Archive pour le Tag 'Patriot Act'

#occupyDGSI / dimanche 21 juin 2015

Aprs l’Assemble nationale, la loi sur le renseignement a donc t valide par le Snat une forte majorit. Les lois sclrates sont toujours votes de larges majorits. C’est quelques annes plus tard que l’on s’avise de l’erreur commise. Quand il est trop tard. Quand le mal est fait, et entr dans les murs.

La loi sur le renseignement, c’est malgr tous les dnis gouvernementaux le coup du Patriot Act, avec quatorze ans de retard. Fort heureusement, nous avons pu voir ce que cela donnait, depuis le temps. Nous sommes dj plus d’une dcennie aprs la loi sur le renseignement.

Donner aux services de renseignement le pouvoir d’intercepter tout ce que bon leur semble, cela donne la NSA et donc Snowden, la NSA et le scandale de la NSA. C’est un fait dsormais tabli: les milliards d’interceptions du programme PRISM ont permis en tout et pour tout de djouer peut-tre un attentat, et en ralit aucun.

C’est donc que le but de la surveillance de masse n’est pas de djouer des attentats terroristes, mais la surveillance de masse elle-mme; le terrorisme sert de prtexte une tout autre politique.

L’trange raisonnement qui consiste dire puisque la police a telle ou telle pratique illgale, autant la lgaliser plutt que d’en dduire, ce qui serait tout de mme plus logique, qu’elle doit cesser d’avoir ces pratiques, relve d’une sidrante dmission devant la souverainet policire. Si la sous-direction antiterroriste se mettait rgulirement torturer des suspects afin de djouer des attentats, dirait-on: il n’y a qu’ lgaliser la torture? Dire oui, c’est la guerre d’Algrie. Ou les extraordinary renditions de la CIA aprs le 11 septembre, dont le Snat amricain a jug l’automne dernier que les tats-Unis y avaient perdu leurs valeurs. C’est, l’autre bout, la mme logique devenue folle qui fait conclure des parlementaires que pour viter que des manifestants ne soient blesss par la police, il n’y a qu’ leur interdire de manifester.

Avant de donner un pouvoir sans contrepartie aux services de renseignement, avant de mettre la police antiterroriste l’abri de tout contrle et de tout recours, il n’est pas mauvais d’couter ce que ces gens-l disent de leur mtier. Ainsi cet Alain Chouet, qui dirigea le Service de renseignement de scurit de la DGSE: C’est ne rien comprendre que d’accuser les services secrets de faire dans l’illgalit頻. Bien sr qu’ils font dans l’illgalit頻. Ils ne font mme que cela. C’est leur vocation et leur raison d’tre. Le renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des autres.()

Considrant cette fin, il va de soi que les moyens mis en uvre seront en rapport: manipulation, sduction, corruption, violence, menace, chantage, au terme d’un processus qui aura mis nu toutes les facettes de l’objectif vis, pntr son intimit, exploit toutes ses vulnrabilits. Sommes-nous srs de vouloir faire un chque en blanc ce genre d’individu, comme le fait la loi sur le renseignement?

 

Depuis que la DCRI existe, on n’a connu d’elle que des scandales, des ratages et des mensonges sur ses ratages.
Elle a mme d se rebaptiser DGSI pour faire oublier la si mauvaise rputation qu’elle s’tait faite en si peu d’annes d’existence.

La loi sur le renseignement est essentiellement faite pour que de futurs scandales son sujet ne sortent pas, et pour verrouiller une situation sociale mtastable, un contexte politique tendant vers l’ingouvernable.

Le train de lois et de propositions de lois toujours plus froces que le gouvernement multiplie depuis les attentats de janvier s’apparente une offensive omnilatrale profitant de l’tat de choc de la population. Une conseillre du ministre du Commerce britannique, n’crivit-elle pas ses collgues, dans l’heure qui suivit l’attentat du 11 septembre: C’est un trs bon jour pour faire ressortir et passer en douce toutes les mesures que nous devons prendre? Loi Macron, Rebsamen, sur le renseignement, rforme du droit d’asile, loi anti-squat, etc., font systme. Elles sont autant de fronts ouverts simultanment dans une sorte de blitzkrieg social. Dans ce dispositif, la loi sur le renseignement fonctionne comme un verrou, un verrou contre les rvoltes logiques; et puisque c’est la DGSI qui sera en charge de grer les mouvements naissants, les dissidences potentielles et les futures interdictions de manifester, c’est devant ses locaux que nous proposons de manifester le jour de la fte de la musique.

Allons voir o sont ceux qui nous surveillent!
Prenons la rue ceux qui nous prfrent chacun chez soi!
Faisons connaissance au nez et la barbe de ceux qui nous connaissent si bien!

Nous appelons donc tous ceux qui luttent contre les nouvelles lois, tous ceux pour qui elles ne passent pas, tous ceux qui refusent de simplement subir l’offensive gouvernementale actuelle, se runir pour un banquet et une vaste assemble populaire au pied du sige de la DGSI (84, rue de Villiers, Levallois-Perret), de midi 18h, le dimanche 21 juin.

Les signataires de lappel
Confdration Paysanne
Solidaires
Syndicat de la Magistrature
Ligue des Droits de lHomme
Fdration Anarchiste
Parti de Gauche
Alternative Libertaire
Syndicat National des Journalistes
Syndicat des Avocats de France

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Lattentat contre Charlie Hebdo : l’occultation politique et mdiatique des causes, des consquences et des enjeux / Sad Bouamama

Le ventre est encore fcond, do a surgi la bte immonde. / Bertolt Brecht

Lattentat contre lhebdomadaire satirique Charlie Hebdo marquera notre histoire contemporaine. Il reste savoir dans quel sens et avec quelles consquences. Dans le contexte actuel de guerre contre le terrorisme (guerre extrieure) et de racisme et dislamophobie dEtat, les artisans de cet acte ont, consciemment ou non [1] acclr un processus de stigmatisation et disolement de la composante musulmane, relle ou suppose, des classes populaires.
Les consquences politiques de lattentat sont dj dsastreuses pour les classes populaires et cela va se renforcer si aucune alternative politique la fameuse Union Nationale nest propose.
En effet, la manire dont les mdias franais et une crasante majorit de la classe politique ragissent est criminelle. Ce sont ces ractions qui sont dangereuses pour lavenir et qui portent en elles de nombreux dgts collatraux et de futurs 7 et 9 janviers toujours plus meurtriers. Comprendre et analyser pour agir est la seule posture qui peut permettre aujourdhui dviter les instrumentalisations et dvoiements dune motion, dune colre et dune rvolte lgitime.

Loccultation totale des causes
Ne pas prendre en compte les causalits profondes et immdiates, isoler les consquences du contexte qui les fait merger et ne pas inscrire un vnement aussi violent dans la gnalogie des facteurs qui lont rendu possible condamne, au mieux, la ttanie, au pire, une logique de guerre civile. Aujourdhui, personne dans les mdias naborde les causes relles ou potentielles. Pourquoi est-il possible quun tel attentat se produise Paris aujourdhui ?
Comme le souligne Sophie Wahnich, il existe un usage fasciste des motions politiques de la foule dont le seul antidote est le nouage possible des motions et de la raison [2]. Ce que nous vivons aujourdhui est ce cantonnement des discours mdiatiques et politiques dominants la seule motion, en occultant totalement lanalyse relle et concrte. Toute tentative danalyse relle de la situation, telle quelle est, ou toute analyse tentant de proposer une autre explication que celle fournie par les mdias et la classe politique, devient une apologie de lattentat.

Regard sur le ventre fcond de la bte immonde
Regardons donc du ct des causes et dabord de celles qui relvent dsormais de la longue dure et de la dimension internationale. La France est une des puissances les plus en guerre sur la plante. De lIrak la Syrie, en passant par la Libye et lAfghanistan pour le ptrole, du Mali la Centrafrique, en passant par le Congo pour les minerais stratgiques, les soldats franais contribuent semer la mort et le dsastre aux quatre coins de la plante.
La fin des quilibres mondiaux issus de la seconde guerre mondiale avec la disparition de lURSS, couple une mondialisation capitaliste centre sur la baisse des cots pour maximiser les profits et la nouvelle concurrence des pays mergents, font de la matrise des matires premires la cause principale des ingrences, interventions et guerres contemporaines. Voici comment le sociologue Thierry Brugvin rsume la place des guerres dans le monde contemporain :
La conclusion de la guerre froide a prcipit la fin dune rgulation des conflits au niveau mondial. Entre 1990 et 2001 le nombre de conflits intertatiques a explos : 57 conflits majeurs sur 45 territoires distincts. [] Officiellement, le dpart pour la guerre contre une nation adverse est toujours lgitim par des mobiles vertueux : dfense de la libert, dmocratie, justice Dans les faits, les guerres permettent de contrler conomiquement un pays, mais aussi de faire en sorte que les entrepreneurs privs dune nation puissent accaparer les matires premires (ptrole, uranium, minerais, etc.) ou les ressources humaines dun pays. [3]
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le discours de lgitimation des guerres sest construit essentiellement sur le danger islamiste contribuant au dveloppement dune islamophobie grande chelle au sein des principales puissances occidentales, que les rapports officiels eux-mmes sont contraints de constater. [4] Dans le mme temps, ces guerres produisent une solide haine de loccident dans les peuples victimes de ces agressions militaires. [5] Les guerres menes par loccident sont une des principales matrices de la bte immonde.
Dans la volont de contrle des richesses ptro-gazires, le Proche et le Moyen-Orient sont un enjeu gostratgique central. Les stratgies des puissances occidentales en gnral et franaises en particulier, se dploient sur deux axes : le renforcement dIsral comme base et pivot du contrle de la rgion, et le soutien aux ptromonarchies ractionnaires du golfe.
Le soutien indfectible lEtat dIsral est ainsi une constante de la politique franaise ne connaissant pas dalternance, de Sarkozy Hollande. Ltat sioniste peut assassiner en toute impunit sur une grande chelle. Quels que soient lampleur et les moyens des massacres, le grant local des intrts occidentaux nest jamais vritablement et durablement inquit. Franois Hollande dclare ainsi lors de son voyage officiel en Isral en 2013 : je resterai toujours un ami dIsral . [6]
Et, l aussi, le discours mdiatique et politique de lgitimation dun tel soutien se construit sur la base dune prsentation du Hamas palestinien mais galement ( travers des imprcisions verbales rcurrentes) de la rsistance palestinienne dans son ensemble, de la population palestinienne dans son ensemble et de ses soutiens politiques internationaux, comme porteurs dun danger islamiste . La logique du deux poids, deux mesures simpose une nouvelle fois partir dune approche islamophobe porte par les plus hauts sommets de ltat et relaye par la grande majorit des mdias et des acteurs politiques.
Tel est le second profil du ventre de la bte immonde.
Ces facteurs internationaux se conjuguent des facteurs internes la socit franaise. Nous avons dj soulign, plus haut, lislamophobie dtat, propulse par la loi sur le foulard en 2004 et entretenue depuis rgulirement (discours sur les rvoltes des quartiers populaires en 2005, loi sur le niqab, dbat sur lidentit nationale, circulaire Chatel et exclusion des mres voiles des sorties scolaires, harclement des lycennes en jupes longues, interdiction des manifestations de soutien au peuple palestinien, etc.).
Il faut maintenant souligner que ce climat islamophobe na t confront aucune rponse par les forces politiques se rclamant des classes populaires. Plus grave, un consensus trs large sest fait jour plusieurs reprises, au prtexte de dfendre la lacit ou de ne pas frayer avec ceux qui dfendent le Hamas . De lextrme-droite une partie importante de lextrme gauche, les mmes arguments ont t avancs, les mmes clivages ont t construits, les mmes consquences ont t produites.
Le rsultat nest rien dautre que lenracinement encore plus profond des islamalgames, lapprofondissement dun clivage au sein des classes populaires, la fragilisation encore plus grande des digues antiracistes dj fragilises, et des violences concrtes ou symboliques exerces contre les musulmans et les musulmanes. Ce rsultat peut se dcrire, comme le propose Raphal Liogier, comme la diffusion, dans une partie importante de la socit, du mythe de lislamisation dbouchant sur la tendance constituer une obsession collective . [7]
La tendance la production dune obsession collective sest de surcrot encore approfondie avec le traitement mdiatique rcent des cas Zemmour et Houellebecq.
Aprs lui avoir offert de multiples tribunes, Eric Zemmour est renvoy dI-tl pour avoir propos la dportation des musulmans franais . Dans le contexte dobsession collective que nous avons voque, cela lui permet de se poser en victime. Quant lcrivain, il est dfendu par de nombreux journalistes au prtexte de ne pas confondre fiction et ralit.
Dans les deux cas cependant, il reste un approfondissement de lobsession collective dune part, et le sentiment dtre insult en permanence une nouvelle fois, dautre part. Tel est le troisime profil du ventre de la bte immonde.
Ce facteur interne dune islamophobie banalise a des effets dcupls dans le contexte de fragilisation conomique, sociale et politique gnrale des classes populaires aujourdhui. La pauprisation et la prcarisation massive sont devenues insoutenables dans les quartiers populaires. Il en dcoule des rapports sociaux marqus par une violence grandissante contre soi et contre les proches. A cela, se combinent le dclassement dune part importante des classes moyennes, ainsi que la peur du dclassement pour ceux chez qui tout va encore bien mais qui ne sont pas bien ns . Ceux-l, se sentant en danger, disposent alors dune cible consensuelle dj toute dsigne mdiatiquement et politiquement comme lgitime : le musulman ou la musulmane.
La fragilisation touche encore plus fortement la composante issue de limmigration des classes populaires, qui est confronte aux discriminations racistes systmiques (angle absolument mort des discours des organisations politiques se rclamant des classes populaires), celles-ci produisant des trajectoires de marginalisation (dans la formation, dans lemploi, dans la recherche du logement, dans le rapport la police et aux contrles au facis, etc.). [8]
Lapprofondissement du clivage entre deux composantes des classes populaires dans une logique de diviser ceux qui devraient tre unis (les diffrentes composantes des classes populaires) et dunir ceux qui devraient tre diviss (les classes sociales aux intrts divergents) est le quatrime profil du ventre de la bte immonde.

De quoi accouche un tel ventre ?
Une telle matrice est lvidence propice lmergence de trajectoires nihilistes se traduisant par la tuerie Charlie Hebdo. Extrmement minoritaires, ces trajectoires sont une production de notre systme social et des ingalits et discriminations massives qui le caractrisent.
Mais ce quont rvl les ractions lattentat est tout autant important et, quantitativement, bien plus rpandu que loption nihiliste (pour le moment ?).
Sans pouvoir tre exhaustifs, rappelons quelques lments de ces derniers jours. Du ct des discours, nous avons eu Marine Le Pen exigeant un dbat national contre le fondamentalisme islamique , le bloc identitaire dclarant la ncessit de remettre en cause limmigration massive et lislamisation pour lutter contre le djihadisme , le journaliste Yvan Rioufol du Figaro sommant Rokhaya Diallo de se dsolidariser sur RTL, Jeannette Bougrab accusant ceux qui ont trait Charlie Hebdo dislamophobe dtre les coupables de lattentat, sans compter toutes les dclarations parlant de guerre dclare .
A ces propos, se joignent des passages lacte de ces derniers jours : une Femen se filme en train de brler et de pitiner le Coran, des coups de feu sont tirs contre la mosque dAlbi, des tags racistes sont peints sur les mosque de Bayonne et Poitiers, des grenades sont lances contre une autre au Mans, des coups de feu sont tirs contre une salle de prire Port la Nouvelle, une autre salle de prire est incendie Aix les Bains, une tte de sanglier et des viscres sont accrochs devant une salle de prire Corte en Corse, un restaurant-snack-kebab est lobjet dune explosion Villefranche sur Sane, un automobiliste est la cible de coups de feu dans le Vaucluse, un lycen dorigine maghrbine de 17 ans est molest lors dune minute de silence Bourgoin-Jallieu en Isre, etc. Ces propos et actes montrent lampleur des dgts dores et dj causs par les dernires dcennies de banalisation islamophobe. Ils font aussi partie de la bte immonde.
La bte immonde se trouve galement dans labsence criante dindignation face aux victimes innombrables des guerres imprialistes de ces dernires dcennies. Ragissant propos du 11 septembre, la philosophe Judith Butler sinterroge sur lindignation ingale. Elle souligne que lindignation justifie pour les victimes du 11 septembre saccompagne dune indiffrence pour les victimes des guerres menes par les USA : Comment se fait-il quon ne nous donne pas les noms des morts de cette guerre, y compris ceux que les USA ont tus, ceux dont on naura jamais une image, un nom, une histoire, jamais le moindre fragment de tmoignage sur leur vie, quelque chose voir, toucher, savoir ? . [9]
Cette indignation ingale est la base du processus de production dun clivage bien rel au sein des classes populaires. Et cest ce clivage qui est porteur de tous les dangers, notamment en priode de construction de lunion nationale , comme aujourdhui.
Lunion nationale quils rvent de construire, cest toutes et tous ensemble contre ceux qui ne sont pas des ntres, contre celles et ceux qui ne montrent pas patte blanche .

Une formidable instrumentalisation politique
Mais le scandale que nous vivons aujourdhui ne sarrte pas l. Cest avec un cynisme consomm que des instrumentalisations de la situation, et de la panique quelle suscite, se dploient longueur de journe.

* Renforcement scuritaire et atteintes aux liberts dmocratiques
Certains, comme Dupont Aignan, rclament plus de souplesse aux forces de lordre alors quune nouvelle loi antiterroriste a dj t vote lautomne dernier. Et, en cho, Thierry Mariani fait rfrence au Patriot Act tats-unien (dont la consquence a t de graves atteintes aux liberts individuelles sous prtexte de lutte contre le terrorisme) : Les Etats-Unis ont su ragir aprs le 11 Septembre. On a dnonc le Patriot Act, mais, depuis, ils nont pas eu dattentat part Boston . [10]
Instrumentaliser la peur et lmotion pour renforcer des lois et mesures liberticides, telle est la premire manipulation qui est aujourdhui teste pour mesurer le champ des possibles en matire de rgression dmocratique. Dores et dj, certaines revendications lgitimes et urgentes sont rendues inaudibles par la surenchre scuritaire qui tente de profiter de la situation : il sera par exemple beaucoup plus difficile de mener le combat contre le contrle au facis, et les humiliations quotidiennes quil produit continueront sexercer dans lindiffrence gnrale.

* Lunit nationale
La construction active et dtermine de lunit nationale est la seconde instrumentalisation majeure en cours. Elle permet de mettre en sourdine lensemble des revendications qui entravent le processus de drgulation gnralis. La ficelle a beau tre grosse, elle est efficace dans un climat de peur gnralis, que lensemble des mdias produisent quotidiennement.
Dans certaines villes, lunit nationale est dj tendue au Front National qui a particip aux rassemblements de soutien Charlie Hebdo. Dati et Fillon sindignent dj de lexclusion de Marine Le Pen de lunit nationale. Cest cette unit nationale qui fait le plus de dgts politiquement aussi, car elle dtruit les rares repres positifs qui pouvaient exister auparavant en termes dalliances possibles et didentits politiques.

* Linjonction se justifier
Une autre instrumentalisation se trouve dans linjonction permanente des musulmans rels ou supposs se justifier pour des actes quils nont pas commis, et/ou se dmarquer des auteurs de lattentat.
Cette mise en accusation permanente est humiliante. Il nest venu lide de personne dexiger de tous les chrtiens rels ou supposs une condamnation lorsque le Norvgien Anders Behring Breivik a assassin 77 personnes en juillet 2011 en se revendiquant de lislamophobie et du nationalisme blanc.
Derrire cette injonction, se trouve la logique posant lislam comme tant par essence incompatible avec la Rpublique. De cette logique dcoule lide de mettre les musulmans, rels ou supposs, sous surveillance non seulement des policiers, mais galement des mdias, des profs, des voisins, etc.

* tre Charlie ? Qui peut tre Charlie ? Qui veut tre Charlie ?
Le slogan nous sommes tous Charlie est enfin la dernire instrumentalisation en dploiement ces jours-ci. Si lattentat contre Charlie Hebdo est condamnable, il est hors de question cependant doublier le rle qua jou cet hebdomadaire dans la constitution du climat islamophobe daujourdhui.
Il est galement hors de question doublier les odes Bush que ses pages accueillaient alors que celui-ci impulsait cette fameuse guerre contre le terrorisme en Afghanistan puis en Irak. Ces prises de positions crites ou dessines ne sont pas des dtails ou de simples amusements sans consquences : elles sont lorigine de multiples agressions de femmes voiles et de nombreux actes contre des lieux de cultes musulmans.
Surtout, ce journal a fortement contribu cliver les classes populaires au moment o elles avaient besoin plus que jamais dunit et de solidarit. Nous ne sommes PAS PLUS Charlie hier quaujourdhui.
Les temps qui sannoncent vont tre difficiles et coteux.
Pour stopper lescalade, nous devons mettre fin la violence des dominants : nous devons nous battre pour stopper les guerres imprialistes en cours et abroger les lois racistes.
Pour stopper lescalade, nous devons dvelopper tous les cadres et vnements de solidarit destins empcher la dferlante des propos ou actes racistes et notamment islamophobes.
Pour stopper lescalade, nous devons construire tous les espaces de solidarit conomique et sociale possibles dans nos quartiers populaires, en toute autonomie vis--vis de tous ceux qui prnent lunion nationale comme perspective.
Plus que jamais, nous avons besoin de nous organiser, de serrer les rangs, de refuser la logique divisant ceux qui devraient tre unis et unissant ceux qui devraient tre diviss .
Plus que jamais, nous devons dsigner lennemi pour nous construire ensemble : lennemi cest tout ce qui nous divise.
Sad Bouamama
Lattentat contre Charlie Hebdo : l’occultation politique et mdiatique des causes, des consquences et des enjeux
Publi le 11 janvier 2015 sur son blog

lire galement :
Pour la libert d’expression et contre l’Union sacre / Alternative libertaire
La peur d’une communaut qui n’existe pas / Olivier Roy
Ces morts que nous n’allons pas pleurer / Blog Mediapart
Un texte de Luz tlcharger : fichier pdf De?claration de Luz

islamophobie5

[1] Il est dune part trop tt pour le dire et, dautre part, le rsultat est le mme
[2] Sophie Wahnich, La rvolution franaise, un vnement de la raison sensible 1787-1799, Hachette, Paris, 2012, p. 19.
[3] Thierry Brugvin, Le pouvoir illgal des lites, Max Milo, Paris, 2014.
[4] Djacoba Liva Tehindrazanarivelo, Le racisme lgard des migrants en Europe, ditions du Conseil de lEurope, Strasbourg, 2009, p. 171.
[5] Jean Ziegler, La haine de lOccident, Albin Michel, Paris, 2008.
[6] Le Monde, Hollande ami dIsral reste ferme face lIran, 17-11-2013.
[7] Raphal Liogier, Le mythe de lislamisation, essai sur une obsession collective, Le Seuil, Paris, 2012.
[8] Voir sur cet aspect mon dernir article sur mon blog, Les dgts invisibiliss des discriminations ingalit sociales et des discriminations racistes et sexistes, https://bouamamas.wordpress.com/
[9] Judith Butler, cit dans, Mathias Delori, Ces morts que nous nallons pas pleurer, http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer., consult le 9 janvier 2015 18 h.
[10] Le Parisien du 8-01-2015.

 

Les droits humains aujourdhui, dans le champ de forces de la gopolitique mondiale / Alain Brossat

Un commentaire scolastique du texte de Michel Foucault
Face aux gouvernements, les droits de lhomme / Dits et crits , texte 355

Dans un texte crit en 1981, propos de la tragdie des boat people dIndochine, Michel Foucault se faisait lavocat dune approche des droits de lhomme qui peut tre pour nous, je crois, une puissante source dinspiration. Les droits de lhomme, disait-il, dans un vocabulaire dpoque que nous devons, aujourdhui absolument conjurer si nous voulons que ce motif cesse de se dcliner exclusivement au masculin, les droits humains, donc sont le signe de ralliement sous lequel sont convis se rassembler des individus ordinaires, quelconques, cest--dire nayant aucune qualit particulire pour faire entendre leur voix – ceci lorsque ces hommes et ces femmes font face lintolrable. Cest sous ce signe quils vont tout naturellement se rassembler, dit Foucault, lorsquils prouvent une certaine difficult commune supporter ce qui se passe. Dans le cas ici voqu, cet intolrable, cest lexode prcipit de ces milliers de rfugis quittant leurs pays sur des embarcations de fortune, dans le Sud-Est asiatique, le Vietnam, notamment, afin de fuir un rgime qui ne les mnage pas. Un phnomne qui, soit dit en passant, suscita en France lun des premiers grands lans de mobilisation humanitaire, donna naissance la sensibilit humanitaire, avec les dispositifs qui la soutiennent – une figure qui se spare alors et des pratiques charitables traditionnelles dinspiration religieuse, et des mouvements de solidarit inspirs par des motifs politiques. Ce qui tranche en premier lieu, dans cette approche des droits humains, cest le fait que Foucault nen remet pas la dfense ou la promotion entre les mains dautorits lgitimes ou qualifies, les tats, les gouvernements, des institutions supra-tatiques – mais, au contraire, au tout venant, les gens, ceux que va tout naturellement rassembler leur sensibilit lintolrable. Davantage encore: entre les mains de ces sujets ordinaires et sans puissance particulire, les droits humains sont une arme quils tournent contre lautorit. Le texte de Foucault sintitule Face aux gouvernements, les droits de lhomme. En premire approche, donc, les gouvernements, en gnral et sans spcification particulire, seraient pour lui plutt en position de mettre mal ces droits, plutt que den tre les gardiens et les promoteurs. On mesure aisment lcart qui se creuse entre cette approche des droits humains et celle qui, ordinairement, fait lobjet, notamment dans les dmocraties occidentales, de la pdagogie tatique (scolaire, civique, etc.) la plus courante; une pdagogie selon laquelle, les droits de lhomme tant gravs dans le marbre des constitutions, ce sont tout naturellement les gouvernants, manation de la reprsentation nationale, qui ont vocation en faire la source dinspiration permanente de leur politique. Ce qui tranche en second lieu dans ce texte, cest le fait que Foucault nvoque pas les droits humains sur le mode courant qui est celui de la pdagogie tatique, cest--dire comme un corps sacr de textes, de principes et de maximes, issu du meilleur de la tradition historique (la Rvolution franaise, la Rvolution amricaine, la lutte des peuples contre le fascisme et le nazisme…), mais au contraire sur un mode que lon pourrait dire ngatif dans une premire approche. Que sont les droits humains, suggre-t-il en effet, si ce nest ce dont nous prouvons le caractre vital pour lexistence commune, pour la vie des hommes et des peuples lorsquils sont viols. Les droits humains sont, en dautres termes, ce quoi nous devenons sensibles lorsque nous prouvons, en telle ou telle occasion et toujours, si lon veut, en situation, le caractre nourricier et irremplaable lorsquils sont mis mal. En loccurrence, lorsquil apparat que des hommes et des femmes aiment mieux quitter leur pays que dy vivre. Quils ne peuvent plus habiter la terre sur laquelle ils sont ns et o sont ns leurs parents et leurs anctres. Et donc entrent en migration, dans des conditions plus ou moins dramatiques. Les droits humains, en ce sens, ce nest pas un catalogue de liberts et de garanties consignes dans tel ou tel texte de rfrence (la Dclaration des droits de lhomme et du citoyen du 26 aot 1789, le Bill of Rights tats-unien, la Dclaration universelle des Droits de lHomme du 10 dcembre 1948…), ce sera plutt ce dont nous prouverons (nous: le quelconque, le sujet sans qualits particulires) le caractre irremplaable loccasion de son manque ou sa violation, en tant quil est ce qui nous attache ceux qui connaissent lpreuve de ce manque ou de cette violation. Dans les termes de Foucault, les droits humains sont cet horizon dans lesquels se forme ce quil nomme dune expression paradoxale une citoyennet internationale. Il crit prcisment ceci: Il existe une citoyennet internationale qui a ses droits, qui a ses devoirs et qui engage slever contre tout abus de pouvoir, quel quen soit lauteur, quelles quen soient les victimes. Aprs tout, nous sommes tous gouverns et, ce titre, solidaires. Ce raisonnement est pour nous une boussole. Il indique, premirement, que si lhumanit peut sprouver (cest une virtualit) comme une communaut politique subjective et non simplement comme un assemblage disparate de peuples, de nations, dtats ou de populations, cest en stablissant dans le partage de ces droits qui constituent le soubassement de ce quil appelle citoyennet internationale – donc en descellant le mot citoyennet頻 de ce qui en constitue habituellement le socle lEtat, la nation. Donc, les droits humains, cest dabord une subjectivit partage, le sentiment commun davoir des droits ce qui est, jy insiste lourdement, une tout autre approche que celle qui dit: les droits humains, cest un corpus de nature juridique et dont les tats ou les institutions supra-tatiques mises en place par consentement mutuel entre ces tats sont garants. Deuximement, et ce point est tout aussi fondamental, le partage de cette subjectivit constitue un systme dengagement rciproque. Ce ne sont pas les tats, ce ne sont pas les gouvernants qui sont appels en premier lieu manifester leur solidarit lendroit de ceux dont les droits sont dficients ou viols, ce sont ceux que personne na commis, qui nont pas de mandat pour le faire, des quelconques, donc, mais qui vont identifier paradoxalement dans cette condition ordinaire et dans cette absence dun appareil de dlgation le fondement de leur responsabilit face ce tort subi par dautres (des autres loigns, quils ne connaissent pas, de surcrot). Cest dans ce geste (le mandat que sattribue lui-mme ce nimporte qui manifestant sa solidarit avec un autre nimporte qui auquel ne lunit aucun lien particulier) que se manifeste la puissance, la force propulsive des droits humains. Pourquoi? Eh bien, tout simplement, parce quon voit distinctement ici que ce geste est totalement tranger la sphre de lintrt, personnel ou collectif. Quand un prsident des tats-Unis en visite Pkin adresse aux autorits chinoises des remontrances rituelles propos de violations des liberts humaines au Tibet ou bien du sort rserv tel ou tel opposant, le soupon est toujours l: la dfense des droits humains est toujours, dans cette configuration, prise en otage par la politique, par des jeux de forces et intrique des intrts tatiques, des calculs stratgiques, etc. La question de savoir qui, dans les relations inter-tatiques, est fond parler au nom des droits humains, occuper la position de linstance nonciatrice, tre lorgane de luniversel, cette question est, nous le savons bien, insoluble. Aprs tout, dans ce type de situation, le premier secrtaire du Parti communiste chinois serait bien fond rtorquer quil se fait, lui aussi, beaucoup de souci pour les supposs terroristes dtenus Guantanamo hors de tout cadre lgal, non moins que pour les pensionnaires des sinistres couloirs de la mort, trs majoritairement peupls dAfro-amricains et autres hispaniques… Le mouvement qui porte celui qui nest personne en particulier faire sienne la cause de cet autre dont les droits humains sont mis mal dans telle ou telle situation ou circonstance (on est toujours dans un cas de ici et maintenant) trouve son assise incontestable dans le fait quil sagit dun mouvement dsintress頻 au sens o il est mu non pas par lintrt personnel mais par, disons, le pur attachement , je dirais, non pas tant un principe, que ce qui constitue la condition de possibilit de lexistence dune communaut humaine subjective le partage des droits. Troisimement, ce qui constitue le fondement de cette solidarit, dit Foucault, et ce point est tout aussi important, cest le fait que, je cite nouveau, nous sommes tous gouverns et, ce titre, solidaires. Cest notre condition de gouverns qui fait de chacun dentre nous, par del toutes nos diffrences culturelles, par del tout ce qui distingue les uns des autres les rgimes politiques auxquels nous sommes soumis, un lment constituant cette communaut virtuelle que lon pourrait appeler le peuple des droits de lhomme. Ce qui veut bien dire quen tant que nous sommes gouverns, en tant que nous sommes des gouverns, nous sommes sensibles aux droits humains dans la mesure o labus de pouvoir apparat comme inhrent lexercice mme du gouvernement des hommes. En dautres termes, les droits humains sont le point de cristallisation du litige perptuel qui oppose, dune faon gnrale, gouvernants et gouverns. Selon cette approche, donc, il ny a pas, dun ct, des gouvernants qui respectent les droits de lhomme et de lautre, des gouvernements ou des rgimes qui ne sen soucient pas ou les violent allgrement, il y aurait tout au plus des situations dans lesquelles le litige entre gouvernants et gouverns propos des droits de lhomme est permanent, ouvert, massif et dautres o ce litige prend une tournure plus locale, circonstancielle, spcifique. Cette proposition, aussi polmique puisse-t-elle paratre si on la rapporte ce que dit ce propos le discours de ltat et des lites dans les dmocraties occidentales ou loccidentale, est facile dmontrer: il nexiste pas une seule de ces dmocraties, aussi donneuse de leons en matire de droits humains soit-elle, qui ne pratique toutes sortes de violations, plus ou moins permanentes et flagrantes de ce qui constitue lalpha et lomga des droits humains tels que ceux-ci sont consigns dans des textes solennellement valids par ce quil est convenu dappeler la communaut internationale: il suffira, pour sen convaincre, de mette en regard toutes les lgislations anti-terroristes mises en place depuis le 11/09 dans tous les tats occidentaux et larticle 11 de la Dclaration universelle de 1948: Toute personne accuse dun acte dlictueux est prsume innocente jusqu ce que sa culpabilit ait t lgalement tablie au cours dun procs public o toutes les garanties ncessaires sa dfense lui auront t assures. Voir sur ce chapitre Guantanamo, laffaire Tarnac en France, toutes sortes dabus et de bavures commis par les units spcialises en Grande-Bretagne, etc. Ou bien encore, la lumire des rcentes rvlations dEdward Snowden sur les activits de la NSA aux tats-Unis et de ses quivalents dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne, etc. – Article 12: Nul ne sera lobjet dimmixtions arbitraires dans sa vie prive, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni datteintes son honneur et sa rputation. Toute personne a droit la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
Sil y a donc une opposition que nous sommes susceptibles de faire jouer, ce nest pas celle qui ferait contraster des gouvernements dont le principe daction serait fond sur le respect des droits humains et dautres qui, de manire systmatique, les ignoreraient (tant il est vident que la notion dun gouvernement ou dun rgime politique qui respecte les droits humains en gros pour mieux sen affranchir dans le dtail est dpourvue de sens). Sil y a une opposition que nous sommes bel et bien susceptibles de faire jouer, cest celle-ci: il y a, aujourdhui, des gouvernements pour lesquels le motif des droits humains est un moyen de lgitimation, un argument ou un instrument dans la confrontation avec dautres gouvernements, une bible, au sens o, au temps de la dcouverte de lAmrique et de la colonisation, les conqurants et les missionnaires avaient des bibles, des gouvernements, donc, pour lesquels les droits humains sont un outil, un moyen de gouvernement et un instrument dans ltablissement des rapports de force. Et puis, il y a dautres gouvernements qui, pour des raisons variables, nont pas intgr ce mcanisme, qui, lvidence, ne gouvernent pas aux droits de lhomme et qui, tout au contraire, voient dans ce motif un danger, un moyen de saper leur puissance et leur lgitimit. Ce partage est assurment oprant, mais ce constat ne change rien celui que nous avons tabli prcdemment: il nest pas suffisant quun gouvernement ou un rgime gouverne aux droits humains, sen rclame, ait intgr ce motif sa stratgie de lgitimation (nous connaissons tous la ritournelle France patrie des Droits de lHomme) pour que sa politique, courante ou exceptionnelle, se fonde sur les droits humains. La dliaison des deux lments est, au contraire, lopration premire que nous devons effectuer si nous voulons tenter de comprendre quelque chose la situation des droits humains dans le champ de forces de la gopolitique mondiale contemporaine. Le Patriot Act adopt par ladministration tats-unienne aprs les attentats du 11/09 est assurment lun des outrages institutionnels et de forme juridique les plus flagrants qui aient t infligs aux droits humains depuis le dbut de ce sicle. Il introduit toutes sortes de discriminations fondes sur la race, la religion, lorigine, des dispositions qui constituent des violations ouvertes de larticle 2 de la Dclaration universelle de 1948: Chacun peut se prvaloir de tous les droits et de toutes les liberts proclams dans la prsente Dclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, dopinion politique ou de toute autre opinion, dorigine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autres situation.
On se rappellera ici ce quest le sens premier de la Dclaration de 1948: prendre lengagement, au nom des peuples et des tats, de rompre avec la politique totalitaire du rgime nazi et de ses allis, politique fonde sur la hirarchisation des races et la fragmentation de lespce humaine, ceci en raffirmant solennellement le caractre indivisible de cette espce. Cest dans ce sens que la prambule la Dclaration parle de famille humaine, je cite: Considrant que la reconnaissance de la dignit inhrente tous les membres de la famille humaine et de leurs droits gaux et inalinables constitue le fondement de la libert, de la justice et de la paix dans le monde… . Dans le mme sens, larticle premier: Tous les tres humains [je souligne, A.B.] naissent libres et gaux en dignit et en droits. Ils sont dous de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternit頻. Dans le contexte de laprs-guerre, marqu par la monte des luttes de dcolonisation, cette affirmation dgalit va pouvoir tre reprise au bond par tous ceux qui luttent pour leur indpendance et contre les discriminations dont la colonisation a t le creuset. Ce qui est videmment intressant, dans le texte de Foucault, cest que la question des droits humains y soit reprise loccasion dun enjeu particulier qui est celui des migrations. Ce nest pas le seul texte de Foucault dans lequel celui-ci soutient (trs tt, donc, il est mort il y a trente ans dj) que notre poque pourrait bien tre celle des migrations. Il crit ceci, dans le texte qui me sert ici de guide: () Il faut se rendre lvidence: les raisons qui font que des hommes et des femmes aiment quitter leur pays que dy vivre, nous ny pouvons pas grand chose. Le fait est hors de notre porte – ce qui me parat tre une parfaite dfinition du statut ou de la condition des migrations contemporaines et qui, par l mme, met le doigt sur la vanit de toutes ces politiques migratoires que prtendent fixer dautorit les pays de lEurope communautaire, les tats-Unis, etc. Or, sil est un phnomne qui ravive la question coloniale envisage sous langle des droits humains, cest bien celui-ci: le migrant contraint quitter son pays pour des motifs conomiques, politiques, scuritaires imprieux, et ne pouvant le faire dans des conditions lgales du fait des obstacles qui sont opposs son dplacement par les pays dimmigration, nest-il pas aujourdhui par excellence le reprsentant dune fraction dhumanit qui subit des formes variables de dni de droit en raison de son origine, sa race, sa langue, ses opinions, etc.? Ceci, par contraste absolu avec le touriste, par exemple, qui, lui, jouit pleinement du droit de se dplacer, en sa qualit de reprsentant dune autre espce humaine, aussi riche en droits que la prcdente est, elle, pauvre de ce ct-l? On voit bien ainsi que, dans le courant damplification, lchelle globale, du phnomne des migrations, la fragmentation de lespce humaine laquelle la Dclaration de 1948 opposait sa vocation duniversalit, cette fragmentation revient en force et ce pas seulement dans les faits, sur le terrain, dans des pratiques policires abusives ou bien dans toute cette conomie grise prospre quest le trafic des tres humains en mal de migration, mais, bien plus grave: dans le corps de la loi et par le biais de toutes sortes de dispositifs juridico-administratifs nationaux et supra-nationaux du type Frontex, lchelle europenne communautaire, ou bien tout ce qui, dans les lgislations nationales, tend placer les migrants irrguliers sous un statut juridique dexception. Le paradoxe de la situation prsente, cest videmment que ce soient les Etats qui, non seulement, sont lorigine de la Dclaration universelle mais qui, comme je lai indiqu, font des droits humains un argument promotionnel du type de gouvernementalit quils pratiquent par opposition dautres, que ce soient ces Etats qui, lpreuve des migrations contemporaines, se fassent les agents trs actifs de ces nouveaux processus de fragmentation de lespce humaine… Foucault avait parfaitement anticip cette situation; il lance la vole dans ce texte cette phrase dont le vocabulaire est assez insolite sous sa plume ce pourrait presque tre du Camus, en tout cas, on y sent distinctement lemprise de la secte louche des nouveaux philosophes dont il sest rapproch sur cette question (les boat-people): Parce quils prtendent soccuper du bonheur des socits, les gouvernements sarrogent le droit de passer au compte du profit et des pertes le malheur des hommes que leurs dcisions provoquent ou que leurs ngligences permettent. Cest un devoir de cette citoyennet internationale de toujours faire valoir aux yeux et aux oreilles des gouvernements les malheurs des hommes dont il nest pas vrai quils ne sont pas responsables. Le malheur des hommes ne doit jamais tre un reste muet de la politique. Il fonde un droit absolu se lever et sadresser ceux qui dtiennent le pouvoir. Trois fois le mot malheur en trois phrases! Lemploi rcurrent de ce terme emphatique a ici pour vocation de dsigner sur un mode affectif et intensifi la privation des droits humains subie par des catgories particulires de vivants, dans des circonstances particulires. La citoyennet internationale qui dcoule de la condition de majorit (Kant ce texte est dinspiration kantienne de bout en bout) des sujets contemporains que nous sommes, cr pour nous une responsabilit particulire, celle dinterpeller les gouvernements, nos gouvernants, propos de ces violations ou ces abus, parce quil nest pas vrai quils ne sont pas responsables, quand bien mme ils ne sont pas les fauteurs directs de ces abus. Cette remarque trouve tout son poids dans une configuration o il est question dun exode qui se produit en Indochine, dans une ancienne colonie franaise. Dans la configuration dessine par Foucault, le droit, la dfense du droit passent distinctement du camp de lautorit, des tats, des gouvernants celui des gens ordinaires, ceux qui prennent en charge effectivement leur condition de citoyennet internationale (lesprit cosmopolitique de Kant). Et cette dfense du droit ne prend pas proprement parler la forme de largumentation juridique, le citoyen international ne se met pas la place du juriste ou de lavocat, il entre en rsistance et, dit Foucault dun mot trs expressif, il se lve pour interpeller les gouvernants, les placer devant leurs responsabilits, non pas tant pour parler au nomdes victimes que pour se tenir devant ces autres quelconques dont les droits sont mis mal par dautres gouvernants. Se tenir devant ceux qui, des titres divers, ont subir la violence du pouvoir, plutt que parler en leur nom – cest une proposition que jemprunte Deleuze et Guattari, propos de ceux qui connurent, dans la seconde moiti du XX sicle, lpreuve des camps de concentration et dextermination. On retrouve ici aussi un grand motif de lapproche foucaldienne de la politique: ce qui est propre nous mettre en mouvement, l o nous sommes, qui que nous soyons, intellectuels, marchands de quatre saisons ou mdecins du monde, cest ce que nous prouvons face ce quil appelle lintolrable; celui-ci peut prsenter les visages les plus varis la situation des dtenus dans les prisons franaises, la peine de mort, telle bavure policire dont la victime sera selon toute probabilit un sujet post-colonial, les centaines de morts du 17 octobre 1961 et ici, donc, lexode des boat-people. Ce qui est assez nouveau, dans ce texte, cest la faon dont Foucault mobilise largument du droit au ct de celui de la rsistance (cest--dire de linversion de lnergtique du pouvoir), des conduites de rsistance, et singulirement largument des droits humains. Cest avec le droit, en mobilisant le droit et le syntagme droits de lhomme quil nous convie ici rsister lintolrable qui vient au fond toujours se cristalliser autour dun mme enjeu, dune mme figure lexistence perptuelle et constamment renouvele dun reste muet de la politique, dun dchet de la politique institutionnelle, des relations internationales ce quil nomme dans dautres textes la plbe et, ici, donc, les boat-people entendus comme le rsidu incompt頻 (Rancire) de la victoire du peuple vietnamien sur limprialisme tats-unien (une revanche, une rparation obtenue de haute lutte pour le compte de tous les anciens coloniss…). Les droits humains ne sont pas mobiliss ici comme ce nom de luniversel qui, parce quil est ce quil est, nous fonderait agir, sur ce mode proprement tautologique qui nous est familier les droits de lhomme tant le nom mme de luniversel, nous voici dispenss dentrer dans les dtails pour dfinir ce quil seraient spcifiquement, singulirement et en particulier aussi. Car cest ici, bien sr que commenceraient surgir les difficults: leur approche et leur dsignation est variable dun texte fondateur lautre, ils ne sont pas tombs du ciel (Ciel?) et, comme le rappelait Cassin lui-mme, la rdaction de la Dclaration universelle de 1948 est tisse de toutes sortes de tensions et deffets de rapports de force entre les diffrentes parties prenantes de sa rdaction; elle met laccent sur les droits sociaux, la demande des pays du bloc sovitique, mais elle ignore dlibrment le droit limmigration et ltablissement ltranger. La Dclaration dIndpendance amricaine est trs ouvertement providentialiste, place sous le signe des desseins du Crateur, et elle met les Indiens au ban de lhumanit. En France, on le sait bien, la version de la Dclaration de 1789 et celle de 1793 prsentent des diffrences significatives: dans celle de 1789, par exemple, lgalit ne figure pas, larticle 2, dans lnumration des droits naturels et imprescriptibles de lhomme (libert, proprit, sret et rsistance loppression). Dans la version 1793, lgalit vient en tte de lnumration de ces droits imprescriptibles… Lorsquon lit certains articles de la Dclaration universelle de 1948 la lumire de ce quest la condition effective des populations, je ne dirais mme pas, dans les pays les plus pauvres de la plante mais bien des rputs plus riches – disons les dmocraties occidentales-, on se dit quil y a dcidment bien loin de la coupe (de luniversel) aux lvres (de la vie relle des gens): article 23: 1- Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, des conditions quitables et satisfaisantes de travail et la protection contre le chmage. 2- Tous ont droit, sans aucune discrimination, un salaire gal pour un travail gal. 3- Quiconque travaille a droit une rmunration quitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu sa famille une existence conforme la dignit humaine et complte, sil y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. 4- Toute personne a le droit de fonder avec dautres des syndicats et de saffilier des syndicats pour la dfense de ses intrts. Sans commentaire enfin si, mais jy reviendrai un peu plus tard. Dernier point, propos du caractre constamment litigieux du qualificatif universel, tel quil entre en composition dans le syntagme Dclaration universelle des droits de lhomme. Mme une fois la correction de de lhomme et humains effectue, de faon rintgrer de plein droit ce qui en avait t subrepticement, cest--dire grammaticalement, exclu les femmes, reste ce problme: la Dclaration de 1948 rsulte de la volont dune coalition dtats, coalition issue des rapports de forces tablis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle est donc, rigoureusement parler une dclaration internationale qui ne devient universelle que par le biais dune proclamation, ou dune dcision. Or, dans un tel rgime de discours, une proclamation est toujours susceptible den rencontrer une autre qui la contrarie ou la contredit, ou bien encore, elle ne se suffit pas elle-mme pour se transformer en acte. Dire, ici, ne suffit pas faire la chose apparat clairement dans le bref et cruel rappel de ce que proclame la Dclaration propos du droit au travail. Pour toutes ces raisons, Cassin, dans son commentaire de la Dclaration parle prudemment de cheminement vers luniversalit頻, dune affirmation progressive de luniversalit de la Dclaration, dans le monde de laprs-guerre, au fur et mesure quun nombre plus grand dtats sy ralliaient, que tous les hommes de tous les territoires habits de la terre sen prouvaient destinataires. Mais nous ne sommes pas mal placs pour savoir, aussi bien, que tant de forces obscures contribuent, dans le monde daprs la Dclaration, en ruiner tant lintention que les effets…
Quoi quil en soit, nous voyons bien que dans le texte au plus prs duquel jessaie de me tenir ici, Foucault sefforce de dgager quelque chose comme une politique des droits humains qui ne consiste pas tant en appeler lautorit normative des principes universels et des textes sacrs qu jouer sur le conflit entre ceux qui sen estiment les gardiens lgitimes (les tats, les gouvernants) et leffectivit de leurs pratiques. Le rle des gens ordinaires, ceux que Foucault appelle les individus privs, nest pas de mettre en scne de belles indignations lyriques face tel ou tel outrage aux droits humains commis en telle ou telle circonstance, mais plutt darracher aux gouvernements le monopole que ceux-ci se sont assur sur la dfinition de la politique internationale et la mise en uvre des principes universels laquelle celle-ci est cense, constamment, faire rfrence. Il va donc sagir, dans cette perspective, de faire jouer les droits humains contre les gouvernements qui, pour des raisons variables, en font leur enseigne et un moyen de lgitimation. Jai cit plus haut cet article de la Dclaration de 1948 dans lequel est solennellement proclam le droit de tout individu fonder un syndicat, adhrer un syndicat, ceci dans le but de dfendre ses intrts. Ce droit est proclam dans le cadre de laffirmation des droits sociaux en tant que partie intgrante des droits de lhomme un point sur lequel mettent alors laccent tout particulirement les pays socialistes. Or, lorsque la crise de ces rgimes va entrer dans sa phase active, dans les annes 1980, ce droit ayant fait lobjet dune attestation duniversalit lorsquil est entr dans le corps inscable des droits de lhomme, va se retourner contre ceux qui en ont t, quelques dcennies auparavant, les ardents promoteurs ceci lorsque vont apparatre, contre les syndicats officiels qui, dans ces pays, ntaient que des courroies de transmission du pouvoir dtat, des syndicats indpendants, en URSS et puis, on le sait bien, en Pologne o Solidarnosc va saffirmer comme un vritable contre-pouvoir, le ferment dune contre-socit et, finalement, lagent le plus actif de la chute du pouvoir communiste. On voit bien ici comment prend forme ce droit nouveau dont parle Foucault, comme ce droit dont ceux den bas imposent lautorit contre linertie ou le double langage des gouvernants, droit dintervenir activement, et en court-circuitant les institutions et les usages de la politique institutionnelle, dans les situations o clate le scandale du prsent. Undroit dintervention qui toujours, dune faon ou dune autre, fera rfrence aux droits humains, inscrira son efficace dans leur horizon. Ce qui est vrai ce propos des situations post-totalitaires lest aussi des situations coloniales. Je suis tomb rcemment sur une communication prsente par un juriste, loccasion dun colloque organis loccasion du bicentenaire de la Rvolution franaise, texte intitul 1789 dans le discours du mouvement national algrien (1922-1962)1. Lauteur y met en relief la constance avec laquelle, ds les origines du mouvement national en Algrie, les animateurs de celui-ci ne cessent de faire jouer la rfrence aux droits de lhomme et, plus prcisment, la France, terre nourricire suppose de ces droits et des principes qui les accompagnent, contre la ralit coloniale. Il cite ainsi Ferhat Abbas qui, ds 1927, crit dans Le jeune Algrien: LAlgrien croit en la France, du moins en une certaine France, celle des philosophes du XVIII sicle, celle des principes de 1789, celle des Franais qui ont t du ct des indignes. Une tournure rhtorique prend forme ici, grce laquelle le colonis va, en mobilisant les droits de lhomme, la Rvolution franaise, 1789 comme autant dimages dialectiques, mettre la France coloniale en contradiction avec celle des idaux, des principes, des Lumires. Cest encore ce que fait Messali Hadj, dune manire plus incisive que Ferat Abbas, lorsquil crit, en aot 1936, soit en plein Front populaire: Ce nest pas parce que nous tions Paris, ville de la Rvolution de 1789 et de la Commune de 1871 que nous (migrs en France) tions labri de la rpression. De mme, dans le Manifeste du peuple algrien dpos auprs du gouvernement gnral Alger en 1943 par F. Abbas et le Dr Bendjelloul, on peut lire cette phrase: la colonisation de lAlgrie par la France, hritire pourtant [je souligne, A. B.] des principes de 1789, dure depuis plus dun sicle. On pourrait multiplier les citations dans lesquelles sont opposes les deux France – celle des droits humains et celle de la violence coloniale. Ce motif, on le retrouve aussi bien dans des textes du Parti communiste algrien que dans des dclarations de la Fdration de France du F.L.N…. A la fin de son expos, le chercheur cite Kateb Yacine dclarant, en 1986, lors du Festival dAvignon: Je suis all en prison pour avoir trop cru aux principes de 1789. Aucun colier franais na vibr autant que moi aux rcits de la Rvolution. Il me semble que lon tient l quelque chose comme une matrice politique, un pli, un geste dont les puissances sont peu prs inpuisables. Ces potentialits (qui sont peut-tre plutt des virtualits, dailleurs), sont indissociables de la msentente perptuelle qui persiste entre gouvernants et gouverns propos de ce groupement de mots (syntagme): droits humains. Jacques Rancire explique trs bien ce quest une situation de msentente: () un type dtermin de situation de parole: celle o lun des interlocuteurs la fois entend et nentend pas ce que dit lautre () les cas de msentente sont ceux la dispute sur ce que parler veut dire constitue la rationalit mme de la situation de parole. Les interlocuteurs y entendent et ny entendent pas la mme chose dans les mmes mots. Ainsi, au XIX sicle, au temps de la Monarchie de Juillet, dit Rancire, lorsque la bourgeoisie prononce le mot homme, elle entend: ceux qui composent la socit頻 effective, les possdants, ceux qui disposent de lintelligence des choses, paient des impts et ont, ce titre, voix au chapitre concernant les affaires publiques – et ceci lexception de tous les autres, vous une situation de minorit durable… Les ouvriers, eux, entendent le mot homme en un tout autre sens: rcusant la coupure quintroduit lacception bourgeoise du mot entre majeurs et mineurs, ils disent: cette coupure nexiste pas, les distinctions de classe sont artificielles, nous sommes des hommes comme vous! Eh bien, il me semble quil en va exactement de mme aujourdhui propos des droits humains: lorsque des ouvriers des usines Foxconn, en Chine continentale, un sous-traitant dApple travaillant sous licence tawanaise, se rvoltent contre leurs conditions de travail et disent: nous ne sommes pas des chiens, nous sommes des hommes et lorsquils font rfrence aux droits humains pour dnoncer la situation qui leur est faite, ils disent leur exaspration dans les mmes mots que tel reprsentant du gouvernement des tats-Unis qui, en visite Pkin, fait part rituellement aux dirigeants chinois de sa proccupation propos de la situation des droits humains au Tibet ou chez les Ougours. Mais ce partage des mots est trompeur: en termes de pratiques, en termes daspirations, en termes didaux de justice, la msentente est complte entre ces travailleurs et ce reprsentant de lEmpire. Si tel ntait pas le cas, le visiteur amricain serait le premier dnoncer limplication active des firmes de son pays dans les formes de mobilisation quasi-esclavagistes de la force de travail en Chine ce qui nest manifestement pas le cas, sa dvotion aux droits humains tant, de notorit publique, slective…
Cest ce titre mme, en tant quils sont une plaque sensible du diffrend sur le fond et insoluble qui oppose gouvernants et gouverns, dune dispute sans fin sur le sens des mots et leur bon usage que les droits humains sont, aujourdhui comme hier, une question politique avant tout, et pas seulement un enjeu juridique, thique ou humanitaire.
Alain Brossat
Les droits humains aujourdhui,
dans le champ de forces de la gopolitique mondiale
/ 2014
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Photo : le Jeu de la guerre de Guy debord




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