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Revue Chimères n°83 : Devenirs-révolutionnaires / Présentation à la librairie l’Atelier, Paris, le mercredi 12 novembre 2014 : avec Hamit Bozarslan, Orazio Irrera, Dan Mihaltianu, René Scherer, Sophie Wahnich

Il n’y a pas une révolution mais un processus révolutionnaire multiple, impliquant des fractures et mutations locales, relatives, collectives et incessantes. Il s’agit, au-delà des désanchentements, et dans une perspective critique à l’égard d’une globalisation « démocratique », catastrophique et violente, de rouvrir la question d’une pensée des devenirs, des tactiques efficaces, et d’en retrouver le tranchant.

Numéro coordonné par Christiane Vollaire, Jean-Philippe Cazier,
Florent Gabarron-Garcia, Valentin Schaepelynck et Marco Candore

Avec la présence d’auteurs ayant contribué au numéro :

Hamit Bozarslan, Orazio Irrera, Dan Mihaltianu, René Scherer, Sophie Wahnich

Mercredi 12 novembre – 20h – à la librairie l’Atelier, 2bis rue du Jourdain – métro Jourdain, Paris 20ème

Sur l’invitation de la librairie l’Atelier, des éditions érès et du comité de rédaction de la revue Chimères

Hamit Bozarslan – Öcalan s’est d’abord positionné comme marxiste-léniniste pendant les premières années de sa contestation. Mais derrière cette appellation il y avait en réalité un ancrage très fort à un fanonisme qui ne dit pas son nom. Il a en effet redéfini les termes de la question kurde, ce qui lui a permis de devenir la figure emblématique qu’il est devenu. Son discours était le même que celui des Damnés de la terre : le colonisé porte en lui la responsabilité de sa colonisation. Il doit donc utiliser une violence non pour assurer la simple décolonisation de son pays, mais pour devenir lui-même un homme décolonisé, un homme nouveau. L’Öcalan des années 1980 dit : La violence que je vous demande d’exercer n’est pas destinée à réaliser les objectifs d’un « nationalisme primitif », mais doit donner naissance à un « nouveau Kurde », qui se sera créé par la transformation de son corps en un site de bataille entre « la servitude et l’émancipation ».
Depuis une dizaine d’années, à ce discours s’est substitué un autre discours : celui d’une démocratie radicale, qui s’exercerait à travers un système très élargi d’autonomie locale à toutes les échelles, dans lequel les sujets politiques libres participeraient au pouvoir directement. La prise de position deviendrait une affaire d’exercice politique au quotidien. C’est la solution qu’il propose pour résoudre la question kurde. Elle permettrait, selon lui, à la fois une représentation citoyenne, une intégration et un exercice du pouvoir jusqu’à une fédération régionale. Il s’agit ici de poser la question kurde sans passer par la violence.
Il y a sur ce point des recherches partout dans le monde : au Chiapas, comme il y en a eu dans l’expérience de la Commune en France, ou même au Kurdistan syrien en 2012. Mais est-ce qu’un tel projet peut déboucher sur la construction politique d’une société ? Une société qui serait clivée, mais vivant ses clivages comme légitimes, se réinventant en permanence ? Ces questions restent largement ouvertes.
Extrait de « Des tentatives révolutionnaires à l’heure des fragmentations sociales »
in Chimères n°83

Orazio Irrera -  Pour Foucault, ce qui rendait le soulèvement iranien intéressant était l’absence des partis et la décimation des groupes révolutionnaires. Il souligne le manque de ces deux grandes dynamiques fondamentales pour le marxisme : «celle de la lutte des classes ou de grands affrontements sociaux [et] une dynamique politique, c’est-à-dire la présence d’une avant-garde, classe, parti ou idéologie politique, bref, un fer de lance qui entraîne avec lui toute la nation ». L’aspect qui ici capture davantage l’attention de Foucault est le courage démontré dans ce soulèvement populaire, la disponibilité à mettre en jeu sa propre vie qui arrive à interrompre l’exercice du pouvoir politique : « Le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité ou un peuple tout entier dit : ‘Je n’obéis plus’, et jette à la face d’un pouvoir qu’il estime injuste le risque de sa vie – ce mouvement me paraît irréductible »
Extrait de « Michel Foucault – Une généalogie de la subjectivité militante »
in Chimères n°83

Dan Mihaltianu – Plaques tournantes est un projet process-oriented, donc ouvert, se développant dans le temps, s’enrichissant en permanence, comme la majorité des toutes mes œuvres. (…) Le projet jette un coup d’œil vers la musique et la culture des vinyles (vinyl culture) : distribution, circulation et diffusion des tendances, courants, modes et façons de vivre à travers les continents. Des phénomènes qui ont potentiellement influencé les changements sociaux et culturels. La confrontation entre les modes de vie des jeunes générations et les structures politiques ossifiées, conduisent à des confrontations sociales, au nombre desquelles on peut compter des dynamiques de contestation comme le mouvement contre la guerre du Vietnam, les protestations des étudiants de 1968, le Printemps de Prague, le mouvement syndical Solidarité en Pologne, certains aspects de la chute du mur de Berlin. Et le processus continue sans arrêt.
Extrait de « Vie liquide et plaques tournantes »
in Chimères n°83

René Scherer – «  Que pèsent quelques oiseaux devant l’avenir de nos enfants? ». Phrase lue dans un article du Monde (5 mars 2014), proférée par un ministre grec à propos du détournement d’un cours d’eau pour un barrage destiné à la culture du coton. On y reconnaît cette langue de bois qui est aussi celle d’Ayrault ou de Valls, s’agissant de Notre-Dame des Landes. L’envolée péremptoire et lyrique, aussi bien au service de l’inutile et catastrophique coton hellénique que du tout aussi catastrophique et inutile aéroport nantais. Le jargon de la croissance, les grands mots de la bourse et du commerce, aurait dit Fourier, brandis en défenseurs d’un « progrès » : armes imparables du double langage politique. Cet abus des mots, ce mésusage de la langue est au cœur de la question qui nous préoccupe lorsque l’on manie le mot de révolution.
Extrait de « Des modalités du ressentiment dans les devenirs révolutionnaires »
in Chimères n°83

Sophie Wahnich – La place Tahrir, telle qu’elle a été filmée par Stefano Savonna,  montre une foule sans compacité. Des groupes de petites tailles chantent ou scandent des slogans, d’autres se reposent et discutent, des pancartes individuelles sont brandies. Les émotions sont indissociables des discussions. Une conscience réflexive des dangers de la fureur borde l’effort politique. Quand une figure de l’autorité militaire tente de manipuler la foule en la culpabilisant, en agitant le motif de l’Egypte en danger, la foule ne se laisse pas faire, l’identification à l’Egypte comme patrie n’en fait pas un mot magique et ils répondent que ce ne sont pas les manifestants qui mettent en danger l’Egypte mais bien Moubarak, que c’est lui qui attise la violence. Pour autant, les manifestants n’ont pas compté sur la vertu de chacun et, d’une manière très réfléchie, ont organisé quatre barrages de fouille successifs pour qu’aucune arme ne pénètre sur la place. Tout service d’ordre produit ainsi une auto retenue de la cruauté des violences destructrices. Enfin, en ce qui concerne l’humour, on se souviendra par exemple de la baguette de pain en guise de mitraillette et des petits ciseaux à ongles pour découper les barbelés à Tunis : ironiser les outils de l’adversaire est une manière de fabriquer une réplique sans violence mimétique.
Extrait de « L’auto-contrôle de la cruauté des foules révolutionnaires »
in Chimères n°83

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Chimères 83

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Les luttes des putes / Thierry Schaffauser

Pénaliser, abolir, verbaliser, réprimer : tel est le bruit de fond commun aux discours sur « les putes », qu’ils émanent de députés, de féministes ou de maniaques de l’ordre moral et urbain. À contre-courant, ce livre défend l’idée de travail du sexe, idée scandaleuse entre toutes car elle implique une alliance entre le combat féministe, le combat ouvrier et celui des pauvres et des exclus. Se fondant sur son savoir historique et sur son expérience personnelle, Schaffauser dénonce les violences, décrypte les sollicitudes hypocrites et raconte l’histoire des luttes, en particulier la création du STRASS (Syndicat du travail sexuel), et ses rapports souvent conflictuels avec une « extrême gauche » confite dans la vertu.
Un livre décapant et éclairant sur un sujet qu’il n’est plus possible d’éviter aujourd’hui. (note de l’éditeur)

Avant-propos. Depuis fin 2011, les prostituées sont sous les projecteurs médiatiques. C’est en effet en décembre de la même année que Danielle Bousquet et Guy Geoffroy ont déposé une proposition de loi pour renforcer la lutte contre la prostitution. En guise de mesure phare, les parlementaires qui l’ont déposée et leurs soutiens au gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem en tête, ont mis en avant la « pénalisation des clients » de prostituées. Nous, putes, sommes dès lors au centre d’un débat public dans lequel s’affrontent des positions contradictoires. Les uns souhaitent voir notre activité disparaître en verbalisant nos clients, les autres proposent de rouvrir les maisons closes, beaucoup d’autres enfin, issus des élites politiques ou administratives, essayent surtout de nous chasser des rues ou des lieux où nous travaillons, voire d’expulser du pays ceux et celles d’entre nous qui n’ont pas de papiers. Dans cette ambiance franchement répressive, nous, travailleurs et travailleuses du sexe, opposons des revendications, qui se concentrent autour de la décriminalisation de notre activité. C’est une proposition souvent mal comprise, caricaturée mais, il faut le dire, c’est la seule qui puisse améliorer le sort des prostituées – si l’on s’accorde sur le fait qu’il s’agit bien là de la vocation véritable des politiques publiques.
Ce livre est une défense de cette revendication, qui est aujourd’hui l’horizon immédiat des luttes des putes : ni chasse aux prostituées sous le prétexte de lutter contre le « racolage passif » ou le « proxénétisme », ni pénalisation des clients qui est une forme déguisée d’exclusion et de marginalisation des travailleurs et travailleuses du sexe. Mais ce livre est plus que cela. C’est une tentative d’inscrire nos luttes dans deux traditions de la politique d’émancipation : le mouvement féministe et le mouvement ouvrier. Cette tentative peut sembler paradoxale, tant en France des acteurs variés, issus des partis politiques, de la société civile, mènent une lutte idéologique pour nous bannir des espaces et de la réflexion féministes et pour proscrire l’usage de l’expression « travailleurs et travailleuses du sexe » – qui nous permet de nous identifier au mouvement ouvrier. Ce livre n’a donc pas pour ambition de refléter le « point de vue des prostituées ». Il a pour but de proposer une perspective à nos luttes et à nos revendications qui s’inscrive dans une vision globale d’émancipation, un horizon égalitaire, une politique visant à étendre la sphère des droits sociaux de tous et toutes contre les attaques répressives, racistes et le renforcement de la précarité au sein du monde du travail. Notre réflexion se situe dans une militance bien précise, la construction active et l’animation d’un syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe (STRASS).

DROITS DES TRAVAILLEURS DU SEXE

Cette idée d’une syndicalisation des prostituées est une étape décisive d’un itinéraire politique et militant, une trajectoire à la fois personnelle et collective. À 18 ans, j’entrais à Act Up et me dédiais au militantisme lié à la santé communautaire et à la lutte s-contre le sida ; à 20 ans, je commençais le travail sexuel sur le trottoir de l’avenue Bugeaud près de la porte Dauphine ; en 2005, je participais à la conférence internationale des sex workers à Bruxelles. Ces années furent le théâtre d’un renforcement de la répression – avec notamment en 2003 la Loi pour la sécurité intérieure instaurant le délit de « racolage passif » – mais aussi de luttes, de réappropriation d’un stigmate de pute à travers des élaborations liées à la défense de nos intérêts, pour finalement aboutir à l’idée d’une syndicalisation des travailleurs et travailleuses du sexe et à la constitution du STRASS en 2009.
Cet ouvrage s’inscrit dans un combat de longue haleine, dans une élaboration collective qui en est encore à son premier âge. C’est une contribution à cette réflexion et, je l’espère, un appui pour les luttes à venir, aussi bien du point de vue des argumentaires qu’il vise à déployer, qu’en vertu des alliances qu’il appelle de ses vœux – par la défense de cette ambition que la syndicalisation des putes soit désormais davantage un enjeu féministe et ouvrier. Ce livre est donc aussi là pour élargir les stratégies dans lesquelles la lutte des travailleurs et travailleuses du sexe évolue, car la meilleure manière de vaincre, c’est de pouvoir choisir ses alliés et ses ennemis. Ce livre cherche à diffuser des savoirs, mais aussi, peut-être, à poser les jalons des coalitions émancipatrices à venir.
Thierry Schaffauser
Les luttes des putes / 2014

Publié aux éditions La Fabrique

À lire sur le site du Strass :
APERO ANTI-PUTES A TOULOUSE : QUI SONT LES FASCISTES ?

601715-manifestation-contre-le-projet-de-loi-visant-a-penaliser-les-clients-des-prostituees-le-29-novembre-

Rencontre avec Silvia Federici en discussion avec Morgane Merteuil (STRASS) / Colloque Penser l’émancipation / juin 2014

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Le 8 juin 2014, Penser l’émancipation (Paris) organisait, en partenariat avec la revue Actuel Marx, les Éditions Entremonde et la librairie Envie de lire, une rencontre avec Silvia Federici, en discussion avec Morgane Merteuil, à l’occasion de la parution de Caliban et la sorcière.
Silvia Federici poursuit une recherche intellectuelle et militante retraçant les racines du patriarcat dans l’histoire longue des expropriations, dépossessions des communs, enclosures. De la chasse aux sorcières aux plans d’ajustement structurels, Federici propose une relecture féministe de l’histoire du capitalisme.
À la suite de son intervention, elle engage ici une discussion autour du travail reproductif avec Morgane Merteuil, porte-parole et secrétaire générale du STRASS (Syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe).
http://penserlemancipation.net/

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