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Violence, effets d’euphémisation et de résonance / Edito Chimères n°85 « Violences » / Christiane Vollaire

Comment saisir des processus de violence dans la multiplicité de leurs configurations ? Et comment les saisir de telle sorte qu’ils n’engagent pas à la démission, mais à l’affrontement ? Celui de la réflexion, celui de la clinique ou celui de la lutte. Ce numéro, s’il aborde des dimensions manifestes de la violence, s’attache moins à ses aspects spectaculaires qu’à ses processus latents, aux formes de son euphémisation, ou du négationnisme, au sens le plus radical, dont elle peut faire l’objet.
Le récit mythologique est la forme originelle de la programmation d’une violence politique et des discriminations qu’elle met en œuvre, comme le montre ici le puissant travail de Matthieu Rigouste autour du mythe de Tantale. Matthieu Renault y fait écho, par l’interprétation qu’il donne des non-dits esclavagistes, dans  la philosophie « émancipatrice » de John Locke aux origines du libéralisme. Et sous ce prisme, des textes aussi divers que celui d’Antoine Chardel interprétant la pensée de Zygmunt Bauman sur les violences liquidatrices de la mobilité, celui de Jean-Philippe Cazier sur le vécu de la migration, ou de Stéphane Maugendre sur la clandestinisation des étrangers, résonnent de façon stridente d’un plateau à l’autre. La LVE de l’ouvrage d’Harald Welzer sur les guerres du climat interroge autrement cette violence des processus discriminants.
Un point de focalisation de ce numéro est l’Amérique latine contemporaine : celle du Mexique avec le vécu de la lutte au quotidien dans les Chiapas tel que le porte Traba, ou l’analyse par Zorka Dormic de la violence d’Etat telle qu’elle s’origine jusqu’aux récents  massacres d’étudiants, ou les discriminations de genre dont témoigne Isabelle Nizincourt, et dont Delphine Lacombe dresse une analyse rigoureuse à partir de son travail  d’anthropologue au Nicaragua. Le terrain difficile d’Annie Benveniste dans l’Afrique du Sud post-apartheid en donne un autre écho.
Dans le monde même du travail clinique, Paul Brétécher dénonce la violence des décisions politiques qui le rendent impossible. Gilles Vidal autour du rapport de l’enfant autiste à la violence, Bertrand Lebeau sur l’usage des drogues et Nathalie Sinelnikov avec des familles de jeunes gens engagés en Syrie, tentent alors d’articuler les exigences de l’approche clinique aux spécificités des contextes sociaux et politiques. La LVE sur l’ouvrage de David Thomson consacré aux français djihadistes y fait écho. Tout comme le troublant travail artistique de Laurie Dasnois présenté dans ce numéro, brodant des scènes de crime sur la douceur des oreillers, appelle les cliniques urbaines de Guy Trastour faisant surgir une inquiétante étrangeté de la déambulation quotidienne. Et c’est par le biais clinique d’une représentation fantasmée de l’enfance, que Jean-Claude Polack éclaire le quasi-unanimisme des réactions autour de l’attentat de Charlie-Hebdo en janvier dernier.
Anne Querrien saisit dans le travail du cinéaste Harun Farocki les images des effets du pouvoir sur les corps, là où René Schérer, interrogeant la figure centrale de Pasolini, oppose, aussi vigoureusement que paradoxalement, une « morale du voyou » à une brutalisation du politique dans la voyoucratie. Et Philippe Roy présente l’analyse de Joachim Dupuis sur le cinéma de Romero autour de la figure politique du mort-vivant. C’est aussi sur l’écran de cinéma, celui qui rend visible et celui qui fait écran, qu’Elise Lamy-Rested fait surgir la violence des corps-video de son analyse du film Eau argentée.
La LVE de Guy Trastour dresse, à partir du livre collectif Constellations, un état des luttes. Et plusieurs textes les mettent en scène ici, dans la violence sur le terrain du travail : dans le monde enseignant, Nathalie Perin dresse un bilan rigoureux des conséquences, destructrices à tous niveaux, de la précarisation des professions liées à la transmission des savoirs. Et Benjamin Farhat y met au jour les discriminations ethniques. D’ de Kabal fait saisir, par une expérience aussi banale que terrifiante des violences policières quotidiennes, ce que signifie une volonté de neutralisation par la terreur sécuritaire.
Ce numéro, dans sa richesse, est cependant pauvre de tout ce qui y manque, et nous manque. Mais il s’est construit, et en quelque sorte cristallisé, autour des formes implicitement acceptées de violence et d’aliénation qu’il vise à interroger, appelant à croiser les regards cliniques et ceux de l’analyse politique, ceux de l’expérience des luttes et ceux du terrain de recherche, pour laisser paraître aussi, à la croisée de l’économie politique et de l’économie libidinale, les « machines de désir » inventives et créatrices qui en sont le contrepoint ou les lignes de résistance. Les « zones à défendre » de toutes sortes, sur lesquelles nous n’avons pas seulement à penser, mais à tenter d’agir.
Christiane Vollaire
Violence, effets d’euphémisation et de résonance / juillet 2015
Edito du n°85 de la revue Chimères « Violences »

Présentation à la librairie La Terrasse de Gutenberg jeudi 9 juillet 2015

Iconographie Laurie Dasnois

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Chimères n°83 Devenirs révolutionnaires / sommaire complet

Éditorial Christiane Vollaire, Valentin Schaepelynck, Florent Gabarron-Garcia, Jean-Philippe Cazier, Marco Candore, Devenirs révolutionnaires

Concept
Judith Butler, Démocratie radicale. Entretien avec Jean-Philippe Cazier.
Pierre Macherey, Il n’y a pas de bon sens de l’histoire. Entretien avec Jean-Philippe Cazier.
Orazio Irrera, Michel Foucault – Une généalogie de la subjectivité militante

Politique
Alain Brossat, Un geste actif perpétuellement
Hamit Bozarslan, Des tentatives révolutionnaires à l’heure des fragmentations sociales. Entretien avec Christiane Vollaire.
René Schérer, Des modalités du ressentiment dans les devenirs révolutionnaires

Agencements
Hanane et Sy, Femmes en lutte 93. Entretien avec Valentin Schaepelynck.
Samia Ammar, Autour de la condition féminine en Tunisie
François Longérinas, Les Fralibs, de la résistance ouvrière à l’alternative coopérative
Alain Brossat, Jean-Marc Izrine, Le Yiddishland, une déterritorialisation révolutionnaire. Entretien avec Marco Candore.
Sophie Wahnich, L’auto-contrôle de la cruauté des foules révolutionnaires

Esthétique
Dan Mihaltianu, Vie liquide et plaques tournantes. Entretien avec Christiane Vollaire.
Marc Estève, Tresse solidaire

Terrain
Jon Solomon, Le Printemps de Taïwan : quand les Transformers envahissent les boîtes noires
Philippe Borrel, L’urgence de ralentir. Entretien avec Alexandra de Séguin.
Philippe Coutant, Réinventer le politique : autour de la ZAD de N.D. des Landes
Group Guattari New York, Devenir planétaire

Clinique
Florent Gabarron-Garcia, Lucille et la guerre – Clinique, Histoire et Socius

Fiction
Elias Jabre, ID-O

LVE (Lu-Vu-Entendu)
Saïd Bouamama, Figures de la révolution africaine, par Christiane Vollaire
Félix Guattari, Qu’est-ce que l’écosophie ?, par Jean-Philippe Cazier
Michel Pastoureau, Histoire d’une couleurLe vert, par Anne Querrien

Chimères n°83 / Devenirs révolutionnaires / octobre 2014

couv C 83

D’un mille ou mille et unième plateau ? / Séminaire Deleuze et Guattari 2014-2015 / Université Paris Ouest Nanterre / Anne Sauvagnargues – Anne Querrien

Les séances ont lieu le samedi de 14 à 17h à l’École Normale Supérieure
45, rue d’Ulm / Paris 5ème

Anne Sauvagnargues – Anne Querrien

La critique pour Deleuze et pour Guattari ne peut se borner à comparer le présent avec les expériences du passé. Prospective, elle conjugue le théorique et l’exploration concrète avec l’intervention sur les terrains d’expérimentations théoriques et politiques. Elle devient clinique parce que transformatrice.

Comme l’an dernier, nous proposons une torsade guattaro-deleuzienne, alternant des séances consacrées à Guattari et des séances portant sur Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes.

Nous poursuivons cette année la lecture suivie de Guattari, Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989), amorcée l’an dernier, qui prolongeait elle-même nos exercices suivis de lecture de Chaosmose (1992) en 2012-2013 et de L’Inconscient machinique (1979) en 2011-2012.

Programme 2014-2015      

- 20 septembre 2014 – salle Weil :   Guattari : les ritournelles éthico-esthétiques. L’énonciation architecturale. La machine visagéitaire de Keiichi Tahara. Cracks in The Street  (Balthus), Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989).

 - 4 octobre – salle Weil : Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes. Invité John Protevi : « Machines de guerre et appareil d’Etat ». « Un nouvel archiviste ».

 - 8 novembre – salle Weil: Guattari :  Le cycle des Agencements. Première approche globale », Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989), p. 93-132.

 - 6 décembre – salle Weil. Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes. Un nouveau cartographe.

 - 10 janvier 2015 - salle Weil : Guattari :  Référence et consistance. Deuxième approche globale, Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989), p. 133- 147.

 - 7 février - salle Weil. Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes. Les strates ou formations historiques : le visible et l’énonçable (Savoir).

 - 7 mars – salle Weil. Guattari :  Le Domaine des Flux, Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989),  p 149-160.

 - 11 avril – salle Weil. Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes. Les stratégies ou le non-stratifié : la pensée du dehors (Pouvoir).

 - 23 mai - salle Weil. Guattari :  Le Domaine des Phylums, Cartographies schizoanalytiques (Galilée, 1989), p. 161-185.

 - 6 juin - salle Celan. Deleuze : l’agencement Foucault : pouvoirs, savoirs, diagrammes. Les plissements ou le dedans de la pensée (Subjectivation).

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