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Freud et Oskar Panizza : l’amour des enfants / Penser et faire sont une seule et même chose / Mayette Viltard

En préparant le texte de présentation de ce colloque (1), j’avais écrit : « Comment accéder à une visibilité essentielle à la proclamation d’une sexualité déviante, tout en sachant que cette visibilité est également essentielle à la surveillance de ceux dont la vie est ainsi mise en écriture ? ». David Halperin, à qui je l’avais envoyé, m’a d’abord répondu : « Oui… Mais je ne l’aurais pas dit comme ça », ce qui m’a tourmentée. Heureusement, le lendemain, il m’a envoyé sa critique : « Tu ne vas quand même pas dire que les queers fabriquent leur propre surveillance ! ». L’avais-je dit ? Sans doute. J’ai donc tenté une autre formulation : « Comment accéder à une visibilité nécessaire à la proclamation d’une sexualité déviante tout en sachant que cette visibilité est ironiquement utilisée par la norme indispensable à la surveillance de ceux dont la vie est ainsi mise en écriture ? ». Ce n’était guère mieux. Formuler ainsi la question, n’est-ce pas déjà la mettre en impasse ?
Cette difficulté a renouvelé un des problèmes que j’ai régulièrement rencontré dans ma pratique et mon expérience psychanalytique : est-ce que participer à un certain nombre d’activités, en particulier institutionnelles, de prises de paroles, de publications, etc. qui contribuent de près ou de loin à faire émerger des visibilités nouvelles déclenche obligatoirement en retour la création d’un arsenal disciplinaire supplémentaire de la part des institutions, (gestion, administration, lois, police, etc.) venant détruire, et souvent, violemment, ce qui était en train d’émerger ? Le psychanalyste, par sa seule présence dans une institution (médico-éducative, judiciaire, psychiatrique, sociale, etc.) peut-il prétendre se situer dans un espace où le dicible, le visible ne sont pas encore formés ? Et la porte du cabinet ne fait-elle pas illusion sur une hypothétique fermeture d’un espace qui se penserait privé ?
Lors du colloque organisé par Clinic Zones en 2002 « Anna Freud mannequin de son cas », nous avions reçu Elisabeth Young Bruehl pour nous parler de son travail sur la biographie d’Anna Freud. Elle avait cité, à ce moment-là, ses affrontements terribles avec Jeffrey Masson et surtout Peter Swales, (remis au goût du jour par le Livre noir de la psychanalyse) lequel, nous avait-elle dit, lui envoyait par la Poste des produits pour douche vaginale pour qu’elle se rince les dents, et autres insultes variées. Je n’avais pas saisi pourquoi, dans nos échanges, elle insistait pour dire qu’elle était prête à abandonner son cabinet de psychanalyste de New York, à la fois pour suivre sa compagne à Toronto (2), mais aussi se consacrer à faire avancer les droits des enfants contre les abus sexuels. Je ne comprenais pas pourquoi ce sujet était pour elle essentiel, et au fond, je ne saisissais pas vraiment comment elle posait le problème.
Il se trouve qu’à partir des années 1970, j’ai eu diverses activités qu’on appelait contestataires, ou groupusculaires, ou libertaires, et j’ai participé à la création de nouvelles formes de pratiques avec des fous, et par la suite, avec « des enfants et des jeunes » en difficulté. On dit « des enfants » et « des jeunes ». Freud parlait « des impubères », mais aujourd’hui, on dit « enfant » ou « mineur », ou « jeune », ou « ado », pour dire inapte à un consentement, tout en différenciant « les enfants » et « les jeunes », ceux qui ont ou n’ont pas la majorité sexuelle. Il y a donc aujourd’hui des « enfants pubères ». J’ai ainsi participé « sans le savoir » à l’accession à la visibilité et au discours d’un nouveau concept et de ce qui a brutalement viré à une nouvelle pathologisation et criminalisation : la pédophilie.
René de Ceccatty parlait ce matin d’une sorte de mise entre parenthèses qu’ont été les années 1970 et disait qu’à l’évidence, quelque chose ne s’était pas transmis. Les tentatives que j’ai pu faire, avec beaucoup d’autres, de transformer les anciens mouroirs d’enfants en lieux de vie, comme on disait, ont connu un arrêt brutal, en 1982, et sont devenues suspectes. Avec l’entrée dans ce que Guattari a pu appeler les années d’hiver, il y a effectivement eu une amnésie collective. Qu’est-ce qui a fait que quelque chose s’est fermé et que les débats en cours ont été, à mon avis, clos ?

Le Coral et l’érotique puérile
On n’a pas oublié le FAHR, même si l’on ne sait plus très précisément quelles avancées il a produites, ni quelle formidable inventivité politique avaient les Gazolines ou les Gouines rouges, – je pense par exemple, à l’incroyable film sur la Banque du sperme… On n’a certes pas oublié le MLF. Mais il y a un silence (et pour le moment, sans doute justifié puisque la censure est féroce) sur l’énorme changement de la fonction de l’enfant dans la société qui s’est produit après les années 1970, à partir je dirais de 1982, ce que Guattari, à une année près, appelle les années d’hiver. Bref, qui se souvient qu’en mai 1977, Libé saluait la création du « Front de libération des pédophiles », immédiatement attaqué par le Parquet ?
Nous avons déjà parlé avec une partie d’entre vous qui êtes ici aujourd’hui, de la naissance du mot « pédophile ». Certes, le mot « pédophile » a été créé dans les années 1900, mais il n’était pratiquement pas utilisé. Et c’est bien dans le mouvement des années 1970 que le mot « pédophile » a pris corps. Gide disait pédéraste même s’il pouvait s’agir de « très jeunes » garçons. Gabriel Matzneff trouvait que le mot « pédophile » « sentait le camphre, la pharmacie, le bromure », (il faut dire que le mot avait fait une brève apparition à propos des Ballets bleus en 1959), aussi proposait-il « philopède ». Malgré les poursuites judiciaires, le Hors série du N°12 de la revue Recherches, « Trois milliards de pervers. Grande encyclopédie des homosexualités », de mars 1973, ou encore le N°19, « COïRE », de René Schérer et Guy Hocquenghem, d’octobre 1976, ou encore le Gai pied, journal des homosexualités, N°0, de février 1979, circulaient, à peine sous le manteau. Impossible de citer tous les débats naissants qui accompagnaient ces publications, tracts, journaux, affiches, (sans parler des graffitis), etc. imprimés sur du mauvais papier où l’on trouvait pêle-mêle la libération des mœurs, le droit à la différence, la liberté sexuelle, la défense de l’avortement, de la prostitution, la levée des tabous, l’amour des couples informels, les communautés, les homosexualités, la zoophilie, la pédophilie, etc. Le seul tabou qui perdurait était l’usage de la violence, et comme l’écrivait Jacques Dugué dans un article de Libé du 27 janvier 1979 : « Qu’on ne laisse subsister des lois que pour des actes sexuels consommés avec violence et qui sont d’ailleurs le plus souvent le fait d’hétérosexuels irascibles sur des petites ou des jeunes filles (3). Pourquoi un homme n’aurait-il pas le droit d’aimer un enfant ? »
Me voilà renvoyée à Freud et à ce qu’il disait à propos de l’amour pour les impubères. Il y a, dans Trois essais sur la théorie du sexuel, des passages très connus, je vais vous en lire un qui l’est peut-être un peu moins (4) : « L’immense force de l’amour ne se montre nulle part plus forte que dans ses aberrations, l’amour pour l’impubère, ou la zoophilie. Ce qu’il y a de plus élevé et de plus bas sont partout attachés de la façon la plus intime dans la sexualité. Du ciel à travers le monde jusqu’à l’enfer (5) ».
Ainsi, malgré beaucoup d’affrontements, – ou grâce à beaucoup d’affrontements –, les débats se poursuivaient. Jusqu’à l’affaire du Coral (6), déclenchée par une dénonciation calomnieuse, en septembre 1982.
Le 21 octobre 1982, une meute de journalistes, micros et caméras au poing, débarquent en hélicoptères en même temps que la police dans un lieu de vie, le Coral, à Aymargues et tournent des images d’arrestations et d’enfants apeurés qui accèdent brutalement à la pleine lumière du journal télévisé de 20 heures. Les enfants sont évacués vers des lieux psychiatriques, le directeur, le psychiatre et quelques éducateurs sont arrêtés. Ce fait divers est un tournant radical dans la cristallisation, quasi d’un seul coup, de toute une série de lois en œuvre aujourd’hui. La presse se déchaîne, pédophilie, inceste, attouchements sexuels, maltraitance de mineurs de moins de 15 ans, exploitation sexuelle des handicapés, etc. Claude Sigala, le directeur, finira par être condamné a trois ans de prison dont trente mois avec sursis, non pas pour pédophilie, mais pour « attentat à la pudeur sur mineurs de moins de quinze ans » (Le Monde, 14 mars 1987). Jean-Michel Carré a tourné, en 1995, au Coral réouvert, un film de fiction, Visiblement je vous aime (7), avec le magnifique acteur Denis Lavant, mais aussi avec les jeunes, les éducateurs, et le directeur Claude Sigala, à nouveau en fonction. Et simultanément, il a tourné un documentaire. Le festival de Cannes s’est extasié et a voulu voir dans le film de fiction un témoignage bien-pensant sur la créativité des handicapés, berk. Alors que le film (et le documentaire) sont très prudemment cryptés. Ils montrent, ou plutôt suggèrent, ce dont avaient été accusés les gens du Coral. À commencer par la première image (qui était à la base de la dénonciation), un jeune homme, nu, (décemment filmé, quoique…) s’arrose longuement avec délices avec un jet d’eau sur la pelouse. Innocemment ? On le regarde. Innocemment ? Tout le monde se touche, se pousse, les lits sont proches, ça gueule, ça rit, ça se roule par terre, on devine les journées au lit à se masturber, les déambulations la nuit dans le jardin, les affrontements musclés, les câlins, bref, tout ce qui est désormais interdit dans les institutions.
Freud et Oskar Panizza : l'amour des enfants / Penser et faire sont une seule et même chose / Mayette Viltard dans Désir microbook
Quelles « personnalités » furent directement emprisonnées, ou inquiétées, ou citées ? René Schérer, Félix Guattari, Gabriel Matzneff, Guy Hocquenghem, Tony Duvert, Michel Foucault, Jack Lang qui dans le Gai Pied du 31décembre 1991 avait écrit : « La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d’en aborder les rivages ». Et malgré tous les soutiens, les pétitions, le quasi acquittement de tout le monde, la réouverture du Coral ensuite, le ver était dans le fruit : « Jusqu’où sont-ils allés exactement ? », murmurait-on. Je vais revenir sur cet argument, le pire.
Le tout fut orchestré par la psychanalyse, nous fait remarquer René Schérer dans Une érotique puérile. Jenny Aubry, Maud Mannoni, Françoise Dolto ont été les chevilles ouvrières de la disciplinarisation de l’enfance en fournissant les bases de ce qui sera ensuite retenu pour les transformations des lois pénales. Je laisserai de côté ici Jenny Aubry, avec sa note ambiguë de Lacan (8) sur les utopies communautaires, ou Maud Mannoni et sa façon de soutenir que le symptôme de l’enfant répond à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale (9), pour ne retenir ici que Françoise Dolto, contre laquelle René Schérer soutient un brillant pamphlet (10). Car c’est elle qui va déplier tous les termes de la nouveauté psychanalytique des années 1980, elle et tous ceux pour qui elle servait de référence dans la psychanalyse d’enfant. C’est donc elle, le Savonarole des nurseries, comme l’appelle René Schérer, qui va clairement établir que le développement de l’enfant dans sa route vers le génital est dévié par la rencontre d’un adulte pervers et de ce fait, est atteint d’un traumatisme ineffaçable.
Dans la préface à Psychanalyse et famille (11), 1976, Dolto va soutenir que l’adulte éducateur doit être, pour l’enfant, un exemple vivant. Il doit « être prêt à abandonner les plaisirs du corps », il doit être « castré de ses jouissances archaïques » vis-à-vis de l’enfant. Ces mères trop aimantes, (ou parfois les grands-parents, ou même le père) qui considèrent l’enfant comme leur chose, « sont au sens propre, des pédérastes ». Et enfin, des parents si aimants « sont en fait des parents peloteurs ».
La question n’était plus la répression de la masturbation, c’était le contraire. Il était prescrit que l’enfant se masturbe, c’était la preuve d’un bon développement et de la santé de ses pulsions, mais à une condition, c’était qu’il se touche lui- même. Pas question que quiconque d’autre le touche. Comment un geste de « contact » pouvait-il être garanti comme étant strictement dépourvu de tout érotisme ? Tout geste, de fait, devenait corrupteur ! Nous avons donc assisté à cette transformation incroyable, la naissance de l’enfance intouchable. Il est désormais interdit de jouer avec un enfant en pointant un index sur sa joue : « Tu as une tache ! Pistache ! » Et on lui donne une « petite claque ». C’est un des jeux qu’on trouve dans le film sur le Coral dont je vous parlais. C’est aussi le geste érotique qui fait basculer le roman de la Gradiva : une mouche sur la joue, une claque, un baiser. Mieux, l’enfant doit être averti, et très jeune, des risques précis qu’il encourt si un monsieur lui propose des bonbons, ou veut l’aider, ou s’intéresse à lui de quelque façon que ce soit. Aujourd’hui, les enfants de six ans manient avec facilité le vocabulaire de la Brigade des Mineurs, j’en ai de nombreux témoignages.
Et actuellement, nous assistons à la naissance d’une cohorte de lois sur l’enfance qui donnent raison de A jusqu’à Z à René Schérer et Guy Hocquenghem. La claque du jeu érotique est devenue une maltraitance. La violence est devenue un concept qui nécessite un protocole pour y répondre. On signale, on décrit, on dénonce : il y a la levée du secret professionnel pour la pédophilie et la maltraitance. Nous bénéficions du Portail Unique pour tous les dégénérés : les vieux, les fous, les enfants en retard, les déviants, tous ceux qui dépassent de la case des normaux doivent passer par le même Guichet de la Maison De la Personne Handicapée. Une Maison, bien sûr, comme la Maison d’arrêt… Chaque dévié bénéficie d’un projet personnel de redressement, pour définir les prestations qu’on doit lui appliquer. Et à l’abri d’un discours médical et d’un serment d’Hippocrate généralisé, – tu ne désireras pas celui que tu soignes –, l’intouchabilité des enfants est devenue totale, on ne change plus un enfant dans une crèche, on lui donne un soin. Sans oublier les descentes de police dans les établissements si la moindre plainte est déposée pour un supposé non-respect de tout cela : c’est ainsi que la directrice d’un IME, institut médico-éducatif que je connais bien, a vu débarquer récemment, un matin, à l’heure de l’ouverture, une vingtaine de policiers qui se sont dispersés au pas de charge dans tout l’établissement, comme au Coral, pour traquer la maltraitance et empêcher les éducateurs de communiquer entre eux. Quant à elle, embarquée derechef dans un fourgon de police sous les yeux des enfants et des éducateurs pour une mise en garde à vue, on lui a pris dès l’arrivée, le cordon de sa capuche d’anorak, ses collants, et son ADN. Avec discours poli des flics en fin de journée lorsqu’il l’ont relâchée avant la nuit, n’ayant rien « trouvé ».
Quand j’ai lu le livre de Michel Tort, Fin du dogme paternel (12), j’ai en particulier été intéressée par un paragraphe intitulé la « Relance de la gauche libertaire », à propos du courant psychanalytique « nouvelle gauche libertaire lacanienne, post-sadienne » comme il dit, dans lequel il situe Jean Allouch, avec Éthification de la psychanalyse. Calamité (13), ou Marcela Iacub, dans Robopsy – Des lois pour des âmes des âmes pour les lois (14). Il note que ce courant récuse le psychanalyste comme bon pasteur. Mais il critique que dans ce courant libertaire, la psychanalyse, en invoquant la transposition des pulsions qui fait que le sexe n’est pas localisable en quoi que ce soit, serve à ouvrir à l’inéluctable liberté de faire n’importe quoi non pas avec l’autre, mais de l’autre (15). Certes, il précise que ce n’est ni le cas de Jean Allouch pour ce qui concerne la psychanalyse, ni le cas de Marcela Iacub pour ce qui concerne le droit, mais il pose cependant une question. Si on ne dit rien des crimes sexuels, est-ce qu’il n’y a pas là un déni qui rejoint la position qui était celle d’avant les années 1970, de 1880 à 1970 ? Autrement dit, s’agit-il d’une posture libertaire, et peut-être libertine, qui reproduit un déni des violences sexuelles au profit d’un flirt avec la débauche d’antan, et qui équivaut au déni qui recouvrait la pédophilie homosexuelle ?
Nous revoilà avec l’argument qui nous clouait le bec quand nous voulions soutenir le Coral : savez-vous jusqu’où ils sont allés dans leur amour des enfants ? Qu’est-ce que vous en dites ? On n’en disait rien du tout, puisque le débat ayant dégénéré de cette façon, on ne pouvait que se taire. L’humanisme avait repris le dessus. Exactement comme les débats sur les prisons, qui avaient dégénéré en « de bonnes conditions de détention », repeindre les cellules avait remplacé le fond scandaleux de l’affaire qui était de faire bouger les frontières des notions d’innocence et de culpabilité.
Toutefois, j’ai conservé de mes années soixante-dix mes trois intercesseurs freudiens préférés. Je ne dirai rien de Gide aujourd’hui, qui écrivait « Je ferais aussi bien de publier Corydon, voilà quinze ans que je fais de la psychanalyse sans le savoir », ni de Pasolini qui fait le tour du lac dans sa grosse bagnole avec Laura Betti qui doit lire à sa demande les Cinq cas de psychanalyse « parce qu’il y a tout là-dedans » et elle disait « ça donne mal au cœur ». J’aurai recours à Werner Schroeter, véritable obsédé, à une époque, de « l’Homme aux rats », à qui je vais aujourd’hui demander d’intercéder pour entrer dans les arcanes du rêve de Freud qu’on appelle classiquement « le rêve du Comte Thun », une façon de brouiller les cartes d’emblée. Car ce comte s’appelait Faire, le Comte Faire, Graf Thun, et ses ennemis appelaient Graf Nichtsthun, le Comte qui ne fait rien. Et à son propos, Freud rêve cette phrase : « Est-ce que penser et vivre réellement ce qu’on pense sont une seule et même chose ? » L’intention équivaut-elle l’action ? Ses associations l’amènent au Concile d’amour, une pièce d’Oskar Panizza, de 1895, interdite, qui expédia Panizza en prison pendant un an. Werner Schroeter a fait en 1981 le film Le Concile d’amour, inédit en France, interdit en 1985 au Tirol sur demande du diocèse d’Innsbruck, arrêt confirmé par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 1994.
Mayette Viltard
Freud et Oskar Panizza : l’amour des enfants
Penser et faire sont une seule et même chose

Extrait du texte publié dans Saint Foucault, un miracle ou deux ?
Ouvrage collectif sous la direction de Mayette Viltard
Cahiers de l’Unebévue /
2013
Site de l’ELP
Site de l’Unebévue

morton-bartlett Désir dans Flux
1 Colloque « Saint Foucault : un miracle ou deux ? » Paris, 12 et 13 mai 2012, organisé par la revue l’Unebévue et l’école lacanienne de psychanalyse.
2 Elizabeth Young Bruehl est effectivement allée vivre à Toronto en 2007 avec Christine Dunbar, elle est décédée en décembre 2011. Son livre posthume vient d’être publié : Understanding and Preventing Prejudice Against Children, Yale University Press, 2012.
3 Sous Vichy l’attentat à la pudeur a été codifié différemment selon qu’il était hétéro ou homo, et ce, jusqu’à 1982.
4 S. Freud, Trois essais sur la théorie du sexuel, traduction Christine Toutin, Eric Legroux, Mayette Viltard, édition bilingue, La transa. (interdite jusqu’à janvier 2010).
5 J’ai annoncé mon intervention au colloque par ces quelques lignes : « Dans la forêt obscure le panneau est là. OAPI. Œuvre d’Accroissement des Peines Infernales. L’avais-je déjà vu ? Je suis tellement amnésique. Et sur la pente, une pauvre petite fleur, autre- fois appelée érotique puérile. Comme un soldat disparu. » Un appel à Pasolini et sa Divine mimésis, sa remontée des enfers sur la dure pente fienteuse pour atteindre le purgatoire, sur la plage d’Ostia.
6 Guy Hocquenghem, dans son livre Les Petits garçons, Albin Michel, 1983, raconte l’affaire.
7 Dans le film, tous les jeunes ont évidemment plus de 15 ans, comme la Lolita de Kubrick, sinon, le film aurait été interdit.
8 Jacques Lacan, « Note sur l’enfant 1969 », rédigé par Jenny Aubry à partir de notes manuscrites que Lacan lui a données, dans son livre Enfance abandonnée, Scarabée, 1983, repris dans Ornicar ? 1986, puis dans Autres écrits, Seuil, 2001, p. 373.
9 Maud Mannoni, l’Enfant arriéré et sa mère, Seuil, 1964, L’enfant, « sa maladie » et les autres, Seuil, 1967, etc.
10 René Schérer, Une érotique puérile, Paris, Galilée, 1978.
11 Françoise Dolto, Préface à Psychanalyse et famille, du Dr. David, Paris, Armand Colin, 1976.
12 Michel Tort, Fin du dogme paternel, Paris, Flammarion Aubier, 2005.
13 Jean Allouch, Éthification de la psychanalyse. Calamité, Cahiers de l’Unebévue, 1997.
14 Marcela Iacub, « L’esprit des peines et les transformations réelles du droit pénal en matière sexuelle », in « Robopsy, des lois pour les âmes, des âmes pour les lois », l’Unebévue, revue de psychanalyse, N°20, Paris, unebévue-éditeur, 2002.
15 Il ne cite aucun exemple.

Spasme Désir Panique / Franco Berardi / Chimères n°77 : Chaosmose

Le chaoïde est une espèce de multiplicateur, d’agent de re-syntonisation, un agent linguistique qui permet de trouver une ritournelle, un rythme qui ne soit pas le rythme et la ritournelle du spasme, mais qui soient capables de filtrer et réduire le rythme du spasme : « La cartographie écosophique, écrit encore Félix, n’aura pas pour fin de signifier ou communiquer, mais de produire des agencements d’énonciation aptes à capter les points de singularité d’une situation ». (1) Quels sont donc, aujourd’hui, les agencements qui nous permettront et permettront aux organismes conscients et sensibles de sortir de la cage du spasme qui s’appelle dictature financière ? La dictature du capitalisme financier est le spasme d’aujourd’hui. C’est un spasme qui n’est pas seulement en train d’exploiter le travail des hommes et des femmes, pas seulement d’assujettir le travail cognitif à une accélération folle et totalement abstraite, mais qui est en train de détruire la possibilité même du langage, de l’empêcher de créer, de trouver sa forme concrète, charnelle, sensuelle d’expression. Je crois que le chaoïde dont Félix nous a parlé doit aujourd’hui être traduit dans les termes d’une lutte, d’un combat qui oppose la poésie à la dictature financière. Et ce n’est pas simplement parce que nous sommes des fous ou des artistes. Mais c’est parce que la dictature financière est essentiellement une dictature de l’abstraction sur le langage, c’est l’imposition d’une férocité mathématique sur la vie de l’organisme conscient, de l’organisme sensible. Et la poésie, ce ne sont pas seulement des mots, la poésie c’est la réactivation du corps désirant, et non pour des raisons seulement idéologiques. Le mouvement qui a explosé à Londres ou à Athènes, au Caire, à Tunis, à Rome, à Madrid, n’est pas un mouvement de la politique, c’est un mouvement de la poésie, un mouvement du corps qui se cherche et qui cherche à reconstituer un rythme qui soit concret et désirant, en soustraction par rapport à la dictature financière. Voilà les richesses et les jouissances imprévisibles dont Félix nous parla dans ses derniers mots : la richesse et la jouissance imprévisibles du langage de la poésie qui réactive la force désirante du corps collectif.
Franco Berardi
Spasme Désir Panique / 2012
Extrait du texte publié dans Chimères n°77 / Chaosmose
Spasme Désir Panique / Franco Berardi / Chimères n°77 : Chaosmose dans Anarchies cliniczones2011
1 F. Guattari, Chaosmose, Paris, Galilée, 1992, p.177.

Clinic Zones : l’actualité de SCUM / Paris 3-4 décembre 2011

Nous allons cette année continuer d’étudier, d’explorer, les nouvelles figures de résistance, les nouveaux monstres contemporains qui indiquent aux psychanalystes ce qu’ils ne doivent en aucun cas négliger : les stratégies de l’économie du désir dans le champ social, ce que Félix Guattari appelait très exactement les micropolitiques.

Toutes ces figures parias exposent les transformations qui les écartent d’un « être-ensemble » dans lequel chacun est poussé à une psychologisation des rapports sociaux, orchestrée par les omniprésents « psys » raccourcis. Sous couvert du primat du symbolique et du primat du génital, Mon Moi est devenu la référence-clé, soyons authentiques, exprimons-nous, soyons nous-même, devenons auto-entrepreneurs, et construisons une cellule capitonnée, cellule qui n’est plus celle de la famille dé/composée re/composée mais celle du couple, comme l’avait vu Guy Hocquenghem voilà longtemps. Les enfants, désormais, alternent entre des couples.

« Le Moi [est] la somme des identifications du sujet, la superposition des différents manteaux empruntés à ce que j’appellerai le bric-à-brac de son magasin d’accessoires » disait Lacan en mars 1955.

Performer ces manteaux ne suffit plus. Disjoindre sexe et genre, revisiter le S-M, élaborer, d’un point de vue situé, une anthropologie politique du sexe, prendre en compte l’effet scarificateur du signifiant qui résonne, voilà certes, des tâches en cours chez les psychanalystes. Mais comment mettre en jeu ce que Guattari attendait de « l’autoréférence » ? « L’autoréférence, par rapport à celle des pouvoirs et des savoirs, disait-il, je l’ai définie comme étant la plus singulière, la plus contingente, celle qui ancre les réalités humaines dans la finitude et aussi la plus universelle, celle qui opère les traversées les plus fulgurantes entre des domaines hétérogènes. Il faudrait dire autrement : elle n’est pas universelle au sens strict, elle est plus riche en Univers de virtualité, la mieux fournie en lignes de processualité. »

« Là où l’on pourrait penser qu’on est le plus éloigné de la psychanalyse, il se pourrait bien qu’on en soit au plus près, voire au coeur même : la question de la terminaison de l’analyse est celle du moment où la satisfaction du sujet trouve à se réaliser dans la satisfaction de chacun, c’est-à-dire de tous ceux qu’elle s’associe dans une œuvre humaine [...] la fin de l’analyse didactique n’étant pas séparable de l’engagement du sujet dans sa pratique. Qu’y renonce donc plutôt celui qui ne peut rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque. »
C’est du moins ce qu’écrivait Lacan il y a longtemps.

Quelle est l’actualité de SCUM ? Que vient faire cette question dans les Clinic Zones de cette année, intitulées les Manteaux de l’imaginaire ? Jusqu’où le manteau colle-t-il à la peau, est-il la peau, un sac de peau, si l’image ne vient pas stabiliser le passage ? De Marguerite Anzieu à Valerie Solanas, que cherchent les femmes qui trouent la peau de l’autre ? SCUM ! Racaille ! Mais aussi S.C.U.M., Society for Cutting Up Men, Société pour Tailler les Hommes en Pièces. Les rapports entre le patriarcat et le capitalisme, voilà un des points de reconnaissance de bien des échanges féministes, depuis le début du xxe siècle jusqu’au tout récent Pornotopie de Beatriz Preciado. Mais comment se fait-il que SCUM Manifesto, liasse de quelques feuillets écrits par Valerie Solanas en 1968 et vendus dans la rue, connaisse autant de diffusion et d’éditions dans le monde entier encore aujourd’hui et soit le nom de ralliement de nombreux groupes de musique, de punks, de théâtre, de performers, et de très divers artistes contemporains ? SCUM Manifesto serait-il lu aujourd’hui si Valerie Solanas n’avait pas troué la peau d’Andy Warhol ? Quand ORLAN apparaît en Arlequin, véritable métaphore du croisement des cultures, le manteau touche aux opérations, à la peau, à la visagéité. Qu’y a-t-il  derrière la peau ?  Une « seconde » peau ? Elle explore les croisements en utilisant la peau comme médium. On passe de la peau à la chair. Est-ce ainsi que la chair se fait verbe, est-ce ce qu’ORLAN appelle « mettre ensemble l’intime et le social » ? Faible, folle, cochonne, folklo, sans grade, pauvre, Valerie Solanas faisait le tapin avec le langage. Elle avait entamé des études de psychologie à l’université, et elle a pu, par la suite, dire que « le but de certaines études c’est d’éloigner au maximum de certaines professions ». Catherine Lord, dans divers articles et installations, ne parle pas de tentative d’assassinat, mais de collision frontale entre Valerie et Andy. SCUM est le manifeste d’une vie basse, une stratégie pour habiter à la fois la première personne et un collectif. Valerie avait, par exemple, demandé à Warhol de l’aider à lancer des manifestations SCUMMY, ce ne seraient pas des conférences, expliquait-elle, mais « beaucoup d’échanges avec le public ». Déchiffrer SCUM est ardu. En saisir l’importance, encore davantage. Et ce n’est pas une facilité que de dire : psychanalystes, encore un effort, pour considérer Freud comme un auteur de Dirty Books et la passe comme un dispositif SCUMMY.

« Le sujet ne reste jamais tout à fait prisonnier de ses chaînes signifiantes – translucides, aseptiques, imputrescibles et intemporelles, il ne parvient pas à s’y sentir à l’aise. Il n’est à son affaire qu’avec des objets moins nobles. Son lieu de prédilection, c’est le moins que rien et, pour l’y soutenir, son cavalier préféré, c’est la chair défaillante, voire même quelque peu faisandée. » Félix Guattari / « d’un signe à l’autre » in Psychanalyse et transversalité / 1966.

l’Acualité de SCUM
José Attal / Ninette Succab / Anne-Marie Vanhove / Marie-Magdeleine Lessana / Jean-Hervé Paquot
Paris 3 et 4 décembre 2011
Hôtel Parnasse-Holiday Inn / 79-81 avenue du Maine
Inscriptions sur place à 9h
Formation permanente 275e / A titre individuel 100e / Tarif réduit 50e

Clinic Zones
110 Bd Raspail 75006 PARIS / cliniczones@wanadoo.fr
Ecole Lacanienne de Psychanalyse
Valérie Solanas / SCUM Manifesto / à télécharger en pdf :
Clinic Zones : l'actualité de SCUM / Paris 3-4 décembre 2011 dans Flux pdf scummanifestovaleriesolanas.pdf
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