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« D’un signe à l’autre » : quand Guattari entreprit de problématiser l’enseignement de Lacan / Mayette Viltard / l’Unebévue n°31 : Inéchangeable et Chaosmose

Pour aborder la force des propositions de schizoanalyse de Deleuze et Guattari, on cite d’emblée comme textes précurseurs de leurs cinq livres (1), les ouvrages de Deleuze, Différence et répétition (2) et Logique du sens (3), peut-être moins souvent cite-t-on « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? » (4), lecture précise et précieuse de la question de la primarité du signifiant. Mais on donne généralement moins d’importance, sinon aucune, aux deux textes qu’on peut dire « fondamentaux » de Guattari, qui sont « D’un signe à l’autre » (5) et « Machine et structure » (6). Pourtant, à propos de ces deux textes, Deleuze a écrit, à la fin de « Trois problèmes de groupe » [à lire sur le Silence qui parle 1 et 2] qui est sa présentation du premier livre-recueil de Guattari, Psychanalyse et transversalité : « Ce livre doit être pris comme le montage ou l’installation, ici et là, de pièces et rouages d’une machine. Parfois des rouages tout petits, très minutieux, mais en désordre, et d’autant plus indispensables. Machine de désir, c’est-à-dire de guerre et d’analyse. C’est pourquoi l’on peut attacher une importance parti-culière à deux textes, un texte théorique où le principe même d’une machine se dégage de l’hypothèse de la structure et se détache des liens structuraux (« Machine et structure »), un texte-schizo (« D’un signe à l’autre ») où les notions de « point-signe » et de « signe-tache » se libèrent de l’hypothèse du signifiant. » (7)
Il serait ridicule d’en déduire que « se dégager de l’hypothèse de la structure », « se détacher des liens structuraux », « se libérer de l’hypothèse du signifiant », signifieraient ne plus tenir compte de la structure et du signifiant. Opposer Deleuze et Guattari à Lacan, comme je l’entends souvent dire, est une absurdité, ils sont parmi les très rares chercheurs qui restent fondamentalement concernés par la psychanalyse, et qui problématisent l’enseignement de Lacan, et ce, non par consensus, mais par dissensus radical. Ils ne s’y opposent pas, ils ne le relativisent pas, ils construisent une question. Comme a pu l’écrire Deleuze à propos de Nietzsche : « C’est à force d’admiration qu’on retrouve la vraie critique. La maladie des gens aujourd’hui, c’est qu’ils ne savent plus rien admirer : ou bien ils sont « contre », ils situent tout à leur taille, et bavardent, et scrutent. Il ne faut pas procéder ainsi : il faut remonter jusqu’aux problèmes que pose un auteur de génie, jusqu’à ce qu’il ne dit pas dans ce qu’il dit, pour en tirer quelque chose qu’on lui doit toujours, quitte à se retourner contre lui en même temps ». (8)
Mayette Viltard
« D’un signe à l’autre » : quand Guattari entreprit de problématiser l’enseignement de Lacan / 2014
Extrait du texte publié dans l’Unebévue n°31 – Inéchangeable et Chaosmose : 1 La fêlure de l’immanence
L’Unebévue n°32 – Inéchangeable et Chaosmose : 2 Désarticuler le discours succube du signifiant

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1 Deleuze & Guattari, aux Éditions de minuit, à Paris, Capitalisme et schizophrénie 1: L’Anti-Œdipe. 2 : Mille Plateaux, 1980, Kafka, 1975, Rhizome, 1976, et Qu’est-ce que la philosophie ?, 1991.
2 G. Deleuze, Différence et répétition, Paris, Puf, 1968.
3 G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Éditions de Minuit, 1969.
4 G. Deleuze, « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? », texte de 1967, publié en 1972 par François Châtelet, dans le tome VIII de son Histoire de la philosophie et repris in L’île déserte et autres textes, op. cit., pp. 238-269.
5 Félix Guattari, « D’un signe à l’autre » in Recherches n°2, du 3 février 1966, ce sont des extraits qui sont publiés dans Psychanalyse et transversalité, [Maspéro 1972], La Découverte, 2003.
6 F. Guattari, « Machine et structure » in Change n°12, Désir et déraison, Paris, 1972.
7 G. Deleuze, « Trois problèmes de groupe », introduction à Psychanalyse et transversalité, op. cit.
8 Gilles Deleuze, « Sur Nietzsche et l’image de la pensée », Entretien avec Jean-Noël Vuarnet, [février 1968], in L’île déserte et autres textes, Éditions de Minuit, 2002, p. 192.

Les hérétiques de la sensation / revues Chimères et l’Unebévue / samedi 22 novembre / salle de l’Ageca, Paris

« C’est l’érotisme qui va changer, érotisme devenu électrique, fluide, qui n’aura plus rien des complaisances de la nature libidineuse. Une autre et suprême force l’a attrapé. [...] Il devient difficile de retrouver l’amour dans sa naïveté. Serait-ce pour cette raison vaguement soupçonnée, que d’instinct une certaine unanimité se fait contre les habitués de la drogue. Pour une fois d’accord, amoureux comme puritains, jeunes et vieux, hommes et femmes, ouvriers et bourgeois se sentent spontanément de l’humeur, de l’hostilité, de l’indignation dès qu’il est question de ces scandaleux hérétiques de la sensation. »
Henri Michaux
L’Infini turbulent – « Le problème d’Éros » / 1957

« Toutes les drogues concernent d’abord les vitesses, et les modifications de vitesse.
Nous disons que les problèmes de drogue ne peuvent être saisis qu’au niveau où le désir investit directement la perception, et où la perception devient moléculaire, en même temps que l’imperceptible devient perçu. La drogue apparaît alors comme l’agent de ce devenir. C’est là qu’il y aurait une pharmaco-analyse, qu’il faudrait à la fois comparer et opposer à la psychanalyse. Car, de la psychanalyse, il y a lieu de faire à la fois un modèle, un opposé, et une trahison. [...] l’inconscient est à faire, non pas à retrouver. Il n’y a plus une machine duelle conscience-inconscient, parce que l’inconscient est, ou plutôt est produit, là où va la conscience emportée par le plan. La drogue donne à la conscience l’immanence et le plan que la psychanalyse n’a cessé de rater.
Comment la causalité immanente du désir, moléculaire et perceptive, échoue dans l’agencement-drogue. Les drogués ne cessent de retomber dans ce qu’ils voulaient fuir, une segmentarité plus dure à force d’être marginale, une territorialisation d’autant plus artificielle qu’elle se fait sur des substances chimiques, des formes hallucinatoire et des subjectivations fantasmatiques. Les dorgués peuvent être considérés comme des précurseurs ou des expérimentateurs qui retracent inlassablement un nouveau chemin de vie. (…) Le tort des drogués serait-il chaque fois de repartir à zéro, soit pour prendre de la drogue, soit pour l’abandonner, alors qu’il faudrait prendre un relais, partir « au milieu », bifurquer au milieu ? »
Deleuze-Guattari
Mille plateaux / extraits du Plateau 10 / 1980

Texte à télécharger : fichier pdf Deleuze Guattari Journée Chimères-Unebévue

ou à lire sur le Silence qui parle ICI

« Je ne vois pas que démocratiser l’enseignement de la psychanalyse pose d’autre problème que celui de la définition de notre démocratie.
Matérialisons [les effets de la science] sous la forme des divers produits qui vont des tranquillisants jusqu’aux hallucinogènes. Cela complique singulièrement le problème de ce qu’on a jusque-là qualifié d’une manière purement policière de toxicomanie. Du point de vue de la jouissance, qu’est-ce qu’un usage ordonné de ce qu’on appelle plus ou moins proprement des toxiques, peut avoir de répréhensible, sauf si le médecin entre franchement dans ce qui est la deuxième dimension caractéristique de sa présence au monde, à savoir la dimension éthique. Ces remarques qui peuvent sembler banales ont tout de même l’intérêt de démontrer que la dimension éthique est celle qui s’étend dans la direction de la jouissance.
Ce que j’appelle jouissance au sens où le corps s’éprouve, est toujours de l’ordre de la tension, du forçage, de la dépense, voire de l’exploit. Il y a incontestablement jouissance au niveau où commence d’apparaître la douleur, et nous savons que c’est seulement à ce niveau de la douleur que peut s’éprouver toute une dimension de l’organisme qui autrement reste voilée. »
Jacques Lacan
Place de la psychanalyse dans la médecine / (extraits) / 1966

Texte à télécharger : fichier pdf lacan Journée Chimères-Unebévue

Nous visionnerons un film en commun, le matin, et nous en débattrons ensemble jusqu’à 12h30.
Nous reprendrons à 14h30, avec des interventions d’Anne Coppel et Mayette Viltard.
Les discussions sont prévues jusqu’à 18h.

Revues Chimères et l’Unebévue
Les Hérétiques de la sensation / 2014

Samedi 22 novembre 2014 – de 9h à 18h
Salle de l’Ageca, 177 rue de Charonne – Paris 11°
PAF 20 euros, tarif réduit 10 euros

Télécharger le flyer : fichier pdf Les hérétiques de la sensation-1

fichier pdf Les hérétiques de la sensation-2

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Chérir la diversité sexuelle / Gayle Rubin à Paris juin 2013 / Collectif, dir. Mayette Viltard / Cahiers de l’Unebévue

Chérir plutôt qu’éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, cela ne va pas de soi, n’est pas un donné. Il y faut, oui, ainsi que l’observe Gayle Rubin, une «théorie politique radicale» de la sexualité, qui place en son cœur la notion de «variation sexuelle bénigne».

Textes de David halperin, Jean Allouch, Rostom Mesli, Gayle Rubin, Daniel Defert, Laurie Laufer, Lee Edelman, Mayette Viltard

 

Quelques mots pour saluer Gayle Rubin / Daniel Defert / extrait :

J’avais reçu une invitation à participer aujourd’hui à l’accueil de Gayle qui est pour moi à la fois une légende et une pionnière mais j’étais aux États-Unis, d’ailleurs en même temps qu’elle, à Chicago, et je n’ai pas pu répondre positivement. J’ai juste à mon retour signalé que je serai heureux d’être parmi vous sans avoir pour autant grand-chose à dire après ces exposés très théoriques de ce matin. Simplement, voilà aussi plus de trente ans que je connais Gayle, qui pour moi, je le répète, est une pionnière, et aussi une légende.
Je voudrais d’abord dire en quoi c’est une pionnière. C’est Leo Bersani qui m’a fait lire en 1976 je crois, son premier article Traffic in women, Le marché aux femmes, qui était véritablement un texte de haute tenue théorique et politique, et c’était la première fois qu’on faisait une critique radicale de Lévi-Strauss, de son texte Les structures élémentaires de la parenté, qui est quand même un des grands textes fondateurs de la modernité anthropologique. Il y avait là une analyse radicale extraordinairement théorique, claire, magnifique, le texte a eu un énorme impact dans les universités américaines et chez les féministes américaines. Non seulement ce texte remettait en cause au fond toute la question de la parenté, mais d’une certaine manière les questions qui étaient posées sont notre actualité d’aujourd’hui, elles sont au cœur des débats actuels sur le mariage. C’est donc un texte de 1975 que je trouve absolument fondateur.
Ensuite, Gayle est une pionnière au sein du mouvement féministe. Vous avez entendu à quel point c’est rare, c’est une lesbienne qui aime les hommes, les hommes gays, et c’est agréable à entendre, pour moi en particulier. Gayle est une des rares personnalités du monde féministe qui a pointé une dérive réactionnaire au sein du féminisme. C’est vrai que le corps de la femme est un enjeu politique considérable, mais les féministes ont été extrêmement mal à l’aise dans la gestion de cette question du corps féminin, le corps féminin était, quoi qu’on fasse, un corps soumis, corps objet, corps marchandise, ce qui fait qu’il y avait une lutte considérable contre la pornographie. Les féministes s’en prenaient également aux pédophiles. Je me rappelle qu’à l’époque, les homosexuels masculins étaient censés être les protecteurs des pédophiles et il était difficile de dissocier homosexualité masculine et pédophilie. À chaque fois, on venait voir les homos en disant : Comment ! Vous ne défendez pas assez les pédophiles ! Alors que statistiquement, il y quand même beaucoup plus de pédophiles hétérosexuels que de pédophiles homosexuels. Mais néanmoins, il y avait une espèce de couplage, dans l’opinion, et les féministes étaient extrêmement remontées contre les pédophiles. Donc, il y avait une demande de criminalisation, une lutte contre la pornographie, et le féminisme était à la fois progressiste et de plus en plus porteur de positions réactionnaires, de recours à la judiciarisation, et c’était de plus en plus difficile d’être solidaire des positions féministes. Là encore, Gayle a été pionnière en défendant l’érotique du corps féminin malgré ces analyses prétendument politiques, et on a bien vu ce matin le sens de son travail.
Pionnière enfin dans un troisième registre dont on a eu une présentation partielle tout à l’heure. La dernière fois que j’ai rencontré Gayle, c’était à San Francisco en 1987 et nous ne nous étions pas revus depuis 1987 et nous nous sommes reconnus d’emblée, c’est agréable ! Elle m’avait exposé son projet. En tout cas, ce que j’avais compris de son projet était l’émergence de la visibilité gay en milieu urbain. Elle associait l’émergence de la visibilité gay à toute la sémiotique du cuir. Le milieu SM cuir a été conduit à exprimer ses préférences érotiques pour éviter de perdre son temps à tomber sur le mauvais partenaire, et il y a eu, vous avez tous vu, à une époque, les mouchoirs les couleurs, toute une sémiotique qui a rendu visible l’érotique gay. Gayle Rubin associait l’émergence de la visibilité gay à l’émergence de la visibilité du choix érotique, et j’avais trouvé ça tout à fait passionnant, on l’a bien vu, partiellement, dans les exposés d’aujourd’hui.
Voilà les trois dimensions dans le travail de Gayle qui m’avaient très tôt retenu, fasciné, et que j’ai souvent commentées. Il y avait une anthologie de textes féministes qui avait reproduit le texte Traffic in women et avec mes étudiant(e)s, nous avons souvent étudié ce texte. Vous savez qu’il a inspiré Bourdieu, d’une manière que personnellement j’estime malhonnête. Dans la Domination masculine, il y a un chapitre entier qui est un décalque complet du texte de Gayle Traffic in women. Gayle a fait deux éditions de son texte, et dans la deuxième édition, elle a fait une critique de sa première analyse, et Bourdieu utilise cette critique comme étant sa propre critique du texte de Gayle…

l’Unebévue

Chérir la diversité sexuelle

Également paru : Le Rapport Turquet / préface José Attal

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