir d’une écoute et d’une « pratique de la folie » soutenant des soins psychiques relationnels.

A rebours de toute idolâtrie comme de tout dévoiement de la psychanalyse, la transmission d’une pratique de la psychiatrie en prise avec l’inconscient ne peut être qu’une refondation permanente d’un savoir clinique qui laisse aussi sa place aux savoirs, trouvailles et inventions de la psychose.

La pratique nous permet de vérifier chaque jour la pertinence d’une approche soignante qui accueille le délire comme tentative de guérison, et donne la possibilité au patient de s’ouvrir au monde en le reconstruisant.

Il est assez scandaleux que les attaques que nous subissons depuis ces vingt dernières années de la part des tenants de l’économie néolibérale, et qui visent à éradiquer la subversion d’un accueil de la parole folle, trouvent aujourd’hui un relais de la part de quelqu’un qui se prétend de notre bord et se présente sous le jour d’une posture pseudolibertaire. Se dévoile ainsi un discours prétendument démystificateur qui fait le jeu de la marée montante de tous les courants obscurantistes visant à faire taire le sujet, à le formater ou à l’enfermer.

Il nous semble donc essentiel de soutenir le socle fondateur de nos pratiques contre une prétention nihiliste à dire n’importe quoi au mépris de toute vérité historique. Cette imposture qui est un trait de notre époque est la même qui empêche la transmission et rejette notre engagement pour une psychiatrie orientée par l’hospitalité pour la folie.

Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire
30 avril 2010
www.collectifpsychiatrie.fr
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Généalogie de la morale (2) / Friedrich Nietzsche

16 - Je ne puis plus, à ce point, me dispenser de prêter une première expression provisoire à ma propre hypothèse sur l’origine de la « mauvaise conscience » : elle n’est pas facile à faire entendre, et il faut pendant longtemps la méditer, la veiller, passer ses nuits dessus. Je considère la mauvaise conscience comme la profonde maladie dans laquelle l’homme devait sombrer sous la pression du plus radical de tous les changement qu’il ait vécu de manière générale, – le changement qui survint lorsqu’il se trouva définitivement prisonnier de l’envoûtement de la société et de la paix. Ce qui se produisit de toute nécessité pour les animaux aquatiques lorsqu’ils furent contraints soit de devenir animaux terrestres, soit de périr, ce n’est pas autre chose qui arriva à ces demi-animaux adaptés avec bonheur à l’étendue sauvage, à la guerre, au vagabondage, à l’aventure, – d’un seul coup, tous leurs instincts se trouvèrent dévalorisés et « suspendus ». Il leur fallait désormais marcher sur leurs pieds et « se porter eux-mêmes » là où auparavant ils étaient portés par l’eau : une pesanteur effroyable les écrasait. Ils se sentaient gauches pour les besognes les plus simples, pour ce monde nouveau et inconnu, ils n’avaient plus leurs anciens guides, les pulsions régulatrices, guidant inconsciemment avec sûreté, – ils en étaient réduits à penser, conclure, calculer, combiner des causes et des effets, ces malheureux, à leur « conscience », à leur organe le plus pauvre et le plus exposé à la méprise ! Je crois que jamais il n’a existé sur terre un tel sentiment de détresse, un tel malaise de plomb, – et ces instincts anciens n’avaient pas pour autant cessé d’un seul coup de poser leurs exigences ! Seulement, il était difficile et rarement possible de faire leurs volontés : ils devaient pour l’essentiel rechercher des satisfactions nouvelles et comme souterraines. Tous les instincts qui ne se déchargent pas vers l’extérieur se tournent vers l’intérieur – c’est cela que j’appelle l’intériorisation de l’homme : c’est seulement ainsi que pousse en l’homme ce que l’on appellera par la suite son « âme ». Tout le monde intérieur, originellement mince, comme enserré entre deux peaux, a grossi et est éclos, a gagné en profondeur, en largeur, en hauteur à mesure que la décharge de l’homme vers l’extérieur a été inhibée. Les terribles remparts grâce auxquels l’organisation de l’Etat se protégeait contre les anciens instincts de liberté – les châtiments font partie au premier chef de ces remparts – produisirent ceci que tous ces instincts de l’homme sauvage, libre, vagabondant se retournèrent, se croisèrent contre l’homme lui-même. L’hostilité, la cruauté, le plaisir pris à la persécution, à l’agression, au changement, à la destruction – tout cela se tournant contre le détenteur de tels instincts : voilà l’origine de la « mauvaise conscience ». L’homme qui, par manque d’ennemis et de résistances extérieurs, comprimé dans l’étroitesse et la régularité oppressantes des moeurs, se déchirait, se torturait, se rongeait, s’aiguillonnait, se brutalisait lui-même, cet animal qui s’écorche à force de se jeter contre les barreaux de sa cage, et que l’on veut « dompter », cet être en but à la privation, dévoré par la nostalgie du désert, qui dut faire de lui-même une aventure, une chambre de torture, une étendue sauvage, incertaine et dangereuse – ce fou, ce captif nostalgique et désespéré devint l’inventeur de la « mauvaise conscience ». Mais avec elle se trouva introduite la plus grande et la plus inquiétante maladie, dont l’humanité n’a pas guéri jusqu’à présent, la souffrance suscitée en l’homme par l’homme, par lui-même : conséquence d’une rupture violente avec le passé animal, d’un saut et d’un effondrement, pour ainsi dire, dans des situations et des conditions d’existence nouvelles, d’une déclaration de guerre adressée aux instincts anciens
sur lesquels reposaient jusqu’à présent sa force, son plaisir, son caractère terrible. Ajoutons immédiatement qu’en outre, avec ce fait d’une âme animale retournée contre elle-même, prenant parti contre elle-même, s’offrit sur terre quelque chose de si nouveau, profond, inouï, énigmatique, contradictoire, et plein d’avenir que l’aspect de la terre s’en modifia de manière essentielle. En fait, il faudrait des spectateurs divins pour apprécier le spectacle qui commença ainsi et dont la fin n’est certes pas encore en vue, – un spectacle trop subtil, trop merveilleux, trop paradoxal pour avoir le droit de se jouer, absurdement inaperçu, sur quelque astre risible ! Depuis, l’homme compte parmi les coups heureux les plus inattendus et les plus passionnants qu’ait produits le jeu du grand enfant d’Héraclite, qu’il s’appelle Zeus ou hasard, – il éveille à son sujet un intérêt, une tension, un espoir, presque une certitude, comme si avec lui s’annonçait quelque chose, se préparait quelque chose, comme si l’homme n’était pas un but, mais seulement un chemin, un incident, un pont, une grande promesse…

17 - Cette hypothèse sur l’origine de la mauvaise conscience implique en premier lieu, à titre de présupposé, que ce changement n’a pas été progressif, ni volontaire et ne s’est pas présenté comme un développement organique se conformant à des conditions nouvelles, mais comme une rupture, un saut, une contrainte, une fatalité inéluctable excluant le combat et même le ressentiment. Mais en second lieu que l’insertion d’une population jusqu’alors sans frein et sans structure dans une forme fixe, de même qu’elle commença par un acte de violence, ne fut menée à son terme que par de purs actes de violence, – que par conséquent l’ « Etat » le plus ancien se présenta sous la forme d’une terrifiante tyrannie, d’une machinerie travaillant à broyer impitoyablement, et poursuivit son oeuvre jusqu’à ce matériau brut fait de peuple et de demi-animal ait fini par être non seulement pétri de part en part et docile, mais encore formé. J’ai employé le mot d’ « Etat » : on comprendra sans peine à qui il renvoie – quelque bande de bêtes de proie blondes, une race de conquérants et de maîtres qui, pourvue d’une organisation guerrière et de la force d’organiser, n’hésite pas à planter ses griffes terrifiantes sur une population peut-être formidablement supérieure en nombre, mais encore dénuée de structure, encore vagabonde. C’est bien de cette manière que commence l’ « Etat » sur terre : je crois que l’exaltation qui le fait commencer par un « contrat » a fait son temps. Celui qui peut commander, celui qui par nature est « maître », celui qui se montre violent dans l’oeuvre et dans le geste – que peut-il bien avoir affaire de contrats ! De tels êtres échappent au calcul, ils viennent comme le destin, sans fondement, sans raison, sans ménagement, sans prétexte, ils surviennent comme l’éclair, trop terribles, trop soudains, trop convaincants, trop « autres » pour être ne serait-ce que haïs. Leur oeuvre est une création de forme, une imposition de forme instinctive, ce sont les artistes les plus involontaires, les plus inconscients qui soient : là où ils se trouvent, il ne tarde pas à surgir quelque chose de nouveau, une configuration de domination qui vit, dans laquelle les parties et les fonctions sont délimitées et coordonnées, dans laquelle rien ne trouve place qui n’ait d’abord été investi d’un « sens » par rapport au tout. Ils ne savent pas ce que sont la faute, la responsabilité, le ménagement, ces organisateurs nés ; en eux règne ce terrible égoïsme d’artiste au regard semblable à l’airain et qui se sait justifié à l’avance, de toute éternité, dans on « oeuvre », comme la mère dans son enfant. Ce n’est pas chez eux qu’a poussé la « mauvaise conscience », on le comprend d’emblée, – mais sans eux, elle n’aurait pas poussé, cette plante affreuse, elle ferait défaut si, sous le choc de leurs coups de marteau, de leur violence d’artistes, une formidable quantité de liberté n’avait été retranchée du monde, du moins soustraite à la vue et comme rendue latente. Cet instinct de liberté rendu latent par la violence – on le comprend d’ores et déjà -, cet instinct de liberté refoulé, rentré, incarcéré dans l’intériorité et qui finit par ne plus se décharger et se déchaîner que sur lui-même : c’est cela, rien que cela, à ses débuts, la mauvaise conscience.
Friedrich Nietzsche
Généalogie de la morale / 1887
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Appel aux précaires : faisons de la grève du 3 mai le début d’une lutte prolongée !

Faisons du 3 mai le début d’une lutte prolongée !

Nous livrons des pizzas, distribuons des journaux, remplissons les boîtes aux lettres de publicité, faisons la plonge, des colos, du soutien scolaire, poinçonnons des tickets, informons les usagers des transports, répondons au téléphone… Et bien d’autres choses encore. Entre temps, nous pointons à Pôle Emploi, à la CAF, au CCAS, à la mission locale ; nous cherchons vaille que vaille à suivre un cursus, une formation, une promesse d’échappatoire au « petit boulot alimentaire » qui souvent rythme notre quotidien. Ayant à faire « nos preuves », il est « tout naturel » que nous en venions à travailler gratuitement : stages, évaluation en milieu de travail…

On nous dit que le travail, même le plus dégradé, est un bienfait en soi, que ça nous met le pied à l’étrier, que ça n’est qu’un début… Mais avons-nous vraiment le choix ? Avons-nous les moyens de construire dès maintenant notre vie telle que nous le souhaitons ? Avons-nous les moyens d’inventer collectivement des formes de travail épanouissantes, qui aient du sens, qui soient utiles et nous rendent plus libres ?

Non, le niveau des bourses, des allocations, du RSA (pour ceux qui y ont droit), ne nous laissent bien souvent pas le choix. Ce temps où nous faisons l’expérience des réalités du « monde du travail » est aussi un temps volé : temps où il nous faut mettre entre parenthèses ce qui nous plaît, temps où il faut fermer sa gueule. On le supporte en se disant que c’est provisoire : mais pour combien le « petit boulot alimentaire », intermittent, intérimaire ou plus stable sera-t-il un provisoire qui durera toute la vie ?

On nous dit qu’il ne faut pas cracher dans la soupe, qu’il faut garder l’esprit d’équipe. Mais en quoi ça nous concerne, les bénéfices des actionnaires, les gros salaires des administrateurs des boîtes où nous bossons, pour lesquels nous ne sommes que des exécutants interchangeables ?

Nous voulons avoir le choix. Nous voulons l’augmentation des bourses et l’élargissement de leurs critères d’attribution pour permettre aux étudiants de ne pas être contraints de se salarier pour payer leurs études. Nous voulons l’augmentation des minima sociaux, du RSA pour que les chômeurs ne soient pas réduits à la misère, pour que tout le monde ait le temps et la possibilité d’inventer un rapport plus collectif, plus solidaire, plus épanouissant au travail. Nous voulons choisir nos horaires et notre volume d’heures de travail, pour ne plus être à la disposition de nos patrons. Nous voulons des augmentations de salaire qui nous permettent de ne pas galérer à chaque fin de mois.

La coordination régionale bretonne et la coordination nationale des collectifs de chômeurs et précaires appelle à passer à l’action à partir du 3 mai. Retrouvons nous ce jour à 10 h place du Parlement pour envisager ensemble d’intervenir bruyamment dans des lieux de pouvoir institutionnel, dans des espaces de travail précaire, auprès des salariés menacés de licenciement…

Nous nous retrouverons tous les soirs à partir de 18 h place du Parlement : nous voulons faire du 3 mai le début d’une lutte prolongée pour que les chômeurs, précaires, intérimaires, étudiants se réapproprient la parole et l’espace public.

Nous invitons également tous les précaires à discuter collectivement sur leur lieu de travail, et à interpeller syndicalistes et représentants du personnel sur les possibilités de se mettre en grève (il doit s’agir d’une décision collective et motivée par des revendications, mais pas besoin de préavis) à partir du 3 mai. Le collectif unitaire de lutte des chômeurs et précaires, qui comprend également des syndicalistes, soutiendra activement toute initiative de cette nature.

Contact : collectifdu3mai@gmail.com
Voir sur : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5015

Deux réunions publiques sont organisées pour discuter de la grève des chômeurs et précaires :
mercredi 28 avril à 18 h, Maison de Quartier de Maurepas, 32 rue de la Marbaudais, bus 5 arrêt Gros Chêne
vendredi 30 avril 18 h 30 à Carrefour 18, 7 rue d’Espagne, métro Italie
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