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Chérir la diversité sexuelle / Gayle Rubin à Paris juin 2013 / Collectif, dir. Mayette Viltard / Cahiers de l’Unebévue

Chérir plutôt qu’éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, cela ne va pas de soi, n’est pas un donné. Il y faut, oui, ainsi que l’observe Gayle Rubin, une «théorie politique radicale» de la sexualité, qui place en son cœur la notion de «variation sexuelle bénigne».

Textes de David halperin, Jean Allouch, Rostom Mesli, Gayle Rubin, Daniel Defert, Laurie Laufer, Lee Edelman, Mayette Viltard

 

Quelques mots pour saluer Gayle Rubin / Daniel Defert / extrait :

J’avais reçu une invitation à participer aujourd’hui à l’accueil de Gayle qui est pour moi à la fois une légende et une pionnière mais j’étais aux États-Unis, d’ailleurs en même temps qu’elle, à Chicago, et je n’ai pas pu répondre positivement. J’ai juste à mon retour signalé que je serai heureux d’être parmi vous sans avoir pour autant grand-chose à dire après ces exposés très théoriques de ce matin. Simplement, voilà aussi plus de trente ans que je connais Gayle, qui pour moi, je le répète, est une pionnière, et aussi une légende.
Je voudrais d’abord dire en quoi c’est une pionnière. C’est Leo Bersani qui m’a fait lire en 1976 je crois, son premier article Traffic in women, Le marché aux femmes, qui était véritablement un texte de haute tenue théorique et politique, et c’était la première fois qu’on faisait une critique radicale de Lévi-Strauss, de son texte Les structures élémentaires de la parenté, qui est quand même un des grands textes fondateurs de la modernité anthropologique. Il y avait là une analyse radicale extraordinairement théorique, claire, magnifique, le texte a eu un énorme impact dans les universités américaines et chez les féministes américaines. Non seulement ce texte remettait en cause au fond toute la question de la parenté, mais d’une certaine manière les questions qui étaient posées sont notre actualité d’aujourd’hui, elles sont au cœur des débats actuels sur le mariage. C’est donc un texte de 1975 que je trouve absolument fondateur.
Ensuite, Gayle est une pionnière au sein du mouvement féministe. Vous avez entendu à quel point c’est rare, c’est une lesbienne qui aime les hommes, les hommes gays, et c’est agréable à entendre, pour moi en particulier. Gayle est une des rares personnalités du monde féministe qui a pointé une dérive réactionnaire au sein du féminisme. C’est vrai que le corps de la femme est un enjeu politique considérable, mais les féministes ont été extrêmement mal à l’aise dans la gestion de cette question du corps féminin, le corps féminin était, quoi qu’on fasse, un corps soumis, corps objet, corps marchandise, ce qui fait qu’il y avait une lutte considérable contre la pornographie. Les féministes s’en prenaient également aux pédophiles. Je me rappelle qu’à l’époque, les homosexuels masculins étaient censés être les protecteurs des pédophiles et il était difficile de dissocier homosexualité masculine et pédophilie. À chaque fois, on venait voir les homos en disant : Comment ! Vous ne défendez pas assez les pédophiles ! Alors que statistiquement, il y quand même beaucoup plus de pédophiles hétérosexuels que de pédophiles homosexuels. Mais néanmoins, il y avait une espèce de couplage, dans l’opinion, et les féministes étaient extrêmement remontées contre les pédophiles. Donc, il y avait une demande de criminalisation, une lutte contre la pornographie, et le féminisme était à la fois progressiste et de plus en plus porteur de positions réactionnaires, de recours à la judiciarisation, et c’était de plus en plus difficile d’être solidaire des positions féministes. Là encore, Gayle a été pionnière en défendant l’érotique du corps féminin malgré ces analyses prétendument politiques, et on a bien vu ce matin le sens de son travail.
Pionnière enfin dans un troisième registre dont on a eu une présentation partielle tout à l’heure. La dernière fois que j’ai rencontré Gayle, c’était à San Francisco en 1987 et nous ne nous étions pas revus depuis 1987 et nous nous sommes reconnus d’emblée, c’est agréable ! Elle m’avait exposé son projet. En tout cas, ce que j’avais compris de son projet était l’émergence de la visibilité gay en milieu urbain. Elle associait l’émergence de la visibilité gay à toute la sémiotique du cuir. Le milieu SM cuir a été conduit à exprimer ses préférences érotiques pour éviter de perdre son temps à tomber sur le mauvais partenaire, et il y a eu, vous avez tous vu, à une époque, les mouchoirs les couleurs, toute une sémiotique qui a rendu visible l’érotique gay. Gayle Rubin associait l’émergence de la visibilité gay à l’émergence de la visibilité du choix érotique, et j’avais trouvé ça tout à fait passionnant, on l’a bien vu, partiellement, dans les exposés d’aujourd’hui.
Voilà les trois dimensions dans le travail de Gayle qui m’avaient très tôt retenu, fasciné, et que j’ai souvent commentées. Il y avait une anthologie de textes féministes qui avait reproduit le texte Traffic in women et avec mes étudiant(e)s, nous avons souvent étudié ce texte. Vous savez qu’il a inspiré Bourdieu, d’une manière que personnellement j’estime malhonnête. Dans la Domination masculine, il y a un chapitre entier qui est un décalque complet du texte de Gayle Traffic in women. Gayle a fait deux éditions de son texte, et dans la deuxième édition, elle a fait une critique de sa première analyse, et Bourdieu utilise cette critique comme étant sa propre critique du texte de Gayle…

l’Unebévue

Chérir la diversité sexuelle

Également paru : Le Rapport Turquet / préface José Attal

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La passe à plus d’un titre – la troisième proposition d’octobre de Jacques Lacan / José Attal

De l’art nous avons à en prendre de la graine.
Il y a une certaine homologie entre ce qu’on a comme œuvre, œuvre de l’art, et ce que nous recueillons comme expérience analytique.

L’art est en effet le lieu privilégié de production de subjectivité. Félix Guattari me servira de guide ici, car c’est un des rares psychanalystes lacaniens à avoir pris très au sérieux la façon qu’ a eue Lacan de réviser sa formule « ne s’autorise que de lui-même » en la « nouant » à la question de l’œuvre d’art en son homologie avec ce qui est recueilli de l’expérience analytique, soit la passe. Homologie est à prendre dans ses deux sens, comme ce qui est équivalent, correspondant, mais aussi comme en mathématiques, soit un mode de transformation des figures.
Dans son texte Vertige de l’immanence, refonder la production de l’inconscient (1), Guattari conteste – après et avec Lacan – la formule « le psychanlyste ne s’autorise que de lui-même » et indique qu’il faudrait refonder la pratique psychanalytique, non sur les modélisations existantes, mais sur une métamodélisation, là où aucun modèle n’est donné à l’avance.
Il est vrai que la passe était devenue une sorte de modélisation dans son dispositif et dans son pseudo-agencement, comme je l’ai dit plus haut, alors que l’enjeu est une production de subjectivité nouvelle, réinventer la psychanalyse.
« Pour moi, il s’agit de refonder une certaine pratique de production de subjectivité, de production de l’inconscient dans diverses situations réelles — collectives, familiales, institutionnelles, etc. — où cette production de subjectivité, cet agencement d’énonciations ne va pas de soi. Elle n’existe pas dans les relations naturelles, si jamais il y a eu des relations naturelles entre les humains. Il faut donc l’inventer, la recréer constamment, mais une telle invention implique une sorte de réassurance ontologique. Qu’est-ce qui m’autorise à recevoir quelqu’un, à le faire parler sur un certain mode, sur un mode associatif, de lui-même, de ses rêves, de son enfance, de ses projets ? Je ne suis pas autorisé. Pour reprendre l’expression de Lacan, « l’analyste ne s’autorise que de lui-même ». En fait, ce n’est pas vrai. Il ne s’autorise pas de lui-même. Il s’autorise d’une théorie, d’une identification à des collègues, d’une appartenance à une école. C’est cela que j’appelle une pseudo-garantie ontologique. Et ce qui m’intéresse est de refonder cette pratique, non directement sur les modélisations existantes, celles des psychothérapies et des psychanalyses, mais de la refonder sur ce que j’appelle une « métamodélisation » (…). Ce qui m’intéresse aujourd’hui dans la schizoanalyse, c’est le caractère hétérogénétique de cette pratique. Chaque cure développe une constellation d’univers singuliers, construit une scène, un théâtre tout à fait particulier et la métamodélisation consiste à forger des instruments pour saisir cette diversité, cette singularité, cette hétérogénéité. »
Ceci n’a rien à voir avec une « contre-culture » car si une contre-culture fait tâche d’huile, elle verse dans la normalisation culturelle.
Cette production d’altérité, c’est donc une hétérogénèse (qu’il ne faut surtout pas poser en termes de programme), mais en terme de diagramme, c’est-à-dire en termes de développement d’hétérogénéité des positions. Travailler en termes de diagramme, c’est un nouveau paradigme. Nous sortons ainsi, comme nous y incite Lacan (dans ses rappels réguliers et dans sa référence à la physique quantique – 2) des coordonnées habituelles de l’espace et du temps.
Nous avons donc affaire à ce que Guattari appelle un nouveau « paradigme esthétique » qui n’est plus dans les coordonnées habituelles de l’espace et du temps, et affaire à un type d’objet qui n’entre plus dans une échelle ou une autre, mais qui est ce qu’il qualifie « d’objet partiel de la subjectivité individuelle » nous le verrons plus loin. Il y a un éclatement des échelles.
Ce paradigme esthétique, singulier, propre à chacun, que chacun s’invente, non universalisable, s’oppose radicalement à une esthétique générale qui rendrait compte de l’ensemble des processus. Non, ici il s’agit de métamodélisation pour chaque position particulière, pour chaque sujet, une proto-esthétique. « Le lieu où la problématique de la refondation de la créativité, le lieu où non seulement la question est posée mais où elle est expérimentée, c’est finalement le domaine esthétique » (3).
« Ce qui est « pédagogique » avec la question de la création esthétique c’est que on y est toujours en train de reprendre l’altérité à zéro. Le peintre, l’auteur dramatique est toujours devant une matière saturée de redondances. Il faut qu’il annule ces redondances, qu’il annule cette dimension consensuelle de la redondance, qu’il créé des conditions où peut surgir de la singularité. Et ça vous voyez bien que d’une certaine façon les anciens mouvements féministes , homosexuels etc. .. où les mouvements relatifs aux immigrés restaient dans une dimension consensuelle.
Ils raisonnaient en terme de programme et donc de mise en accord de différentes positions. Alors que ce qui serait en question avec ce nouveau paradigme serait de travailler en terme de diagramme, c’est-à-dire en termes de développement d’hétérogénéité des positions. L’objet prend sa consistance quand il échappe à la redondance subjective, quand il échappe au moi, quand le moi est porté par, attiré par le processus donc quand le processus devient autopoïétique, autoconsistant »
.
Resingulariser la subjectivité implique certains agencements qui produisent des effets de subjectivation.
Et c’est bien sûr l’ART qui se trouve être le lieu privilégié d’agencement créateur de nouvelles constellations de référence. Pour Guattari, se référer à l’art comme paradigme permet de mettre en exergue trois types de problèmes :
- Celui de la créativité processuelle, c’est-à-dire de la remise en question permanent de l’identité de l’objet.
- Celui de la polyphonie de l’énonciation (par exemple le sujet de l’art moderne est un sujet aux centres multiples, non unique, qui peut répondre aux points multiples de références et de subjectivation).
- Celui de l’autopoïèse (4) (se produire en permanence et en interaction), soit une autoproduction de foyers de subjectivation partielle.
il y a donc avec l’art et l’art de la performance une sorte « d’immanence processuelle » que l’on peut considérer comme nouveau paradigme esthétique. Cette immanence processuelle, Guattari la précise :
« C’est tout à fait le même type de préoccupation que pour la performance, il y a deux immanences. Celle où rien n’advient, où l’on reste dans des ritournelles clôturées sur elles-mêmes, des répétitions vides, comme disait Gilles Deleuze dans Différence et répétition. . Et celle où une différence microscopique déclenche une processualité, quelque chose qui démarre, s’organise, se développe. Quand on parle tous les deux, là, il se peut très bien que je répète toujours la même chose ou que je ne dise rien et puis il est possible qu’il y ait une bifurcation, qu’il y ait un processus qui se déclenche. C’est quelque chose qui concerne évidemment beaucoup les questions esthétiques, mais ça concerne aussi bien les questions psychanalytiques, puisque l’on rencontre là aussi des ritournelles fermées sur elles-mêmes. Il s’agit de savoir s’il peut y avoir de l’événement, s’il peut y avoir quelque chose qui donne le sentiment de singularité existentielle, de ce qu’on n’est pas dans un temps infiniment réversible, mais dans un temps processuel, un temps irréversible. » (5)
C’est en effet toujours une différence microscopique qui peut déclencher une processualité (6), ce n’est pas pour rien que Lacan se réfère à Heisenberg et la physique quantique, la micro-dimension où il n’y a aucune séparation entre le sujet qui observe et l’objet observé, où il n’y a plus de lien de cause à effet. Il s’agit donc qu’advienne des foyers de production mutante de subjectivité (chaque AE* change l’AE). Cela n’a rien à voir avec je ne sais quelle expression de soi ni de narration réglée et redondante. Non, il s’agit de production de sunjectivité, comme l’œuvre qui est dans un rapport d’autopoïèse, qui n’est pas là pour livrer un message mais pour donner le témoignage d’une autoproduction. Hors de ceci, la subjectivité se manifeste et se transforme en un appareillage collectif rigide au service d’un pouvoir (7). Il nous faut prendre au sérieux ce qu’a dit Lacan en 1978, que c’était à chaque analyste de réinventer la psychanlyse, car là est la performance, comme l’est la passe.
« L’art de la performance livre l’instant au vertige de l’émergence d’Univers à la fois étranges et familiers. Il a le mérite de pousser à l’extrême les implications de cette extraction de dimensions intensives, a-temporelles, a-spatiales, a-signifiantes, à partir de maillage sémiotique du la quotidiennenté ». (8)
L’artiste ici est en première ligne, pas tant parce qu’il va chercher des matériaux « mais plutôt des points de déterritorialisation à travers ces matériaux ». Il va chercher « ce qui casse, ce qui fuit, ce qui permet de se faufiler entre, en dehors des redondances dominantes. Il est prêt en effet à aller fouiller toutes les poubelles de la société, de la philosophie, de tous les domaines de la pensée, pour sortir de là, pour sortir de cette espèce d’enlisement de la perception et de l’affectation, pour produire des percepts et des affects mutants ». (9)
Cette capacité à produire d’autres paradigmes esthétiques est essentielle, mais si la subjectivité se produit sur un mode narratif, elle restera la plupart du temps coincée dans une ritournelle redondante. il s’agit plutôt qu’advienne des « foyers de production mutantes de subjectivité » – hors tout récit. Le récit, l’histoire, la narrativité comportent un terme. Le contenu narratif pousse à une capture, à un ravissement.
« L’histoire, c’est par définition quelque chose de discursif. Il y a un terme, puis un autre terme, puis un troisième qui se rapporte aux deux premiers. Il y a montage, plus que composition. Alors que dans ma façon de voir les choses, la mutation subjective opérée par la ritournelle esthétique n’est pas discursive, puisqu’elle touche le foyer de non-discursivité qui est au cœur de la discursivité. C’est pour cela qu’elle passe toujours par un seuil de non-sens, un seuil de rupture des coordonnées du monde.
Pour pouvoir faire un récit, raconter le monde, sa vie, il faut partir d’un point qui est innommable, inracontable, qui est le point même de rupture de sens et le point de non-récit absolu, de non-discursivité absolue. Et cela c’est quelque chose qui n’est pas non plus abandonné à une subjectivité transcendante, indifférenciée, c’est quelque chose qui se travaille. C’est cela l’art. Ce point innommable, ce point de non-sens, que l’artiste travaille. Dans le domaine de la schizoanalyse, on est sous le même paradigme esthétique : comment peut-on travailler un point qui n’est pas discursif, un point de subjectivation qui va être mélancolique, chaotique, psychotique… ? »
(10)
Mélancolique, chaotique, psychotique, on pourrait rajouter ici psychanalytique. Cela n’a rien à voir avec la seule expression de soi, il s’agit d’un rapport de production et de subjectivité, comme dans le cas de l’œuvre d’art, le témoignage d’un processus d’autoproduction.
« C’est une idée banale, mais la mutation de l’œuvre n’appartient pas à l’artiste, elle l’entraîne dans son mouvement. Il n’y a pas un opérateur et un matériau objet de l’opération. mais un agencement collectif qui entraîne l’artiste, individuellement, et son public, et toutes les institutions autour de lui, critiques, galeries, musées ». (11)
L’important pour Guattari est de savoir si « une œuvre concourt effectivement à une production mutante d’énonciation » et non pas de délimiter les contours spécifiques de tel ou tel type d’énoncés.
La psychanalyse et l’art sont deux modalités de production de la subjectivité. La finalité ultime de la subjectivité n’est autre qu’une « individuation » (12) toujours à conquérir et la pratique artistique (la pratique analytique ?) forme un territoire privilégié de cette « individuation ».
Posée ainsi, nous avons plutôt affaire à une dénaturalisation de la subjectivité, il n’y a rien de moins naturel que la subjectivité rien de plus construit, élaboré, travaillé. « On crée de nouvelle modalités de subjectivation au même titre qu’un plasticien crée de nouvelle formes à partir de la palette dont il dispose » (13). Ce qui importe c’est notre capacité de créer de nouveaux agencements au sein du système d’équipements subjectifs que forent les idéologies et les catégories de la pensée. Cela a de nombreuses similitudes avec l’activité artistique.
Il faut dénaturaliser et déterritorialiser la subjectivité pour la chasser de son domaine réservé et y inclure même le non-humain, car :
« Au même titre que les machines sociales qu’on peut ranger sous la rubrique générale des équipements collectifs, les machines technologiques d’information et de communication opèrent au coeur de la subjectivité humaine ». (14)
Et ainsi peuvent s’opérer
« (…) des greffes de transfert qui ne procèdent pas à partir de dimensions « déjà là » de la subjectivité, cristallisées dans des complexes structuraux, mais d’une création et qui à ce titre, relèvent d’une sorte de paradigme esthétique ». (15)
La subjectivité guattarienne est déterminée par un ordre chaosmotique. Seule la pratique libérée des « agencements collectifs » de la subjectivité permet d’en inventer des agencements singuliers. L’individualisation passe par l’invention de dispositifs de recyclage éco-mental (comme la mise en évidence de l’aliénation économique par Marx lui permet de travailler à une émancipation de l’homme au sein du monde du travail), Guattari signale à quel point la subjectivité est aliénée, dépendante d’une superstructure mentale.
En d’autres termes, la subjectivité est définie par la présence d’un seconde subjectivité (16), elle ne constitue un territoire qu’à partir des territoires qu’elle rencontre (17). C’est une définition plurielle, polyphonique.
La subjectivité n’existe pas de manière autonome, elle n’existe que sur le mode de couplage, avec des groupes humains, des machines socio-économiques, des machines informationnelles, enfin bref tous ces vecteurs de subjectivation que l’individu rencontre, humaines et inhumaines, animales aussi (la famille, l’éducation, l’environnement, les animaux, la religion, le sport, les médias, le cinéma, l’ordinateur et internet, etc.).
Nous sommes là très éloignés d’un modèle romantique de l’art. C’était déjà le geste de Marcel Duchamp, avec ses ready-made, l’artiste n’est pas seulement créateur.
C’est une conception « transversaliste » des opérations créatives que fait l’artiste opérateur pour rendre compte de la mutation en cours (18). Nous avons affaire toujours à des processus d’hétérogénèse.
Le statut de l’esthétique est d’être un agencement souple susceptible de fonctionner à plusieurs niveaux, sur différents plans de savoir, en ce sens l’esthétique est un paradigme.

L’œuvre d’art comme objet partiel
L’œuvre d’art n’est dons pas « une image passivement représentative » (c’est-à-dire un produit), au contraire, « l’œuvre matérialise des territoires existentiels au sein desquels l’image assure le rôle de vecteur de subjectivation, de « shifter » apte à déterritorialiser notre perception avant de la « rebrancher » sur d’autres possibles ; celui d’un opérateur de bifurcations dans la subjectivité » (19).
Ce « transfert de subjectivation » (concept emprunté à Mikhaïl Bakhtine) désigne le moment où la « matière d’expression » devient « formellement créatrice ». (20)
Le regardeur est le co-créateur de l’œuvre disait Marcel Duchamp à propos de Etant donné, il s’agit bien d’un transfert, l’artiste n’en est nullement conscient.
L’œuvre est le contraire d’un butoir comme parfois dans la perception esthétique classique qui s’exerce sur des objets finis, des totalités fermées. En ce sens, Guattari n’hésitera pas à qualifier l’œuvre « d’objet partiel » qui ne bénéficie que « d’une autonomisation subjective relative » à l’instar de l’objet « a » de Lacan.
« L’art offre un droit d’asile immédiat à toutes les pratiques déviantes qui ne trouvent pas leur place dans leur lit naturel » disait Robert Filliou, un des animateurs du mouvement Fluxus. Tel devrait être le cas de la psychanalyse, une psychanalyse enfin queer.  » Ainsi nombre d’œuvres fortes ne se sont-elles déversées dans le monde de l’art que parce qu’elles avaient atteint un point limite dans d’autres domaines ». (21)

Le psychanalyste serait-il comme l’artiste,
soit
comme héros de la survie objective ?

Guattari en arrive à une formulation très puissante à propose de l’artiste, il le qualifie de « héros de la survie subjective », formulation à laquelle je souscris sans réserve, mais qui me fait aussitôt demander avec un point d’interrogation : et le psychanalyste ? Car après tout, s’il en est un pour qui la survie objective est une « priorité », c’est bien l’analyste. C’est un fait que, depuis longtemps, la psychanalyse a versé du côté de la normalisation, à entendre du côté du mâle blanc hétérosexuel. La normalisation, c’est quelque chose d’extrêmement sournois, c’est parfois s’accrocher à un énoncé qui aura eu une grande valeur subversive à une époque mais qui l’aura perdue quelques années plus tard – quand le subversif est admis par le plus gran nombre, il devient la normalité. Le signe en est souvent la redondance qui l’accompagne. Quand en 1967, Lacan a proféré son célèbre « l’analyste ne s’autorise que de lui-même », nous n’avons plus idée aujourd’hui du tremblement de terre que cela avait provoqué, et pas seulement du côté de l’IPA, cela en fait fuir beaucoup. Aujourd’hui c’est sous cette bannière qu’aussi bien les tenants d’une psychanalyse convenus pourtant se rangent. La question est donc plutôt d’être dans des conditions de reprise à zéro de l’altérité, mais il est impossible de repartir complètement de zéro.
La passe, en sa troisième proposition d’octobre 1967, formulée à partir de 1973, est maintenant à considérer – car la psychanalyse est intransmissible, chaque AE doit la réinventer – comme une subjectivité se produisant autrement que sur un mode narratif ou de récit, mais en terme de foyer de production mutante de subjectivité. Chaque AE nommé, venant de modifier (au sens de mutation) la classe des AE, sera non un nouvel AE, mais d’abord un AE nouveau (22).
il y a lieu d’envisager la passe – qui n’a rien à faire avec l’analyse -, de manière diagrammatique (23) et non conclusive, de penser le dispositif de la passe comme une machine concrète, et la procédure comme une machine abstraite (24). C’est dire qu’avec « dispositif » et « procédure », nous aurions une production diagrammatique, un devenir mis en « œuvre ». La passe, maintenant, est à considérer comme un agencement de production mutante de subjectivité.
Mais cela suppose aussi de repenser autrement la question du témoignage.
José Attal
la Passe à plus d’un titre
la troisième proposition d’octobre de Jacques Lacan
/ 2012
Rencontre à la librairie Tschann mercredi 24 avril 20h30
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A lire sur le Silence qui parle :
La non-excommunication de Jacques Lacan
Quand la psychanalyse a perdu Spinoza

Un roman sentimental / Alain Robbe-Grillet

La passe à plus d'un titre - la troisième proposition d'octobre de Jacques Lacan / José Attal dans Dehors green_architecture_future_louisiana150609_bco_1
* AE : Analyste de l’Ecole (note du SQP).
1 Félix Guattari, Vertige de l’immanence, refonder la production de l’inconscient, interview par John Johnston, juin 1992, mise en ligne par la revue Chimères.
2 Peu entendu sur ce point aussi. Les délices du « faire écran » par exemple, sont toujours préférés au chaos de « l’écrantage ». Je renvoie sur ce point à mon article « Le point de retournement de Lacan : création/dissolution » in l’Unebévue n°29, Lacan devant Spinoza : création/dissolution, p.145.
3 Félix Guattari, Produire une culture du dissensus : hétérogénèse et paradigme esthétique, Los Angeles, 1994.
4 Je renvoie à l’article de Françoise jandrot, « Approche de la notion d’autopoïèse chez Félix Guattari », in l’Unebévue n°29, op. cit., p.223.
5 Félix Guattari, Vertige de l’immanence, op. cit.
6 Lacan disait qu’il suffirait que sa Proposition déplace les choses d’un cheveu.
7 Point que développe Félix Guattari dans Chaosmose, éditions Galilée, Paris, 1992.
8 Félix Guattari, Chaosmose, op. cit.
9 Tous les artistes du mouvement Fluxus, mais aussi les Duchamp, Matton, Fromanger et bien d’autres en témoignent, qui se sont attelés à cette déterritorialisation à travers des matériaux et de manière non massive, et qui amènent à sortir de « l’empâtement des significations dominantes », à sortir de « l’engluement de la pensée » comme le recommandait Lacan aux psychanalystes.
10 Félix Guattari, entretien avec Olivier Zahm, 1992, mis en ligne par la revue Chimères.
11 Ibid.
12 Individuation n’est pas à entendre dans l’usage qu’en fait Guattari dans le sens « d’individu » qui s’opposerait à « sujet » mais dans le sens d’un mouvement, d’une production.
13 Félix Guattari, Chaosmose, op. cit., p.19.
14 Ibid, p.15.
15 Ibid, p.19.
16 Nous ne sommes pas pour autant dans l’intersubjectivité.
17 Un artiste comme Charles Matton parle dans son œuvre de franchissement des domaines, Lacan, de voisinage.
18 Je ne peux que renvoyer ici à des artistes comme Duchamp, Beuys, Cage, Matton, Broodthaers, et beaucoup d’autres.
19 Le paradigme esthétique, Félix Guattari, entretien avec Nicolas Bourriaud, mis en ligne par la revue Chimères.
20 Félix Guattari, Chaosmose, op. cit., p.29.
21 Marcel Broodthaers avait trouvé un moyen de continuer la poésie dans l’image, Joseph Beuys celui de poursuivre la politique dans la forme, et Charles Matton, celui de l’utilisation du temps comme matériau.
22 Qualifié ainsi par Lacan dans le séminaire Dissolution.
23 Le diagramme, c’est aussi la carte des rapports de force (ou de pouvoir) et cette carte est une machine abstraite qui ne s’effectue pas sans s’actualiser dans des machines concrètes à deux faces (les agencements et leur forme de contenu et d’expression). Le concept de diagramme définit le plan sur lequel s’articulent contenu (dispositif) et expression (procédure) et constitue leur cause immanente dans une présupposition réciproque.
24 Au sens que leur donnent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux, les Editions de Minuit, 1980.

Lacan devant Spinoza, Création – Dissolution / l’Unebévue n°29

Il y avait une erreur quelque part / Louis Althusser et le « groupe Spinoza » / François Matheron
Derrière la reprise de la philosophie conçue comme tâche politique numéro un se dissimule sans doute une transformation beaucoup plus profonde de l’idée même de politique, immédiatement vécue comme impossible, et le « groupe Spinoza » est peut-être, avant tout, un groupe Machiavel dénié. Le « Spinoza » en question est un Spinoza machiavélisé. On le sait aujourd’hui : Althusser s’est profondément identifié, souterrainement, à Machiavel : lorsqu’il réfléchit sur lui-même, il y a toujours Machiavel en toile de fond, et lorsqu’il travaille sur Machiavel, il pense toujours en même temps à lui-même.

Le sujet du sacrifice : Lacan devant Spinoza / Gabriel Albiac
Nous avons fait le détour par Spinoza – écrivait Althusser – pour voir un peu plus clair dans le détour de Marx par Hegel. Lacan ne se trompait pas lorsqu’il voyait, en 1964, dans ce  rapport à Spinoza, le point d’accord avec ce renouveau du marxisme qui trouvait son noyau chez Althusser dans les années 1960. Il y a du malentendu là, peut-être. Il faudrait, toutefois, prendre le risque de jouer sur ce problème. Il fixe un point de non-retour dans l’histoire du marxisme, mais aussi dans la formulation définitive de la refondation lacanienne de Freud : le spinozisme comme lieu obligé d’une théorie matérialiste de la subjectivité.

Court billet / Jean-Paul Abribat
Si dans la philosophie, et éminemment celle de Spinoza, la psychanalyse a à reprendre son bien, elle ne peut le faire qu’en perdant la philosophie, et éminemment Spinoza, mais elle ne peut le faire que de traviol.

Deux tourniquets ou une topique : Althusser comme Missing link entre la philosophie, la psychanalyse et la politique / Yoshihiko Ichida
Examinons de près le rapport entre les trois composantes des « tourniquets » : le concept, le réel appelé événement ou lutte des classes, et le désir ; la philosophie, la politique et la psychanalyse. Le « tourniquet des concepts » est composé des deux premières, et celui « du désir », de la première et de la troisième. Notre intérêt est d’observer ce qui se passe entre les composantes avant qu’elles n’aient deux points nodaux, deux « tourniquets ». Il s’agit d’un rapport à trois termes, d’un système de trois « lieux », qui produit deux sortes de rapport à deux termes.

Fragments de la machine d’écriture d’Althusser. Les lettres à Franca / Marie-France Basquin
Malgré l’enchantement du style et la richesse des propos, force est de constater qu’un envahissement progressif oblige, à plusieurs reprises, à arrêter la lecture, à délaisser ce livre imposant de plus de 700 pages. À travers les mises au point récurrentes de Louis à l’occasion des rendez-vous avec Franca, rendez-vous prévus, rêvés, et parfois annulés par lui ou par elle, les lettres, insidieusement, créent peu à peu un enfer. Quelle machine à lettres s’est donc mise alors à fonctionner, entre eux, et pour le lecteur ? On pense évidemment à Kafka, et à la si belle étude de Deleuze et Guattari. S’agirait-il de la même sorte de machine littéraire ?

Le concept est-il l’apanage du philosophe ? / Stéphane Nadaud
S’il est une question que pose le livre d’Attal, la Non-excommunication de Jacques Lacan, c’est bien celle du concept. Pluriel plutôt que singulier : questions quant à sa construction, ses déplacements, ses transformations, ses dénominations. Sautant de Spinoza à Lacan (avec ou sans Spinoza), de Machiavel à Althusser (avec ou sans Machiavel), d’Althusser à Lacan et de Lacan à Althusser, le livre de José Attal invite à se demander, de l’Amor intellectualis Dei au désir de l’analyste, passant par le prince, si tout cela est encore, in ou out la philosophie, une question de concepts.

Un flagrant délit de légender / Mireille Lauze et Jean Rouaud
Pour Gilles Deleuze il y a le cinéma politique classique qui exalte la présence d’un peuple existant, et le cinéma politique moderne, celui de Pierre Perrault, qui «contribue à l’invention d’un peuple là où le maître a dit : pas de peuple ici ». Le cinéma de Perrault est exigeant : voir ce peuple qui manque, peuple mineur et invisible, exige un décentrement du regard car il est plus facile d’enfermer l’autre dans une identité culturelle représentée que de le saisir dans le mouvement d’un peuple à venir.

Une expérience palpitante / Yan Pélissier
Le 22 novembre 2011, Stéphane Nadaud était l’invité de Book-en-train à l’hôpital de jour pour adolescents de la rue Bayen, à Paris dans le 17e arrondissement, pour un débat autour de son livre Fragment(s) subjectif(s).

La guerre du soin n’aura pas lieu / Nunzio d’Annibale
J’ai donc écrit mon mémoire de Master 1 sur le déménagement du Centre de jour de Châtelet-Les-Halles, au 5 rue Saint-Denis dans le 1er arrondissement, sur une péniche dans le 12e. Un mémoire de psychologie clinique sur une question aussi futile, sur un déménagement, je peux vous dire que ça n’a pas plu à tout le monde. Vous avez dû lire un tas de petits articles plus idiots les uns que les autres, sur le sujet. Ce bateau fait un tabac. Ça enfume la Psychiatrie. Après n’avoir parlé que des schizophrènes meurtriers et des Unité pour Malades Difficiles, les voilà qui nous font le coup de la croisière s’amuse. Poor Adamant !

Lacan en crise. Fantaisie / Christian Simatos
La façon dont Lacan jouait de sa personne déconcertait. C’est cela qui produisait la question « que me veut-il ? ». Question que je pourrais formuler autrement : quelle est cette dette qu’il creuse en moi par un discours qui me parle sans s’adresser à moi et auquel je manque à savoir répondre ? Vous voyez que nous ne sommes pas loin du discours amoureux. Il va sans dire que je n’ai pas adopté cet éclairage sans un sérieux recul. J’en déduis, et mon interprétation se résume à cela, j’en déduis qu’on l’aura lâché par dépit, et je me permets d’imaginer que ceux qui l’ont lâché auraient renoncé aux avantages d’une reconnaissance par l’IPA s’ils n’avaient pas été pris dans cette dimension du dépit amoureux.

Documents sur l’histoire des rapports de la SFP et Lacan, 1953-1967 / Traduit par José Attal
Compte rendu d’une réunion à Londres entre les représentants d’Edimbourg de la SFP et les membres londoniens de la Commission – 25 novembre 1962. Traduit par José Attal.

Stein chez Lacan, Lacan chez Stein : moments / Jean Allouch
Dans le débat qui les opposa, à moment donné, ce ne fut plus Stein mis en danger par Lacan, mais Lacan par Stein. Lacan dit alors : « L’Autre n’est en aucun cas un lieu de félicité. » Ou encore : « Ce n’est pas le paradis qui est perdu. C’est un certain objet. » Au regard du mysticisme, la seule position tenable, selon Lacan à ce moment-là, fut de ne rien vouloir en savoir. Et c’est donc le mysticisme qui fit ce jour-là point d’achoppement, de rupture. Disposant aujourd’hui d’un certain recul, on sait que Lacan n’a pas pu s’en tenir à ce radical rejet du mysticisme qu’il brandissait contre Stein. Le registre de l’amour chez Lacan, je crois l’avoir montré, est précisément celui-là : mystique.

Le point de retournement de Lacan. Création-Dissolution / José Attal
« C’est vous, par votre présence, qui faites que j’ai enseigné quelque chose ». Lacan n’a jamais varié là-dessus, non seulement il n’y a aucun gradus, mais les analysants sont une part active du public. Lacan parle à ceux qui sont en tension avec sa personne, tension produisant une configuration des limites, et qu’il appelle, selon l’usage de la physique quantique et de l’électrostatique : écrantage. Quand il sera mort, et « il est sûr que c’est l’avenir », comment se fera le réglage de la limite dans la configuration des résistances ? Le séminaire Dissolution continue de résister, ce n’est guère étonnant puisque la dissolution, c’est l’acte analytique même.

Jacques Lacan. Séminaire Dissolution, séances de novembre et décembre 1979 / Notes de Mayette Viltard
Les trois premières séances du séminaire Dissolution furent brèves, devant un public très clairsemé. La question soulevée était pourtant d’importance : en quoi est-il différent qu’un nœud borroméen se défasse ou se rompe ? On trouvera l’ensemble du séminaire, 1979-81, sur le site www.unebevue.org

L’intimité des diagrammes / Claude Mercier
Peirce retient surtout la dimension analogique du diagramme réduit à un rôle d’icône relationnel, alors que Jakobson affirme la dimension virtuelle de tout diagramme, le devenir. En tordant Peirce et en détournant Hjelmslev, Deleuze et Guattari font du diagramme la déterritorialisation absolue, lui donnant toute sa puissance de virtualité. Diagramme et dispositif, le débat entre Deleuze et Foucault, en particulier à propos de Surveiller et punir, doit être étudié, ce qui donne un éclairage inattendu sur la fonction diagrammatique des entretiens que Foucault donnait, en France ou à l’étranger.

Un rêve mathématique / Colette Piquet
Ce rêve, je l’ai rêvé après avoir lu la veille l’article enchanteur de Gilles Châtelet, « L’enchantement du virtuel ». J’ai rencontré Gilles Châtelet et son enchantement du virtuel un jour où je me demandais quel statut donner aux fantômes du Tour d’écrou de Henry James. Je me suis sentie dans une telle proximité avec les mots, les phrases de Gilles Châtelet que je me suis laissée avaler par lui ou que je l’ai avalé, le temps d’un rêve. Tant je l’ai aimé qu’en lui encore je vis, pourrais-je dramatiquement écrire avec Wittig.

« J’espère que non ! » La dénégation de Royaumont / Jean-Claude Dumoncel
En 1958, à Royaumont, eut lieu un colloque publié sous le titre La philosophie analytique, avec un Avant-Propos de Leslie Beck dans lequel Beck affirmait qu’entre philosophie analytique et philosophie continentale « plusieurs oppositions se montrèrent irréductibles ». Pour les illustrer, il donnait entre autres cette version de la confrontation entre Ryle et Merleau-Ponty : quand Merleau-Ponty demanda : « notre programme n’est-il pas le même ? », la réponse ferme et nette fut : « J’espère que non ».

Approche de la notion d’autopoïèse chez Félix Guattari. Quelle capacité certains systèmes ont-ils de reconstituer en permanence leur structure ? / Françoise Jandrot
Guattari écrivait, à propos du livre de Pierre Lévy : « L’ère machinique qui s’ouvre devant nous n’est donc pas nécessairement corrélative de maléfice et de catastrophe ! Tout dépend ici des options éthico-politiques des agencements collectifs d’énonciation qui prendront en charge cette « mécanosphère ». Une des directions prometteuses de ce travail serait sa jonction – toujours les interfaces ! – avec la réflexion de Francisco Varela sur l’autopoïèse, à savoir la capacité des certains systèmes de reconstituer en permanence leur structure ».

La prison de Lascaux et la grotte du temps logique / Xavier Leconte
Le titre se présente comme un lapsus ; il y a une inversion qu’on voudrait corriger : la grotte de Lascaux et la prison du temps logique ! Sous sa forme inversée, il répond cependant assez bien à ce dont il va être question. Des choses se sont passées entre la grotte de Lascaux et la prison du temps logique, des effets de contamination, d’altération de l’une par l’autre, de la prison par la grotte et réciproquement, des effets qui justifient plutôt ce désordre, cette anomalie liminaires.
l’Unebévue
Lacan devant Spinoza, Création – Dissolution / n°29 / 2012
Lacan devant Spinoza, Création - Dissolution / l'Unebévue n°29 dans Flux maurizio-cattelan-99

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