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La résistance en morceaux / Elias Jabre / Valentin Schaepelynck / Marco Candore / Chimères n°71, Dedans-Dehors 2

« J’ai volé trop loin dans l’avenir : un frisson d’horreur m’a assailli.
Et lorsque j’ai regardé autour de moi, voici, le temps était mon seul contemporain.
Alors je suis retourné, fuyant en arrière – et j’allais toujours plus vite : c’est ainsi que je suis venu auprès de vous, vous les hommes actuels, je suis venu dans le pays de la civilisation.
Pour la première fois, je vous ai regardés avec l’œil qu’il fallait, et avec de bons désirs : en vérité je suis venu avec le cœur languissant.
Et que m’est-il arrivé ? Malgré le peu que j’ai eu – j’ai dû me mettre à rire ! Mon œil n’a jamais rien vu d’aussi bariolé !
Je ne cessai de rire, tandis que ma jambe tremblait et que mon cœur tremblait, lui aussi : « Est-ce donc ici le pays de tous les pots de couleurs ? » – dis-je.
Le visage et les membres peinturlurés de cinquante façons : c’est ainsi qu’à mon grand étonnement je vous voyais assis, vous les hommes actuels !
Et avec cinquante miroirs autour de vous, cinquante miroirs qui flattaient et imitaient votre jeu de couleurs !
En vérité, vous ne pouviez porter de meilleur masque que votre propre visage, hommes actuels ! Qui donc saurait vous – reconnaître ?
Barbouillés des signes du passé que recouvrent de nouveaux signes : ainsi que vous êtes bien cachés de tous les interprètes !
Et si l’on savait scruter les entrailles, à qui donc feriez-vous croire que vous avez des entrailles ? Vous semblez pétris de couleurs et de bouts de papier collés ensemble.
Tous les temps et tous les peuples jettent pêle-mêle un regard à travers vos voiles ; toutes les coutumes et toutes les croyances parlent pêle-mêle à travers vos attitudes.
Celui qui vous ôterait vos voiles, vos surcharges, vos couleurs et vos attitudes n’aurait plus devant lui que de quoi effrayer les oiseaux.
En vérité, je suis moi-même un oiseau effrayé qui, un jour, vous a vus nus et sans couleurs ; et je me suis enfui lorsque ce squelette m’a fait des gestes d’amour. »

Friedrich Nietszche
Du pays de la civilisation in 
Ainsi parlait Zarathoustra

Dans ce chaos peinturluré, il n’y a d’autre recours que la posture narcissique consistant à tirer son épingle du jeu au nom d’un « Moi » global, aussi morcelé soit-il, fantôme d’unité retrouvée tout en étant décomposé par les milliers de lieux et de discours qui le tiraillent (et auquel il ne croit pas) à défaut de réussir à bâtir un agencement à partir d’énoncés désirants.
Le foyer de l’individualisme, c’est l’incapacité de croire à quoique ce soit au-delà des limites de son « Moi » : le narcissisme d’un être évidé (Stirner, l’Unique et sa propriété). Mais il croit encore en Dieu, puisqu’il croit encore en son Moi, aussi vide qu’il lui paraisse.
Un Moi « total » (totalisant, totalisé) traversé de tous les flux du capitalisme : chaînon polymorphe de la Matrice : précaire, salarié, propriétaire, auto-entrepreneur, militant, indifférent, étranger, inactuel, actionnaire, révolté, blasé, sarcastique, ennuyé, rêveur, déterminé, loser, zombie etc, nous sommes débités par petits bouts, c’est donc en morceaux que nous résistons.
L’Armée des ombres de Melville met en lumière la résistance héroïque d’hommes et de femmes dans un monde devenu indigne. La violence des résistants les ronge eux-mêmes, notamment lorsqu’ils décident d’exécuter celui des leurs qui les a donnés. Face au pouvoir barbare de l’occupation et de Vichy, la réplique se doit d’être aussi radicale : ne pas hésiter à exécuter les traîtres, si atroce que soit le geste justicier. C’est également une société où derrière la façade de vies ordinaires, se vivent des identités clandestines formant communauté autour de l’œuvre de résistance : « Je ne l’avais croisée que quelques minutes, et elle me semblait plus proche que mon frère que j’aimais pourtant toujours autant » ; résistance et sens de l’honneur où surmoi et idéal du moi se conjuguent au service d’une valeur transcendante dans un projet commun. Rendre sa dignité à une nation incarnée par de Gaulle qui décorera le chef des résistants : structure hiérarchique, verticale et paternaliste qui renvoie à la structure de l’ennemi et de son Führer. Mois capables de douter de leur combat, peut-être sans issu, mais ne doutant jamais de la plénitude de leur Moi.
Politique-people, camps pour sans-papiers, hyper-médias, catastrophisme écologique, modes d’existence calés sur la marchandise, etc. : aujourd’hui également, notre temps pourrait être qualifié d’indigne, mais nous utilisons le conditionnel, car nous en sommes moins sûr : nous avons avalé tant de couleuvres que nous avons perdu le sens un peu théâtral de l’indignation. Nous sommes en paix, dit-on aussi, ça n’a donc rien à voir.
La barbarie a donc pris des formes nouvelles et l’ennemi bien cadré de l’époque a perdu ses traits. Il se déplace désormais sur tous les visages jusqu’à parfois s’emparer du nôtre quelques instants ou bien une tranche de vie. Les résistants jouaient double jeu, mais ils savaient de quel côté ils se trouvaient – même les brouilleurs de frontières qui essayaient de sauver leur amour-propre avec leur peau. Nous ne jouons plus double jeu : nous avons une multitude de visages et sur ces multiples visages, une multitude de masques circulent, et seuls les plus naïfs pensent qu’ils demeurent toujours du bon côté. Il devient évident que le moi a disparu – alors même qu’il semble avoir partout triomphé.
Inévitable déconfiture du moi suivie de sa dissolution puisque le « dedans » n’est que le reflet du « dehors », et quiconque tentera de préserver un dedans en vivant en dehors du bocal ou contre lui, s’évidera. Or le dehors est à notre image, déconstruit, et même décomposé : ainsi les discours qui l’habillent sont en lambeaux.
Alors, s’il s’agissait de monter de nouveaux noyaux de création, et, au lieu d’y engager tout notre être avant d’abandonner le navire ou de tuer les autres, si nous nous engagions désormais… en morceaux : pratiques communes du dissensus. La politique consisterait à trouver des moyens de ne pas s’entendre ensemble, dans des espaces temporaires et à chaque fois renouvelés : anarchie couronnée, règne des incompossibles !
Se battre dans des espaces morcelés, les multiplier ailleurs avec d’autres morceaux d’autres individus, sous d’autres agencements pour que des lignes transverses les traversent à leur tour et renouvellent d’autres énoncés : résistance en morceaux, pour et par de nouvelles formes de clandestinité, créant des espaces proliférants, insaisissables.
Dessiner des contours mouvants pour accueillir nos singularités actives, nos implications, plis et replis de pratiques, de concepts, pour ouvrir des échappées.
Car vingt ans après la « chute » d’un célèbre Mur, le capitalisme total-démocrate strie l’espace de tous ses murs archéo-high-tech, formant la carte impossible-impensable d’un corps plein schizophrénique : murs de l’asile, de l’école, de la prison, de tous ces équipements collectifs de contrôle qui s’abattent sur notre désir pour notre bien : on serait perdus sans eux ! Paradoxe (?) d’un monde désormais sans « dehors » qui pourtant le fantasme en permanence : l’ennemi, plus que jamais, est intérieur. Et hors comme derrière les murs, il y a toute la série des petits enfermements, des sales petits secrets, des compromis que chacun passe avec lui-même pour que jamais la parole ou l’écriture ne rencontrent une pensée du dehors – et le dedans préoccupé du mythe de sa propre identité il faudra le défoncer à coup de mariages gris, d’hybridations et de transes, de vocations définitivement migratoires, de droit au logement, au travail et au non-travail, à la communauté et à la solitude, à la raison et à la folie.
Dedans-dehors, 2 : le « - » qui relie les deux mots fait signe vers quelque chose, un branchement, une connexion d’hétérogènes, une écriture en quête de ce qui la borde et la déborde, le liant, la relation, ce qu’on ne voit pas, qu’on ne quantifie pas, qu’on ne cote pas (Oury : combien ça coûte, un sourire ?), ce qui assemble les éléments de la chimère qui dans nos têtes fait résonner la possibilité d’une clinique, d’une politique qui soient l’affaire de tous, c’est-à-dire de toutes nos minorités, la (schizo)analyse infinie de nos aliénations et de nos désirs.
« Moi qui le plus souvent ai manqué d’indépendance, j’ai une soif infinie d’autonomie, d’indépendance, de liberté dans toutes les directions (…). Tout lien que je ne crée pas moi-même, fût-ce contre des parties de mon moi, est sans valeur, il m’empêche de marcher, je le hais ou je suis bien près de le haïr. »
(Kafka, lettre à Félice Bauer, 16 octobre 1916)
Elias Jabre / Valentin Schaepelynck / Marco Candore
Chimères n°71 : Dedans-Dehors, 2 / à paraître en janvier 2010
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Au sommaire du numéro 71 de Chimères :
Concept
Remi Hess Sur la théorie des moments – Explorer le possible
Frank Jablonka Déconstruction de l’identité nationale d’Etat dans le rap et le contre-modèle du Sud
Monique Sélim et Anne Querrien Vers des normes sexuelles globales
Terrain
Anne Ducloux Tyrannie domestique et clientélisme au féminin : enjeux de pouvoirs entre femmes à Samarcande
Sandrine Aumercier le Galop de l’histoire
Monique Sélim Echos de crise
Politique
Françoise Attiba la Part de l’incomptable
Mario Blaise et Elizabeth Rossé Tous addicts et toujours pas heureux ?
Roger Ferreri Contre la rétention de sûreté – Pour une séparation de la science et de l’État
Clinique
Patrick Chemla Au-delà de l’Utopie, une posture subversive
Florent Gabarron Politique psychanalytique : entre clinique institutionnelle et schizo-analyse
Miguel Matrajt la Comitragédie de Baltasar – Neurosciences et psychanalyse
Esthétique
René Schérer Empreintes et diffraction
Fiction
Sébastien Boussois Coréam
Daniel Cabanis Absents qui ont raison
Luis de Miranda Fluxx
Anne-Marie Faux l’Un seul, peut-être – De quelques figures instituées du chaque 1 chez soi
Agencement
Gonzague de Montmagner Insectes urbains
LVE
Manola Antonioli Luis de Miranda : Une vie nouvelle est-elle possible ?

L’Immonade / Marco Candore / Chimères n°70

1 Surface de jeu. Marelle où les corps vont, chaotiques, parfois immobiles et tantôt rapides. Au sol dessinées des lignes – peut-être des cases, mais si vastes qu’il est difficile et peut-être périlleux de les percevoir. De les dire. Platitude absolue de la surface sans relief apparent. Nul ne sait si plateau ou sphère convexe ou concave. Limites de la Surface comme Cyclorama indistinct ou peut-être Vrai Ciel au-delà des lignes supposées être cases. Toujours cherchant ( ?) à tracer des fuites et atteindre cette autre ( ?) surface (lisse ? non-striée ? comment dire ?), errants et nomades (voir plus bas : Joueurs) invariablement ramenés au carré Départ. Etrange départ que ce carré : chaque case, d’après certains (tout en langues étrangères, idiolectes sectaires et hérétiques). Soit : départ partout, partir, nulle part.

2 Le Jeu. Le Jeu, sa Règle et sa Surface varient sans cesse, s’énonçant parfois rudes et tantôt souples. Nul ne peut prétendre énoncer la Règle, qui reste obscure, autant qu’est lumineuse sa Surface. Cependant il est possible de repérer et d’extraire quelques données possiblement peu variantes. Jouer semble consister à rester dans le creux des vagues carrés, car suivre les lignes sur leur tracé ténu risque le hors-jeu (voir : fuite, plus haut ; voir Joueurs, plus bas). Le Jeu est un Ordre combinant mouvements incessants et stations définies, vitesses et rythmes ; possible longer voire franchir les lignes mais les suivre sur le fil en aucun cas : sortie possible, potentiellement dangereuse. Certains mauvais esprits affirment dans leur sabir hermétique que ces lignes (difficiles aussi à entrevoir) se tordent se déforment – se déchirent ? – comme un mauvais tissage dès que l’on ose s’aventurer en funambule sur leur étroite crête.

3 Les Joueurs. Tous sont contraints au Jeu, où le Je est de rigueur et le Nous le Grand Toutou (voir plus bas). Des Mains-Images (voir plus bas) semblent les animer incessamment et redessiner de même modifiées les cases supposées. Jouer semble consister à rester dans le creux des vagues carrés, car suivre les lignes sur leur tracé ténu risque le hors-jeu déjà dit si lecteur suit dans l’ordre (voir : fuite, Jeu, plus haut). Jouer dans l’Ordre du Jeu, respecter sa Règle, possible longer et franchir voir plus haut déjà dit et caetera. Les Joueurs jouent d’instinct et d’apprentissages par observation ou déduction, sans nécessaires interventions des Mains-Images, voir plus bas. Des camps se forment voir plus bas le Jeu étant semble-t-il à la fois équipes et solitaires sans limitation de nombre et de solitaires et d’équipes chaque Joueur pouvant semble-t-il stratégie payante jouer as et chœur simultanés voir plus bas. Non-joueurs : errants et nomades voir plus haut et ici-même. Errants errent mais ne se meuvent pas – mouvements indispensables au Jeu voir plus bas – et nomades n’habitent pas la Surface en bons joueurs voir plus bas.

4 Les Mains-Images. Planent en nombreportées au-dessus de la Surface et de ses Joueurs comme nuages faisant tantôt pluie et parfois beau temps. Semblent animer Joueurs incessamment et redessiner de même modifiées les cases supposées de la Surface de Jeu déjà partiellement dit voir plus haut. Préciser que déplacements de Joueurs = reconfiguration des chœurs possible, éloignement, assignation, mise à plat, disparition ou effacement de ceux-ci. Selon certains mauvais esprits – voir plus haut – ces mains, ces images, n’existeraient pas en tant que séparées – non les unes des autres, ici mains et images symbioses pas de doute possible – mais des joueurs eux-mêmes ; être ou (ne) par-être (le Jeu Lui-Même), telle étant la question méta-ludique posée de tout temps soi-disant que les temps existent de Jeu et Joueurs s’en souviennent semble-t-il. Soit : qui ?, quoi ?, où ?, comment ? et caetera et que tout cela devient fatigant. En d’autres termes, les Mains-Images existeraient et n’existeraient pas dans un état d’âme incertain pour certains (mauvais esprits voir plus bas). Cependant cette théorie ôte-bonheur (voir Grand Toutou, aller à 6 si trop ou pas lassé) semble démentie semble-t-il par les faits (les Joueurs croyant ce qu’ils voient, Mains-Images bien que peu visibles rebienprésentables et protectrices).

5 Fond sonore ou Mère des oreilles ou Grand Toutou. Le Fond est Mère des oreilles, Langue douce aux papilles : flux de Bruits et de Rumeurs, musiques et cris en boucle torsadée. Ainsi les Récits de Mains-Images qui alimentent le fond sonore chantent les Parties de simples Joueurs ayant à leur tour atteint la condition de Mains-Images – de telles fables pourraient à première vue conforter les théories ôte-bonheur déjà décrites et pourtant les infirment et les combattent absolument, cette ascension espérée constituant probablement l’un des objectifs suprêmes du Jeu, une des cases centrales à atteindre. Pour que la fable soit probable, indispensable donc un Fond sonore (parfois agréable, tantôt gênant) partagé par tous : bulle Moi-Je et Dôme-Grand Toutou ; une langue bonne pour mastiquer bien, et notamment les rêves validés qui seuls sont valables (variabilité des rêves valables mais immuabilité de leur validation). Ainsi le Jeu se renouvelle tout en restant lui-même. Le Fond est aussi alimenté en grande quantité par les Joueurs eux-mêmes, rivalisant entre eux et auprès des Mains-Images, de bonneconduite. Ainsi la Mère est forte, douce ou déchaînée, as et chœurs (voir plus bas) façonnent le Jeu par le parcours de leurs ondes propres et bénéfiques que les Mains-Images reprennent à leur tour et répandent en offrandes spectaculaires aux Joueurs émerveillés. Le Fond fait Tout-Un ou Grand Toutou avec les Joueurs, le Jeu, Sa Surface et Ses Mains-Images. Tout comme le Jeu Son Nom n’a pas de nom, il les a tous, un et multiple (certains prétendent – mêmes mauvaises langues sans doute voir plus haut et plus bas et ici-même – que parfois un loup, des loups, chats noirs peut-être, humanimaux sans doute, franchissent les Limites Invisibles voir Cyclorama ou peut-être Vrai Ciel déjà dit pour agir d’un bras sur les sillons rayés du Fond sonore, déplacer voire changer de face le disque voire changer de disque mais rien n’est moins sûr). Pour que le Jeu résiste (voir plus haut déformation, fragilité et souplesse supposées de la Surface), un maillage organique est indispensable pour plus de solidité. Plan-sol d’autant plus ferme que la co-réglementation est la règle dans la Règle. Chacun et tous ont ainsi le devoir de maintenir l’équilibre du Grand Toutou, quelles que soient les animosités des as ou des chœurs les uns tout contre les autres, ce qui est bien normal, dans un Règlement co-décidé dans l’harmonie de rêves très généraux et généreux pour le maillage – Joueurs jouent souvent as et parfois chœur, mais rarement hors du blanc sein du Grand Toutou (car illicite). Les chœurs adverses ainsi cantiquent l’un tout contre l’autre, agrémentant le Fond sonore-Mère des oreilles de mélopées reconnaissables et aimables voir plus haut.

6 Les mauvais joueurs. Chaque joueur semble-t-il et malgré les efforts déployés par tous les éléments du Jeu, efforts considérables permanents courageux et généreux encore une fois voir plus haut, chaque Joueur peut devenir (ou nêtre) mauvais. La cause en est encore obscure, cependant les langues autorisées évoquent, bien que prudemment, ce que la Règle combat sourdement : le hasard. Il s’agirait de béances pouvant s’ouvrir à chaque instant et en tout point de la Surface de Jeu, en déchirer partiellement le tissage. Selon certains voir plus haut, il ne s’agirait pas de simples trous mais de passages indiquant l’irruption monstrueuse et la présence parasite d’un autre jeu – voire d’autres jeux – à l’intérieur du Jeu. Ces mauvaises rencontres dénatureraient le Joueur Bien Réglé, as et chœurs dès lors ni respectés ni respectables. Cette contamination est semble-t-il hautement proliférante. Nécessité de repérer, déplacer, isoler voire effacer les mauvais joueurs. Sécurité du Jeu première Liberté de son Ordre : prévenir néfastes rencontres avant l’événement ; surveillance accrue des lignes, failles supposées entre les cases, bords dont il faut se garder (cependant nécessité impérative de continuer le Jeu, sans quoi blocage par arrêts intempestifs ou insuffisance de mouvements).

7 Incertains. Malgré Soleil radieux – ou bien lentilles polies et lampes à incandescence, difficile repérer mauvais joueurs tant partout possibles mauvais. Forment-ils, à leur tour, des chœurs – auquel cas le Jeu peut les comprendre, s’en nourrir, les adopter – ?
Innombrables, indéchiffrables, innommables, meutes, ils sont dépeupleurs qui manquent à l’appel de la Règle.

Marco Candore
Chimères n°70 Dedans-Dehors / septembre 2009

Clins d’yeux ouverts à Samuel Beckett.
« Car en moi il y a toujours eu deux pitres, entre autres, celui qui ne demande qu’à rester où il se trouve, et celui qui s’imagine qu’il serait un peu moins mal plus loin. » / Molloy
Et par ordre d’hallucinations : Ievgueni Zamiatine, William Burroughs, Tex Avery, Peter Weir, André Breton, Lars von Trier, Stéphane Mallarmé, Erwin Schrödinger et Max Frisch.
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Une dichotomie tactique, un peu de fiction pour forer le réel / Elias Jabre, Marco Candore, Valentin Schaepelynck / Edito Chimères n°70 (Dedans-Dehors 1)

– Aujourd’hui, enfin, Nous triomphons.
– Nous ? Qui est encore ce Nous ?
– Nous ! C’est-à-dire les meilleurs morceaux de chacun d’entre nous.
– Des morceaux, maintenant ? Et contre qui ces morceaux triomphent ?
– Contre les autres Nous.
– Encore des Nous ?
– Oui, les autres bouts de Nous, ceux qui sont contre Nous.
– Je ne comprends rien.
– Mais si ! Il faut apprendre à se couper en petits morceaux. De la même manière qu’ils Nous débitent par petits bouts.
– Je ne comprends rien.
– Arrête avec tes Je. Je n’existe plus.
– À vrai dire… il était temps.

Le dedans ce serait l’ordre, le contrôle et l’autocontrôle social, la négation permanente de la transversalité des sujets, la police qui découpe, distribue, divise, sépare, le roman noir de l’obéissance pour lequel chacun, Nous ou Je, ne doit jamais parler que de soi. Nul n’est plus inclus dans la violence du système que ceux que le pouvoir appelle les exclus.
Le dehors, ce n’est pas ce qui est hors les murs ou hors institution.
Le dehors, ce n’est pas la rue, avec ses patrouilles de flics, ses contrôles au faciès, les banlieues que survolent les hélicoptères de surveillance.
Le dehors commence là on l’on commence à forer un angle mort dans le dedans, à se soustraire aux visages et aux figures de l’état des choses, de la dépolitique et de sa monoforme.
Le dehors, il faut le démultiplier sur nos lieux de vie, de travail, de jeu, d’amour, dans la rue, sans paradigme, sans point fixe.
La majorité, comme l’avait formulé Basaglia, est déviante ; et le devenir minoritaire est ce retournement par lequel cette déviance est revendiquée comme force instituante. La déviance est partout et l’anarchie, par-delà toute doctrine ou théorie politique, est une étrange unité qui ne se dit que du multiple.
Il n’y a pas à choisir entre la transe collective et l’exil dans l’écriture : si la question de la commune est devant nous, celle-ci se formulera autant avec les instruments d’un nouvel art de la fête, dionysiaque, cassant la logique auto-référentielle des champs et des pratiques sociales, que dans le silence d’une écriture qui se soustrait à toute visagéité, à tout fantasme de nom d’auteur. Pas de mode d’emploi ni de modèle exemplaire de mobilisation ou d’action.
Ce que René Lourau a pu nommer, en guise d’introduction à l’analyse institutionnelle, la Clé des champs (1) : plutôt que de partir de la référence aux champs sociaux institués, de leur logique ensembliste-identitaire, chercher quelles peuvent être les relations méconnues entre les zones, leurs interférences. En finir avec les prétentions mondaines de la pseudo-scientificité.
Produire des pas de côté, rompre avec les assignations de l’ordre social, agir depuis d’autres gestes, d’autres actions, d’autres paroles, d’autres constellations, marcher pour créer d’autres sols pas à pas, d’autres possibles, d’autres combinatoires que celle de la négociation de nos vies, de nos désirs et de nos songes par les appareils – pour des états modifiés de la conscience et de l’action collective.
Elias Jabre / Marco Candore / Valentin Schaepelynck
Editorial de Chimères n°70 / à paraître en septembre 2009
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1 René Lourau, la Clé Des Champs, une introduction à l’analyse institutionnelle, Paris, Economica, Collection Anthropos Ethno Sociologie Poche, 1997

Au sommaire du numéro 70 de Chimères :
Politique
Marco Candore l’Immonade
Alain Brossat, Jacob Rogozinski La grève universitaire : une ronde plus qu’une révolution
Agencement
Comité 227 ApPEL A gATEaU ET à lA PiOchE
Politique
Jean-Louis Déotte Quel sens peut avoir la lutte d’universitaires ?
Charlotte Hess, Luca Paltrinieri Orbis Tertius#1
Agencement
Guido Furci, Marion Duvernois Chaises générales
Politique
Maurizio Lazzarato Les subprimes, une crise de la gouvernementalité néo-libérale, et non une incapacité à réguler la monnaie
Concept
Christiane Vollaire Protection de l’espace public : contre qui ?
Elias Jabre Eloge de l’amour… de la mémoire
Guy Trastour Communauté et écosophie
Jean-Claude Polack, René Schérer La crise à l’épreuve de l’utopie
Jean-Claude Polack Que faire avec Slavoj Zizek ?
Terrain
Antonella Santacroce L’amour (ardente) de la liberté
Agencement
Vade-me (te) cum Nietzsche en dedans~dehors
Esthétique
Emmanuel Barot Le cinéma du politique est politisation du cinéma : Peter Watkins ou le sabotage de la monoforme
Clinique
Francis Berezné Où dormir ?
A.C. Lits de France
Fiction
Michel Dias Ce qui demeure…
Christophe Esnault, Isabelle Guilloteau Utopies capitales
Claro La hyène de soi

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