Archive pour le Tag 'féminisme'

Rêver l’obscur – Femmes, magie et politique / Starhawk

Déesses et dieux : le paysage de la culture
La magie a souvent été pensée comme l’art de faire devenir vrais les rêves ; l’art de réaliser les visions. Mais avant que nous puissions rendre réelle la vision d’une culture intégrée, nous devons la voir. Nous devons avoir de nouvelles images à l’esprit, nous aventurer dans un paysage transformé, raconter de nouvelles histoires. Mais les histoires de la mise à distance ont formé nos esprits ; comment nouslibérer d’elles si une vision nouvelle n’est pas déjà là pour nous aider ?
Les images et les histoires de l’immanence abondent dans notre passé culturel, dans les mythes et les religions de nombreuses cultures contemporaines. Aussi notre recherche de vision nous amène-t-elle invitablement au royaume de la religion, même si nous ne voulons pas y aller : ce que nous nommons religion est le terreau de la culture, dans lequel poussent consciemment ou inconsciemment les systèmes de croyances, les histoires, les formes de pensée sur lesquels sont basés toutes les autres institutions.
Quand nous nous tournons vers les religions de l’immanence, que nous les appelions sorcellerie, paganisme polythéisme ou spiritualité, que nous prenions nos sources dans les mythologies celtique, grecque, amérindienne, orientale ou africaine, nous rencontrons un paradoxe. Nous rencontrons le Dieu/Déesse : le tout, la fabrication intriquée de l’être, la danse, la tisserande et le réseau des connexions, le schème, la spirale. Nous disons « Elle ». Mais Elle est avant le sexe ; celle dont le nom ne peut épelé car Elle est le cercle – avant qu’il soit brisé par un nom qui sépare.
Mais la Déesse a de nombreux noms : Isis, Ceridwen, Astarté, Miriam, Oshun, White Buffalo Woman, Kuan Yin, Diana, Amaterasu, Ishtar, la Femme changeante, Yemaya… et Elle a de nombreux aspects : Jeune Fille, Mère, Vieille, Lune, Terre, Arbre, Étoile, Flamme, Déesse du chaudron, Déesse du foyer, Guérisseuse, Araignée, Dame des choses sauvages. Le Dieu qui est son aspect mâle, l’autre pôle de cette unité à l’origine non brisée, a aussi de nombreux noms : Pan, Dionysos, Osiris, Dumuzi, Baal, Lugh, Coyote, Alegba… et Il a aussi de nombreux aspects : Enfant, Danseur, Père, Semeur, Dieu cornu, Chasseur, Dieu mourant, Guérisseur, Homme vert, Soleil, Arbre, Pierre levée.
Depuis Jung, beaucoup de penseurs qui explorent la mythologie ont considéré les Déesses et les Dieux comme des archétypes qui représentent les structures sous-jacentes de l’âme humaine. Les archétype ont été réalisés en dualités – ils nous disent comment diviser le monde et ss pouvoirs, comment diviser notre nature en parts masculine et féminine, en dépit du fait qu’historiquement les aspects des Déesses et des Dieux se recouvrent et s’échangent (1). Elle peut être Soleil et Lui peut être la Lune ; Elle peut être Ciel et Il peut être Terre ; les deux ont à jouer leur rôle dans le drame de la naissance, de la croissance et de la mort.
Le concept d’archétypes est lui-même un symptôme de la mise à distance ; il est dérivé de la notion platonicienne d’un monde qui n’est pas réel mais n’est qu’une ombre, l’imitation de formes parfaites préexistantes. Pour une sorcière, le monde lui-même est la réalité. Les Déesses et les Dieux ne sont pas de simples entités psychologiques, existant dans l’âme comme si l’âme était une grote retirée du monde ; eux aussi sont réels, ils sont les moyens de penser-en-choses des forces réelles, des expériences réelles.
Starhawk
Rêver l’obscur / 1982 / 2015
Traduction Morbic

Paru chez Cambourakis

À lire sur le Silence qui parle :
Des sorcières à Seattle
Nous sommes la chatte future

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1 Cf. Ochsborn, Judith, The Female Experience and the Nature of the Divine, op. cit.

Les luttes des putes / Thierry Schaffauser

Pénaliser, abolir, verbaliser, réprimer : tel est le bruit de fond commun aux discours sur « les putes », qu’ils émanent de députés, de féministes ou de maniaques de l’ordre moral et urbain. À contre-courant, ce livre défend l’idée de travail du sexe, idée scandaleuse entre toutes car elle implique une alliance entre le combat féministe, le combat ouvrier et celui des pauvres et des exclus. Se fondant sur son savoir historique et sur son expérience personnelle, Schaffauser dénonce les violences, décrypte les sollicitudes hypocrites et raconte l’histoire des luttes, en particulier la création du STRASS (Syndicat du travail sexuel), et ses rapports souvent conflictuels avec une « extrême gauche » confite dans la vertu.
Un livre décapant et éclairant sur un sujet qu’il n’est plus possible d’éviter aujourd’hui. (note de l’éditeur)

Avant-propos. Depuis fin 2011, les prostituées sont sous les projecteurs médiatiques. C’est en effet en décembre de la même année que Danielle Bousquet et Guy Geoffroy ont déposé une proposition de loi pour renforcer la lutte contre la prostitution. En guise de mesure phare, les parlementaires qui l’ont déposée et leurs soutiens au gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem en tête, ont mis en avant la « pénalisation des clients » de prostituées. Nous, putes, sommes dès lors au centre d’un débat public dans lequel s’affrontent des positions contradictoires. Les uns souhaitent voir notre activité disparaître en verbalisant nos clients, les autres proposent de rouvrir les maisons closes, beaucoup d’autres enfin, issus des élites politiques ou administratives, essayent surtout de nous chasser des rues ou des lieux où nous travaillons, voire d’expulser du pays ceux et celles d’entre nous qui n’ont pas de papiers. Dans cette ambiance franchement répressive, nous, travailleurs et travailleuses du sexe, opposons des revendications, qui se concentrent autour de la décriminalisation de notre activité. C’est une proposition souvent mal comprise, caricaturée mais, il faut le dire, c’est la seule qui puisse améliorer le sort des prostituées – si l’on s’accorde sur le fait qu’il s’agit bien là de la vocation véritable des politiques publiques.
Ce livre est une défense de cette revendication, qui est aujourd’hui l’horizon immédiat des luttes des putes : ni chasse aux prostituées sous le prétexte de lutter contre le « racolage passif » ou le « proxénétisme », ni pénalisation des clients qui est une forme déguisée d’exclusion et de marginalisation des travailleurs et travailleuses du sexe. Mais ce livre est plus que cela. C’est une tentative d’inscrire nos luttes dans deux traditions de la politique d’émancipation : le mouvement féministe et le mouvement ouvrier. Cette tentative peut sembler paradoxale, tant en France des acteurs variés, issus des partis politiques, de la société civile, mènent une lutte idéologique pour nous bannir des espaces et de la réflexion féministes et pour proscrire l’usage de l’expression « travailleurs et travailleuses du sexe » – qui nous permet de nous identifier au mouvement ouvrier. Ce livre n’a donc pas pour ambition de refléter le « point de vue des prostituées ». Il a pour but de proposer une perspective à nos luttes et à nos revendications qui s’inscrive dans une vision globale d’émancipation, un horizon égalitaire, une politique visant à étendre la sphère des droits sociaux de tous et toutes contre les attaques répressives, racistes et le renforcement de la précarité au sein du monde du travail. Notre réflexion se situe dans une militance bien précise, la construction active et l’animation d’un syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe (STRASS).

DROITS DES TRAVAILLEURS DU SEXE

Cette idée d’une syndicalisation des prostituées est une étape décisive d’un itinéraire politique et militant, une trajectoire à la fois personnelle et collective. À 18 ans, j’entrais à Act Up et me dédiais au militantisme lié à la santé communautaire et à la lutte s-contre le sida ; à 20 ans, je commençais le travail sexuel sur le trottoir de l’avenue Bugeaud près de la porte Dauphine ; en 2005, je participais à la conférence internationale des sex workers à Bruxelles. Ces années furent le théâtre d’un renforcement de la répression – avec notamment en 2003 la Loi pour la sécurité intérieure instaurant le délit de « racolage passif » – mais aussi de luttes, de réappropriation d’un stigmate de pute à travers des élaborations liées à la défense de nos intérêts, pour finalement aboutir à l’idée d’une syndicalisation des travailleurs et travailleuses du sexe et à la constitution du STRASS en 2009.
Cet ouvrage s’inscrit dans un combat de longue haleine, dans une élaboration collective qui en est encore à son premier âge. C’est une contribution à cette réflexion et, je l’espère, un appui pour les luttes à venir, aussi bien du point de vue des argumentaires qu’il vise à déployer, qu’en vertu des alliances qu’il appelle de ses vœux – par la défense de cette ambition que la syndicalisation des putes soit désormais davantage un enjeu féministe et ouvrier. Ce livre est donc aussi là pour élargir les stratégies dans lesquelles la lutte des travailleurs et travailleuses du sexe évolue, car la meilleure manière de vaincre, c’est de pouvoir choisir ses alliés et ses ennemis. Ce livre cherche à diffuser des savoirs, mais aussi, peut-être, à poser les jalons des coalitions émancipatrices à venir.
Thierry Schaffauser
Les luttes des putes / 2014

Publié aux éditions La Fabrique

À lire sur le site du Strass :
APERO ANTI-PUTES A TOULOUSE : QUI SONT LES FASCISTES ?

601715-manifestation-contre-le-projet-de-loi-visant-a-penaliser-les-clients-des-prostituees-le-29-novembre-

Rencontre avec Silvia Federici en discussion avec Morgane Merteuil (STRASS) / Colloque Penser l’émancipation / juin 2014

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Le 8 juin 2014, Penser l’émancipation (Paris) organisait, en partenariat avec la revue Actuel Marx, les Éditions Entremonde et la librairie Envie de lire, une rencontre avec Silvia Federici, en discussion avec Morgane Merteuil, à l’occasion de la parution de Caliban et la sorcière.
Silvia Federici poursuit une recherche intellectuelle et militante retraçant les racines du patriarcat dans l’histoire longue des expropriations, dépossessions des communs, enclosures. De la chasse aux sorcières aux plans d’ajustement structurels, Federici propose une relecture féministe de l’histoire du capitalisme.
À la suite de son intervention, elle engage ici une discussion autour du travail reproductif avec Morgane Merteuil, porte-parole et secrétaire générale du STRASS (Syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe).
http://penserlemancipation.net/

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