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Insect[au]logis : un projet pour la biodiversité en milieu urbain / Manola Antonioli et Céline Duhamel

Insect[au]logis est un projet développé au sein de l’Atelier des friches, association d’artistes et paysagistes de Lyon, qui vise à maintenir et augmenter la diversité et l’abondance des abeilles sauvages en milieu urbain et périurbain par la mise en place de lieux propices à leur nidification. Le projet s’inscrit dans une démarche globale (à la fois artistique, de design urbain et d’engagement citoyen) développée par l’Atelier depuis 2009.
On recense dans la planète plus de 20 000 espèces d’abeilles, dont environ 2500 en Europe et 1000 en France. Si l’abeille la plus connue est l’Apis mellifera ou « abeille domestique », la plupart des abeilles ne produisent pas de miel et ne vivent pas dans des ruches, mais dans des agrégations de terriers individuels. Mais toutes les abeilles ont un rôle écosystémique et économique essentiel, puisqu’elles assurent le transport du pollen qui permet la reproduction des plantes et en particulier celle de nombreuses plantes cultivées par l’homme. Dans l’hémisphère nord on constate une baisse de la population des insectes pollinisateurs en général et des abeilles en particulier, due à de nombreuses causes : monoculture intensive, réchauffement climatique, rôle dévastateur des insecticides et des produits phytosanitaires agricoles. Cette situation inquiète fortement non seulement les apiculteurs mais aussi les écologues et les économistes, et de nombreux programmes ont été mis en place (notamment au niveau européen) pour surveiller l’évolution du comportement des colonies d’abeilles et pour alerter les institutions et les populations sur le danger que représenterait leur disparition.
La destruction des habitats dans les espaces agricoles et semi-naturels ainsi que les phénomènes de pollution de ces milieux sont parmi les principales causes de perte de la biodiversité. Ainsi de nouveaux espaces sont colonisés, notamment les zones urbanisées et résidentielles, qui servent de refuges à de nombreuses espèces animales et végétales, dont les abeilles. Ce phénomène s’explique par un contexte chimique qui est paradoxalement moins agressif dans les zones urbaines et périurbaines, où l’on trouve moins de pesticides que dans les zones d’agriculture conventionnelle (notamment les grandes plaines de monoculture intensive). Les villes sont de 2 à 3 degrés plus chaudes que les campagnes environnantes, ce que les abeilles (étant des insectes globalement thermophiles) apprécient particulièrement. Enfin les municipalités, proposant une floraison étalée sur la majeure partie de l’année, fournissent une ressource alimentaire intéressante pour les insectes.
Insect[au]logis s’insère ainsi dans une réflexion plus vaste sur la place faite à la nature dans la ville, qu’il s’agisse de sa dimension végétale ou animale. La place réservée à la végétation spontanée (celle qui n’est pas plantée, pas tondue, pas enclose dans les parcs ou les squares) est encore très limitée, malgré une progressive prise de conscience collective et une demande croissante de la part des habitants.  Le paysagiste et chercheur (1) Gilles Clément a contribué de façon déterminante à cette réflexion, en définissant le Tiers-Paysage comme la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Cette définition recouvre les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc. : des espaces intermédiaires entre nature et culture, ville et nature. Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionnent la diversité et parfois l’excluent totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérées est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant. Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur. La prise en considération du Tiers-Paysage en tant que nécessité biologique conditionnant l’avenir des êtres vivants modifie la lecture du territoire et valorise des lieux habituellement considérés comme négligeables. Il revient au politique d’organiser la partition des sols de façon à ménager dans son aire d’influence des espaces d’indécision, mais le « Tiers-Paysage » intéresse également l’artiste, le designer, l’architecte, qui interviennent dans le milieu urbain et qui peuvent inclure dans leurs projets une part d’espace non aménagée, ou encore désigner par leur intervention comme espace d’utilité publique les délaissés que génère (quoi qu’on fasse) tout aménagement.
L’exemple de la faune est tout aussi parlant que celui de la flore : si la présence de quelques animaux domestiques est intégrée dans l’espace urbain, la diversité de l’animal reste très peu reconnue et acceptée (2) Aujourd’hui, face à l’urgence écologique, il devient nécessaire de dépasser le clivage ville/nature pour inventer d’autres façons de vivre et de gérer la ville, et ainsi d’y permettre le développement et le maintien d’une certaine biodiversité. Les naturalistes et les scientifiques étudient ainsi la biodiversité citadine et en découvrent la richesse : « La ville est donc bien un écosystème habité par de nombreuses espèces, dont la qualité se structure dans les échanges avec les écosystèmes ruraux ou naturels qui l’entourent » (3).

« La ville n’est-elle pas le siège d’une prise de conscience croissante et grandissante de la fragilité de notre planète et du prix à payer pour la disparition de son atmosphère respirable ainsi que des très nombreuses espèces qui peuplent l’environnement ? » (4)
Cette diversité peine cependant à être reconnue par le grand public qui voit toujours la nature en ville sous forme de clichés : parcs et jardins bien entretenus, insectes qui ne piquent pas, arbres bien taillés et sans « mauvaises herbes » à leurs pieds. Pourtant, ce n’est pas cette nature-là qui se révèle être intéressante pour la biodiversité. La chercheuse Nathalie Blanc, spécialisée dans les questions d’esthétique environnementale, a ainsi a plusieurs reprises montré l’ambivalence généralisée à l’égard de la présence de l’animal en ville. Si la présence du végétal, au-delà des parcs et des jardins, commence à entrer dans l’imaginaire urbain, l’animal peine davantage à y être inclus. « La ville, d’entièrement artificielle devient progressivement un milieu composite voire une mosaïque de milieux intérieurs et extérieurs qui abritent de nombreuses espèces » (5), mais la présence de l’animal domestique et domestiqué est bien plus aisée à accepter et intégrer que celle « d’espèces exotiques, non natives, non indigènes, allochtones, néophytes, xénophytes, envahissantes, invasives, proliférantes, transformatrices…et d’une ville devenue hospitalière au monde vivant » (6). Dans le cas des abeilles, il est plus facile d’introduire des ruches d’abeilles domestiques produisant du miel, que de confronter la population à la présence d’insectes « sauvages » et aux risques de piqûres (7).
Se situant à la croisée de l’art et de l’écologie, le design urbain pourrai contribuer à replacer la nature et les êtres vivants au cœur de la ville, en prenant position pour la biodiversité et en interrogeant les relations entre le citadin et son environnement naturel immédiat. Dans cette perspective, le projet Insect[au]logis a consisté à mettre en place des ateliers culturels autour de la présence des abeilles dans les villes de Grenoble  et de Lyon, en introduisant un réseau de signes visuels qui laissent au passant une liberté de lecture et d’interprétation, qui suscitent la curiosité et incitent à l’effort du déchiffrage, un réseau sensible qui signale trous et fissures susceptibles de servir de nichoirs ou d’ « hôtels » pour les abeilles sauvages qui cherchent un refuge en ville. A Grenoble, le projet a donné lieu à la création de sculptures urbaines, les « Urban Totems » [fig. 1] : des poutres de bois, peintes comme des « totems » en milieu urbain, ont été percées pour accueillir la nidification des abeilles solitaires, dans des tiges végétales creuses ou a moelle tendre ou de petits percements de diamètres variés. A Lyon, la poursuite du projet a fait suite à une commande de la ville avec l’association Programme life + Biodiversité Urbanbees et vise à générer une « artothèque » autour du nichoir à abeilles. La volonté première est de créer des nichoirs fonctionnels en perçant des trous d’un diamètre inférieur à 12 mm dans du bois plein, avec une légère inclinaison des ouvertures vers le bas ou un retour formant abri au-dessus de celles-ci [fig. 2 et 3]. Ces installations prennent place au cœur de l’espace urbain (murs, friches, poteaux, grillages, etc.) et sont destinées à générer un échange permanent avec les habitants de la ville de façon à susciter une reproduction de ces nichoirs et à donner lieu à des moments de discussion autour du problème écologique que représente la survie des abeille et, plus généralement, la place des insectes dans la ville.
Le projet consiste donc à penser une signalétique urbaine basée sur le sensitif, sans se contenter d’une identité visuelle « spectaculaire ».
Le travail du designer urbain migre ainsi dans les interstices, les fissures, les trous pour produire des propositions destinées à se laisser apercevoir, découvrir, observer, au fil d’une déambulation urbaine. L’ambition est celle de contribuer à produire une nouvelle manière de pratiquer la ville,
à la recherche de ces discrètes installations : aller, revenir, entrer, y aller plusieurs fois, par plusieurs chemins, chercher à l’intérieur, plus loin, tout à côté, faire des
tours, et des détours, être proche, très proche, errer, revenir, voir ce qui a changé. En somme naviguer à l’œil nu, sans prévoir, à la recherche de ces nichoirs qui nous signalent
la présence d’un « autre » animal, non domestiqué, parfois gênant, à qui notre société peine à laisser place. Et qui est pourtant, sans doute, un maillon essentiel à notre existence collective.
Manola Antonioli et Céline Duhamel
Insect[au]logis : un projet pour la biodiversité en milieu urbain / 2013

urban totems

1 Gilles Clément, Manifeste pour le Tiers paysage, Paris, Editions Sujet/Objet, 2004.
Ce texte essentiel est désormais disponible en version copyleft à l’adresse suivante : http://www.gillesclement.com/fichiers/_tierspaypublications_92045_manifeste_du_tiers_paysage.pdf
2 Un des premiers ouvrages qui a attiré l’attention, dans le domaine scientifique français, sur cette présence d’une faune « clandestine » dans les espaces urbains est le livre de Nathalie Blanc, La Ville et les animaux, Paris, Odile Jacob, 2000.
3 Karim Lapp, « La ville, un avenir pour la biodiversité ? », Ecologie & politique, n°30, 2005, p. 46.
4 Nathalie Blanc, Les nouvelles esthétiques urbaines, Paris, Armand Colin, 2012, p. 7.
5 Ibid., p. 114.
6 Ibid., p. 117.
7 Au sujet des abeilles, Nathalie Blanc cite (Les nouvelles esthétiques urbaines, op. cit., p. 9) le travail de sensibilisation du plasticien et apiculteur parisien Olivier Darné du « Parti poétique » autour de la « pollinisation de la ville » (http://www.parti-poetique.org).

Travail sexuel, travail pour tous / Collectif Multitudes

Le travail sexuel rémunéré connaît aujourd’hui en France un nouvel épisode dans la longue histoire de sa répression capitaliste et pudibonde. Dès l’ère victorienne on a compris comment transférer vers le travail acharné l’énergie sexuelle cadenassée, comme le montre le film d’Elio Petri La classe ouvrière va au paradis (1971). La répression est aujourd’hui d’autant plus insidieuse qu’elle se présente sous le visage compatissant et protecteur de l’aide aux victimes de la violence sexuelle, en supprimant notamment le délit de racolage public au profit de mesures dissuasives et incitatives pour sortir de la prostitution. Parmi elles, le projet de pénalisation du client suscite une réaction machiste de la part d’autoproclamés « salauds » qui revendiquent leur droit naturel à aller aux putes impunément, volant ainsi leur lutte aux prostituées (« touche pas à ma pute », ont-ils l’impudence de dire).

Méphisto-valse des putes
Putes à talons hauts et à jupes courtes, sorcières à poil et à fourrures, putes théâtrales aux faux-cils et au maquillage outrancier, vamps et drags, putes à paillettes et à résilles, putes sculpturales parodiques aux mimiques surjouées. La nuit tombée, la rue périphérique devient la scène d’un grand marché sémiotique, un marché aux symboles sexuels. C’est une nouvelle nuit de Walpurgis, une nuit capitaliste, la nuit du capitalisme sémiotique. Le client au marché achète et consomme des signes en même temps que des corps. La rue ne fait ainsi qu’extérioriser une efflorescence de signes qui passent au quotidien dans nos murs : putes d’hôtels et de couloirs, putes putatives de Sofitel ou putes potentielles de bureau, putes occasionnelles, putes entre deux portes ou putes d’ascenseurs, néo-courtisanes hétaïriques du pouvoir, néo-Goulues et demi-mondaines. Entre celles qui le sont sans en avoir l’air, Jeunes et Jolies, et celles qui en ont l’air sans l’être, poupées siliconées et hyperféminisées, la frontière sémiotique entre les régimes de féminité est intrinsèquement trouble. On n’est pas pute, on fait la pute. On choisit un style.
La féminité stéréotypée et exacerbée des putes est passée de mode en même temps que la classe ouvrière, et aux jeux de rôles sémiotiques la formation laïque ne prépare pas. Misère du désir viril qui n’a plus accès qu’à des symboles de pacotille et les reporte dans ses réseaux numériques et son abstinence virtualisée. Un nouveau marché de la prostitution est en train d’apparaître, sur lequel ce qu’on pourchasse n’est que la relique du précédent. On va abolir la prostitution comme on a aboli sous la Révolution la Ferme générale des impôts. L’exemple de l’écotaxe montre bien qu’on abolit jamais rien pour de bon, il reste toujours des strates. Et les putes sont celles qui aiment en jouer le plus simplement du monde. Beaucoup de prostituées ont témoigné de l’empowerment sémiotique du déguisement, de l’« effet pute » qu’il produit. D’ailleurs quelle jeune fille de bonne famille ne s’est pas fait entendre dire « ne fais pas la pute » devant un rouge à lèvres trop rouge ou un costume d’hyperféminité ?
Mais la pute fière et libre ne doit pas exister (1). Médiatiquement et politiquement, la seule prostitution prise pour cible et emblème est la plus sordide. La bonne relique de pute est la pute étrangère, sans papiers et sans consentement, défoncée au crack, dressée par le viol, vouée à l’abattage. Comme l’a montré Gail Pheterson, le concept même de « prostituée » est une fabrication sociale qui assure une fonction de contrôle. En tant qu’injure publique, le « stigmate de la putain » peut être jeté sur chaque femme revendiquant la légitimité ou l’indépendance (2). En septembre 2013, la députée socialiste Maud Olivier a présenté à l’Assemblée Nationale un rapport d’information « sur le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel », au nom des droits des femmes. La réponse prototypique de la gauche socialiste à la situation précaire des prostituées a toujours été l’abolitionnisme. Comme dit Despentes, les prostituées constituent le seul prolétariat dont la condition émeut autant la société bourgeoise. Notre société tolère plus la misère économique, la mort dans les usines de confection du Bengladesh, la précarité du travail d’usine ou de la caisse de supermarché, que le travail sexuel. Les putes foutent la panique. C’est d’abord une panique féminine et conjugale défensive, la panique du contrat sexuel marital contre le contrat prostitutionnel qui lui révèle sa propre vérité : le risque de violence dont est porteuse la sexualité domestiquée. Le 18 Novembre 2013 avait lieu la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, dans la rue certes, mais plus encore à la maison. En France une femme meurt tous les trois jours des suites de violences conjugales.

Travailleuses et intermittentes, les putes emmerdent le capitalisme
Condamner la traite est une chose, condamner la prostitution est autre chose. De ce point de vue, la stratégie abolitionniste est la même que celle de la lutte anti-porno : elle consiste à assimiler le sexe tarifé à la violence, comme on assimile la pornographie à la violence. Les prostitué-e-s sont pourtant des travailleur-se-s comme les autres, comme l’a parfaitement rappelé Thierry Schaffauser du STRASS sur le site de Libération le 31 octobre 2013 (3). Vendre sa force de travail, c’est toujours engager son corps. Ouvriers, sportifs, mannequins, masseurs, secrétaires, ambassadeurs, soldats, tous engagent leurs corps. À chaque fois qu’il est au travail, le corps doit se donner tout entier derrière une certaine façade de lui-même. Le sexe féminin n’est pas un tiroir-caisse plus honteux que les fourneaux où se mutilent les mains du sidérurgiste, ou que la précision dans laquelle s’usent les yeux du tourneur-fraiseur. Les prostituées étaient d’abord solidaires des classes laborieuses dans leur ensemble, et n’ont été isolées des autres travailleurs et ostracisées que sous la pression constante de leur persécution policière depuis la fin du XIXe siècle. Le rejet des putes à la périphérie des villes, leur immigration, épouse les localisations du capital. L’allocation de transition à 2/3 de RSA que propose le rapport Olivier pour sortir de la prostitution ressemble aux primes de licenciement dans l’industrie et aux « reconversions ». Arrêtez de travailler et vous aurez votre aumône. Soyez assistées.
La pute est une travailleuse intermittente. Son rythme de travail, avec ses afflux soudains de liquidités et ses interruptions parfois prolongées, constitue une irrégularité insupportable à l’économie libidinale du capitalisme, qui entend contrôler et calculer les flux monétaires. Les escorts de plus en plus nombreuses sont pourtant là pour démontrer que le capitalisme financier a plus que tout autre besoin de faire valser le sexe, loin du contrôle de tout un chacun. Flux saccadés de sperme et d’argent, alternés de longues périodes réfractaires : ce qui emmerde souverainement le pouvoir, c’est cette idiorythmie de la travailleuse sexuelle. Ce rythme ne se calcule pas en nombre d’heures tarifées, hiérarchisées selon le style, mais profite des opportunités, comme tout le monde le fait.
La victimisation de la pute remplit plusieurs fonctions tactiques. Elle permet d’abord d’intimider les putes-travailleuses indépendantes en les faisant s’estimer heureuses d’avoir – pour l’instant – échappé aux proxénètes et aux réseaux mafieux. En même temps qu’elle infantilise les prostituées en prétendant les protéger contre elles-mêmes, elle construit une image de la sexualité masculine comme complice de la violence sociale. Double bind pervers d’une société qui tout à la fois exige et excite une virilité impérieuse dont elle frustre et humilie la satisfaction. Le capitalisme sémiotique est intrinsèquement castrateur. C’est une société où règne l’ « esthétique pute » qui veut abolir la prostitution. Il n’y a pas lieu pour autant de prendre pitié du sexe des hommes. On sait trop combien, quelles que soient les lois, les hommes les plus puissants continueront toujours de pouvoir jouir des corps-signes les plus disciplinés, comme l’ont fait jusqu’à présent en nombre les « salauds » qui entendent continuer.

Devenir putes
Présenter la prostitution comme un « système » lui prête a priori une cohérence d’ensemble qui l’assimile tactiquement à la traite. En reprenant le terme de « système », le discours du pouvoir est pris dans le modèle stratégique des réseaux mafieux contre lesquels il veut lutter. Ce postulat de systématicité recouvre la diversité et la bigarrure des pratiques prostitutionnelles. Il est pourtant impossible de figer moralement la prostitution en recouvrant la diversité de la rue sous le visage monolithique de la femme migrante, misérable et exploitée.
L’augmentation de la proportion de migrantes en situation illégale dans la population des prostituées qui racolent en France ne saurait être purement et simplement mise sur le compte de « l’emprise croissante de la traite », comme le fait le rapport Olivier. En réalité, le chiffrage policier, exclusivement proportionné au délit de racolage, ne retient rien des tactiques de contournement et de dissimulation développées en majorité par les prostituées françaises : l’utilisation d’Internet a permis à la prostitution locale de quitter le trottoir pour se rendre moins visible de la police. La fracture entre migrantes et françaises traverse ainsi la prostitution elle-même, la divisant entre des modes d’exercice et des risques inégaux. La précarité de la prostituée migrante ne tient pas seulement à sa plus grande vulnérabilité à la traite, mais aussi à son incapacité à se rendre imperceptible aux contrôles. Sous couvert de lutte contre la prostitution, le contrôle du racolage constitue par conséquent un contrôle migratoire déguisé. Le surmoi de la gauche lui interdit de présenter la lutte contre l’immigration à visage découvert. C’est pourquoi elle a besoin de leurres politiquement corrects comme la prostitution pour viser cet objectif.
En réalité, la prostitution n’est pas un système, elle est un écheveau de lignes de vie qui sont autant de lignes de fuite. Le putatif « système prostitutionnel » ne cesse de fuir de toutes parts. Ces lignes sont certes très diverses, hétérogènes entre elles, non superposables : la ligne transmigratoire, la ligne transsexuelle, la ligne adolescente et étudiante comme rite de passage et émancipation, etc. Entre les lignes prostitutionnelles, toutes sortes de rivalités sont certes à l’œuvre, non seulement de territoire, mais de représentation symbolique, par déclassement mutuel. Mais la « condition prostituée », comme l’a appelée Lilian Mathieu, n’a de sens que par et dans ces lignes.
Forclos par le projet de loi, le ou la transsexuel-le est pourtant l’emblème de la prostitution contemporaine. Le projet de loi feint d’espérer que tous les prostitué-e-s voudront et pourront naturellement retrouver un autre emploi dès qu’on leur en aura donné les moyens. Mais la prostitution pour les transsexuel-le-s n’est pas seulement un destin contraint par leur marginalité sociale, c’est souvent un exercice ascétique dans une trajectoire presque initiatique, une manière de s’éprouver soi-même dans son identité, d’essayer son corps et ses charmes sur autrui pour se les approprier. La psychiatrisation de la transsexualité falsifie cette ascèse.
De manière générale, on ne se prostitue jamais qu’en transition, en étant trans-quelque chose, transsexuel ou transgenre, transmigrant, entre deux pays ou deux milieux sociaux, entre deux âges, entre deux vies, entre le jour et la nuit, transversal. À chaque fois, la prostitution est un passage dans une ligne de vie, par lequel quelqu’un prend le risque de se transformer lui-même sans retour possible. Devenir autre chose que ce qu’on est. Les prolétaires n’ont toujours eu que leur corps, leur force de travail, pour améliorer ou changer leur vie. La pute de métier dont Grisélidis Real a donné l’exemple, qui noue des rapports singuliers avec ses clients, est un des modèles déjà ancien de la prostitution contemporaine. Chaque prostitué-e cherche sa voix avec ses propres atouts, aussi misérable soit-elle, même dans les réseaux. La prostitution est un voyage, une migration, une recherche, même quand elle échoue (4).

Économie libidinale de la prostitution
La gauche morale a une vision salariée de l’argent et de l’économie : c’est subi, c’est indésirable. Françoise Héritier résume cette incompréhension : « dire que les femmes ont le droit de se vendre, c’est masquer que les hommes ont le droit de les acheter ». Comment confondre ce catéchisme néo-kantien ? La série de séquences porno Czech Streets présente une galerie de portraits où des femmes banales, d’âges et de profils variés, acceptent en échange de quelques billets de se dénuder devant une caméra, puis de pratiquer des actes sexuels dans les recoins de la ville, avant de retourner à la banalité quotidienne comme si de rien n’était. Authentique ou fake, cette série vise à démontrer le pouvoir de l’argent. En apparence, ces séquences de prostitution spontanée attestent d’une précarisation de masse, de la banalisation de la violence sociale et de sa porosité avec la violence sexuelle. Dis-moi le prix de ton consentement. La minable jouissance phallique qu’achète l’argent semble donner raison au féminisme victimaire. Mais de l’autre côté, cette spontanéité du service sexuel n’est possible que parce que la sexualité elle-même s’est transformée et que les femmes vivent potentiellement un nouveau type de rapport à leur corps. Il n’est plus confiné à la maison, circonscrit par le mariage ou le couvent. Il est potentiellement offert, et la ville est l’espace où se joue et se risque cette ouverture, où s’éprouvent les fantasmes qu’elle suscite. La caméra et l’argent fonctionnent ensemble comme des vecteurs de pure sexualisation : ils permettent de déréaliser les actes en les spectacularisant, de les désaffectiver en les absorbant dans les images stéréotypées qu’ils imitent et simulent. Le sexe n’est pas sans amour, il a développé son amour-propre, son amour multidirectionnel, pervers polymorphe. L’argent n’achète pas le corps comme une chose, il prolonge l’adolescence, libère le corps de toute obligation d’engagement autre que sexuel.
L’économie libidinale de la prostitution ne se réduit pas pour autant à la vision libérale de l’échange (donnant-donnant). Il est vrai que l’argent déculpabilise et solde la dette de corps. Dans le couple, la sexualité traîne toujours de vieilles dettes et paye en nature les frais de l’inégalité des époux. La chambre à coucher est un petit théâtre où se transposent et se rejouent les rapports sociaux à travers les rapports sexuels. Au contraire, l’argent comme médiation opère un rabattement sur la sexualité. Je t’en donne pour ton argent, je ne m’occupe que de te faire jouir comme tu le demandes, tant pis pour toi si tu ne demandes pas bien. Le client a besoin que la prostituée soit tenue, soit dominée par un ou des tiers, par l’État peut-être, pour que le rapport de force reste en sa faveur. Une prostituée trop libre devient une maîtresse, le rapport de force se renverse. Ce sont tous les jeux bourgeois de l’amour et du hasard qui se réinventent quand tombe le mur de l’argent entre ces deux figures siamoises.
Libérer le travail sexuel de l’opprobre est certainement la première condition. Mais libérer l’ensemble des activités économiques de la forme subordonnée est aussi essentiel : personne ne devrait être obligé pour vivre de soumettre son corps et son esprit au commandement d’un patron ou d’un client dont la position de patron ou de client est garantie par l’ensemble de la hiérarchie répressive. C’est à cette déhiérarchisation des relations sexuelles et de travail qu’une réforme devrait s’attacher, pas au renforcement de la répression.
Collectif Multitudes
Travail sexuel, travail pour tous
À paraître dans le numéro 55 de Multitudes
et en lecture sur le site www.multitudes.net

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1 Voir Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser, Fières d’être putes, L’Altiplano, 2007.
2 Gail Pheterson, Le prisme de la prostitution, Paris, L’Harmattan, 2001.
3 Libération, 31 octobre 2013, 12h30, « Je suis une pute. Imaginez… ».
4 C’est ce que montrent les témoignages rassemblés par Alain Tarrius et Dominique Sistach dans le dossier « Transmigrants » de Multitudes n° 49.

Théories et pratiques écologiques – de l’écologie urbaine à l’imagination environnementale / ouvrage collectif sous la direction de Manola Antonioli

Pratiques écosophiques
La plupart des textes réunis dans cet ouvrage s’inscrivent dans les traces de l’écosophie guattarienne, pour la prolonger, la critiquer ou la remettre en question. En 1989, dans Les Trois écologies, Félix Guattari affirmait qu’il est impossible de séparer les phénomènes de déséquilibre écologique qui menacent aujourd’hui la planète de la détérioration qui affecte en même temps nos intelligences, nos sensibilités, nos modes de vie : il s’agit désormais de penser ensemble la sauvegarde et la réinvention de notre environnement naturel, psychique et social. L’écosophie est présentée donc comme le projet (philosophique, politique et esthétique) d’une nouvelle articulation complexe et désormais indispensable « entre les trois registres écologiques, celui de l’environnement, celui des rapports sociaux et celui de la subjectivité humaine. »L’objet écosophique ne se ramène donc pas à un objectif défini de façon univoque ou à un projet politique traditionnel, mais constitue plutôt une passerelle transversaliste entre des domaines hétérogènes, dans une perspective fondamentalement hétérogénétique et re-singularisante. Il implique une remise en question permanente des institutions existantes, mais également une ouverture attentive aux mutations subjectives de notre époque, une vision radicalement transformée de la société, de la nature et de la technique, la nécessité de repenser et de réinventer sans cesse nos environnements. Dans son texte d’ouverture consacré aux « visions écosophiques » de Félix Guattari, René Schérer souligne ainsi l’aspiration de l’écosophie à dépasser toute dichotomie stérile entre la Nature et la Culture, dans la compréhension de la multiplicité des natures/cultures, enrichie par une sensibilité esthétique et artistique.

L’écosophie concerne aussi et surtout nos territoires, territoires habités et territoires existentiels, indissociables et étroitement entrelacés. Dans un article publié juste après sa mort, en 1992,  intitulé « Pratiques écosophiques et restauration de la Cité subjective», Félix Guattari part du constat que « l’être humain contemporain est fondamentalement déterritorialisé » : ses territoires existentiels originaires (le corps, l’espace domestique, l’appartenance à des groupes familiaux et sociaux, à des entités politiques) sont en perpétuel mouvement, traversés par des « ritournelles » (musicales, culturelles, publicitaires, imaginaires) produites à tous les coins du monde, incessamment délocalisés par tous les dispositifs technologiques et informatiques. La perte de repères stables et l’insécurité qu’elle génèrent produisent des retours aux nationalismes, au conservatisme, à toutes les formes de xénophobie, racisme et intégrisme qui continuent de menacer lourdement nos existences aujourd’hui, plus de vingt ans après la publication de ce texte, tentations illusoires dont on ne pourra conjurer les dangers, selon Guattari, qu’à condition de forger, d’inventer de nouveaux univers de valeur (transculturels, transnationaux et transversalistes) qui puissent permettre à la subjectivité individuelle et collective d’échapper à la menace de « pétrification » qui la guette. Dans cette perspective, « l’humanité et la biosphère ont partie liée, et l’avenir de l’une et l’autre est également tributaire de la mécanosphère qui les enveloppe » : le projet écosophique exige une réinvention globale des formes d’économie et de production, des manières d’habiter la ville et les territoires, des pratiques sociales, culturelles, esthétiques et mentales. L’écosophie est donc présentée comme une concatenation ou agencement de l’écologie scientifique et environnementale, de l’écologie urbaine et des écologies sociales et mentales, qui n’aspire à la reconstitution d’aucune idéologie totalisante mais qui prône au contraire un choix systématique de la diversité, de l’hétérogénéité et de l’hétérogenèse, du « dissensus créateur ».

Il est impossible ainsi de dissocier ce projet global de l’évolution des mentalités urbaines, des transformations nécessaires des villes où vit désormais une grande partie de la population mondiale et d’où dépend de plus en plus également la population « rurale » résiduelle et ce qui subsiste et subsistera de la nature. Les problèmes du tissu urbain devront ainsi être pensés sur fond d’écologie planétaire, tout comme ceux des environnements naturels. Dans cette perspective, la première partie de cet ouvrage interroge l’écosophie urbaine, comme recherche de ce que Chris Younès appelle des « corythmes » entre la nature et la culture, la Terre et les hommes, le local et le global et qui est indissociable d’une « éthique géographique de la terre » (Stefania Bonfiglioli), d’une nouvelle pensée des paysages et des territoires qui échappe aux logiques stériles de la simple « préservation » ou « patrimonialisation » de la nature. Dans son article de 1992, Félix Guattari suggérait également que les nouveaux projets urbains (rénovation de quartiers anciens, construction de nouveaux quartiers ou reconversion de fiches industrielles) soient dorénavant confiés non seulement aux pouvoirs publics et aux spécialistes du bâtiment mais également à des chercheurs en sciences sociales capables de tisser des échanges avec de futurs habitants et utilisateurs de ces constructions, afin de concevoir également de nouveaux modes de vie, de nouvelles pratiques de voisinage, éducation, culture et sport sur ces nouveaux territoires. Ces dernières années, on a vu ainsi se multiplier des expériences d’architecture participative, collaborative ou autogérée, dont l’urbaniste Anne Querrien présente quelques exemples français et européens, qui constituent peut-être les prémisses d’une reconversion écosophiques des pratiques architecturales et urbaines :
« Il s’agit de construire non seulement dans le réel mais aussi dans le possible, en fonction des bifurcations qu’il peut amorcer ; construire en donnant leurs chances aux mutations virtuelles qui conduiront les générations à venir à vivre, sentir et penser différemment d’aujourd’hui, compte tenu des immenses transformations, en particulier d’ordre technologique, que connaît notre époque. L’idéal serait de modifier la programmation des espaces bâtis en raison des mutations institutionnelles et fonctionnelles que leur réserve le futur. »
Plus globalement, c’est toute une nouvelle « critique de la raison spatiale » qu’il s’agit de construire, projet philosophique développé par le philosophe allemand Peter Sloterdijk dans sa trilogie des Sphères et repris ici par le géographe Hervé Regnauld dans une réflexion autour de la « science de l’espace ».

L’écosophie guattarienne (projet philosophique interrompu par la mort de l’auteur) n’évoque pas les problèmes juridiques, les question de « droit » et de « droits » qui concernent les entités naturelles, question qui font désormais l’objet du « droit de la nature » et des réflexions de l’éthique environnementale d’origine anglo-saxonne qui commence à s’affirmer dans le domaine français depuis quelques années. Ces problématiques sont évoquées dans la deuxième partie de cet ouvrage par Pauline Milon, qui interroge du point de vue du droit le statut juridique de la nature, longtemps « objet » de droit dont il s’agit désormais de faire un « sujet » de droit, ainsi que par les philosophes Gérald Hess et Augustin Fragnière qui comparent les apports et les limites respectives de l’écosophie guattarienne, de la tradition de l’écologie politique et de l’éthique environnementale dans l’élaboration contemporaine d’une nouvelle philosophie de la nature, mais également par Anne Dalsuet, qui évoque la question des droits qu’il faut reconnaître aux animaux.
Suite aux approches philosophiques de la pensée de Jacques Derrida d’une part, de celle de Gilles Deleuze et Félix Guattari d’autre part, et à la progressive diffusion des théories de la « philosophie animale » anglo-saxonne, les animaux et l’animalité font désormais l’objet d’un questionnement diffus dans toutes les disciplines, de l’éthologie à la philosophie et au droit, et les « figures animales » sont omniprésentes dans les pratiques artistiques contemporaines. Dans la troisième partie de ce volume, le philosophe Alain Beaulieu interroge ainsi le rôle critique du concept d’animal et de « devenir animal » chez Deleuze et Guattari et la sociologue Isabelle Autran puise dans les ressources offertes par la tradition phénoménologique pour proposer une vision de l’animal susceptible d’échapper aux pièges et aux dangers d’une pensée réifiante ou purement utilitariste de la question animale.
La philosophie du XXIe siècle, dans le prolongement  des grandes figures de la pensée du XXe, est activement engagée dans l’élaboration d’une nouvelle pensée de la nature. Dans une perspective très fortement influencée par la pensée de Deleuze et Guattari, Rosi Braidotti nous invite, sous le signe de zoé, à concevoir une nouvelle philosophie du vivant qui se situe au delà de l’humanisme et de l’anthropocentrisme classique, nous permettant à la fois de repenser les échanges entre humains et non-humains et les problèmes politiques du présent, dans « l’approche post-humaniste d’un vitalisme non-anthropocentrique », et John Protevi montre, à travers l’exemple de l’eau, comment la compréhension des phénomènes naturels est indissociable d’analyses historiques, politiques et technologiques. Renato Boccali remonte plus loin dans la tradition philosophique, pour chercher dans la pensée de la nature du dernier Merleau-Ponty les éléments de pensée nécessaires pour concevoir autrement l’ « écosystème du visible ».
La dernière section de cet ouvrage, introduite par l’essai de Christiane Vollaire au sujet de l’ « esthétique industrielle », est consacrée à l’émergence d’une imagination environnementale dans l’art contemporain. Félix Guattari soulignait l’importance d’un nouveau « paradigme esthétique », nécessaire pour que l’urgence écologique puisse déterminer une transformation radicale de l’intelligence et de la sensibilité. Aujourd’hui,  les formes artistiques intègrent de plus en plus le facteur écologique, en infléchissant sensiblement notre relation à la nature. Dans les arts plastiques, la nature devient ainsi un enjeu de « sculpture » (monumentale et éphémère) ou de pratiques évolutives (installations, environnements) ; dans la musique, on explore de plus en plus souvent les liens entre le son et l’invention d’un territoire ou la notion de « paysage sonore  » ; dans l’architecture, l’exigence de « durabilité » impose de repenser intégralement les liens entre le bâti et la nature environnante. Le critique d’art Pierre Sterckx étudie l’œuvre de l’un des précurseurs de cette tendance, l’artiste italien Giuseppe Penone ; ma propre contribution présente un projet interactif autour de la Méditerranée du collectif d’artistes italien Studio Azzurro, qui interroge le regard esthétique que l’on porte sur les sites, les paysages et les populations qui les traversent ou les habitent. Émilie Hache propose une étude du retour contemporain d’une poétique des ruines, ruines qui n’évoquent plus pour nous un passé éloigné mais un futur qui s’approche dangereusement, sous la menace des urgences écologiques. Les membres du groupe de recherche « Art et écosophie », Roberto Barbanti, Silvia Bordini et Lorraine Verner, présentent les résultats provisoires d’un projet ambitieux, destiné à s’étaler sur plusieurs années, d’échanges et rencontres entre chercheurs, critiques d’art, scientifiques et artistes engagés dans la recherche d’un nouveau paradigme esthétique. Fabrice Bourlez présente les nouvelles perspectives du bio-art, champ de l’art contemporain qui ouvre à la fois l’horizon inquiétant d’une manipulation généralisée du vivant et le chemin esthétique vers un « réveil des puissances de la vie ». Pour finir, la plasticienne Francine Garnier et le musicien Alain Engelaere, dans un texte en forme de dialogue, nous proposent à travers leur propre expérience une réflexion sur la transformation du paysage sous l’effet des formes, des couleurs et des sons.
L’intention première de cet ouvrage est celle de donner un aperçu global des champs théoriques et pratiques où une nouvelle pensée des environnements et des natures/cultures est en train aujourd’hui de prendre forme, dans l’espoir qu’il puisse contribuer à l’ouverture des possibles que le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa appelle de ses vœux dans sa contribution, ouverture nécessaire pour que nous puissions espérer nous soustraire aux menaces d’étouffement, d’ordre théorique, politique, esthétique et existentiel qui pèsent sur nous de toutes parts.
Manola Antonioli
Théories et pratiques écologiques
de l’écologie urbaine à l’imagination environnementale
/ 2014
une éco-so

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