Archive pour la Catégorie 'l’Unebévue'

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Problématiser l’hétérosexualité / Enquête sur la pornographie / Mathieu Trachman / Anne-Marie Vanhove / Conférence samedi 22 mars à l’Entrepôt / l’Unebévue revue de psychanalyse

Homosexualité et hétérosexualité ne sont pas un couple réel, deux réalités contraires qui se définiraient l’une par rapport à l’autre, mais une opposition hiérarchique dans laquelle l’hétérosexualité se définit implicitement en se constituant comme la négation de l’homosexualité. L’hétérosexualité se définit sans avoir à se problématiser, elle s’institue elle-même comme un terme non marqué et privilégié.
David Halperin / Saint Foucault

PP

Alors que la circulation d’images pornographiques était clandestine et réprimée en France, au cours des années 1970, la « loi X » permet à des entrepreneurs de réaliser, de produire et de diffuser sur le territoire français des films pornographiques. Un petit groupe de professionnels se constitue, d’abord issus du cinéma, puis d’autres milieux. Rapidement, la conception de l’activité pornographique se précise : elle s’écarte des règles de l’art ou même du divertissement cinématographique pour assumer une dimension plus spécifiquement sexuelle. Comme me le disait un acteur et réalisateur au cours de mon enquête, « mon boulot, et ça n’a pas d’autre prétention, c’est de mettre en image les fantasmes des gens ». Dans le commerce pornographique, des individus se constituent en entrepreneurs de fantasmes, une industrie constitue les désirs sexuels des consommateurs en marché.
Dans ce capitalisme fantasmatique, les désirs ne sont pas seulement investis, ils sont différenciés, classés. Les « fantasmes des gens », ce sont largement les fantasmes des hommes ; et c’est un groupe professionnel majoritairement masculin qui s’organise dès les années 1970. De plus s’opère rapidement une nette division du travail entre la pornographie gaie et la pornographie hétérosexuelle. La séparation pourrait paraître évidente. Cependant le marché gay semble attrayant. Et pourquoi exclure les relations entre hommes des fantasmes hétérosexuels, qui se constituent justement en se décollant du répertoire sexuel ordinaire ? Les pornographes font le choix de l’hétérosexualité. Alors que d’ordinaire l’hétérosexualité est ce qui va de soi, ce qui est présupposé sans être interrogé, le travail pornographique implique une circonscription des fantasmes hétérosexuels. Enquêter sur la pornographie, ce n’est pas seulement décrire comment des individus font commerce des désirs sexuels. C’est aussi comprendre pourquoi la pornographie est un monde où l’hétérosexualité est problématisée.
Qu’entend-on, ici, par hétérosexualité ? Avant que d’être une orientation sexuelle, c’est un marché qui est privilégié au détriment d’autres, c’est aussi un ensemble de compétences qui justifie ces choix commerciaux. Contrairement à ce que laissent penser certaines analyses anti-pornographie, la pornographie n’est pas le lieu où se superposent genre et sexualité, désirs et pratiques, l’exemple parfait d’une domination masculine verrouillée. C’est bien plutôt un espace de tensions entre les fantasmes et les identifications, les sexualités féminines et masculines, le genre et la sexualité. La problématisation de l’hétérosexualité ne délimite pas une identité homogène, ne clôt pas le processus d’affirmation de l’hétérosexualité mais au contraire se comprend comme un processus de réitération. Elle apparaît sur un fond d’anxiété sexuelle. Cette problématisation n’est pas seulement le fait des pornographes, c’est aussi l’opération au fondement de mon enquête. On peut en préciser les conditions de possibilité. En tant que gay, pour qui la sexualité n’est donc jamais non problématique, je proposais de renverser le regard vers ce qui est rarement questionné. Je revendiquais également, en tant que sociologue, une position d’extériorité vis-à-vis de mon objet de recherche. Je prévenais ainsi les soupçons sur mes motivations. Rétrospectivement, ce positionnement était naïf : ici comme ailleurs, la présence ou le soupçon d’homosexualité produit dans les relations avec les autres des réactions spécifiques, et amène chacun à se présenter de manière spécifique, ou à parler de certaines expériences.
Pourquoi l’hétérosexualité est-elle problématisée dans le travail pornographique ? Pourquoi mon enquête sur la pornographie m’a-t-elle amenée à problématiser l’hétérosexualité ?
Mathieu Trachman
Problématiser l’hétérosexualité – Enquête sur la pornographie
Conférence samedi 22 mars à l’Entrepôt

Mathieu Trachman est sociologue à l’Ined – Il est l’auteur de
Travail pornographique. Enquête sur la production de fantasmes
Paris / La Découverte / 2013

fichier pdf place publique 22 mars

l’Unebévue revue de psychanalyse
École Lacanienne de Psychanalyse

Sur le Silence qui parle :
Pornotopie / Beatriz Preciado

Belle et bête / Marcela Iacub

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Psychanalyse et Pulp-Fiction lesbien / Une machine littéraire de subjectivation / Stelio Sardelas / Conférences de l’Unebévue / 8 mars 2014 au cinéma l’Entrepôt

« Il me semblait que tout agencement machinique, à la lettre, s’accrochait sur un certain type de corps sans organes. La question qu’on traite, à supposer que tout agencement machinique se passe, s’accroche, se monte sur un corps sans organes. Comment ça se fabrique un corps sans organes, qu’est-ce qui peut servir à telle ou telle personne, de corps sans organes ? C’est aussi le problème des drogués; comment font-ils, à supposer que ce soit vrai, que ce soit bien une formation de l’inconscient sur laquelle des ********* et que c’est comme une condition pour que des agencements, des connections s’établissent, qu’il y ait une telle qu’il puisse appeler corps sans organes. Les groupes ce sont des corps sans organes, les groupes politiques, les groupes communautaires, etc., impliquent des espèces de corps sans organes, parfois imperceptibles, parfois perceptibles, sur lesquels tout l’agencement de machine qui va être producteur d’énoncés va s’accrocher. L’archétype du corps sans organes, c’est le désert. Il est comme le support, ou comme le support du désir lui-même.
Qu’est-ce qui va s’accrocher ? Dans une schizo-analyse, le problème de l’inconscient, ce n’est pas un problème de générations : Green a envoyé un article sur l’anti-Œdipe et il dit : « quand même c’est des pauvres types, parce qu’ils oublient que un schizo, ça a quand même un père et une mère ». Alors là, c’est lamentable, écoutez un schizo. Un schizo n’a ni père ni mère, c’est tellement évident. Ce n’est pas en tant que schizo qu’il est né d’un père et d’une mère, un schizo, en tant que schizo, n’a pas de père ou de mère, il a un corps sans organes. Le problème de l’inconscient, ce n’est pas un problème de générations, mais de population. Qu’est-ce qui peuple le corps sans organes, qu’est-ce qui fait les agencements, les connections ? Le bonheur de quelqu’un, c’est sa manière à lui de se faire des corps sans organes. Comme différence fondamentale avec la psychanalyse, j’insiste encore une fois : on ne sait pas d’avance. Cette saleté de concept de régression, c’est une manière de dire : ce que tu es est ton affaire, au moins en droit, on la sait d’avance, puisque ce que tu es, c’est ce que tu es. Tandis que là, c’est le principe opposé, vous ne savez pas d’avance ce que vous êtes. C’est pareil pour les histoires de drogues : vous ne savez pas d’avance.
Il y a un très beau livre d’un monsieur qui s’appelle Castaneda, qui raconte son apprentissage du peyotl avec un indien, et l’indien, lui explique que de toutes manières, il faut un allié. Il faut un bienfaiteur pour te mener dans cet apprentissage, c’est l’indien lui-même, mais aussi il faut un allié, i.e. quelque chose qui a un pouvoir. Pour se faire un corps sans organes, tâche très haute, tâche très sublime, il faut un allié, pas forcément quelqu’un d’autre, mais il faut un allié qui va être le point de départ de tout un agencement capable de fonctionner sur un tel corps.

Baise-Moi_Despentes
On a vu, la dernière fois, sur ce corps sans organes, une espèce de distribution de masse, les phénomènes de masse, de population. Ils s’organisent pourquoi ? Parce que l’effet immédiat du corps sans organes, ça ne fait qu’un avec l’expérience, l’expérimentation d’une dépersonnalisation. Ce qui me paraît fascinant, c’est que c’est au moment même d’une tentative de dépersonnalisation, que on acquiert le vrai sens des noms propres, c’est à dire on reçoit son vrai nom propre au moment même de la dépersonnalisation. Pourquoi ?
Supposons qu’il y ait des groupements de masse, ce n’est pas forcément des masses sociales, c’est que, par rapport au corps sans organes, dans sa différence avec l’organisme d’un sujet, le sujet lui-même voilà qu’il se met comme à ramper sur le CSO, à tracer des spirales, il mène sa recherche sur le corps sans organes, comme un type qui se balade dans le désert. C’est l’épreuve du désir. Il trace, comme l’innommable dans Beckett, il trace ses spirales. Lui-même, en tant que dépersonnalisé sur le CSO, ou bien ses propres organes, qui en tant qu’ils sont rapportés maintenant, non pas à son organisme, mais au corps sans organes, ils ont complètement changé de rapports. Encore une fois, le CSO, c’est bien la défection de l’organisme, la désorganisation de l’organisme au profit d’une autre instance; et cette autre instance, les organes du sujet, le sujet lui-même, etc., est comme projeté sur elle, et entretient avec d’autres sujets, un nouveau type de rapports. Tout ça forme comme des masses, des pullulements, ou, à la lettre, sur le corps sans organes, on sait pas très bien qui est qui : ma main, ton œil, une chaussure. Un dromadaire sur le CSO du désert, un chacal, un bonhomme sur le dromadaire, ça fait une chaîne.

KKT
A ce niveau, de toutes manières, la masse inscrite sur le corps sans organes délimite comme un territoire. Les éléments de masse, quels qu’ils soient, définissent des signes. Et qu’est-ce qui assure la cohérence, les connections entre signes ?
Ce qui définit la masse, il me semble, c’est tout un système de réseaux entre signes. Le signe renvoie au signe. Ça c’est le système de masse. Et il renvoie au signe sous la condition d’un signifiant majeur. C’est ça le système paranoïaque. Toute la force de Lacan, c’est d’avoir fait passer la psychanalyse de l’appareil œdipien à la machine paranoïaque. Il y a un signifiant majeur qui subsume les signes, qui les maintient dans le système de masse, qui organise leur réseau. Ça me paraît le critère du délire paranoïaque, c’est le phénomène du réseau de signes, où le signe renvoie au signe. »
Gilles Deleuze
Un appareil œdipien / Vincennes, 12 février 1973

l’Unebévue

École Lacanienne de Psychanalyse

Télécharger : fichier pdf un appareil oedipien

conf sardelas 8 mars 2014-1

Une petite machine asignifiante – hasards polyphoniques et grotesques / Mireille Lauze et Jean Rouaud / Place publique de l’Unebévue / samedi 25 mai / Cinéma l’Entrepôt

Que peut faire un enfant quand est nichée dans son cerveau une petite cellule en trop héritée d’un grand-père ?
Se créer un père étranger via une insémination végétalement assistée
Se faire une mère bloc amoureux d’odeurs, de lumière et de chaleur
Lire écrire et rêver dans le noir pour se tenir à distance du « gouffre familial »
Faire un film.
Film pour lequel les « critiques » n’ont pas résisté à la tentation de monologiser, de donner des définitions achevantes, de rechercher le vraisemblable, d’œdipianiser, de pathologiser…
Film donc à voir autrement.

Détournement d’un texte de Gilles Deleuze :
Il y a deux manières de voir un film,
Ou bien on le considère comme une boîte qui renvoie à un dedans et alors on cherche ses signifiés, et puis si l’on est encore plus pervers ou corrompu, on part en quête du signifiant,
ou bien on considère ce film comme une petite machine asignifiante.
Comment ça fonctionne pour vous ? Si ça ne fonctionne pas, si rien ne se passe, prenez un autre film…
Cette autre vision est une vision en intensité. Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre, rien à interpréter.
Cette manière de voir en intensité, en rapport avec le dehors, flux contre flux, machine avec machine, mise en fonctionnement avec autre chose, n’importe quoi… c’est une manière amoureuse…

Nous brancherons les machines d’un film à deux autres machines, l’une polyphonique, l’autre grotesque, pour tenter des connexions hasardeuses non-hiérarchisées.
Pour tomber amoureux du film…
l’Unebévue
revue de psychanalyse
Ecole lacanienne de psychanalyse

samedi 25 mai à l’Entrepôt, 7 à 9 rue Francis de Pressensé Paris 14ème
matin 9h30 à12h salle de ciné
après-midi 14h à 16h30 à la Galerie verte
Participation aux frais 10 euros / tarif réduit 5 euros

Télécharger le documentfichier pdf 25 mai Lauze Rouaud
Une petite machine asignifiante - hasards polyphoniques et grotesques / Mireille Lauze et Jean Rouaud / Place publique de l'Unebévue / samedi 25 mai / Cinéma l'Entrepôt dans Cinéma unebevue

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