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Le bonheur de la nuit / Hélène Bessette

L’air ambiant est curieux. Peut-être irrespirable.
De la première à la dernière page.
Du premier au dernier jour.
La femme Oula plus ou moins mêlée d’Africain.
Jambes de gazelle.
Robe courte. Frange. Les « ça accroche » collés sur les joues.
L’âge ? Sans âge.
Ce genre de femme, cinquante pour cent des femmes, reste sans âge de vingt-trois à quarante ans.
A part ça. Assez gourde. Quelconque. Des crises d’hystérie. Frénétique.
Ce qui plaît. A Monsieur.
Nata. Natanaël diminué.
Très diminué.
Le papier. Bible. Est effacé dans le passé.
Maintenant, on en fait des cigarettes.
- La lettre ? dit la femme, quelle lettre ? on ne l’a pas reçue.
Dis, la lettre, tu l’as reçue ? où est-ce que tu l’as mise ?
Le téléphone ? coupé. C’était pas nous.
Ça n’a jamais sonné.
Dis, c’est toi qu’as répondu ? Au téléphone ?
C’était quand ?
Donc l’hystérie plaît. A Monsieur.
A Monsieur Nata. (laisser tomber « naël »)
Chaque minute de la vie s’écoule
s’écroule
A la recherche (Entreprise des Recherches)
des grandes Recherches.
D’un Monde à l’autre.
Recherche les sensations plus. Défendues.
Interdites. Etrangères.
Inconnues.
Un peu de neuf dans la sensation.
S’il vous plaît.
Réprouvées. Répréhensible. Sanctionnées.
Inavouables. Scandaleuses.
Avant tout le scandale.
Il va y avoir un scandale. Un beau petit scandale.
- Je suis habitué au scandale. Répond-il.
Répond Nata.
Répond Toto.
Chef de bande.
Celui qui domine. Qui en a un peu plus que les autres. Qui sait ce qu’il fait.
Voilà le problème modifié.
Personnage conscient.
Fou conscient.
Groupe clos. Bien enfermé. Avec chef.
Responsable.

Attention…
faites attention de qui vous parlez.
Monsieur Natanaël.
Portarait. Style Empire. Cadre désuet. Ovale.
Doré. Fané.
(ne pas laisser tomber Naël)
Mes Hommages respectueux.
il s’agit de quelqu’un d’honorablement connu.
Au patronyme archaïsant.
Monsieur Natanaël.
- Je suis habitué au scandale. Dit-il doucement.
Tendrement.
Enfin… le scandale.
Il met tout en oeuvre. Pour le scandale.
Jubilation profonde.
Moment délectable.
Monsieur non traumatisé par la crise d’hystérie.
- Quel spectacle. Dit le Personnel. Sévère et réprobateur.
- Enfin tout de même. Comme ça. Devant tout le monde.
A l’heure du déjeuner.
- Ce que c’est déplaisant.
Crises.
C’est une femme comme ça. Une femme à crises.
- Pas contente. Murmure Monsieur. Pas contente du tout.
Ronronne Nata de Natanaël. Amoureux soudain.
Malgré la rupture proche.
- Je divorce.
Voix décuplée. Rauque. Fulminante. A cause de la crise.
- Si tu veux. Répond-il froidement.
Froidement. D’une voix sèche et lointaine.
Car lui n’est pas en crise.
Lui. Bien entendu. Ignore les crises.
Il n’en a pas.
Donc le scandale est proche.
Le scandale de la rupture.
Consternation générale.
Les invités. Les domestiques. La famille.
Ainsi ils vont rompre.Ça ne plaît pas.
Ça ne plaît à personne.
On n’admet pas la rupture. La séparation des destinées. Les noeuds dénoués.
La liberté des vies.
Puis tout le monde parle à voix basse.
Les invités mêlés aux domestiques.
(c’est la République)
Mécontents. ils le font savoir.
- Oh…. bin…. il la trompe
- oh… bin… elle a un ami.

Scandale. Plusieurs. Un par jour. Par heure.
Monsieur, pourtant encore amoureux.
Amoureux de Madame. Malgré le drame latent.
Très excitante. Sa femme en crise.
Et : « Ils aiment ça ».
- Pas contente. Pas contente du tout.
Dit-il. Très froid. Voix lente et atténuée. Avec cette froideur qui accompagne le plaisir inavoué, dissimulé, caché.

Très froid.

Excitante madame.
Tandis que la que la jupe exiguë virevolte. Autour du sexe. Auréolé de vert.
Car elle tape du pied. Claque les portes. Crie.
Hurle.
Tout est à la mode. Le vert. Le sexe. Et son alliance de tissu rhowyl
Les disputes. Les hurlements.
et
les plaisirs cachés.
La mode
Ce matin
Dans Octobre roussi. Lumineux.
Monsieur. tant soit peu. Lave les vitres de son château.
On ne sait pourquoi. Tout le monde se le demande.
Les domestiques d’abord.
« Il ne fout jamais rien ».
La raison reste obscure.
Ce cette intempestive activité. Furie bénévole.
Pour le soleil éclatant dans l’eau des verroteries biseautées.
Ou bien il attend l’actrice.
Et l’attend de loin. Et de haut. Du haut du simili château. Du simili amour. De la simili femme.

On ne sait où on est.
Disons qu’il fait beau. Que la lumière d’un ciel fixe et limpide baigne le paysage. Les décors intérieurs. Les personnages.
Qu’un clocher scintille entre les feuillages éclaircis.
Que le Pasteur, cet homme au col dur et blanc, passe.
Salue bruyamment. Joyeusement.
En vue du Grand Mariage.
Prochain.
Car s’il y a rupture. Il y aura mariage.
On rit gaiement.
C’est l’histoire heureuse. Des gens heureux.
- ce qu’on va être heureux, dit Nata
et
- C’est le grand amour
et
- C’est une fille de famille
et
- On mettra un régisseur. On partira en Italie.
et
- Ce sera le voyage de Noces.
- Je terminerai ma vie avec une voix douce chantante
(après l’avoir si mal commencée)

Monsieur parle seul. On le sait. On avait prévenu d’avance. Ou se parle à lui-même. Serait-il double ?
Ou bien s’adresserait-il à l’homme d’Eglise ?

Voici l’actrice.
Les journalistes ont averti.
« Elle n’a pas d’argent » ‘Elle fait les hôtels » « Elle bat la semelle » « Elle est affolante dans un lit » « Elle a des maladies » Tu vas avoir un scandale »

Mais justement. Monsieur craint le contraire : ne pas avoir de scandale.
Aussi juge-t-il d’un bref coup d’oeil que Chérie est tout juste la personne qu’il lui faut.
Monsieur en toute circonstance garde son calme. Il connaît les journalistes depuis belle lurette, pour les avoir rencontrés depuis toujours sur les bancs de l’Eglise. (phrase classique)
Il ne répond pas « j’m'en fous »
Du moins aujourd’hui. Il a ses heures de vocabulaire épais. Et ce n’est pas l’heure. A cet instant c’est un raffiné du langage. Il n’émet que des sons venus de l’Antiquité grecque ou du Moyen Age.

Pour affirmer :
- Je suis habitué au scandale.
Puis il astique dans le soleil les verrières de sa Thébaïde
De sa Cythère
De cette chose antique et non classée
Patronnée par lui. Nata. Descendant des Natanaëls.
Depuis l’Empire. Sauf erreur.

L’ambiance décrite. Et quelles que soient les circonstances. N’entame en rien et n’ébranle en rien, le flegme tout britannique du nouveau
Personnage : l’actrice chérie.
L’indifférence la plus plate. La plus rectiligne. La plus muette.
La plus lourde qui soit. Une indifférence pesante.
Qui tranche – dans ces lieux passionnés.
La comédie jouée à son intention.
Les pantins masqués que sont des voisins de table.
Partie de colin-maillard improvisée.
(Les gens ne sont-ils pas déjà si mauvais. Pourquoi encore les transformer. Les mettre au pire. Avec ces masques. Ces masques de fous.
N’étaient-ils pas assez fous par leur nature ?
Non non non. Pas davantage. Je vous en prie.
Ne rendez pas plus horrible
Ce qui est déjà plein d’horreur)
Oui ou non avaient-ils des masques ?
Si fins. Si ténus.
Est-une erreur ? Ils n’avaient pas de masque.
Ils étaient dans leur expression vraie. sans feinte.
Sans fraude.
Faut-il dire « naturel » ? Est-il possible d’être « naturel » ?
Fut-ce un fugitif instant. Serait-ce bon ?
Etaient-ils réellement
masqués ?
Cette limite entre le vrai et le non-vrai. Si peu visible. Pas franche. Le vrai et le non-vrai. Si roche l’un de l’autre. Beaucoup plus que le vrai et le faux.
Il s’agit donc d’errer sur cette ligne périlleuse.
Divaguer du vrai vers le non-vrai vers le faux.
Aller-retour.
Que de moments divers entre les deux points extrêmes. Que d’éclairages différents. Que de lumières inattendues. Mêlées. Diffuses. ou confuses.
Tellement imperceptible la comédie.
Le comique.
Le rire.
Le rire incertain. Près des larmes.
Que fallait-il faire ?
Rire ou pleurer ?
Ils étaient donc masqués.
Cette comédie ouatée. Dans la brume. Avec acteurs fantomatiques et déformés
Est réelle,
Ces monstres (effrayants d’épouvante)
Sont réels
Si mal placés qu’on soit. Le jeu lugubre reste perceptible.
Dans la buée. Lambeaux informes.
Le songe dont on ne parvient pas à se souvenir.

Pourtant il y avait un songe.

Hélène Bessette
le Bonheur de la nuit / 1968-69
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Le monde est devenu inflammable, Athènes est la première étincelle / Mike Davis

Je pense que nos sociétés sont sursaturées de colère, une colère non-reconnue qui peut d’un seul coup se cristalliser autour d’un incident de bavure policière ou de répression étatique. Alors même qu’elle a abondamment semé les germes de la révolte, la société bourgeoise y reconnaît rarement ses propres fruits.
En 1992 à Los Angeles, tous les jeunes dans la rue (mais aussi tous les flics sur le terrain), savaient que l’apocalypse se préparait. Les lignes de faille grandissantes qui se creusaient entre la jeunesse urbaine et la municipalité auraient du sauter aux yeux de n’importe quel observateur, même le plus naïf : des arrestations de masse chaque semaine, un nombre effarant de gamins sans armes abattus par la police, la stigmatisation indifférenciée de la jeunesse de couleur comme un ramassis de « gangsters », une justice apparaissant de façon de plus en plus éhontée comme un système à double vitesse… Et pourtant, lorsque l’éruption se produisit suite au verdict qui exonérait la police d’avoir presque battu à mort Rodney King, les élites politiques et médiatiques réagirent comme si je ne sais quelle obscure force imprévisible avait surgi des entrailles de la terre. Les médias (depuis le point de vue surplombant de leurs hélicoptères) s’efforcèrent alors de modeler la perception que le monde aurait de l’émeute à grand renfort de simplifications réductrices et de stéréotypes convenus : c’étaient des « gangs noirs » qui incendiaient et pillaient dans les rues de la ville. En réalité, le verdict du procès Rodney King était devenu un noyau autour duquel une série de récriminations très diverses avaient fait coalescence. Parmi les milliers de personnes arrêtées, il s’avéra que très peu étaient membres d’un gang, et que même un tiers seulement d’entre-elles étaient afro-américaines. La majorité était des immigrants pauvres ou leurs enfants, arrêtés pour avoir dévalisé des commerces de proximité pour y prendre des paquets de couches, des chaussures, ou des postes de télévision. L’économie de Los Angeles connaissait à l’époque (et aujourd’hui encore) une crise très profonde et les quartiers latino pauvres de l’ouest et du sud Downtown étaient durement touchés. Mais la presse ne s’était jamais fait l’écho de la misère de leurs existences et la dimension « émeute de la faim » de l’insurrection fut par conséquent très largement ignorée.
De façon similaire en Grèce aujourd’hui, une atrocité policière « normale » finit par déclencher une éruption que l’on cherche à décrire de façon stéréotypée comme une colère inexplicable et à mettre sur le dos de ténébreux anarchistes. En fait, depuis longtemps, c’est bien une « guerre civile de faible intensité » qui semble avoir caractérisé les relations entre la police et les diverses strates de la jeunesse.

Je n’ai aucune compétence particulière pour commenter la spécificité de la situation grecque, mais j’ai l’impression qu’elle présente d’importants contrastes avec les événements de 2005 en France. Si la ségrégation spatiale de la jeunesse pauvre et immigrée semble moins extrême qu’en région parisienne, les perspectives d’emploi pour les enfants de la petite bourgeoisie sont bien pires : le croisement de ces deux facteurs met dans les rues d’Athènes une coalition plus diverse d’étudiants et de jeunes adultes sans emploi. Par ailleurs, ils héritent d’une tradition continue de protestation et d’une culture de résistance unique en Europe.

Que veut la jeunesse grecque ? Il est sûr qu’elle perçoit avec une clarté très crue la façon dont la récession mondiale se surimpose aux traditionnelles réformes du système éducatif et du marché de l’emploi. Pourquoi, dans un tel contexte, placeraient-ils la moindre foi en un énième retour du PASOK et de son cortège de promesses non-tenues ?
Ce à quoi l’on assiste est une espèce originale de révolte, préfigurée par les émeutes de Los Angeles, Londres et Paris, mais qui se déploie à partir d’une compréhension plus profonde du fait que l’avenir a été de toute façon pillé d’avance. Et en effet, on peut se le demander : quelle génération dans l’histoire moderne (mis à part les fils de l’Europe de 1914) a-t-elle été à ce point entièrement trahie par ses patriarches ?
Cette question me tourmente parce que j’ai quatre enfants et que même le plus jeune d’entre eux comprend que leur avenir sera radicalement différent de mon passé. Ma génération, celle du « baby-boom » lègue à ses enfants une économie mondiale en ruines, des inégalités sociales extrêmes, qui atteignent des niveaux stupéfiants, des guerres brutales sur les marges impériales et un climat planétaire devenu incontrôlable.

Athènes est largement vue comme la réponse à la question : « Y-a-t-il une vie après Seattle ? »
Souvenez-vous des manifestations contre l’OMC et de la « bataille de Seattle » en 1999 qui ouvrirent une nouvelle ère de protestation non-violente et d’activisme local. La popularité des forums sociaux mondiaux, les millions de manifestants contre l’invasion de l’Irak par Bush et le large soutien aux accords de Kyoto – tout cela véhiculait l’immense espoir qu’un « alter-monde » soit déjà en train de naître. Dans le même temps, la guerre n’a pas pris fin, les émissions de gaz à effet de serre ont monté en flèche et le mouvement des forums sociaux a dépéri. C’est tout un cycle de protestations qui est arrivé à son terme le jour où la chaudière du capitalisme mondialisé a explosé à Wall Street, laissant dans son sillage à la fois des problèmes plus radicaux et de nouvelles opportunités pour la radicalité.
La révolte d’Athènes répond à une soif de colère : elle met fin à la récente sécheresse en la matière. Il est vrai que ceux qui l’animent semblent n’avoir qu’une faible tolérance pour les slogans d’espoir et les solutions optimistes. Ils se distinguent ainsi des revendications utopiques de 1968 ou de l’esprit rêveur et volontaire de 1999. C’est bien-sûr cette absence de demande de réformes (et ainsi l’absence de toute prise permettant la gestion de la protestation) qui est l’élément le plus scandaleux – et pas les cocktails Molotov ou les vitrines brisées. Cela rappelle moins les mouvements étudiants des années 1960 que les révoltes intransigeantes de l’anarchisme des bas-fonds dans le Montmartre des années 1890 ou du « Barrio Chino » à Barcelone au début des années 1930.
Certains activistes américains y voient un simple renouvellement du style de protestation hérité de Seattle, qu’il faudrait dorénavant et provisoirement agrémenter d’une pincée de passion toute méditerranéenne. Cela rentre bien dans leur paradigme du « changement – Obama » qui consiste à comprendre le présent comme un remake des mouvements de réforme politique des années 1930 et 1960.
Mais d’autres jeunes gens que je connais rejettent complètement cette interprétation. Ils se pensent eux-mêmes (à l’instar des anarchistes « fin de siècle ») comme étant une « génération perdue » et voient dans les rues d’Athènes un bon système de mesure pour leur propre rage.
Il y a bien sûr le danger d’exagérer l’importance d’une éruption qui se déroule dans un contexte national donné, spécifique, mais le monde est devenu inflammable et Athènes est la première étincelle.
Mike Davis
Entretien accordé à un journal grec
Traduit par GC pour la revue Contretemps / décembre 2008

http://www.dailymotion.com/video/x7reyv

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