Archive pour le Tag 'Ecosophie'

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Insect[au]logis : un projet pour la biodiversité en milieu urbain / Manola Antonioli et Céline Duhamel

Insect[au]logis est un projet développé au sein de l’Atelier des friches, association d’artistes et paysagistes de Lyon, qui vise à maintenir et augmenter la diversité et l’abondance des abeilles sauvages en milieu urbain et périurbain par la mise en place de lieux propices à leur nidification. Le projet s’inscrit dans une démarche globale (à la fois artistique, de design urbain et d’engagement citoyen) développée par l’Atelier depuis 2009.
On recense dans la planète plus de 20 000 espèces d’abeilles, dont environ 2500 en Europe et 1000 en France. Si l’abeille la plus connue est l’Apis mellifera ou « abeille domestique », la plupart des abeilles ne produisent pas de miel et ne vivent pas dans des ruches, mais dans des agrégations de terriers individuels. Mais toutes les abeilles ont un rôle écosystémique et économique essentiel, puisqu’elles assurent le transport du pollen qui permet la reproduction des plantes et en particulier celle de nombreuses plantes cultivées par l’homme. Dans l’hémisphère nord on constate une baisse de la population des insectes pollinisateurs en général et des abeilles en particulier, due à de nombreuses causes : monoculture intensive, réchauffement climatique, rôle dévastateur des insecticides et des produits phytosanitaires agricoles. Cette situation inquiète fortement non seulement les apiculteurs mais aussi les écologues et les économistes, et de nombreux programmes ont été mis en place (notamment au niveau européen) pour surveiller l’évolution du comportement des colonies d’abeilles et pour alerter les institutions et les populations sur le danger que représenterait leur disparition.
La destruction des habitats dans les espaces agricoles et semi-naturels ainsi que les phénomènes de pollution de ces milieux sont parmi les principales causes de perte de la biodiversité. Ainsi de nouveaux espaces sont colonisés, notamment les zones urbanisées et résidentielles, qui servent de refuges à de nombreuses espèces animales et végétales, dont les abeilles. Ce phénomène s’explique par un contexte chimique qui est paradoxalement moins agressif dans les zones urbaines et périurbaines, où l’on trouve moins de pesticides que dans les zones d’agriculture conventionnelle (notamment les grandes plaines de monoculture intensive). Les villes sont de 2 à 3 degrés plus chaudes que les campagnes environnantes, ce que les abeilles (étant des insectes globalement thermophiles) apprécient particulièrement. Enfin les municipalités, proposant une floraison étalée sur la majeure partie de l’année, fournissent une ressource alimentaire intéressante pour les insectes.
Insect[au]logis s’insère ainsi dans une réflexion plus vaste sur la place faite à la nature dans la ville, qu’il s’agisse de sa dimension végétale ou animale. La place réservée à la végétation spontanée (celle qui n’est pas plantée, pas tondue, pas enclose dans les parcs ou les squares) est encore très limitée, malgré une progressive prise de conscience collective et une demande croissante de la part des habitants.  Le paysagiste et chercheur (1) Gilles Clément a contribué de façon déterminante à cette réflexion, en définissant le Tiers-Paysage comme la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Cette définition recouvre les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc. : des espaces intermédiaires entre nature et culture, ville et nature. Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionnent la diversité et parfois l’excluent totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérées est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant. Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur. La prise en considération du Tiers-Paysage en tant que nécessité biologique conditionnant l’avenir des êtres vivants modifie la lecture du territoire et valorise des lieux habituellement considérés comme négligeables. Il revient au politique d’organiser la partition des sols de façon à ménager dans son aire d’influence des espaces d’indécision, mais le « Tiers-Paysage » intéresse également l’artiste, le designer, l’architecte, qui interviennent dans le milieu urbain et qui peuvent inclure dans leurs projets une part d’espace non aménagée, ou encore désigner par leur intervention comme espace d’utilité publique les délaissés que génère (quoi qu’on fasse) tout aménagement.
L’exemple de la faune est tout aussi parlant que celui de la flore : si la présence de quelques animaux domestiques est intégrée dans l’espace urbain, la diversité de l’animal reste très peu reconnue et acceptée (2) Aujourd’hui, face à l’urgence écologique, il devient nécessaire de dépasser le clivage ville/nature pour inventer d’autres façons de vivre et de gérer la ville, et ainsi d’y permettre le développement et le maintien d’une certaine biodiversité. Les naturalistes et les scientifiques étudient ainsi la biodiversité citadine et en découvrent la richesse : « La ville est donc bien un écosystème habité par de nombreuses espèces, dont la qualité se structure dans les échanges avec les écosystèmes ruraux ou naturels qui l’entourent » (3).

« La ville n’est-elle pas le siège d’une prise de conscience croissante et grandissante de la fragilité de notre planète et du prix à payer pour la disparition de son atmosphère respirable ainsi que des très nombreuses espèces qui peuplent l’environnement ? » (4)
Cette diversité peine cependant à être reconnue par le grand public qui voit toujours la nature en ville sous forme de clichés : parcs et jardins bien entretenus, insectes qui ne piquent pas, arbres bien taillés et sans « mauvaises herbes » à leurs pieds. Pourtant, ce n’est pas cette nature-là qui se révèle être intéressante pour la biodiversité. La chercheuse Nathalie Blanc, spécialisée dans les questions d’esthétique environnementale, a ainsi a plusieurs reprises montré l’ambivalence généralisée à l’égard de la présence de l’animal en ville. Si la présence du végétal, au-delà des parcs et des jardins, commence à entrer dans l’imaginaire urbain, l’animal peine davantage à y être inclus. « La ville, d’entièrement artificielle devient progressivement un milieu composite voire une mosaïque de milieux intérieurs et extérieurs qui abritent de nombreuses espèces » (5), mais la présence de l’animal domestique et domestiqué est bien plus aisée à accepter et intégrer que celle « d’espèces exotiques, non natives, non indigènes, allochtones, néophytes, xénophytes, envahissantes, invasives, proliférantes, transformatrices…et d’une ville devenue hospitalière au monde vivant » (6). Dans le cas des abeilles, il est plus facile d’introduire des ruches d’abeilles domestiques produisant du miel, que de confronter la population à la présence d’insectes « sauvages » et aux risques de piqûres (7).
Se situant à la croisée de l’art et de l’écologie, le design urbain pourrai contribuer à replacer la nature et les êtres vivants au cœur de la ville, en prenant position pour la biodiversité et en interrogeant les relations entre le citadin et son environnement naturel immédiat. Dans cette perspective, le projet Insect[au]logis a consisté à mettre en place des ateliers culturels autour de la présence des abeilles dans les villes de Grenoble  et de Lyon, en introduisant un réseau de signes visuels qui laissent au passant une liberté de lecture et d’interprétation, qui suscitent la curiosité et incitent à l’effort du déchiffrage, un réseau sensible qui signale trous et fissures susceptibles de servir de nichoirs ou d’ « hôtels » pour les abeilles sauvages qui cherchent un refuge en ville. A Grenoble, le projet a donné lieu à la création de sculptures urbaines, les « Urban Totems » [fig. 1] : des poutres de bois, peintes comme des « totems » en milieu urbain, ont été percées pour accueillir la nidification des abeilles solitaires, dans des tiges végétales creuses ou a moelle tendre ou de petits percements de diamètres variés. A Lyon, la poursuite du projet a fait suite à une commande de la ville avec l’association Programme life + Biodiversité Urbanbees et vise à générer une « artothèque » autour du nichoir à abeilles. La volonté première est de créer des nichoirs fonctionnels en perçant des trous d’un diamètre inférieur à 12 mm dans du bois plein, avec une légère inclinaison des ouvertures vers le bas ou un retour formant abri au-dessus de celles-ci [fig. 2 et 3]. Ces installations prennent place au cœur de l’espace urbain (murs, friches, poteaux, grillages, etc.) et sont destinées à générer un échange permanent avec les habitants de la ville de façon à susciter une reproduction de ces nichoirs et à donner lieu à des moments de discussion autour du problème écologique que représente la survie des abeille et, plus généralement, la place des insectes dans la ville.
Le projet consiste donc à penser une signalétique urbaine basée sur le sensitif, sans se contenter d’une identité visuelle « spectaculaire ».
Le travail du designer urbain migre ainsi dans les interstices, les fissures, les trous pour produire des propositions destinées à se laisser apercevoir, découvrir, observer, au fil d’une déambulation urbaine. L’ambition est celle de contribuer à produire une nouvelle manière de pratiquer la ville,
à la recherche de ces discrètes installations : aller, revenir, entrer, y aller plusieurs fois, par plusieurs chemins, chercher à l’intérieur, plus loin, tout à côté, faire des
tours, et des détours, être proche, très proche, errer, revenir, voir ce qui a changé. En somme naviguer à l’œil nu, sans prévoir, à la recherche de ces nichoirs qui nous signalent
la présence d’un « autre » animal, non domestiqué, parfois gênant, à qui notre société peine à laisser place. Et qui est pourtant, sans doute, un maillon essentiel à notre existence collective.
Manola Antonioli et Céline Duhamel
Insect[au]logis : un projet pour la biodiversité en milieu urbain / 2013

urban totems

1 Gilles Clément, Manifeste pour le Tiers paysage, Paris, Editions Sujet/Objet, 2004.
Ce texte essentiel est désormais disponible en version copyleft à l’adresse suivante : http://www.gillesclement.com/fichiers/_tierspaypublications_92045_manifeste_du_tiers_paysage.pdf
2 Un des premiers ouvrages qui a attiré l’attention, dans le domaine scientifique français, sur cette présence d’une faune « clandestine » dans les espaces urbains est le livre de Nathalie Blanc, La Ville et les animaux, Paris, Odile Jacob, 2000.
3 Karim Lapp, « La ville, un avenir pour la biodiversité ? », Ecologie & politique, n°30, 2005, p. 46.
4 Nathalie Blanc, Les nouvelles esthétiques urbaines, Paris, Armand Colin, 2012, p. 7.
5 Ibid., p. 114.
6 Ibid., p. 117.
7 Au sujet des abeilles, Nathalie Blanc cite (Les nouvelles esthétiques urbaines, op. cit., p. 9) le travail de sensibilisation du plasticien et apiculteur parisien Olivier Darné du « Parti poétique » autour de la « pollinisation de la ville » (http://www.parti-poetique.org).

Notre-Dame-des-landes : manif 22 février Nantes / La Transfu

Notre-Dame-des-Landes : ni travaux ni expulsions !
L’aéroport c’est toujours non !
manifestation samedi 22 février 2014 – 13h Nantes – Préfecture

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Appel commun du mouvement anti-aéroport
L’État et les pro-aéroports menacent de passer de nouveau en force. Ils prétendent débuter, dans les mois qui viennent, la destruction des espèces protégées et les chantiers de l’aéroport. Une nouvelle vague d’expulsion pourrait survenir. Nous ne les laisserons pas faire ! Les travaux ne commenceront pas ! Sur place, le mouvement est plus vivant encore qu’à l’automne 2012, les liens plus denses, les champs plus cultivés et les habitats plus nombreux… Au delà, plus de 200 comités locaux se sont créés, en solidarité avec la lutte et pour la faire essaimer par chez eux. Nous appelons toutes les forces anti-aéroport à se joindre à la manifestation du 22 février à Nantes pour leur montrer qu’il n’est pas question qu’ils touchent au bocage.

Appel d’occupant-e-s de la ZAD
La déroute de César
Depuis des décennies un ubuesque projet d’aéroport menace le bocage de Notre Dame des Landes près de Nantes. Mis au rencart suite à la crise pétrolière des années 70, les décideurs locaux, PS, UMP et entrepreneurs unis, l’ont ressorti des cartons il y a quelques années, assorti de l’inévitable label « écologique » ! Depuis des décennies la population locale s’oppose à la destruction de ses maisons et de son agriculture, forte des traditions de luttes paysannes et antinucléaires. A partir de la fin des années 2000, des personnes de toutes l’Europe sont venues lui prêter main forte. Elles sont venues s’installer sur la Zone A défendre, à l’appel d’habitant-e-s qui avaient choisi de résister, et occupent sur place les terres et bâtiments laissées vides – depuis des années parfois- pour laisser la place à l’aéroport.
Le 16 octobre 2012, lorsque plus d’un millier de gendarmes sont venus expulser la ZAD, la vigueur de la résistance et la vague de solidarité que celle-ci a engendré a surpris tout le monde, et en premier lieu les décideurs qui avaient perdu l’habitude de se voir retourner ainsi la violence de leur pelleteuses. Après deux mois d’escalades dans les arbres et de recours juridiques, de barricades, chants et projectiles dans le bocage, de manifestations et d’actions visant des chantiers ou des sièges politiques dans le reste de la France, l’ « opération César » s’est définitivement enlisée.

La ZAD en mouvement
L’opposition aux expulsions a diffusé la conviction, cauchemardesque pour les aménageurs du territoire, qu’il est possible de se mettre en travers de leur chemin. S’ il reste à enterrer définitivement le projet d’aéroport, la brèche ouverte ici a laissé place à un terrain d’expérimentations sociales et agricoles bouillonnant, guidé par la solidarité et la volonté de mise en commun. Sur la zad s’élabore un mouvement soudé par les rencontres entre habitant-e-s de longue date et nouveaux-elles arrivant-e-s, entre paysan-ne-s en lutte et collectifs cherchant à vivre, cultiver et créer, en porte à faux avec les circuits marchands et les normes.
L’opération césar a eu pour effet d’engendrer pendant toute l’année passée un grand élan de réoccupation et de reconstruction. Il y a aujourd’hui une soixantaine de lieu de vie, fermes, maisons, cabanes et hameaux répartis sur la zone, ainsi qu’une vingtaine de projets agricoles et maraîchers. On y trouve aussi des espace collectifs pour faire de la radio, de la musique, des cantines et fêtes, fabriquer du pain et transformer des aliments, lire et jouer, coudre ou fabriquer une éolienne, réparer des vélos ou se soigner…

Le retour de César ?
Depuis des mois la plupart des tentatives de Vinci, maître d’œuvre du projet, et de la Préfecture pour venir faire des travaux préparatoires sur la ZAD ont été empêchées ou sabotées. Depuis quelques semaines les pro-aéroport multiplient pourtant les annonces dans les médias sur le démarrage prochain des chantiers et sur la nécessité de revenir nous évacuer.
La prochaine étape sur leur agenda serait de venir « déplacer » certaines espèces rares du bocage et de construire des mares et haies dans les environs selon des quotas de « compensation » fixés à partir de la quantification, en leurs termes, des « biens et services ecosystèmiques » du « capital naturel ». Au-delà de l’aéroport de NDDL il s’agit là de la mise en place de techniques d’ingénierie écologique, largement expérimentales et emblématiques du greenwashing moderne, qui pourraient servir de modèle et de légitimation sur la faisabilité d’autres projets de ce type. Pour des compagnies comme Vinci, il s’agit bien d’acheter un droit à polluer et à détruire, légitimé par des « naturalistes » mercenaires comme Biotope. La compensation incarne une logique gestionnaire qui entend pouvoir paramétrer et comptabiliser l’entièreté du vivant.
Nous entretenons un rapport tout autre aux bois, bocages et chemins, aux histoires qui les traversent et aux êtres vivants qui habitent notre quotidien. Ces liens sensibles et savoirs-faire, outils, armes et complices, ressources ou repaires ne se laisseront pas aplanir. Nous refusons absolument que nos vies soient casées et fractionnées à l’infini dans des équations savantes selon les principes économiques en vigueur.

La résistance est contagieuse
Aujourd’hui, Notre Dame des Landes est devenu un symbole des luttes contre l’aménagement du territoire capitaliste, qui croit pouvoir disposer à sa guise des espaces considérés comme « non-productifs » pour y implanter ses centrales énergétiques, ses centres commerciaux, ses lignes à haute tension ou ses méga-axes de circulation pour humains et consommables. Un symbole, et un cri de ralliement, comme ont pu l’être Plogoff ou le Larzac en leur temps. Un symbole, parce que partout opère cette logique de fric, de vitesse, de destruction des territoires et de contrôle – eux appellent ça « le développement ». De Notre dame des landes au TGV Lyon Turin en passant par le centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, les pouvoirs publics tentent de l’imposer à coup de pseudo-concertation et de marketing « vert ». Souvent ça passe, et ils parviennent à nous faire gober qu’il n’y a pas d’alternative. Parfois, la réaction des habitant-e-s les tient en échec.
Le 22 février à Nantes, c’est un renversement décisif qui se joue : la métropole nantaise veut tenter à nouveau d’annexer Notre Dame des Landes ? Eh bien ce sont toutes les oppositions à ce projet, et à tous les projets similaires, qui vont venir dire à la métropole qu’elles n’en veulent pas ! Nous manifesterons avec joie et détermination pour l’abandon du projet et pour l’avenir toujours à construire, sans aménageurs, sur la zad et ailleurs.
Puisqu’ils entendent « compenser » le bocage, nous en amènerons des fragments à Nantes et ferons résonner l’appel à entraver concrètement tout démarrage des travaux, que ce soit la destruction des espèces, ou les autres chantiers connexes au projet d’aéroport : le barreau routier mais aussi les élargissements de routes et dévoiement de réseaux (eau, électrique…).
Nous affirmerons à cette occasion que s’ils viennent de nouveau nous expulser nous résisterons, réoccuperons et reconstruirons avec les dizaines de milliers de personnes qui se sont déjà alliées aux habitant-e-s et paysan-ne-s de la zad.
Nous lançons d’ores et déjà une invitation à s’organiser pour bloquer la région et occuper les lieux de pouvoir dans toute la France en cas de nouvelle grande opération policière. Vinci, Auxiette, Ayrault and co : dégage ! Les ZADs vivront !

Des occupant-e-s de la zad,
groupes et personnes en lutte contre l’aéroport et son monde.

https://zad.nadir.org/
http://22fevrier2014.blogspot.fr/

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« Au travers de ce film La Transfu, nous avons essayé de rendre l’ambiance de travail dans laquelle s’est construite la cabane, et pour mettre des voix, des mots et des visages sur les acteurs de cette belle aventure… Ce que nous voulions transmettre c’est aussi l’enthousiasme et l’énorme énergie qui ont permis la réalisation de ce projet. C’est l’histoire d’un collectif (d’un groupe d’individus) qui apporte son soutien à la lutte contre le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, et qui, tout en recyclage et en récupération, en dehors des circuits marchands et dans une opposition claire et non négociable à ce projet d’aéroport, propose dans le même temps une alternative au monde capitaliste dans lequel ce projet s’inscrit… L’accent n’a volontairement pas été mis sur l’histoire de la ZAD -les groupes « automédias » la racontent eux-mêmes déjà très bien (à voir et à revoir : Quand les arbres s’agitent et Quand les arbres fulminent sur zad.nadir.org). À partager et diffuser sans modération… vous pouvez télécharger le livret/manuel de construction sur simple demande aux membres du collectif. »

Qu’est-ce que l’écosophie ? / Félix Guattari / Au-delà du retour à zéro / dialogue avec Toni Negri / textes agencés et présentés par Stéphane Nadaud

Au-delà du retour à zéro
Extrait d’un dialogue de Félix Guattari avec Toni Negri pour la revue Futur antérieur n°4 : hiver 1990, à l’occasion de la sortie de Cartographies schizoanalytiques.
Note de Stéphane Nadaud : « Dans ce curieux échange, Negri tente de pousser Guattari dans ses retranchements et lui demande, successivement, s’il n’aurait pas tendance à être, à son insu, postmoderne, anhistorique, nihiliste, ontologue, utopiste, dogmatique ou positiviste, voire structuraliste. »

Toni Negri Je connais ta passion pour l’événement et ton plaisir pour la vie. Mais quand tu philosophes, tu sembles vouloir te détacher de cela. Comment gères-tu la schizophrénie structure-événement ? N’as-tu pas tendance à anticiper toujours la structure sous-jacente à l’événement, au risque de ne pas le laisser parler ? Cette question se retrouve-t-elle dans ton travail avec Deleuze ? Quelle est ta théorie de l’événement ? Comment imagier aujourd’hui non le processus, mais l’événement révolutionnaire, non les conditions de la révolution mais le pouvoir constituant ?

Félix Guattari L’événement est un don de Dieu. On a toujours l’impression qu’il ne se passe rien, qu’il ne se passera plus rien. Puis surgissent les « événements du Golfe ». Même là, j’ai pensé qu’au fond, il ne se passerait rien. La machine mass-médiatique planétaire lamine toutes les aspérités, toutes les singularités. On ne rencontre plus de zones de mystère. La question maintenant est de faire de l’événement avec ce qui se présente. Pas comme les journalistes qui sont tenus, quoi qu’il arrive, de faire leur « une ». Mais de façon plus poétique. Il est donc bien question ici. d’un pouvoir constituant, d’une production ontologique sui generis. Faire avec la sérialité. Ne serait-ce qu’en rêvant aux militaires américains en train de cuire dans leurs chars, au désarroi des otages, à la jubilation des jeunes Arabes, au délire systématique de Saddam… Ces scènes, sans limites précises, pour qu’il se passe enfin quelque chose !
Quant à la question que tu poses, relative à la structure, j’aimerais la décentrer. Je ne prétend jamais décrire un état de fait, un état de l’histoire ou de la subjectivité. Je cherche seulement à préciser les conditions de possibilité des divers modes de descriptions possibles. Pour appréhender ou pour contourner les problématiques de l’énonciation collective, tout système de modélisation – qu’il soit théorique, théologique, esthétique, délirant – est amené à positionner ce que j’appelle des facteurs ontologiques (les Flux, les Phylums machiniques, les Territoires existentiels, les Univers incorporels). Ainsi se trouve conjurée ou assumée partiellement la question, pour moi essentielle, du pluralisme ontologique. Il y a choix de constellations singulières d’Univers de référence, incarnée dans des Territoires existentiels, eux-même marqués par une précarité, une finitude qui font basculer l’Être dans une irréversibilité créationniste. Dans ces conditions, un ontologie ne peut être que cartographique, métamodélisation de figures transitoires des conjonctions intensitaires. L’événement réside dans cette conjonction d’une cartographie énonciatrice et cette prise d’être précaire, qualitative, intensive. Ce rapport de fondation réciproque entre l’exprimant et l’exprimé, le donnant et le donné, trouve son expression exacerbée dans la création esthétique précisément considérée comme pouvoir constituant ontologique.
Disons qu’il y a trois temps : celui de l’état initial, celui du retour à zéro, celui de la reprise de processualité. Le second temps n’est pas dialectique. On n’en a jamais fini avec la finitude, avec le non-sens. Et cependant, c’est un temps riche, une recharge de complexité par un bain chaotique. Toujours le temps zéro réserve des surprises ; à partir de points de singularité, laisser repartir des lignes de possibles. Le troisième temps serait celui des imaginaires, c’est-à-dire de la reprise des ambiguïtés. Comment définir un communisme, ou tout simplement un amour réussi, en échappant tout à fait aux illusions d’un désir d’éternité. La puissance de vivre, la joie spinoziste n’échappe à la transcendance, à la loi mortifère que par son caractère de modalité fragmentaire, polyphonique, multiréférentielle. Dès qu’une norme prétend unifier la pluralité des composantes éthiques, la processualité créative s’estompe. La seule vérité ultime est celle du chaos comme réserve absolue de complexité. Ce qui a fait la force et la pureté des premières moutures de socialisme et d’anarchisme, c’est précisément d’avoir tenu ensemble, au moins partiellement, un imaginaire communiste ou libertaire et un sens aigu de la précarité des projets individuels ou collectifs qui les supportaient. Depuis, la finitude s’est bien affadie, la subjectivité mass-médiatisée et collectivisée s’est infantilisée. La finitude du second temps de « prise de terre » n’est pas donnée une fois pour toutes. Sans cesse, elle doit être reconquise, recréée dans ses ritournelles et dans sa texture ontologique. La reconstruction du communisme passe aujourd’hui par un élargissement considérable des modes de productions de subjectivité. D’où la thématique d’une jonction entre l’écologie environnementale, l’écologie sociale et l’écologie mentale par une écosophie.
Félix Guattari
Qu’est-ce que l’écosophie ? / 2014
Textes agencés et présentés par Stéphane Nadaud
Éditions Lignes
felix

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