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Psychanalyse de restauration, exception française / Michel Tort

Dans le cadre du débat engagé sur le mariage pour tous et l’homoparentalité, on a vu refleurir les discours d’un courant de psychanalystes qui s’étaient exprimés depuis les années 80 sur les problèmes de filiation et de parenté. Invoquant des normes transcendantes, en dehors de l’histoire, dans lesquelles on reconnaît le discours transparent des religions, ils prétendent y ajouter la caution de la psychanalyse. Les arguments «psychanalytiques» de ce genre ne résultent nullement de la clinique psychanalytique : ils s’enracinent dans une logique de «bon sens», réactive, phobique, qui fabrique la lie du débat social en France et qui nourrit le discours des comptoirs. Reste la question : quelle est l’origine de ce courant réactionnaire dans la psychanalyse en France ?
Le modèle familial père – mère – enfant, où dominaient le mariage et la filiation indivisible, ayant explosé depuis les années 60 et s’étant diffracté en une myriade de formes de parentalité, la parenté a cessé d’être considérée comme une relation naturelle. Or, c’est le moment qu’a choisi ce courant de psychanalystes pour se mettre en tête qu’il leur revenait de légiférer en dernière analyse sur la filiation et la parenté, en raison du règne souverain exercé par la psychanalyse sur l’inconscient et ses fonds sous-marins. Ils sont partis en guerre contre les notions mêmes de parentalité et de genre, qui les obligeaient à tenir compte de l’histoire et des rapports de pouvoir.
Quel est l’enjeu du débat ? C’est le remplacement progressif du dispositif social ordonné jadis au principe paternel par un dispositif de parentalité. L’ordre social soumis au principe paternel rappelle les sujets à l’ordre théologique de la nature en disqualifiant les bâtards, les filles mères, les contre-natures, les avortées, divorcés, etc. Dans le dispositif de parentalité, on décrit des situations multiples de parentalité en respectant leurs droits. Ce changement a pris plusieurs siècles. Les termes de parenté, «père» et «mère» auxquels il ne faudrait pas toucher sont aussi le lieu de rapports de pouvoir masculin – féminin historiques. On ne peut dénier la réalité des transformations dans le dispositif de parentalité. Elles modifient les rapports de domination entre hommes et femmes, nommés suavement complémentarité par le Saint-Père. La dimension symbolique n’appartient pas aux religions qui l’ont vampirisée. Liberté, égalité définissent aussi des relations symboliques. Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le dépositaire de la fonction de tiers entre parents et enfants et entre parents n’est plus «le Père» mais de facto et de jure l’Etat des citoyens et citoyennes : le débat actuel l’illustre.
Or, l’invocation par nombre de psychanalystes d’une prétendue «fonction paternelle» étrangère à l’histoire revient à maintenir en surplomb une figure «symbolique» qui garde jusqu’à la caricature les anciennes fonctions sociales du Père. Il s’agit de montrer le caractère universel, structural, de cette «fonction paternelle». Déplumée de ses pouvoirs politiques, elle se transforme astucieusement en une capacité symbolique de séparer la mère et l’enfant, objectif patriarcal inchangé. Le Saint-Père est devenu «infaillible» quand il a été dépouillé de tous ses Etats et parqué au Vatican. Le Père, le pater patriarcal, s’est transformé en Père symbolique, quand le statut des pères a changé. Le père est devenu l’interlocuteur prosaïque des enseignants, des travailleurs sociaux, du personnel de la justice et de la police, gestionnaires de facto et de jure des fonctions parentales. C’est contre cette évolution qu’on lui a attribué une «fonction paternelle» symbolique éternelle, quand il s’agit d’un symbolique des cavernes.
Il s’est constitué dans les années 50-80 en France, dans une sorte de contre-réforme, un corps de croyances théoriques retraitant certains éléments du freudisme, avec lesquels on a construit une «fonction paternelle», base irréfragable de la parenté. C’est avec cette construction de la «psychanaLacan» ajoutée à son original catholique du père, avec ce schéma théologique sous ses oripeaux «psychanalytiques» que certains tentent de faire pièce aux bouleversements vertigineux des parentalités en Occident. Or, il n’y a pas de «fonction paternelle» hors des rapports de sexe et de genre. Les fonctions des pères ou des mères dépendent du dispositif parental historique et géographique. Mais la problématique de la «fonction paternelle», loin d’appartenir au seul courant lacanien, circule dans l’ensemble de la psychanalyse française, réconciliant paradoxalement sur un mode œcuménique les courants majeurs de la psychanalyse officiellement divisés.
Ce courant réactionnaire met en danger depuis des années la psychanalyse sur tous les fronts. A travers sa clique médiatisée, il ne représente pas la psychanalyse, mais il lui nuit. Il est responsable d’une partie des critiques qui se sont accumulées depuis la même époque environ contre la psychanalyse. C’est une évidence si l’on considère la dernière des «affaires» qui défraient la chronique, la polémique concernant l’autisme. Un documentaire montrait sur un mode caricatural les cantiques de la «fonction paternelle», le Notre Père «psychanalytique» qui dit : les mères sont responsables de l’autisme, le bâton paternel est le Sauveur, etc. Jusqu’à quand laisserons-nous l’adhésion au credo paternel, qui sous-tend les résistances de la psychanalyse aux évolutions des rapports de parentalité et aux transformations sociales en général, ridiculiser la psychanalyse et compromettre pour la communauté les bénéfices du travail clinique remarquable qui se fait par ailleurs? Alexandre Koyré, dans Du monde clos à l’univers infini, décrit comment Dieu sort discrètement du paysage scientifique. Il relate que l’astronome Laplace répond à Bonaparte, qui l’interroge sur la place qu’il réserve à Dieu dans son Exposition du système du monde : «Citoyen Premier Consul, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse.» C’est de nos jours le tour du «père», la figure patriarcale du père que ce Dieu éclipsé représentait, de quitter la scène à son tour.
Michel Tort
Psychanalyse de restauration, exception française / 10 janvier 2013
Publié dans Libération
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Dimanche 16 décembre – Marche pour l’égalité : rejoignez le Pink Block !

Osons une lutte qui en soit une… car nous en sommes !
Rejoignez le bloc contre l’instrumentalisation de nos identités et de nos combats !

Nous, féministes, gouines, trans, bi-e-s, pédés, antifascistes, psychiatrisé-e-s, séropos, asexuel-le-s, queers, anormaux-ales, masochistes, poly(in)fidèles, hystériques, avortante-s, intersexes, enculé-e-s, putes, travs, pornographes, et autres combattantes dénonçons le regain de respectabilité des discours des droites extrêmes, leur diffusion dans les médias et leur influence sur les prises de décision politiques.

Plusieurs semaines que des groupes réactionnaires manifestent contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples LGBT et déversent leur homo-lesbo-transpho- bie dans plus de 70 villes en France.
Plusieurs semaines que des personnalités religieuses comme politiques invoquent la sacrosainte « différence des sexes » pour refuser aux couples LGBT, aux familles homoparentales et/ou transparentales la reconnaissance juridique de leur existence.
Plusieurs semaines que le gouvernement dit «socialiste » se mure dans un silence complice quand il ne ménage pas explicitement la susceptibilité des opposant-e-s à l’égalité des droits. Ce n’est que lorsqu’ils émanent d’une organisation musulmane (Union des Organisations Islamiques de France) que ce gouvernement se prononce contre des propos homophobes, dans la droite ligne étatique islamophobe en vigueur depuis des années.
Nous n’oublions pas que si nous nous battons encore aujourd’hui pour l’égalité des droits c’est aussi parce que le P«S» au pouvoir il y a 13 ans, déjà trop couard pour défendre réellement le PaCS en 1999, était surtout trop homophobe pour ouvrir le mariage et la filiation aux couples LGBT. Ces atermoiements du gouvernement ne peuvent que nous rappeler toutes les trahisons d’un parti qui se situe dans la continuité du gouvernement de Nicolas Sarkozy. Nous n’oublierons pas :
- l’enterrement du droit de vote des étrangers aux élections locales
- la limitation du nombre de régularisations alors que le gouvernement se gargarise d’avoir élargi les critères ouvrant le droit au séjour
- l’abandon du récépissé après contrôle d’identité
- les expulsions de Rroms plus effrénées encore qu’il y a deux ans
Nous vomissons également le tout-répressif gouvernemental qui maintient les lois sarkozystes sécuritaires et racistes, de l’interdiction de porter le voile intégral au délit de racolage passif.
Nous dénonçons l’attitude du P«S» face au militantisme radical, qui à Notre-Dame-des-Landes comme face à un groupe d’activistes transpédégouines à Besançon, ne consiste plus qu’en des invectives et des fantasmes sur un supposé « terrorisme ».
Si tant est que nous imaginions échapper au pire avec l’élection de François Hollande, nous n’avons aujourd’hui plus aucune illusion.
À l’heure où, comme à son habitude, le P«S» tâtonne, recule et rame, les principales organisations LGBT font preuve d’une naïveté complaisante et consternante, incapables de s’insurger contre ces méthodes réchauffées.
Permettre aux plus respectables des gays et des lesbiennes de gravir un échelon sur l’escalier de l’hétéronation constitue pour le P«S» un moyen de masquer les effets de ses politiques racistes, islamophobes, sécuritaires et libérales, y compris au sein de nos communautés.
Ne soyons pas dupes: les discours intégrationnistes portés par ces associations, et inlassablement répétés par une InterLGBT rêvant de nous endormir, promeuvent un modèle de « citoyenneté » vichyste et un idéal de vie ultra- normé. Leur combat pour le mariage et l’adoption s’adresse en réalité aux homocitoyen-ne-s français-e-s, en couple, fidèles, porteur-euse-s d’un projet de parentalité à deux, et payant des impôts.
En faire l’alpha et l’oméga de la lutte contre l’homophobie
et contre toutes les inégalités dans le monde, c’est se désolidariser complètement des autres minorisé-e-s, sans- droits, précarisé-e-s et criminalisé-e-s.
Nous constatons que les associations LGBT mainstream se targuent aujourd’hui d’avoir toujours lutté contre les « discriminations», alors même que :
- elles puisent dans l’imagerie nationaliste la plus vomitive, cherchant à draper la « fierté LGBT » dans les plus beaux atours du patriotisme franco-citoyen (1)
- elles gardent un silence complice depuis toutes ces années sur les dégâts des politiques de répression des travailleur-euse-s du sexe
- elles cautionnent le racisme et l’islamophobie d’Etat, comme a pu le démontrer le refus de l’interLGBT d’intégrer HM2F (Homosexuel-le-s musulman-es de France) sous des prétextes fallacieux
- elles font preuve d’une transphobie et d’un cis-sexisme brutaux et ordinaires, en refusant systématiquement d’inclure des questions trans et bi dans leur agenda exclusivement centré sur les doléances gays et lesbiennes
- elles refusent d’inclure la lutte contre le sida dans leurs revendications, arguant que se montrer solidaires des trans, gouines, bi-e-s et pédés séropositif-ve-s serait trop «stigmatisant».
Nous ne débattrons plus pour obtenir des droits qui nous reviennent. Nous ne cautionnerons pas un discours homonationaliste et autocentré. Nous ne laisserons plus le P«S» nous faire miroiter une loi a minima. Nous refusons de voir ces droits se négocier sur fond de politiques droitières et de dis- cours faisant la part belle à la «citoyenneté» et au nationalisme.

Rejoignez-nous pour former un bloc inclusif dans la marche pour l’égalité le dimanche 16 décembre départ à 14H à l’angle des boulevards Richard-Lenoir et Beaumarchais

1 En 2011, l’affiche choisie par l’InterLGBT pour représenter la Marche des Fiertés LGBT de Paris représentait un coq entouré d’un boa. Le mot d’ordre était « Pour l’égalité, en 2011 je marche, en 2012 je vote ».
fichier pdf affiche16decembre
Dimanche 16 décembre - Marche pour l’égalité  : rejoignez le Pink Block ! dans Action 16-decembre-pink-block




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