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Le ticket qui explosa / William Burroughs / Silver Smoke of Dreams / Ian Sommerville & William Burroughs

« la génération invisible »
ce que nous voyons est en grande partie déterminé par ce que nous entendons vous pouvez vérifier cette proposition en effectuant une expérience très simple coupez le son de votre poste de télévision et substituez-y une bande sonore arbitraire pré-enregistrée sur votre magnétophone bruits de la rue musique conversations enregistrements divers d’autres programmes de TV vous constaterez que cette bande sonore arbitraire est appropriée et de fait va déterminer votre interprétation de ce qui se passe sur l’écran des gens courent après un autobus à picadilly avec une bande sonore où éclatent des rafales de mitrailleuses à pétrograd en 1917 vous pouvez prolonger cette expérience en utilisant des matériaux enregistrés plus ou moins appropriés au film par exemple un discours politique télévisé coupez le son et substituez-y un discours un vous aviez déjà enregistré difficile de percevoir une différence il n’y a pas beaucoup de bandes sonores enregistrées par exemple d’un homme-danger ou d’un programme oncle-espion jouez ces bandes interchangez et voyez si vos amis percevront une différence ceci doit être accompli par des magnétophones considérez la machine et voyez ce qu’elle peut faire elle peut enregistrer et playback activant un temps passé fixé par une association précise on peut réentendre un enregistrement plusieurs fois vous pouvez analyser chaque pause étudier chaque inflexion d’une conversation par exemple untel dit ceci ou cela pourquoi ici playback les enregistrements d’untel donc vous pouvez éditer une conversation enregistrée en conservant les fragments ennuyeux et plats et sots un magnétophone peut aller très vite lentement en avant en arrière vous pouvez apprendre à réaliser ces choses enregistrez une phrase et accélérez maintenant essayez d’imiter l’accélération de votre voix retournez une phrase et apprenez à dé-dire ce que vous venez de dire… ces exercices vous libèrent des anciens blocs d’association essayez de graduer la bande ce son est obtenu à partir d’un texte enregistré pour de meilleurs résultats un texte dit par une voix claire et nette puis en frottant la bande en avant et en arrière ce même son peut être obtenu en utilisant un « philips compact cassette recorder » faisant tourner la bande à l’envers et poussant le contrôle sur le microphone « stop » « start » « on et off » par petits intervalles vous obtenez quelque chose qui ressemble à un bégaiement
utilisez n’importe quel texte accélérez ralentissez faites marche arrière graduez-le et vous entendrez les mots qui n’existaient pas encore dans le texte original des mots nouveau fabriqués par la machine toutes sortes de gens scanderont des mots différents naturellement mais certains mots sont là clairs et n’importe qui peut les entendre ils n’existaient pas sur la bande originale mais souvent ils se rapportent au texte original comme si les mots eux-mêmes avaient été interrogés et obligés à révéler leur sens caché c’est intéressant d’enregistrer ces mots des mots littéralement fabriqués par la machine
vous pouvez aller encore plus loin en poursuivant cette expérience votre matériel enregistré original ne sera pas un matériel-mot mais il contiendra des bruits émis par des animaux par exemple enregistrez les cris des cochons baveux dans une auge des aboiements de chiens allez au zoo et enregistrez les grognements des gorilles les gros chats qui rugissent en dévorant des chèvres et des singes maintenant faites marche-arrière et accélérez et ralentissez et graduez ces animaux et essayez de déceler des mots nets voyez ce que les animaux ont à dire et voyez comment ils réagissent au playback d’une bande traitée
la variété du découpage le plus simple sur bande magnétique peut être obtenu avec une machine qui enregistrera n’importe quel texte ré-embobinez jusqu’au début de l’enregistrement maintenant faites tourner la bande en avant à intervalles arbitraires arrêtez la machine et enregistrez un texte court et ré-embobinez stoppez l’enregistrement là où bous avez superposé le texte original les mots sont effacés mais remplacés par de nouveaux mots
faites ceci plusieurs fois créez des juxtapositions arbitraires vous verrez que ces coupures arbitraires sont appropriées et que dans bien des cas votre bande découpée reçoit un sens étonnant des bandes découpées hilarantes il y a vingt ans j’ai entendu une bande intitulée « l’animateur ivre » faite par jerry newman de new york il avait coupé à même les actualités et je ne me souviens plus des mots mais de si loin que cela date je me souviens avoir ri à en tomber de ma chaise paul bowles appelle le magnétophone « le petit jouet du bon dieu » peut être son dernier jouet disparaissant dans l’air froid du printemps posant une question incolore
n’importe quel nombre peut jouer
oui n’importe quel nombre peut jouer n’importe qui avec un magnétophone qui contrôle la bande sonore peut influencer et créer des événements les expériences décrites ici vous indiqueront comment cette influence peut être prolongée avec toutes ses corrélations pour une seule opération précise
c’est la génération invisible il ressemble à un chef de service d’une agence de publicité à un universitaire à un touriste américain votre couverture n’est pas importante pourvu qu’elle vous couvre effectivement vous laissant toute liberté d’action vous aurez besoin d’un « philips compact cassette recorder » une machine portable commode pour enregistrer dans la rue et playback vous pouvez la dissimuler sous votre pardessus elle ressemble à un transistor pour le playback le playback dans la rue révèlera l’influence de votre bande sonore en opération il est bien évident que le playback le plus inaperçu est l’enregistrement de la rue les gens ne reconnaissent pas la voix d’hier ni les trous de voitures fantômes dans le temps présent ni les crissements des pneus ni les freins hurlant un avertisseur absent peut provoquer un accident ici de vieux incendies peuvent détruire de vieux immeubles peuvent toujours tomber ou apporter une bande sonore pré-enregistrée dans la rue tout ce que vous voulez fixer sur le « sublim eire » rejouez alors durant deux minutes et enregistrez deux minutes et mélangez votre message avec la rue faites flotter votre message dans une oreille qui e mérite il y a des magnétophones portatifs supérieurs à d’autres vous les connaissez des lèvres bougeant murmurant qui portent mon message partout dans londres dans notre sous-marin jaune opérant avec le playback de la rue vous verrez que votre playback trouvera un contexte approprié par exemple je marche rejouant quelques-unes de mes bandes les derniers mots de dutch schultz dans la rue un feu cinq alarmes la voiture des pompiers passe au moment voulu vous apprendrez les répliques et vous apprendrez à planter des événements et des conceptions après avoir analysé des conversations vous apprendrez à conduire une conversation la dirigeant là où vous voulez la libration psychologique sera obtenue dès que vous couperez les lignes de mots et les blocs d’associations contrôlés vous serez à même d’atteindre vos objectifs et quoi que vous fassiez vous le ferez mieux
enregistrez votre patron et vos collègues leurs images-associations apprenez à imiter leurs voix vous aurez du succès au bureau mais il n’est pas facile de rivaliser avec le procédé usuel enregistrez les bruits émis par leurs corps avec des micros cachés le rythme de leurs respirations les mouvements de leurs intestins après le déjeuner les battements de leurs cœurs et maintenant superposez les bruits de votre corps aux leurs et devenez le mot respirant vivant et le cœur battant de cette organisation devenez cette organisation les frères invisibles envahissent le temps présent plus nous trouverons de gens capables d’utiliser les magnétophones plus les expériences seront utiles les prolongations viendront d’elles-mêmes pourquoi ne pas organiser des partouzes-magnétophones chaque invité arrive avec son magnétophone et des bandes où sont enregistrées les choses qu’il a l’intention de dire et la bande vierge réservée aux autres invités-magnétophones le summum de l’impolitesse est de ne pas enregistrer quand on vous adresse la parole en direct avec un autre magnétophone et que vous ne pouvez rien dire en direct vous devez d’abord enregistrer les ténias les plus calmes ne parlent jamais
comment était cette partie playback
qu’est-ce qui s’est passé durant le déjeuner playback
vieux yeux sans bluff illisibles il n’a pas proféré un mot en direct depuis dix ans et lorsque vous entendez ce qui se rapporte à cette partie et ce qui s’est passé durant le déjeuner vous commencez à voir clair et net il y avait un voile gris entre vous et ce que vous avez vu et le plus souvent ce que vous n’avez pas vu ce voile gris était mots pré-enregistrés par une machine de contrôle et une fois ce voile levé vous verrez plus clairement et plus nettement que ceux qui sont derrière ce voile tout ce que vous ferez sera mieux et ceux qui se trouvent derrière le voile c’est la génération invisible c’est la génération efficiente les mains travaillent s’en vont voir les quelques résultats intéressants produits par une centaine de magnétophones lors d’un meeting politique ou pendant une marche pour la paix et la liberté supposons que vous enregistrez ce que disent des hommes de loi sudistes les plus laids les plus hargneux et qu’il y a une centaine de magnétophones recrachant leurs paroles ruminant comme des vaches aphteuses vous êtes maintenant en possession du son qui rendrait n’importe quel paysage insoutenable avec quelques centaines de magnétophones branchés les lecteurs pourraient se laisser envoûter par une conférence sur la poésie une magie imprévisible et pensez à ce que pourraient faire cinquante mille fans des beatles à shea-stadium des centaines de personnes enregistrant et diffusant dans la rue serait un happening
un gendarme militaire conservateur parlait de la menace croissante imposée par des hordes de jeunes gens irresponsables avec des magnétophones rejouant les bruits de la circulation qui troublaient les motocyclistes diffusant les pires insultes dans un bouge quelconque à may-fair ou à picadilly cette menace croissante pour l’ordre public par exemple dans la rue mille jeunes gens enregistrent des bruits d’émeutes ce murmure grandit devient de plus en plus violent rappelez-vous qu’il s’agit d’une opération technique pas à pas voici une expérience à la portée de n’importe qui avec deux machines reliées par une rallonge ce qui permet d’enregistrer de l’une à l’autre puisque l’expérience peut provoquer une réaction érotique réelle le partenaire idéal serait quelqu’un avec qui vous avez des rapports intimes nous avons deux sujets b et j b enregistre sur le magnétophone 1 j enregistre sur le magnétophone 2 maintenant alternons les deux bandes vocales playback du magnétophone 1 durant 2 secondes le magnétophone 2 enregistre magnétophone 2 playback durant 2 secondes le magnétophone 1 enregistre alternant la voix de b avec celle de j
pour obtenir un degré de précision les deux bandes devraient être coupées avec des ciseaux et les deux morceaux d’alternance épissés c’est un procédé long qui peut être activé avec succès si vous avez accès à une salle de montage-mixage et si vous employez des bandes sonores de films qui sont plus larges et plus maniables vous pouvez allez encore plus loin en filmant b parlant et j épissant les bandes sonores et images 24 alternances-seconde comme je l’ai laissé entendre il est nécessaire de bien choisir votre partenaire les résultats peuvent être très brutaux b se retrouve parlant et pensant exactement comme j j voit l’image de b dans son propre visage le visage de qui b et j sont continuellement conscients l’un de l’autre séparés par une présence invisible et permanente de fait ils deviennent l’un et l’autre vous constatez que rétroactivement b était j du fait même qu’il a été enregistré et filmé sur les bandes de j des expériences avec des bandes épissées peuvent provoquer des situations explosives mais bien maniées à un degré de coopération efficiente vous verrez que les avantages transposés sur j s’il faisait de telles expériences sans que b le sache et il y a mille façons d’appliquer la méthode épissure elles seront suggérées au lecteur averti supposons que vous êtes un connard en costume de flanelle grise et vous désirez présenter une nouvelle conception de la publicité au vieux c’est de la publicité créative alors vous du fil à retordre avec le vieux vous enregistrez sa voix et vous épissez votre voix avec la sienne tout en exposant votre nouvelle conception et vous émettez dans le système d’airco du bureau puis vous épissez votre baratin avec les voix de vos chanteurs pop favoris épissez-vous avec des animateurs des speakers des présidents des premiers ministres
Le ticket qui explosa / William Burroughs / Silver Smoke of Dreams / Ian Sommerville & William Burroughs dans Anarchies philips
pourquoi vous arrêtez-vous là
pourquoi vous arrêtez-vous
que tout le monde s’épisse chacun sur chacun oui les gars c’est moi près de la bétonneuse la prochaine démarche et je vous préviens que ça coûte cher sera magnétophones programmés une machine totalement programmée (standard) serait fixée sur un enregistrement playback intervalles choisis puis sera réembobinée et refait après le choix automatique de l’intervalle opération continuité supposons par exemple que vous possédez trois machines programmées magnétophone 1 programmé playback pendant 5 secondes enregistrement du magnétophone 2 playback du magnétophone 2 pendant 3 secondes le magnétophone 1 enregistre maintenant par exemple vous vous disputez avec votre ami ou amie vous vous souvenez de ce qu’il (ou elle) a dit la dernière fois et vous pensez déjà aux choses que vous direz la prochaine fois ça tourne ça tourne et vous ne pouvez pas fermer votre gueule mettez sur le magnétophone toutes vos plaintes tous vos arguments et donnez votre nom au magnétophone 1 sur le magnétophone 2 mettez toutes les choses qu’il (ou elle) a dit aurait pu dire suivant l’occasion hors du magnétophone maintenant faites parler les magnétophones magnétophone 1 playback le magnétophone 2 enregistre magnétophone 2 playback 3 secondes le magnétophone 1 enregistre faites-les travailler pendant un quart d’heure ou une demi-heure maintenant changez les intervalles en employant le bouton-intervalle que vous aviez poussé sur le magnétophone 1 sur le magnétophone 2 le bouton-intervalle peut être aussi important que le contenu de l’enregistrement écoutez les deux machines se mélanger mixez maintenant sur magnétophone 3 vous pouvez introduire le facteur réponse-non-pertinente puis mettez n’importe quoi sur le magnétophone 3 une vieille blague une vieille scie à la mode les bruits de la rue de la télévision de la radio et programmez le magnétophone 3 dans la dispute
magnétophone 1 je t’ai attendu jusqu’à deux heures hier soir
magnétophone 3 ce que nous aimerions savoir qui a mis du sable dans les épinards
l’emploi de la réponse non-pertinente est effective elle peut briser les rails obsessionnels de l’association tous les rails de l’association sont obsessionnels
sortez tout cela de vos têtes et mettez-les dans la machine arrêtez le cours de cette dispute arrêtez-vous ne vous plaignez plus arrêtez la conversation et laissez donc les machines se disputer
se plaindre et parler un magnétophone et la section externiste du système nerveux vous pouvez découvrir tout ce que recèle le système nerveux gagner plus de contrôle vis-à-vis de vos réactions en employant un magnétophone que vous ne pourriez trouver assis depuis vingt ans dans la position du lotus et gaspillant votre temps sur le sofa analytique
écoutez les bandes du temps présent et vous commencez à comprendre qui vous êtes et ce que vous faites ici mélangez hier avec aujourd’hui et entendez demain tout votre avenir surgira des vieux enregistrements vous êtes un magnétophone programmé fixé standardisé pour enregistrer et playback
qui vous programme
qui décide s’il faut playback dans le temps présent
qui choisit les bandes
qui playback votre veille humiliation vos vieilles rancœurs et faillites en vous retenant dans un temps pré-enregistré et fixé d’avance
vous n’êtes pas obligé d’écouter vous pouvez programmer vous-même votre playback vous pouvez décider quelles bandes dans le temps présent étudiez vos modèles d’association et découvrez dans quel cas et avec quels pré-enregistrements dans le temps présent étudiez vos modèles-associations et découvrez quels sont les cas-pré-enregistrements pour le playback programmez ces vieux enregistrements on le fait uniquement avec des magnétophones il y a tant de choses à faire avec les magnétophones programmer des spectacles sur scène à intervalles arbitraires chaque spectacle doit être imprévisible et unique provoquant une tension-participation de l’audience lectures concerts les magnétophones programmés peuvent créer des événements n’importe où ils sont nécessaires dans une partie et aucun hôte moderne n’imposerait une partie emmerdante dans le temps présent dans un foyer moderne par exemple chaque chambre est branchée aux tables d’écoutes qui enregistrent et playback micros et haut-parleurs cachés voix fantômes murmurant dans les corridors et les chambres le mot visible tel une bande-bonne magnétophones dans les jardins se répondent comme des chiens aboyant les bandes sonores amènent le studio sur le plateau et vous pouvez changer l’aspect d’une ville en plaçant votre propre bande dans les rues voici quelques expériences vous filmez les opérations-bandes-sonores sur le plateau trouvez un environnements de toits en ardoises des cheminées en brique rouge une bande cool et bleue dans un vieux marché couvert pavé de persiennes bleues une bande grise des sifflements lointains de trains des grenouilles qui coassent sur le terrain de golf des enregistrements cool tous les vieux cabotins tristes dans le crépuscule bleu un bruissement de ténèbres de fils de fer quand des milliers de personnes travaillent avec des magnétophones filmant les actes ultérieurs choisissant leurs meilleurs bandes sonores et métrages et les épissant vous verrez alors quelque chose d’intéressant maintenant considérez le mal que nous pourrions faire et qui a été fait quand enregistrement et playback sont faits de cette façon les gens affectés ne savent pas ce qui se passe la pensée l’émotion et les impacts sensuels peuvent être manipulés précisément et contrôlés des émeutes des manifestations sur mesure par exemple ils emploieraient de vieux enregistrements antisémites contre les chinois en indonésie feraient fonctionner les magasins et s’enrichiraient et donneraient toujours leurs fonds de commerce à un autre con assez familier supposons que vous voulez faire descendre la région entrez donc et enregistrez le dialogue le plus atroce le plus stupide sur votre bande la plus discordante que vous puissiez trouver et continuez playback éternellement choisissant toujours le matériel le plus atroce les possibilités sont illimitées vous désirez provoquer une émeute placez vos machines dans la rue avec des enregistrements d’émeutes bougez rapidement vous pourrez toujours devancer l’émeute du surf nous l’appelons il n’y a pas de marge lorsqu’il s’agit d’erreur rappelez-vous du pauvre burns pris dans une émeute un marché persan des enregistrements cachés sous sa djellaba et ils l’ont écorché vif une chose crue et gelée se tortillant grouillant sous le soleil de midi et nous avons le tableau
pigez-vous ce tableau
les techniques et les expériences que nous avons décrites ont été faites et sont toujours faites par les agences officielles et non officielles et vous ne vous rendez compte de rien à votre immense désavantage n’importe quel nombre peut jouer wittgenstein a dit qu’aucune proposition ne peut être considérée comme argument la seule chose qui ne peut être enregistrée sur une plate-forme pré-enregistrée est le pré-enregistrement lui-même c’est-à-dire l’enregistrement dans lequel figure le facteur chance n’importe quel enregistrement de rue pré-enregistre votre avenir vous pouvez entendre et voir les expériences décrites ici m’ont été expliquées et suggérées par ian sommerville de londres et j’écris cet article comme si j’étais son nègre
regardez autour de vous regardez la machine de contrôle programmée pour choisir les sons les plus atroces les plus laids les plus stupides les plus vulgaires et dégradés enregistrement et playback provoquent des sons encore pires laids vulgaires et dégradés et ré-enregistrement playback en dégradation inexorable attention cul-de-sac attendez le playback laid et vulgaire demain et demain et demain qui font les journaux ils choisissent les sons les plus laids pour le playback et de fait si c’est vraiment dégueulasse c’est de l’information des nouvelles et cela ne suffit pas alors je cite la page-éditorial du new york daily news nous savons nous occuper de la chine et si la russie intervient nous saurons nous en occuper aussi un bon communiste existe s’il est mort prenons soin du marchand d’esclaves castro ensuite pourquoi attendre bombardons la chine maintenant et soyons armés jusqu’au dents pour mille ans ce vilain braillement émis pour le playback des masses vous donne envie de répandre un enregistrement hystérique et playback pour les réactions les plus stupides et les plus hystériques
la marijuana la marijuana eh oui elle est encore plus mortelle que la cocaïne
elle fabrique un fou criminel comme ça dit-il ses yeux froids quand il pensait aux vampires suçant les richesses du vil trafic de marijuana et littéralement gavé de sang humain il réfléchit farouchement sa mâchoire se contracte tous les fourgueurs devraient frire sur la chaise électrique
dénudez les salauds
très bien montrez-nous vos avant-bras
ou les mots mortels de nany j. anslinger les lois doivent refléter la réprobation de la société pour le toxicomane
une réflexion encore plus dégueulasse que la désapprobation de la société serait difficile à trouver les yeux froids et méchants des femmes américaines convenables lèvres pincées et non merci les marchands grognements émis par les flics pâles yeux des super-tueurs de négros reflétant toute la désapprobation de la société ces putains de pédés je dis qu’il faut tirer dans le tas et si d’autre part vous choisissez les réactions calmes et raisonnables pour les enregistrer et playback vous répandriez le calme et le bon sens
fait-on cela
non évidemment le seul moyen de briser la spirale descendante d’un enregistrement laid encore plus laid et aussi playback serait d’utiliser une contre-enregistrement et un playback la première démarche est d’abord isoler et couper les lignes d’association de la machine de contrôle d’avoir en permanence un magnétophone et enregistrer les choses les plus laides toutes les plus stupides vos bandes enfin accélérer et ralentir et retour en arrière graduation sur la bande vous entendrez alors la voix laide l’esprit vilain et vous constaterez qu’elle est composée de vieux pré-enregistrements laids et stupides plus vous faites tourner les bandes et plus vous les couperez et moins elles ont de la puissance coupez les pré-enregistrements dans l’air raréfié
William Burroughs
le Ticket qui explosa / 1961-1967
Silver Smoke of Dreams / Ian Sommerville & William Burroughs

radio-activ-wahington brion gysin dans Burroughs

Poèmes / Blanche-Neige / Les Noces de Dieu / João Cesar Monteiro

Personne ne m’espionnait et, illicitement, par espièglerie, j’ai profité de la préface.

« S’il est vrai que je suis poète par la grâce de Dieu – ou du Démon – c’est aussi grâce aux efforts et à la technique, et à ma conscience de ce que doit être un poème dans l’absolu » / Federico Garcia Lorca

« …à ma conscience dans l’absolu… » !…
A quel point se hisserait ma présomption si je soutenais la même chose, aujourd’hui, en 1959 !… Je suis un apprenti poète. PAS un POÈTE, remarquez, mais en vérité, je m’adresse aux sans défense, un APPRENTI-POÈTE ; toutefois… je ne veux pas mourir à présent sans atteindre à la conscience absolue ou non de beaucoup d’autres choses. Je ne veux pas mourir à présent parce qu’avec ou sans motifs je ne veux pas mourir à présent.

Concluons : Seuls les SUICIDÉS veulent mourir à présent ou veulent mourir avant ou après cet instant, à la dérobée, comme en inventant un subtile-temps-imaginaire.

Je ne piperai mot sur ma poésie. Demain nous parlerons POÉSIE qui nous est aussi nécessaire qu’aujourd’hui. En dépendra notre LIBÉRATION.

Voici de ma personne un portrait schématique, incomplet, mais qui ne sera pas définitivement auto-proclamé.

Je suis né il y a un peu moins de 20 ans au bord de la mer (d’où cette nostalgie maritime). Je n’ai jamais supporté les chatouilles.

Education : réfractaire au fouet comme force répressive. Inutilité absolue.

Divertissements : jeter de la merde au visage des gens, une innocente attirance pour le feu (sans en arriver à la pyromanie) et, parfois, briser des vitres ou des objets utilitaires.

Religion : Urinisme (la pisse a été le dieu de mon enfance). Un rituel de caractère ouvertement hérétique consistant à pisser dans les églises et les couvents.

Premier désir sexuel : satisfait dans le premier orifice à ma portée. La masturbation est apparue plus tard, se pratiquant avec une élaboration de méthode plus complexe et perfectionnée à partir de cette première impulsion.

Premier amour : mais une enfant de sexe féminin, naturellement !

Premier poème : voyez l’alinéa ci-dessus.

Unique fait historique (la raison de mon immortalité) : LA BARRICADE. (telle qu’elle a été nommée, contée et racontée et le sera de génération en génération dans l’histoire de la ville au bord de la mer, jusqu’à la consumation des siècles).

Causes : Opposition maternelle à ma vision cinématographique des TAMBOURS DE FU-MANCHÙ.

Conséquences : destruction totale et violente des vitres et de la canalisation de la maison paternelle. En conséquence de ce geste, et sous la menace de l’intervention des forces de l’ordre, a surgi, alors, la nécessité de la barricade, qui a culminé avec l’entrée en scène rapide et efficace d’une haute personnalité (devenu des années plus tard Président de la commune) m’anéantissant définitivement par un mois d’exil (pour le repos et traitement présumé) chez quelques oncles du village, où j’ai encore décapité avec une hache affûtée une bonne demi-douzaine de tortues d’eau.

Ont pris part à la BARRICADE excepté ma personne, toujours héroïque, la poitrine exposée aux fauves, dans cette chambre impérissable avec vue sur la rue et la porte obstruée par le lit, le matelas, l’armoire, le pot de chambre (si ma mémoire ne me trahit pas), etc. : un drapeau national, deux fusils, un revolver, beaucoup de canifs, beaucoup de poules, quelques vivres et une chienne, mon lieutenant, que des ennemis prétendaient être mon amante, ce qui est absolument faux et injurieux, étant donné que nos relations n’ont jamais dépassé le plan d’une solide, saine et fraternelle amitié.

Beaucoup de gens accourus aux cris maternels palabraient entre eux à la fenêtre, mais moi, menaçant, écumant de rage, je les ai dispersés, les assommant un revolver à la main et un couteau entre les dents.
- Il est fou ! Il est fou ! Criaient les gens en fuyant, précipitamment, prenant leurs jambes à leur cou.

MAIS ETAIS-JE RÉELLEMENT FOU ?
J’ai résisté, comme nous l’avons dit, jusqu’à l’arrivée du Monsieur qui par après deviendrait Président de la commune, non sans lui avoir presque plongé le double canon d’un fusil dans les orbites. JE N’ÉTAIS POURTANT PAS FOU ! QUE POUVAIS-JE FAIRE D’AUTRE ? QUEL DOMMAGE DE NE PAS AVOIR ÉTÉ FOU !…

Mon enfance est morte cruellement. Et je suis rené tel un phénix de ses cendres. Rien ne m’a été légué par l’infant décédé, enterré profondément et couvert de rochers, de rochers et plus de rochers encore, ainsi que de chaînes gigantesques… …La réflexion et le poids des choses font si mal.

« Comme l’amour est différent au Portugal. »
« Ah ! Canaille. Et le pou ? »
Ou
« Comme le pou est différent au Portugal. »
« Ah ! Canaille. Et l’amour ? »

Amour soigneux je descendais
avec la somnolence d’un bœuf pacifique
la rue élégante de la ville
quand je t’ai vu chou-fleur de beauté
exposée comme un rêve sur mes pas

Ta main efflanquée baignée dans un chaste lait
balançait de côté et d’autre un petit chapeau
analogue pour chaque vieille édentée
mais n’a pas la même tendresse le malheureux
Tes seins me transperçaient presque ironiques et triomphants
(- Quelles grasses boules – même un vieux prêtre qui passait a gémi)
De tes yeux sortaient des flammes délirantes
que ton honoré et bidonnant père
n’a certainement pas encore remarquées

Pour toi amour dont la nature
est tombée épuisée
Pour toi noble chef-d’œuvre
occulte mugissement de perfection
toute la pisse de femme m’a été substituée
par un arôme sobre et viril de violette et de jasmin
Pour toi même en culottes je serais ambassadeur au Vatican
ou dans le cul rosacé et concave de ton orgueilleux père
je mangerais une soupe sale de légumes et de haricots

Mais voici que l’amour pour ta gracieuse nuque
un pou descend étourdi
faisant des tours et des tours et plus de tours
autour de ton harmonieux cou bien lavé

Et c’est alors que mes mains
sollicitées ont tissé dénudées
une pelote nocturne passionnée
sur la surface apeurée étranglée

Tu es tombée dans la rue élégante de la ville
à même la porte d’une agence funéraire
Je me suis étendu pathétique à tes côtés
regardant le ciel presque clair et voilé
De nos mains emmêlées
des cheveux de sang se répandaient autour de nous
Deux bougies de crasse à nos pieds
profilées côte-à-côte
sentinelles féroces par la mauvaise odeur qu’elles exhalaient

Le pou défilait sur ton ventre bleu
sifflant une chanson pacifiée
et remarquant que j’écoutais en silence
cria suave comme un doux pape

- Merci dégoûtant camarade
ainsi horizontal et facile
mon destin sera infaillible et divin

Blanche-Neige / 2000

Nocturne

heure de chiens urinant
sur la dignité des lampadaires
heure suspendue
de revolvers indécis
heure végétale de
poètes saouls
heure à laquelle avec moi
se croisent les bons yeux
de Gomes Ferreira et moi
reniflant avec envie
la femme nue qu’il
emporte dans les bras
car j’ai toujours eu
la certitude qu’il emportait
une femme nue dans les bras
à cette heure terrible
de lunes jaunes
à cette heure proposée
par l’angoisse des montres
à cette même heure annihilatrice
des consciences bourgeoises
ne pensez pas que je vais me
lancer dans le Tage
ou hurler à la lune
sur la statue
du Marquis
ou pourrir éternellement
sur les bancs de l’Avenue
écoutant le sifflement des trains
qui partent pour Paris
non
après avoir flâné dans la ville
ma jeune expérience
je dis jeune pour ne pas compliquer
je vais quand le jour naîtra
chez Nathalie
lui préparer le petit-déjeuner
Roméo mettant des morceaux de sucre
dans le café de Juliette
ressusciter le mythe de ses lèvres
danser la rumba vêtu en prophète biblique
et écouter la cantate de la Paix
de Sergei Prokofieff
je lui demanderai alors pour m’inspirer un poème
ATTENTION NE BOUGEZ PAS
dans lequel je serai
sur un tapis persan
les bras levés
commandant au soleil
qu’il aille par les souterrains
et par les bennes à ordures
inonder de lumière et d’amour
l’homme en esclavage
lui dire que les heures
passées et présentes
surgirent d’un malentendu
que le futur détruira
commandant au soleil
qu’il frappe les barbares
de foudres et de flammes
pour épargner aux hommes
l’expérience de la haine.

Mon amour est parti pour les colonies

Mon amour est parti pour les colonies
jouer la prostituée
avec les blancs de la Compagnie du Sexe
et m’a laissé sur cette plage
regardant la mer avec envie [drainant] le sable
pour son alcôve de silence
et la grasse lune se dénudant
entre nuages et lamentations.

Mon amour est parti pour les colonies
acheter un petit singe
pour l’aimer pour de vrai
quand le blanc sera saoul
couché entre les bouteilles.

Mon amour est parti pour les colonies
et reviendra vieille couleur de paille
sentant le savon
et les fleurs de sa chevelure
seront des squelettes de poussière
sans le parfum des jardins
elle ramènera ses économies
pour ouvrir une maison raffinée
de jeunes prostituées
paiera l’impôt à l’Etat
avec beaucoup de régularité
aura une chambre discrète
pour les gens distingués
et quand la police viendra
arrêter Lola la rousse
qui frappa le Général
ou voir s’il y a de la contrebande
mon amour ouvre le coffre
et résout les difficultés.

Et quand le médecin viendra
au matin frais mal réveillé
avec la malette de l’inspection
mon amour se couchera
sur les plumes de paon
et jurera au docteur
que tout le monde est sain.

Et quand bientôt je me tuerai
je sortirai par derrière
avec la sainte Madeleine
venue pour m’embrasser.
Alors
nous descendrons pudiquement
la rivière ondoyante de muguets
comme deux amoureux
ah mon amour
semant des aurores
semant des aurores.
João Cesar Monteiro
Poèmes / 1959
merci à Ricardo Da Silva

Je est un autre / Arthur Rimbaud

A Georges Izambard
Charleville, 13 mai 1871.
Cher Monsieur !
Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. – Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius. – Je me dois à la Société, c’est juste, – et j’ai raison. – Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, – pardon ! – le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant voulu rien faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j’espère, – bien d’autres espèrent la même chose, – je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez ! – Je serai un travailleur : c’est l’idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris – où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.
Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. – Pardon du jeu de mots. -
Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !
Vous n’êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie, toujours. – Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni – trop – de la pensée :

Le Coeur supplicié

Mon triste coeur bave à la poupe….
Mon coeur est plein de caporal !
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe…
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe
Mon coeur est plein de caporal !

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé ;
A la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques ;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu’il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé !

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J’aurai des sursauts stomachiques
Si mon coeur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?

Ca ne veut pas rien dire. – Répondez-moi :
M. Deverrière, pour A. R.
Bonjour de coeur,
Ar. Rimbaud.

A Paul Demeny
à Douai.
Charleville, 15 mai 1871.

J’ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle. Je commence de suite par un psaume d’actualité :

Chant de guerre parisien

Le Printemps est évident, car
Du cœur des Propriétés vertes,
Le vol de Thiers et de Picard
Tient ses splendeurs grandes ouvertes
Ô Mai ! quels délirants culs-nus !
Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,
Écoutez donc les bienvenus
Semer les choses printanières !
Ils ont schako, sabre et tam-tam,
Non la vieille boîte à bougies
Et des yoles qui n’ont jam, jam…
Fendent le lac aux eaux rougies !
Plus que jamais nous bambochons
Quand arrivent sur nos tanières
Crouler les jaunes cabochons
Dans des aubes particulières !
Thiers et Picard sont des Éros,
Des enleveurs d’héliotropes,
Au pétrole ils font des Corots
Voici hannetonner leurs tropes…
Ils sont familiers du Grand Truc !…
Et couché dans les glaïeuls, Favre
Fait son cillement aqueduc,
Et ses reniflements à poivre !
La grand’ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle…
Et les Ruraux qui se prélassent
Dans de longs accroupissements,
Entendront des rameaux qui cassent
Parmi les rouges froissements !

- Voici de la prose sur l’avenir de la poésie.
- Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque ; Vie harmonieuse. – De la Grèce au mouvement romantique, – moyen âge, – il y a des lettrés, des versificateurs. D’Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d’innombrables générations idiotes : Racine est le pur, le fort, le grand. – On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses hémistiches, que le Divin Sot serait aujourd’hui aussi ignoré que le premier auteur d’Origines. – Après Racine, le jeu moisit. Il a duré deux mille ans !

Ni plaisanterie, ni paradoxe. La raison m’inspire plus de certitudes sur le sujet que n’aurait jamais eu de colères un jeune-France. Du reste, libre aux nouveaux ! d’exécrer les ancêtres : on est chez soi et l’on a le temps.

On n’a jamais bien jugé le romantisme ; qui l’aurait jugé ? Les critiques ! ! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’oeuvre, c’est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur ?

Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident: j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs !

En Grèce, ai-je dit, vers et lyres rythment L’Action. Après, musique et rimes sont jeux, délassements. L’étude de ce passé charme les curieux : plusieurs s’éjouissent à renouveler ces antiquités : – c’est pour eux. L’intelligence universelle a toujours jeté ses idées, naturellement ; les hommes ramassaient une partie de ces fruits du cerveau : on agissait par, on en écrivait des livres : telle allait la marche, I’homme ne se travaillant pas, n’étant pas encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonctionnaires, des écrivains : auteur, créateur, poète, cet homme n’a jamais existé !

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, Il la tente, I’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! – Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage.

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, – et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !

Ici j’intercale un second psaume, hors du texte : veuillez tendre une oreille complaisante, et tout le monde sera charmé. – J’ai l’archet en main, je commence :

Mes Petites Amoureuses

Mes petites amoureuses
Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou :
Sous l’arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères
Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron ;

J’ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
Roux laideron
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
De sentiments ;
Hop donc ! Soyez-moi ballerines
Pour un moment !

Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent,
Tournez vos tours !

Et c’est pourtant pour ces éclanches
Que j’ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,
Comblez les coins !
− Vous crèverez en Dieu, bâtées
D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons.

Voilà. Et remarquez bien que, si je ne craignais de vous faire débourser plus de 60 c. de port, – moi pauvre effaré qui, depuis sept mois, n’ai pas tenu un seul rond de bronze ! – je vous livrerais encore mes Amants de Paris, cent hexamètres, Monsieur, et ma Mort de Paris, deux cents hexamètres ! – Je reprends :

Donc le poète est vraiment voleur de feu.

Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue ;

- Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra ! Il faut être académicien, – plus mort qu’un fossile, – pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l’alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie ! -

Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus – que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Enormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !

Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez ; – Toujours pleins du Nombre et de l’Harmonie ces poèmes seront fait pour rester. – Au fond, ce serait encore un peu la Poésie grecque. L’art éternel aurait ses fonctions ; comme les poètes sont des citoyens. La Poésie ne rythmera plus l’action : elle sera en avant.

Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, jusqu’ici abominable, – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? – Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons.

En attendant, demandons aux poètes du nouveau, – idées et formes. Tous les habiles croiraient bientôt avoir satisfait à cette demande : – ce n’est pas cela !

Les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s’en rendre compte : la culture de leurs âmes s’est commencée aux accidents : locomotives abandonnées, mais brûlantes, que prennent quelque temps les rails. – Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille. – Hugo, trop cabochard, a bien du Vu dans les derniers volumes : Les Misérables sont un vrai poème. J’ai Les Châtiments sous main ; Stella donne à peu près la mesure de la vue de Hugo. Trop de Belmontet et de Lamennais, de Jehovahs et de colonnes, vieilles énormités crevées.

Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, – que sa paresse d’ange a insultées ! O ! les contes et les proverbes fadasses ! O les Nuits ! O Rolla ! ô Namouna ! ô la Coupe ! tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une œuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean La Fontaine, commenté par M. Taine ! Printanier, l’esprit de Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l’émail, de la poésie solide ! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque ; tout séminariste en porte les cinq cents rimes dans le secret d’un carnet. A quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut ; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec cœur ; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen fait le Rolla, écrit un Rolla ! Quelques-uns en meurent peut-être encore. Musset n’a rien su faire. Il y avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l’estaminet au pupitre du collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations !

Les seconds romantiques sont très voyants : Théophile Gauthier, Leconte de Lisle, Théodore de Banville. Mais inspecter l’invisible et entendre l’inouï étant autre chose que reprendre l’esprit des choses mortes, Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine. Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles.

Rompus aux formes vieilles : parmi les innocents, A. Renaud, – a fait son Rolla, – L. Grandet, – a fait son Rolla ; – les gaulois et les Musset, G. Lafenestre, Coran, C. L. Popelin, Soulary, L. Salles. Les écoliers, Marc, Aicard, Theuriet ; les morts et les imbéciles, Autran, Barbier, L. Pichat, Lemoyne, les Deschamps, les Des Essarts ; les journalistes, L. Cladel, Robert Luzarches, X. de Ricard ; les fantaisistes, C. Mendès ; les bohèmes ; les femmes ; les talents, Léon Dierx et Sully-Prudhomme, Coppée; -la nouvelle école, dite parnassienne, a deux voyants, Albert Mérat et Paul Verlaine, un vrai poète. – Voilà. – Ainsi je travaille à me rendre voyant. -
Et finissons par un chant pieux.

Accroupissements

Bien tard, quand il se sent l’estomac écœuré,
Le frère Milotus, un œil à la lucarne
D’où le soleil clair comme un chaudron récuré,
Lui darde une migraine et fait son regard darne,
Déplace dans les draps son ventre de curé.

Il se démène sous sa couverture grise
Et descend, ses genoux à son ventre tremblant,
Effaré comme un vieux qui mangerait sa prise,
Car il lui faut, le poing à l’anse d’un pot blanc,
A ses reins largement retrousser sa chemise !

Or, il s’est accroupi, frileux, les doigts de pied
Repliés, grelottant au clair soleil qui plaque
Des jaunes de brioche aux vitres de papier ;
Et le nez du bonhomme où s’allume la laque
Renifle aux rayons, tel qu’un charnel polypier.

Le bonhomme mijote au feu, bras tordus, lippe
Au ventre : il sent glisser ses cuisses dans le feu,
Et ses chausses roussir, et s’éteindre sa pipe ;
Quelque chose comme un oiseau remue un peu
A son ventre serein, comme un monceau de tripe !

Autour, dort un fouillis de meubles abrutis
Dans des haillons de crasse et sur de sales ventres ;
Des escabeaux, crapauds étranges, sont blottis
Aux coins noirs : des buffets ont des gueules de chantres
Qu’entrouvre un sommeil plein d’horribles appétits.

L’écœurante chaleur gorge la chambre étroite ;
Le cerveau du bonhomme est bourré de chiffons :
Il écoute les poils pousser dans sa peau moite,
Et parfois, en hoquets fort gravement bouffons
S’échappe, secouant son escabeau qui boite…

Et le soir, aux rayons de lune qui lui font
Aux contours du cul des bavures de lumière,
Une ombre avec détails s’accroupit sur un fond
De neige rose ainsi qu’une rose trémière…
Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond.

Vous seriez exécrable de ne pas répondre : vite car dans huit jours je serai à Paris, peut-être.
Au revoir.
Arthur Rimbaud / 1871
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