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Une philosophie plébéienne / Centre de réflexion et de documentation sur les philosophies plébéiennes / Atelier du 2 novembre 2013, ferme Courbet de Flagey

La philosophie, comme le reste des activités créatrices, est largement embourbée dans le marécage de la « culture ». Comme telle, elle se résume à produire des marchandises qui possèdent une (petite) valeur d’échange sur le marché culturel. Ses produits sont pourtant particuliers en tant qu’ils prétendent toujours être aussi tout autre chose que des marchandises : une voie vers le salut, la sagesse, la révolution ou le bonheur (comme bien-être essentiellement). Or, c’est précisément cette prétention qui produit leur valeur d’échange, le « supplément d’âme » philosophique comme facette originale du divertissement. On consomme de la philosophie pour prendre plaisir à une suspension illusoire du cycle de production-consommation aliéné qu’est notre existence. Le point d’extériorité transcendant à partir duquel parle la philosophie mainstream, que ce soit la Vérité, le Bien, l’Homme, la Nature, la Vie, l’Événement, toutes ces superstitions, produit un plaisir particulier d’inquiétude-réassurance : inquiétude face aux turpitudes du présent, réassurance dans la contemplation dernière qui l’explique et le justifie. Elle reste de ce point de vue une philosophie patricienne en tant qu’elle justifie l’état de choses actuel, ou suspend sa critique à la contemplation d’un état futur, de toute façon elle légitime des positions sociales supérieures, au nom de transcendances inaccessibles, comme l’ont toujours fait toutes les « noblesses ».
Face à cette figure, par ailleurs très ancienne, de la philosophie, il faut réactualiser, partout où c’est possible, un geste de sécession à l’image du « camp sans général » de la plèbe romaine en 494 avant J.-C. La multitude rejette alors le principe d’autorité théologique et traditionnel qui la prive de parole et démontre ainsi sa capacité d’autonomie. Son horizon n’est, ni un système social séculaire qui détermine le présent, ni le rêve d’une société future qui devrait guider pas à pas un processus révolutionnaire. C’est une position d’extériorité critique qui témoigne du caractère « politique relatif » et non « naturel absolu » de l’ordre du présent et donc de la possibilité indéterminée de le modifier. La seule conséquence réellement prescriptive de ce geste, c’est que désormais tous les citoyens ont droit à la parole, pas à n’importe quelle parole, à une parole de mise en question effective de la validité et de la légitimité des discours de commandement. Le vrai et le juste sont sur la table.
Ce geste, on le retrouve sans difficulté dans la vie et les engagements de Courbet : influencé jeune par le fouriérisme, toujours pacifiste, contre l’Empire et contre l’Empereur, militant pour une autonomie régionale démocratique incluse dans une Europe fédérale, élu de la Commune, condamné pour avoir eu le projet du « déboulonnement » de la Colonne Vendôme, il doit ensuite partir en exil. Ces engagements ne peuvent pas être détachés du travail de Courbet, véritable « peinture socialiste » selon Proudhon, parce qu’il a intégré le social et le politique dans son art. Sans se faire le messager d’une cause dite avant son art, il a fait du geste de peindre un geste politique.
En suivant cette inspiration, une philosophie plébéienne repose sur un geste de critique radicale, permanente et indéfinie. Son but n’est pas de retrouver un fondement mais de supprimer la possibilité de penser tout fondement de vérité ou d’autorité. Elle est donc farouchement anti-théologique. Elle joue Socrate contre Platon. De même l’œuvre de Courbet ne fait pas parler une « divinité rageuse », pas de Liberté à la Delacroix ou d’allégories à la Papety, tout juste en 1848 un homme sur une barricade. La politique n’est pas ici une présence massive, elle est l’affaire des hommes, elle est immanence. Le spectateur ne contemple pas l’aliénation, il y pénètre, enfoncé avec les personnages dans une terre qui n’a pas de sol. Sur le sol marchent des sujets, pris par la terre, il n’y a plus de sujet, mais un être en proie à sa finitude, à la dureté de sa condition, à une fragilité qui déjoue toute certitude de la maîtrise.
Inévitablement, une pratique plébéienne de la philosophie refuse les dignités académiques nécessaires pour obtenir les « biens et les honneurs » sur le marché officiel. Dignité qui permet également de rendre prégnante la ligne imaginaire entre « philosophe » et « non-philosophe ». Elle s’adresse à tous autant qu’elle peut être produite par tous. De même, elle ne repose pas sur le commentaire de la tradition sacralisée. Son but n’est jamais d’expliquer un texte par un autre texte (au final de commenter le commentaire d’un commentaire d’un commentaire…) mais de disséquer une situation présente dans laquelle elle est prise. Elle enquête sur les conditions de possibilité de notre actualité. Même inspiration dans le projet de Courbet, avec Claudet et Buchon, de reprendre l’art populaire, de le faire reconnaître comme art, de constituer des passages d’un art populaire à l’autre, d’entrer dans les vies du peuple en s’incorporant dans ce qui est peint. Tendre à une forme d’engagement dans un lieu qu’il ne s’agit pas seulement de décrire mais où il est question d’introduire de la démocratie tout en le décrivant, « si vous voulez que le peuple vous comprenne, endossez vite sa blouse bleue, dans vos œuvres ; enfoncez-vous vite son casque à mèche jusque sur la nuque, chaussez vite ses gros souliers » écrit Buchon.
Finalement, la philosophie plébéienne est une analyse critique du présent, en particulier des prétentions de vérité et de légitimité des différentes formes d’exercice du savoir et du pouvoir, afin d’en démontrer les contradictions, lacunes, tours de passe-passe, mécanismes de domination, effets de pouvoir inaperçus. Son but n’est pas de retrouver l’Un qui se perdrait dans les ramifications chaotiques d’un présent en manque de repères, mais de faire bouger les lignes qui structurent ce présent, en trouvant des marges de manœuvre de pensée, et donc d’action, dans les relations entre la multiplicité des éléments qui le constituent.« En concluant à la négation de l’idéal et de tout ce qui s’ensuit, j’arrive en plein à l’émancipation de la raison, à l’émancipation de l’individu, et finalement à la démocratie. Le réalisme est, par essence, l’art démocratique. » (Courbet au Congrès d’Anvers en 1861).
Un Centre de réflexion et de documentation sur les philosophies plébéiennes ne serait donc pas un lieu où l’on vient se cultiver, mais où l’on vient produire des outils pour démonter les agencements de pensée du présent. Il ne s’agit pas d’éducation populaire ici, mais de rendre possible un geste artisanal et commun de critique radicale. Or, face à l’hégémonie académique et médiatique de la philosophie patricienne, nous avons d’abord besoin d’un travail de réappropriation et de consolidation théorique de la démarche d’une philosophie plébéienne, vouée sinon à l’invisibilité et à la dissémination. Un séminaire annuel de réflexion sur les philosophies plébéiennes permettrait d’en clarifier les enjeux conceptuels et méthodologiques. Cette élaboration appuierait le repérage et le recueil des discours et des gestes qui donnent corps à cette pratique plébéienne de la philosophie. Un centre de documentation dépassant de loin les limites de la philosophie universitaire et des seules ressources textuelles permettrait de réunir autour de ce fil directeur des formes de pensée et d’action qui se vivent aujourd’hui largement sur le mode de la dispersion et de l’isolement. Il donnerait certainement à voir des liaisons inattendues et fertiles entre des démarches théoriques, artistiques, politiques hétérogènes. Enfin, un colloque annuel relayé par des publications dédiées permettraient d’ouvrir le débat et d’en permettre la publicité. Il reste qu’un défi majeur de ce qui reste de l’ordre de la production et de la transmission d’un savoir, sera la capacité de dépasser la relation pédagogique en permettant la participation active du plus grand nombre. Non pas dans l’idée d’une « vulgarisation » de la connaissance, mais avec l’obsession de l’utilité épistémologique, éthique et politique de ces outils de pensée critique.

Atelier du 2 novembre :

10h -12h30 « Dans la glèbe ou sur le terrain : de CoriolanL’Établi »
Christiane Vollaire

Le Coriolan de Shakespeare oppose, à la plèbe considérée comme un simple ventre affamé, l’héroïsme des guerriers. A ceux qui ne sont pas véritablement sortis de la glèbe, ceux dont le corps s’offre aux blessures pour la défense du territoire. La tradition philosophique, vouée depuis Platon à la contemplation, s’abstrait autant de l’un que de l’autre. Ce faisant, elle méconnaît le rapport au terrain comme part nourricière de l’activité intellectuelle. On veut promouvoir ici l’oxymore que semble constituer une philosophie de terrain, à travers des figures telles que celles de George Orwell, de Simone Weil ou de Robert Linhart. Un terrain qui n’est ni celui de la sociologie, ni celui de l’anthropologie, mais fait de la pensée un lot commun, enraciné dans les pratiques et la pluralité des expériences qu’on interroge. Faire un entretien, ce n’est pas considérer l’interlocuteur comme ce « témoin » en position d’infériorité qu’un juge met à la question, mais comme le sujet d’un discours réflexif et nourricier, indispensable à l’usage affûté des concepts.

12h30- 14h Buffet (gratuit)

14h-16h30 « Rendre visible, faire du bruit » Noël Barbe
Courbet envoie Une Après-dinée à Ornans au Salon en 1849 ; entre 1955 et 1957 Bernard Clavel écrit Vorgine, premier roman publié ; Maurice, son homonyme, fait paraître en 1974, les Paroissiens de Palente ; Armand Gatti tourne à Montbéliard Le Lion, la cage et ses ailes entre 1975 et 1977 ; François Bon, en 1982, publie Sortie d’usine. Souligner la grandeur, lutter contre l’effacement, faire entendre des voix inaudibles ou œuvre polyphonique, réaliser avec, produire des éclats de réalité, se faire ou non porte-parole. Figurer ou représenter ceux qui ne le sont pas, et pour cela entretenir avec eux des rapports différenciés, tel est l’un des points communs de ces différentes œuvres – peinture, littérature, cinéma. C’est aux différents dispositifs qu’elles construisent pour ce faire que nous nous intéresserons.

Ferme Courbet de Flagey
28 grande rue 25 330 FLAGEY
Depuis Besançon, suivre Ornans puis Chantrans
Possibilités de transport depuis les gares de Besançon
Inscription et renseignements :
crdpp25@gmail.com ou Philippe Roy 06 51 38 43 45

http://centre.philoplebe.lautre.net/
Une philosophie plébéienne / Centre de réflexion et de documentation sur les philosophies plébéiennes / Atelier du 2 novembre 2013, ferme Courbet de Flagey dans Dehors bartok-pirate

Orwell, les dissensus du sens commun / Colloque 30 août au 1er septembre 2013

George Orwell, comme chroniqueur, essayiste ou romancier, tente de faire valoir, à travers l’expérience fondatrice de la guerre d’Espagne, du vécu colonial ou du travail en terrain d’exclusion sociale, une logique vitale du sens commun, à l’encontre des totalisations du consensus.
Comment cette intention de dissensus politique résonne-t-elle dans la pensée contemporaine ?

VENDREDI 30 AOÛT 12h. Accueil. Déjeuner d’ouverture

14h30. Alain Brossat
Orwell : les sentiers de la gloire et leurs abîmes

16h30. Manola Antonioli
Figures de la société de contrôle : 1984, Le Meilleur des mondes et Matrix

19h. Apéro. Dîner 21h. Projection du film Scum d’Alan Clarke (1979).

SAMEDI 31 AOÛT

10h. Marco Candore
Les Machines sadiennes : Simulacres, langage,
désir de soumission d’Animal Farm à 1984

12h. Déjeuner

14h. Corinne Le Neün
Le cochon, un animal politique : généalogie d’une représentation

16h. Balade

19h. Apéro. Dîner

21h. Philippe Bazin
First and last : de l’influence du document social à l’incidence sur la photo politique

- Intervention accompagnée d’une projection de photographies en plein air.

DIMANCHE 1ER SEPTEMBRE

10h. Christiane Vollaire
Hommage à la Catalogne : l’exercice documentaire comme modèle d’une pensée critique de terrain

12h. Déjeuner de clôture

Ce colloque est le 3ème d’une série commencée il y a deux ans à Sétrogran, en partenariat avec Ici et ailleurs :
- 2011 : Le Baudelaire des philosophes
- 2012 : Pasolini, à suivre ?
Il fera l’objet, comme les deux précédents, d’une publication coordonnée par Philippe Bazin.

Colloque Orwell, les dissensus du sens commun
du vendredi 30 août au dimanche 1er septembre 2013
Dans la Nièvre à « Sétrogran »
Les Ourgneaux 58340 Montigny-sur-Canne 03 86 50 58 89

Catégorie Orwell sur le Silence qui parle : cliquer ICI
A lire également : Nous autres / Ievgueni Zamiatine
Programme à télécharger :fichier pdf ORWELL-PROGRAMME 
Orwell, les dissensus du sens commun / Colloque 30 août au 1er septembre 2013 dans Agora george-orwell

Le Milieu de nulle part / Christiane Vollaire et Philippe Bazin

Le Milieu de nulle part est issu du travail commun fait, durant l’été 2008, par la philosophe Christiane Vollaire et le photographe Philippe Bazin dans dix-huit centres d’hébergement ou de rétention de réfugiés essentiellement tchétchènes en Pologne.

Ce travail articule les exigences esthétiques et politiques de la photographie documentaire (la série Antichambres) aux exigences réflexives et relationnelles de la philosophie de terrain.

Un livre pour affronter la violence et la question du droit 
Le texte est nourri des entretiens menés avec des demandeurs d’asile de tous âges et de toutes conditions. Ils disent quels dangers, quelles violences, quelle impossibilité de vivre sur leur territoire d’origine, les a poussés à la fuite, hors d’un pays devenu un Etat de non-droit, livré à des puissances maffieuses plus violentes encore que les systèmes féodaux qui les ont précédées : racketts, enlèvements, trafics d’organes ou d’êtres humains en sont le lot quotidien.

Mais ils disent aussi, sur le pays d’ « accueil », tout ce qui transforme le séjour en une véritable course d’obstacles, un nouveau parcours du combattant. Ce parcours n’est pas seulement hérissé de barbelés physiques, mais d’obstacles symboliques, dressés par des textes juridiques absurdes, iniques, en mutation permanente, impossibles à comprendre et à maîtriser.

Un livre pour entendre des réfugiés qui pensent leur devenir politique
Ce livre ne veut en aucun cas offrir les réfugiés à la représentation victimaire dont ils sont trop souvent l’objet, au traitement humanitaire auquel on réduit trop souvent les exigences du droit. Pas plus qu’il ne veut réduire leur parole à celle d’un « témoignage » brut destiné à devenir pour d’autres un matériau de réflexion. Les personnes interrogées, quel que soit leur milieu d’origine, sont d’abord des sujets qui pensent leur propre histoire, la réfléchissent, et réfléchissent à travers elle une histoire qui est au-delà de la leur, et dans laquelle ils ont pleinement conscience de s’inscrire : celle du droit, celle d’un devenir politique.

Un livre pour articuler philosophie et photographie
Aux trois moments du texte (passé, présent, futur) répondent trois moments photographiques : celui des chambres où sont regroupées les familles, réservant à chacune ce minimum d’intimité que traduit, dans la précarité des lieux, tel choix décoratif, telle disposition des couleurs ; celui des salles communes, où l’intimité n’est plus préservée que par la verticalité des couvertures tendues ; celui enfin des lieux de rétention, univers totalement standardisé de la géométrie carcérale.

L’esthétique radicale de la photographie documentaire vient donc ici scander en contrepoint la dynamique du texte. Ceux à qui la parole est donnée dans le texte n’apparaissent à aucun moment dans les images, qui ne présentent que les lieux. Et là où le texte opère une remontée du passé vers le futur, les images opèrent en résonance une descente des espaces encore relativement libres à ceux de l’incarcération.

Mais le texte et les images sont animés d’une force identique, communiquée au photographe comme à la philosophe par ceux qu’ils ont rencontrés, et dont ils se sont nourris pour élaborer ce travail en commun : l’exigence documentaire, comme l’exigence philosophique,  dans leur volonté de dire et de montrer, affirment, aussi loin des mensonges d’une prétendue « neutralité », que des naïvetés d’un apitoiement émotionnel, la puissance vivifiante de la colère.

le milieu de nulle part
Album : le milieu de nulle part

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Christiane Vollaire
Phillippe Bazin

le Milieu de nulle part / 2012
Présentation du livre par les auteurs
samedi 26 janvier à partir de 17h
à la librairie la Terrasse de Gutenberg
9, rue Emilio Castelar – Paris 12°

fichier pdf terrasse_de_gutenberg
Créaphis éditions
fichier pdf flyer Le milieu de nulle_partHD.pdf
Egalement : Ecrits sur images – sur Philippe Bazin
sous la direction de Christiane Vollaire

fichier pdf Flyer-Ecrits sur images
Le Milieu de nulle part / Christiane Vollaire et Philippe Bazin dans Flux

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