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Mexique : le défi esthétique de la disparition forcée / Jean-Louis Déotte / revue Appareil

Résumé : Les normaliens d’Ayotzinapa dans l’État mexicain du Guerrero qui venaient protester à Iguala contre les liens de la mairie avec les narcos ont été attaqués par la police locale. Quarante-trois d’entre eux sont toujours portés disparus depuis le 26 septembre. L’État fédéral se contente des aveux de deux criminels : après « livraison » à leur gang, les jeunes futurs instituteurs, appartenant aux classes les plus pauvres, la plupart d’origine indienne, auraient été assassinés, leurs corps auraient été brûlés et leurs restes jetés dans la rivière locale. Un vaste mouvement de protestation secoue le pays, des édifices publics sont attaqués, les parents réclamant, comme en Argentine les Mères de la Place de Mai, « la réapparition en vie de leurs enfants ».
Or comme partout ailleurs, la photographie des disparus devient une arme de combat puisque c’est la seule preuve qu’ils ont été. S’ouvre alors une autre époque de l’esthétique dont Barthes est le premier théoricien.

Publié dans la revue en ligne Appareil

À lire en intégralité ici : http://appareil.revues.org/2092

ou télécharger : fichier pdf appareil-2092-mexique-le-defi-esthetique-de-la-disparition-forcee

à lire également : Lettre sur le métissage mexicain / Roman Dominguez / Ici et ailleurs

Sur le Silence qui parle : 2666 et Roberto Bolaño

Photo : Omar Daoud, groupe de disparus

gd

Un privé à Babylone (3) : La Blonde / Richard Brautigan / Lost Highway / David Lynch

Au moment où je suis entré à la morgue, juste derrière le Palais de Justice sur Merchant Street, une jeune femme en sortait en pleurant. Elle portait un manteau de fourrure. Elle avait des cheveux blonds courts, le nez long, et sa bouche avait l’air si appétissante que j’ai commencé à en avoir mal aux lèvres.
Il y avait bien longtemps que je n’avais embrassé personne. C’est difficile de trouver quelqu’un à embrasser quand on n’a pas d’argent en poche et qu’on a une vie aussi merdique que la mienne.
Je n’avais embrassé personne depuis la vieille de Pearl Harbor. C’était Mabel. Je parlerai de ma vie sentimentale plus tard, quand il ne se passera rien d’autre. Je veux dire rien, absolument rien : que dalle.
La blonde m’a regardé en descendant les marches. Elle m’a regardé comme si elle me connaissait, mais elle n’a rien dit. Elle a continué à pleurer, c’est tout.
J’ai jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule pour voir s’il y avait quelqu’un d’autre derrière moi qu’elle aurait pu regarder : non, j’étais la seule personne à entrer dans la morgue ; ça devait donc être moi. Bizarre.
Je me suis retourné et je l’ai regardée s’éloigner.
Elle s’est arrêté au bord du trottoir, et une Limousine noire Cadillac Lassalle 16 cylindres avec chauffeur s’est garé devant elle ; elle y est montée. On aurait dit que la voiture était arrivée de nulle part. D’abord elle n’était pas là, et la seconde d’après elle y était. La fille m’a regardé à travers la vitre au moment où la voiture a démarré.
Son chauffeur était un monsieur balèze à l’air pas commode. Il avait une tête à la Jack Dempsey et un cou énorme. A le regarder, on se disait qu’il éprouverait sûrement un immense plaisir à faire dix rounds contre votre grand-mère et à veiller qu’elle tienne la distance. Après quoi, il resterait plus qu’à la ramener chez elle dans un grand bocal de quatre litres.
Quand la Limousine a démarré, il s’est retourné et m’a fait un grand sourire comme si nous étions de mèche : de vieux copains, un truc comme ça.
Je ne l’avais jamais vu de ma vie.

blondes
Album : blondes

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Richard Brautigan
Un privé à Babylone / 1977
« Nous avons tous une place dans l’histoire. La mienne, c’est les nuages. »
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David Lynch
Lost Highway / 1997
avec Patricia Arquette / musique Lou Reed « This Magic Moment »

Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs / Anne Querrien

Gilles Châtelet saisit et dénonce le tournant historique réactionnaire des années 80, triomphe de la médiocrité, qui s’observe dans les politiques culturelles, et surtout dans les modes de vie, au moment où les politiques économiques et sociales s’enfoncent dans le libéralisme, la privatisation et la communication. De ce pamphlet, deux personnages grotesques émergent, le Cybergédéon et la Turbobécassine, hybrides alliant le gore moyenâgeux à la prétention « numérique ».
D’une démonstration qui fait mouche, voici une série de passages qui témoignent à la fois du style et du message :
En une phrase, Châtelet pose le décor postrévolutionnaire : « […]Andy Warhol n’avait-il pas dit que tout le monde serait désormais une star… pendant une seconde ? » (p. 26)
Un décor qui se concentre de façon anecdotique dans la boîte parisienne Le Palace dont le patron, Fabrice, dispose d’un « […] vivier de beaux lévriers de banlieue, disponibles et arrogants, parvenus par l’animalité et fiers de l’être, piaffant avec cet air farouche qui prétend décourager toute approche pour ne se soumettre qu’aux plus audacieux ». (p. 27)
« […] comme beaucoup d’autres gogos, les grands dadais de la cybermeute se prenaient pour les princes des réseaux et des déclics, alors qu’une force centrifuge des millions de fois plus puissante qu’eux les avaient déjà relégués dans les provinces subsidiaires du snobisme de deuxième main, dans ces satrapies lointaines où la mode exile cruellement ceux qui croient avoir trouvé la bonne combine pour s’installer tout juste derrière les locomotives, sans savoir qu’ils sont déjà contaminés par ce que les mondains redoutent le plus : la ringardise. » (p. 30)
« […] l’infatuation et l’esprit de chapelle allaient, comme d’habitude, venir à bout de l’intelligentsia française, qui était un peu le navire amiral de la subversion européenne. Les années 60 avaient été celles du naufrage du “matérialisme dialectique” qui, peu à peu, avait perdu toutes ses griffes ; il avait fallu céder le terrain au “nietzschéisme” qui, à son tour, commençait à s’effriter. Hegel, Marx, Nietzsche n’avaient bien sûr rien à voir avec tout cela, mais toute grande pensée si affûtée soit-elle, périt toujours entre les mains des vestales trop zélées.
Les vestales ne manquaient pas : nietzschéisme vagabond qui errait de Zarathoustra à la CFDT, nietzschéisme mondain pour les plus éveillés – aussi indispensable aux dîners parisiens que l’entremets de la maîtresse de maison – et enfin post-nietzschéisme postmoderne pour les plus demeurés et les plus provinciaux, lassés des “grands récits” et des “luttes ringardes” qu’ils n’avaient jamais eu le courage de mener. Le style Cyber-Wolf, apolitique et blasé, commençait à pulluler : comment résister à la délicieuse frivolité de ceux qui se faisaient fort de “chier sur le négatif”, qui croyaient avoir enfin trouvé le secret de la jubilation permanente et prétendaient cultiver des orchidées dans le désert sans trop se préoccuper de l’épineux problème de l’arrosage ? Merveilleux Jardiniers du créatif qui voulaient s’envoler avant d’avoir appris à marcher et qui avaient oublié que la liberté, est aussi la maîtresse concrète – et souvent douloureuse – des conditions de la liberté.
La Contre-Réforme néo-libérale allait prendre sa revanche sans faire de cadeaux aux Jardiniers du créatif. Chaque idée, fût-elle la plus généreuse, être impitoyablement retournée comme un gant, ruminée pour resurgir sous la forme d’une réplique cauchemardesque… » (p. 34).
S’ensuit un point de vue critique sur le discours de mai 68, sur l’apologie de la différence qui ne fait que masquer la hiérarchie toujours présente, sur la critique de l’Etat qui légitime la casse de l’Etat-providence, sur le nomadisme qui conduit à la mondialisation et aux délocalisations, sur l’ordre du désir qui ne reflète que le narcissisme à la base des démocraties de marchés.
Le chaos, fort à la mode, lui semble « […] une dialectique bâclée, limitée au pressentiment trouble d’une multiplicité hantée par une unité originaire, elle-même toujours déjà contaminée par le divers. C’est pourquoi la fascination exercée par les théories scientifiques modernes du chaos n’est pas exempte d’équivoque : elle conjugue deux séductions, celle du confort de l’opérativité et celle de l’émerveillement face à tout ce qui est sur le point d’apparaître. » (p.41) Des métaphores sont importées de théories mathématiques (Gilles Châtelet est mathématicien)  « […] sans expérience de pensée propre légitimant le choix des variables, des paramètres qui articulent les mathématiques pures aux causalités réelles » (p. 48). On fait dire aux mathématiques ce qu’on veut, et en l’absence de pensée ce qu’on veut, c’est la platitude, la bêtise.
« […] L’expérience de pensée de Hobbes ne se contente pas de légitimer la soumission à un corps visible incarné dans le corps visible du souverain, elle permet de concevoir la multitude des robinsons comme une masse possédant tous les caractères de fluidité, de prédictibilité, d’opérativité impersonnelle d’un marché ». (p. 52) « La mise en coïncidence de la multitude des robinsons avec une masse rend leur détresse et leur férocité calculables, rationnelles, domesticables dans le confort et l’habitude, dans l’ordre cybermercantile contemporain habité par Bécassine Turbo-diesel et Gédéon Cyber-plus. Un ordre caractérisé par la jouissance de chacun à sa place, de l’égalité dans la détresse. » (p. 55)
L’homme moyen inventé par Quételet, fondateur de l’approche différentielle en psychologie, consacre la déchéance statistique de l’homme ordinaire. D’après Quételet, l’homme moyen est à la nation ce que le centre de gravité est à un corps, le point de composition de toutes les forces qui s’appliquent à lui à l’instant t. D’où la stratégie proposée par Hobbes, Quételet et tous les libéraux : capter l’énergie des citoyens en la transformant en énormes silos virtuels d’hommes moyens grâce au travail ou aux sondages d’opinion. Virtuel est à comprendre ici au sens de force, et non au sens d’illusion. (p. 60).  Marché=démocratie=majorité d’hommes moyens (p. 65).
Et « la main invisible » ne fait que faire glisser chaque homme ordinaire dans la peau de l’homme moyen par un cheminement sympathique, d’autant plus adapté que l’argent donne une équivalence à toutes les situations. La participation aux jeux de société par exemple est une propédeutique à ce cheminement. Pour le pouvoir d’aujourd’hui, il s’agit de « […] faire miroiter aux yeux de l’homme ordinaire une immanence de pacotille – celle de « l’homme moyen » pour mieux assurer la transcendance de l’équilibre. Fluidité maximale propageant le mimétisme comme une gangrène, confusion de la mobilité avec le nomadisme douteux des « jobs » et du temps partiel, solidarités expéditives de camaraderie de survie, tels sont les caractères de la nouvelle société civile, asservie à l’équilibre… la thermocratie » (p. 78).
Dans cette société, le rôle des Cybergédéons est d’exclure froidement du festin ceux qui n’ont pas les moyens d’y participer, de faire descendre le rôle de l’Etat au niveau individuel. Et Gilles Châtelet d’anticiper (il est mort en 1999) : « […] Pourquoi ne pas rendre encore plus acérée l’offensive de la thermocratie en inventant une microphysique de l’obéissance, une neurocratie qui permettrait de frôler le zéro absolu du politique, et ferait passer d’une paix thermo-civile à une paix cyber-civile » (p. 80). Les recherches pour créer les conditions d’une anarchie rationnelle d’hommes communicants et une fluidité financière intégrale vont en ce sens.
Suit un mini-pamphlet contre le pétro-nomadisme pétainiste de la voiture : travail-famille-bêtise montée sur pneus, où tout le monde devient égal dans l’immobilisme de l’embouteillage. Compétition hargneuse quand ça roule, et impuissance quand ça ne roule pas. Apprentissage fordiste des règles de la démocratie marché. Deuxième mini-pamphlet visant les campagnes contre la drogue des années 80 : « […] On avait même requis pour l’occasion les gueules et les appas les plus viscéralement consensuels, notamment ceux d’Anne Sinclair qui a su jusqu’à aujourd’hui conjuguer avec bonheur la force tranquille d’une walkyrie du sens commun et la spiritualité post-moderne des turbobécassines » (p. 109)
Turbo-bécassines et cyber-gédéons sont « […] exemplaires de ce cynisme décontracté qui se réclame du « chacun son truc », expression aussi indispensable à l’hygiène « créative vitale de la société civile » que la bouteille d’eau minérale qui ne quitte jamais notre néo-bécassine et lui permet de « mieux vivre la ville ». La prolifération des turbo-bécassines et des cyber-gédéons et l’émergence concomitante d’un certain snobisme de masse sont des signes qui ne trompent pas ; ce sont les critères d’entrée dans la société tertiaire de services, critères presque aussi fiables que les discontinuités qui, dans une flore ou dans une faune, marquent le franchissement de telle ou telle zone climatique. » (p. 112)
« […] Le comble de l’extase cyber-bourgeoise ? Une journée épuisante à traquer les soldes « les plus sympas » et conclue par un  » Oui, enfin, je veux dire… Descartes, Leibniz, Voltaire feraient comme nous. Eux aussi étaient déjà cosmopolites… » Nous venons de mettre le doigt sur une des manies les plus écœurantes du populisme urbain et de son cosmopolitisme d’aéroport : se réclamer des best of de la planète en prétendant se réclamer d’un cosmopolitisme qui s’animait d’une passion de l’humanité et visait à la libérer de l’abjection de la nécessité… Pour la grande majorité des Turbo-bécassines et des Cyber-gédéons, le cosmopolitisme est d’abord une certaine manière transcontinentale de rester chez soi et entre soi. » (p. 121-122).
L’exception culturelle française n’est jamais que la réduction de la culture française à ses parts de marché et la promotion d’une surclasse nomade de condotierri du XXI siècle qui, d’après Jacques Attali savent créer, jouir, bouger, et surtout vivre sans payer ce qu’ils consomment. Mais « […] comment battre de vitesse l’atomisation et sa prolifération d’unités de détresse, réduites à leurs baskets, leurs deux kilos de cervelle et leur baladeur ? Disloquer et déprimer est maintenant infiniment plus rapide que la patiente maturation d’unités de lutte, de subversion et de solidarité capables d’embraser la multitude » (p. 135).
Cette liquidation se fait au moyen d’un parler-vrai, qui tempère l’objectivité des chiffres par « […] une espèce de bienveillance exhibitionniste pour tout ce qui est concret et quotidien : panier de la ménagère », décor de la salle de bains ou de la chambre à coucher, figures souriantes du crédit. … « […] Les neurones sur pied jouiront certes d’une existence plus confortable que les serfs ou les ouvriers des filatures, mais ils n’échapperont pas facilement au destin de matière première auto-régulable d’un marché aussi prédictible et homogène qu’un gaz parfait, matière offerte en atomes de détresse mutilés de tout pouvoir de négociation pour louer leur mental, cervelle par cervelle » (p. 143- 145) Un néoprolétariat est né, auquel s’opposent le luxe et l’insolence des nouveaux chevaliers du marché, qu’envient Turbo-bécassines et Cyber-gédéons.
« […] Les chevaliers-opérateurs n’ont pas dit leur dernier mot : ils savent que, transformés en hommes moyens et segmentés en tranches, les gogos deviennent inoffensifs et conspirent même à un équilibre qui, loin de tendre vers une extension pour chacun de la capacité d’agir, induit et renforce un équilibre des inégalités. Car tout le jeu consiste, comme pour le marché financier, à créer de la dissymétrie, à organiser des groupes de pression, à accaparer l’espace-temps public… à proliférer en réseau pour faire triompher son message… ce qui ruine les prétentions démocratiques d’un équilibre fondé sur le principe un homme-une voix. » (p. 148). « La symétrie entre Main invisible (de l’économie) et Boîte noire (de la communication) doit être impitoyable et exige que les exclus de la prospérité économique tendent à coïncider exactement avec les apathiques du jeu politique » (p . 150).
Comme le dit Edward Bernays, neveu de Freud, fondateur de la discipline des relations publiques aux Etats Unis : « […] Ce sont les minorités intelligentes qui se doivent de faire un usage systématique et continu de la propagande. » (p. 152). Plus est amorcée la triple alliance des marchés économiques, politiques et communicationnels, plus s’impose la nécessité d’une dissymétrie préfabriquée par les ingénieurs sociaux de consensus… Il s’agit de construire la société civile à l’échelle planétaire, de réunir l’anarchie, le juridisme, l’empirisme logique et le mercantilisme sous l’étendard du néoconservatisme festif, du Dieu unique du chaos et du réseau, en un cortège fermé par les « maquignons du dressage cognitif »« […] Ce ne sont pas les robots qui nous menacent, mais ce rapport instrumental au langage qui prétend le dépouiller de toute ambiguïté afin que toute opération cognitive puisse être vue comme une suite d’étapes élémentaires. » (p. 154).
« […] Le travail est écartelé entre le travail-corvée de la survie et le travail-performance de la surclasse. C’est négliger que seul le travail-patience entraine une amplification inouïe de la liberté à la fois en extension, par le développement de la puissance d’agir de chacun, et en intensité, par la découverte d’une plasticité propre à l’individualité humaine » (p. 160). La crise contemporaine tient à la dégradation relative du travail patience alors qu’il est le seul créateur de richesses nouvelles. « […] La tyrannie et la médiocrité de la demande socio-économique ont vaincu ce qui prétendait incarner le dynamisme et la légitimité d’une nouvelle micropolitique post-moderne » (p. 162)
Et enfin vient la contre-proposition : « […] A la mesquinerie de l’homme moyen… vautré dans le pluralisme – ce multiple anesthésié- il convient d’opposer l’homme quelconque, capable d’éveiller le geste politique qui déborde toute routine et tout possible anticipé. » Il y a un héroïsme, un superflu du quelconque où se manifeste le politique en tant que tel, qui n’est pas naturel, ni statistique, ni moyen. « La liberté cogne comme un fait et ne se réduit pas à faire un choix » rationnel. L’héroïsme du quelconque propulse dans le collectif des individuations nouvelles… Il amplifie nos possibles et nous sauve de l’immonde condition d’espèce humaine, sans le secours d’un dieu, et fait que l’histoire ne se résume pas à la conquête de niches écologiques. « La démocratie ne se déduit pas d’une optimisation de possibles préexistants mais surgit par le pari, infiniment plus généreux et donc infiniment plus risqué, d’une excellence des virtualités de la multitude et de l’aptitude de celle-ci  à la dispenser. A ce pari s’associe le principe de l’innocence de l’exception… La démocratie vaut parce qu’elle laisse sa chance à cet héroïsme du quelconque, dont, jusqu’à présent, l’Histoire n’a toléré que des balbutiements. » (p.167)
La même conviction travaille les deux autres recueils d’articles et de notes diverses publiés après sa mort par Catherine Paoletti : Les animaux malades du consensus, aux éditions Lignes, et L’enchantement du virtuel aux Editions de la rue d’Ulm, le premier plus journalistique, le second plus théorique et pédagogique. Malgré le titre et l’exergue, tirée de Qu’est-ce que la philosophie ? qui souligne la honte qu’il y a à être un homme dans les démocraties de marchés, il n’est pas question ici de passer à la surhumanité ou à la posthumanité, en suivant le chemin lâche des turbo-bécassines et des cyber-gédéons. Il s’agit de se remettre au travail-patience de la production du virtuel dans le domaine quelconque où l’on fait jouer sa liberté, où l’on peut s’engager dans un devenir exceptionnel.
Anne Querrien
Note de lecture (ici en version intégrale) paru dans Chimères n°75 / 2011
Gilles Châtelet / Vivre et penser comme des porcs, de l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés, Exils puis Folio, 1999.
Gilles Châtelet, Vivre et penser comme des porcs / Anne Querrien dans Chimères homecar

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