Archive pour la Catégorie 'Anarchies'

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Les luttes des putes / Thierry Schaffauser

Pénaliser, abolir, verbaliser, réprimer : tel est le bruit de fond commun aux discours sur « les putes », qu’ils émanent de députés, de féministes ou de maniaques de l’ordre moral et urbain. À contre-courant, ce livre défend l’idée de travail du sexe, idée scandaleuse entre toutes car elle implique une alliance entre le combat féministe, le combat ouvrier et celui des pauvres et des exclus. Se fondant sur son savoir historique et sur son expérience personnelle, Schaffauser dénonce les violences, décrypte les sollicitudes hypocrites et raconte l’histoire des luttes, en particulier la création du STRASS (Syndicat du travail sexuel), et ses rapports souvent conflictuels avec une « extrême gauche » confite dans la vertu.
Un livre décapant et éclairant sur un sujet qu’il n’est plus possible d’éviter aujourd’hui. (note de l’éditeur)

Avant-propos. Depuis fin 2011, les prostituées sont sous les projecteurs médiatiques. C’est en effet en décembre de la même année que Danielle Bousquet et Guy Geoffroy ont déposé une proposition de loi pour renforcer la lutte contre la prostitution. En guise de mesure phare, les parlementaires qui l’ont déposée et leurs soutiens au gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem en tête, ont mis en avant la « pénalisation des clients » de prostituées. Nous, putes, sommes dès lors au centre d’un débat public dans lequel s’affrontent des positions contradictoires. Les uns souhaitent voir notre activité disparaître en verbalisant nos clients, les autres proposent de rouvrir les maisons closes, beaucoup d’autres enfin, issus des élites politiques ou administratives, essayent surtout de nous chasser des rues ou des lieux où nous travaillons, voire d’expulser du pays ceux et celles d’entre nous qui n’ont pas de papiers. Dans cette ambiance franchement répressive, nous, travailleurs et travailleuses du sexe, opposons des revendications, qui se concentrent autour de la décriminalisation de notre activité. C’est une proposition souvent mal comprise, caricaturée mais, il faut le dire, c’est la seule qui puisse améliorer le sort des prostituées – si l’on s’accorde sur le fait qu’il s’agit bien là de la vocation véritable des politiques publiques.
Ce livre est une défense de cette revendication, qui est aujourd’hui l’horizon immédiat des luttes des putes : ni chasse aux prostituées sous le prétexte de lutter contre le « racolage passif » ou le « proxénétisme », ni pénalisation des clients qui est une forme déguisée d’exclusion et de marginalisation des travailleurs et travailleuses du sexe. Mais ce livre est plus que cela. C’est une tentative d’inscrire nos luttes dans deux traditions de la politique d’émancipation : le mouvement féministe et le mouvement ouvrier. Cette tentative peut sembler paradoxale, tant en France des acteurs variés, issus des partis politiques, de la société civile, mènent une lutte idéologique pour nous bannir des espaces et de la réflexion féministes et pour proscrire l’usage de l’expression « travailleurs et travailleuses du sexe » – qui nous permet de nous identifier au mouvement ouvrier. Ce livre n’a donc pas pour ambition de refléter le « point de vue des prostituées ». Il a pour but de proposer une perspective à nos luttes et à nos revendications qui s’inscrive dans une vision globale d’émancipation, un horizon égalitaire, une politique visant à étendre la sphère des droits sociaux de tous et toutes contre les attaques répressives, racistes et le renforcement de la précarité au sein du monde du travail. Notre réflexion se situe dans une militance bien précise, la construction active et l’animation d’un syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe (STRASS).

DROITS DES TRAVAILLEURS DU SEXE

Cette idée d’une syndicalisation des prostituées est une étape décisive d’un itinéraire politique et militant, une trajectoire à la fois personnelle et collective. À 18 ans, j’entrais à Act Up et me dédiais au militantisme lié à la santé communautaire et à la lutte s-contre le sida ; à 20 ans, je commençais le travail sexuel sur le trottoir de l’avenue Bugeaud près de la porte Dauphine ; en 2005, je participais à la conférence internationale des sex workers à Bruxelles. Ces années furent le théâtre d’un renforcement de la répression – avec notamment en 2003 la Loi pour la sécurité intérieure instaurant le délit de « racolage passif » – mais aussi de luttes, de réappropriation d’un stigmate de pute à travers des élaborations liées à la défense de nos intérêts, pour finalement aboutir à l’idée d’une syndicalisation des travailleurs et travailleuses du sexe et à la constitution du STRASS en 2009.
Cet ouvrage s’inscrit dans un combat de longue haleine, dans une élaboration collective qui en est encore à son premier âge. C’est une contribution à cette réflexion et, je l’espère, un appui pour les luttes à venir, aussi bien du point de vue des argumentaires qu’il vise à déployer, qu’en vertu des alliances qu’il appelle de ses vœux – par la défense de cette ambition que la syndicalisation des putes soit désormais davantage un enjeu féministe et ouvrier. Ce livre est donc aussi là pour élargir les stratégies dans lesquelles la lutte des travailleurs et travailleuses du sexe évolue, car la meilleure manière de vaincre, c’est de pouvoir choisir ses alliés et ses ennemis. Ce livre cherche à diffuser des savoirs, mais aussi, peut-être, à poser les jalons des coalitions émancipatrices à venir.
Thierry Schaffauser
Les luttes des putes / 2014

Publié aux éditions La Fabrique

À lire sur le site du Strass :
APERO ANTI-PUTES A TOULOUSE : QUI SONT LES FASCISTES ?

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Rencontre avec Silvia Federici en discussion avec Morgane Merteuil (STRASS) / Colloque Penser l’émancipation / juin 2014

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Le 8 juin 2014, Penser l’émancipation (Paris) organisait, en partenariat avec la revue Actuel Marx, les Éditions Entremonde et la librairie Envie de lire, une rencontre avec Silvia Federici, en discussion avec Morgane Merteuil, à l’occasion de la parution de Caliban et la sorcière.
Silvia Federici poursuit une recherche intellectuelle et militante retraçant les racines du patriarcat dans l’histoire longue des expropriations, dépossessions des communs, enclosures. De la chasse aux sorcières aux plans d’ajustement structurels, Federici propose une relecture féministe de l’histoire du capitalisme.
À la suite de son intervention, elle engage ici une discussion autour du travail reproductif avec Morgane Merteuil, porte-parole et secrétaire générale du STRASS (Syndicat des travailleurs et travailleuses du sexe).
http://penserlemancipation.net/

Gérer sa vie – De la force de travail au capital humain / Philippe Coutant

Ce travail part d’un constat : la norme a changé, aujourd’hui la norme est celle de « gérer sa vie ! », de « se gérer », auparavant, dans la période du capitalisme industriel, la norme était celle du travail. L’individualisme et la gestion ont tendance à prendre le dessus sur l’obligation de mobilisation du corps dans le travail. Notre hypothèse est que le changement de norme est une transformation liée à l’évolution du capitalisme industriel au capitalisme contemporain. L’industrie utilisait principalement le corps, aujourd’hui le système économique a besoin de l’esprit et de la subjectivité humaine pour faire fonctionner la production et la consommation de notre temps. Le capitalisme industrie fonctionnait dans une société disciplinaire, maintenant nous vivons dans une société de contrôle basée sur la liberté. La norme gestionnaire va de pair avec la conception de l’individu entrepreneur de lui-même si en vogue dans le néolibéralisme.

Gérer sa vie – De la force de travail au capital humain vient de paraître, on peut le commander auprès de l’auteur :

Philippe Coutant c/o Bellamy 17 – 17 rue Paul Bellamy 44000 Nantes

Prix libre pour les précaires – 5 Euros si vous avez un peu de thunes – 10 Euros si vous avez un revenu

1libertaire@free.fr

Retour temporel sur quelques métamorphoses
La notion de capital humain a été proposée et développée par les économistes libéraux de l’Ecole de Chicago, dont Gary Becker. Une des figures les plus connues de ce courant de pensée est Milton Friedman. Ils ont été des militants actifs du néolibéralisme, la version la plus récente du capitalisme globalisé et mondialisé. Ce sont eux qui ont inspiré « La stratégie du choc » de Naomi Klein, notamment. Cet article a pour origine un texte écrit suite à un appel à contribution d’une revue universitaire canadienne pour un numéro sur « Le capital humain trente ans après ». Gary Becker a eu le prix Nobel d’économie en 1992 pour son travail sur le capital humain. Il s’était fait une spécialité de faire entrer dans l’économie la vie quotidienne comme la scolarité, le nombre d’enfants, les liens familiaux et les relations affectives ou le domaine du don d’organe. La notion de capital humain était censée expliquer la différence de développement entre les Usa et les autres pays. L’écart viendrait du fait que les Usa ont plus de capital humain que les autres pays et que celui-ci serait de meilleure qualité. Si on admet ce point de vue, la domination impérialiste n’y serait pour rien, ce qui est une autojustification, une autoglorification facile de la part des dominants américains.
Pour aborder la question du capital humain trente ans après, nous partirons d’une question apparemment naïve : « Gary Becker est-t-il un grand-père heureux ? ». Elle se pose parce que les notions de capital humain et celle de capital ont essaimé dans toute la société. En effet, pour le sujet d’aujourd’hui tout est capital : son capital santé, son capital jeunesse, son capital temps, son capital relationnel, son capital érotique, son capital image, son capital sympathie, son capital de créativité, etc. Tout est capital parce que tout se gère, le paradigme gestionnaire concerne tous les domaines de la vie. Gérer sa vie est devenu un axe qui nous place d’emblée dans une ambiance particulière où la notion de capital humain fait partie du sens commun. Cette diffusion s’est accompagnée d’un glissement de sens. Gary Becker s’exprimait dans le cadre de la connaissance théorique de l’économie. Il analysait le calcul rationnel propre au fonctionnement du capital humain. Aujourd’hui, cette notion s’est banalisée et s’est diffusée dans notre vie sans se référer à un calcul économique rationnel et comptable. Ce concept a tendance à devenir un synonyme de ressources humaines et est admis comme tel. C’est ce changement de sens que nous souhaitons étudier. La banalisation de l’usage de la notion de capital humain n’est pas contestable, mais ce succès comporte une perte. D’un côté, nous repérons une altération du concept par la sortie du champ de l’étude intellectuelle en économie qu’avait mené Gary Becker. De l’autre côté, nous constatons la puissance d’une norme qui nous enjoint de gérer notre vie dans le contexte de liberté du capitalisme contemporain. Le triomphe de l’utopie néolibérale s’accompagne d’un effacement de ce qui lui a servi de base dans la théorie économique. L’idéologie de notre temps ne retient que la norme gestionnaire, norme qui touche tous les aspects de la vie. Par exemple, nous devons être capables de gérer nos enfants, notre vie professionnelle, la séparation de notre couple et plus tard notre retraite et notre fin de vie.
Ce transfert de l’analyse savante vers le sens commun est corrélé à l’évolution de notre société nommée néolibéralisme ou capitalisme néolibéral pour le différencier de l’ancien libéralisme. Les mots du capitalisme sont passés dans le langage courant. L’existence du capital humain et l’injonction de gérer sa vie sont devenues des évidences. Pourtant associer capital et humain, voir la vie sous l’angle de la gestion ne vont pas de soi, parce que la vie humaine n’est pas a priori une donnée économique qu’il faut gérer, ce n’est pas non plus un bien à préserver ou à faire fructifier. La vie n’est pas une somme d’argent. Appréhender la vie comme un capital est une idée assez récente, c’est cet axiome que nous allons tenter de comprendre. Philippe Coutant (extrait d’un article de 2012)

Télécharger le texte intégral : fichier pdf De la force de travail…

Photo : Cosmopolis / Cronenberg d’après DeLillo

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