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Bichon chez les Nègres / Roland Barthes

Match nous a raconté une histoire qui en dit long sur le mythe petit-bourgeois du Nègre : un ménage de jeunes professeurs a exploré le pays des Cannibales pour y faire de la peinture ; ils ont emmené avec eux leur bébé de quelques mois, Bichon. On s’est beaucoup extasié sur le courage des parents et de l’enfant.
D’abord, il n’y a rien de plus irritant qu’un héroïsme sans objet. C’est une situation grave pour une société que de se mettre à développer gratuitement les formes de ses vertus. Si les dangers courus par le jeune Bichon (torrents, fauves, maladies, etc.) étaient réels, il était proprement stupide de les lui imposer, sous le seul prétexte d’aller faire du dessin en Afrique et pour satisfaire au panache douteux de fixer sur la toile “une débauche” de “soleil et de lumière”; il est encore plus condamnable de faire passer cette stupidité pour une belle audace, bien décorative et touchante. On voit comment fonctionne ici le courage : c’est un acte formel et creux, plus il est immotivé, plus il inspire de respect; on est en pleine civilisation scoute, où le code des sentiments et des valeurs est complètement détaché des problèmes concrets de solidarité ou de progrès. C’est le vieux mythe du “caractère” c’est-à-dire du “dressage”. Les exploits de Bichon sont de même sorte que les ascensions spectaculaires : des démonstrations d’ordre éthique, qui ne reçoivent leur valeur finale que de la publicité qu’on leur donne. Aux formes socialisées du sport collectif correspond souvent dans nos pays une forme superlative du sport-vedette ; l’effort physique n’y fonde pas un appprentissage de l’homme à son groupe, mais plutôt une morale de la vanité, un exotisme de l’endurance, une petite mystique de l’aventure, coupée monstrueusement de toute préoccupation de sociabilité.
Le voyage des parents de Bichon dans une contrée d’ailleurs située très vaguement, et donnée surtout comme le Pays des Nègres Rouges, sorte de lieu romanesque dont on atténue, sans en avoir l’air, les caractères trop réels, mais dont le nom légendaire propose déjà une ambiguïté terrifiante entre la couleur de leur teinture et le sang humain qu’on est censé y boire, ce voyage nous est livré ici sous le vocabulaire de la conquête : on part non armé sans doute, mais “la palette et le pinceau à la main”, c’est tout comme s’il s’agissait d’une chasse ou d’une expédition guerrière, décidée dans des conditions matérielles ingrates (les héros sont toujours pauvres, notre société bureaucratique ne favorise pas les nobles départs), mais riche de son courage – et de sa superbe (ou grotesque) inutilité. Le jeune Bichon, lui, joue les Parsifal, il oppose sa blondeur, son innocence, ses boucles et son sourire, au monde infernal des peaux noires et rouges aux scarifications et aux masques hideux. Naturellement, c’est la douceur blanche qui est victorieuse : Bichon soumet “les mangeurs d’hommes” et devient leur idole (les Blancs sont décidément faits pour être des dieux). Bichon est un bon petit français, il adoucit et soumet sans coup férir les sauvages : à deux ans, au lieu d’aller au bois de Boulogne, il travaille déjà pour sa patrie, tout comme son papa, qui, on ne sait trop pourquoi, partage la vie d’un peloton de méharistes et traque les “pillards” dans le maquis.
On a déjà deviné l’image du Nègre qui se profile derrière ce petit roman bien tonique : d’abord le Nègre fait peur, il est cannibale ; et si l’on trouve Bichon héroïque, c’est qu’il risque en fait d’être mangé. Sans la présence implicite de ce risque, l’histoire perdrait toute vertu de choc, le lecteur n’aurait pas peur ; aussi, les confrontations sont multipliées où l’enfant blanc est seul, abandonné, insouciant et exposé dans un cercle de Noirs potentiellement menaçants (la seule image pleinement rassurante du Nègre sera celle du boy, du barbare domestiqué, couplé d’ailleurs avec cet autre lieu commun de toutes les bonnes histoires d’Afrique : le boy voleur qui disparaît avec les affaires du maître). A chaque image, on doit frémir de ce qui aurait pu arriver : on ne le précise jamais, la narration est “objective” ; la Belle enchaîne la Bête, la civilisation de l’âme soumet la barbarie de l’instinct.
L’astuce profonde de l’opération-Bichon, c’est de donner à voir le monde nègre par les yeux de l’enfant blanc : tout y a évidemment l’apparence d’un guignol. Voilà le lecteur de Match confirmé dans sa vision infantile, installé un peu plus dans cette impuissance à imaginer autrui. Au fond, le Nègre n’a pas de vie pleine et autonome: c’est un objet bizarre ; il est réduit à une fonction parasite, celle de distraire les hommes blancs par son baroque vaguement menaçant : l’Afrique, c’est un guignol un peu dangereux.
Et maintenant, si l’on veut bien mettre en regard cette imagerie générale (Match : un million et demi de lecteurs, environ), les efforts des ethnologues pour démystifier le fait nègre, les précautions rigoureuses qu’ils observent depuis déjà fort longtemps lorsqu’ils sont obligés de manier ces notions ambigües de “Primitifs” ou “d’Archaïques”, la probité intellectuelle d’hommes comme Mauss, Lévi-Strauss ou Leroi-Gourhan aux prises avec de vieux termes raciaux camouflés, on comprendra mieux l’une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la connaissance et de la mythologie. La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles ont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l’erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d’ordre. Nous vivons encore dans une mentalité pré-voltairienne, voilà ce qu’il faut sans cesse dire. Car du temps de Montesquieu ou de Voltaire, si l’on s’étonnait des Persans ou des Hurons, c’était du moins pour leur prêter le bénéfice de l’ingénuité. Voltaire n’écrirait pas aujourd’hui les aventures de Bichon comme l’a fait Match : il imaginerait plutôt quelque Bichon cannibale (ou coréen) aux prises avec le “guignol” napalmisé de l’Occident.
Roland Barthes
Mythologies / 1957
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Bichon chez les Nègres / Roland Barthes dans Agora bichon1

Philosopher / Alain Badiou

Si la philosophie sert à quelque chose, c’est bien à éloigner de nous le calice des passions tristes, à nous enseigner que la pitié n’est pas un affect loyal, ni la plainte une raison d’avoir raison, ni la victime ce à partir de quoi nous devons penser. D’une part, comme l’établit une fois pour toutes le geste platonicien, c’est du Vrai, décliné s’il le faut comme Beau ou comme Bien, que s’origine toute passion licite et toute création à visée universelle. D’autre part, l’animal humain, comme le sait Rousseau, est essentiellement bon, et, quand il ne l’est pas, c’est que quelque cause extérieure l’y contraint, cause qui doit être détectée, combattue et détruite dès que possible, sans la moindre hésitation. Ceux qui prétendent que l’animal humain est malfaisant ne veulent que le domestiquer pour en faire, au service de la circulation des capitaux, un salarié morose et un consommateur déprimé. Capable qu’il est de créer dans divers mondes des vérités éternelles, l’homme détient en lui-même l’ange dont les religions voulaient le doubler. C’est ce qu’enseigne, depuis toujours, la philosophie proprement dite. Pour que cet ange intérieur se déclare, il importe de tenir un principe, une maxime, finalement toujours la même, sous une grande variété de formes. Choisissons celle de Mao : « Rejetez vos illusions, et préparez-vous à la lutte. » Tenir le vrai contre l’illusoire et, quelles que soient les circonstances, combattre plutôt que se rendre, je ne vois pas qu’une philosophie véritable, comme sont celles des quatorze dont mon petit panthéon abrite les noms propres, puisse désire autre chose.
Le point est qu’aujourd’hui, sous le nom de « philosophie », on tente de nous imposer une maxime à vrai dire opposée, qui se dirait : « Cultivez vos illusions, et préparez-vous à capituler. » On a vu apparaître des magazines dans lesquels la « philosophie » ressemble à la médecine douce par les plantes ou à l’euthanasie des enthousiastes. Philosopher serait une petite partie d’un vaste programme : rester en forme, performant mais cool. On a vu des « philosophes » déclarer que, le Bien étant inaccessible, voire criminel, il fallait se contenter de lutter pied à pied – et surtout au coude à coude avec nos amis yankees – contre diverses formes du Mal, dont à y regarder de près le nom commun, s’il n’est pas « arabe » ou « Islam », est « communisme ». On a vu ressusciter les « valeurs », dont la philosophie aidait depuis toujours à nous débarrasser, comme l’obéissance (aux contrats commerciaux), la modestie (devant l’arrogance des histrions de la télé), le réalisme (il faut des profits et des inégalités), l’égoïsme complet (baptisé « individualisme moderne »), la supériorité coloniale (les bons démocrates de l’Occident contre les méchants despotes du Sud), l’hostilité à la pensée vive (toutes les opinions doivent être prises en compte), le culte du nombre (la majorité est toujours légitime), le millénarisme stupide (déjà sous mes pieds la planète se réchauffe), la religion vide (il doit bien exister Quelque Chose…), et j’en passe, que nombre de « philosophes » et de « philosophies » ne passent pas, s’escrimant au contraire à nous en infecter, par articulets, débats, premières pages flambantes (« L’éthique des stock-options : les philosophes prennent enfin la parole ») et tables rondes endiablées (« Les philosophes entre le string et le voile »). Cette prostitution permanente des mots « philosophe » et « philosophie », dont il faut rappeler que l’origine, aussitôt stigmatisée par Deleuze, fut, à partir de 1976, la production purement médiatique du syntagme « nouveaux philosophes », finit tout de même par accabler. Du train où vont les choses, ce ne seront plus seulement les cafés qu’on déclarera « philosophiques » (une bien triste invention, que les « cafés-philo » soient les successeurs des « cafés du commerce » où l’on situait naguère les bavardages stéréotypés). On finira par pénétrer en grande pompe dans de philosophiques commodités.
Alors oui, il convient de rappeler ce que c’est qu’un philosophe. De le rappeler par l’exemple de ceux, plus nombreux qu’ailleurs, qui, en France, assumèrent la portée de ce vocable dans les dernières décennies. Il faut les appeler à la rescousse pour nettoyer et faire à nouveau briller les mots au nom desquels ils ont difficultueusement , et dans une grande tension de la pensée, proposé d’accepter inconditionnellement qu’il faille trouver au moins une Idée vraie et ne jamais céder sur ses conséquences, même si, comme le dit Mallarmé à propos d’Igitur, cet acte que nul ne réclame « est parfaitement absurde / sauf que / l’Infini est enfin fixé« .
Je convoque en somme mes amis les philosophes disparus comme témoins à charge du procès intenté par l’Infini aux falsificateurs. Ils viennent dire, par le truchement de la voix qui prononce leur éloge, que l’impératif du matérialisme démocratique contemporain, « Vis sans Idée », est à la fois vil et inconsistant.
(…) Je fus lié à certains par l’amitié, j’eus avec d’autres quelques querelles. Mais je suis heureux de dire ici que, face aux potions qu’on veut nous faire avaler aujourd’hui, ces quatorze philosophes morts, eh bien, je les aime tous. Oui, je les aime.
Alain Badiou
Petit panthéon portatif / 2008
(Althusser, Borreil, Canguilhem, Cavaillès, G. Châtelet, Deleuze, Derrida, Foucault, Hyppolite, Lacan, Lacoue-Labarthe, Lyotard, F. Proust, Sartre)
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Nique ta mère ! / Jean Baudrillard

Voitures brûlées et non au référendum sont les phases d’une même révolte encore inachevée.
Il aura fallu que brûlent en une seule nuit 1 500 voitures, puis, en ordre décroissant, 900, 500, 200, jusqu’à se rapprocher de la « normale » quotidienne, pour qu’on s’aperçoive que chaque nuit 90 voitures en moyenne brûlaient dans notre douce France. Une sorte de flamme perpétuelle, comme celle de l’Arc de triomphe, brûlant en hommage à l’Immigré inconnu. Aujourd’hui reconnu, le temps d’une révision déchirante, mais tout en trompe-l’oeil.
Une chose est sûre, c’est que l’exception française, qui avait commencé avec Tchernobyl, est révolue. Notre frontière a bien été violée par le nuage radioactif, et le « modèle français » s’effondre bien sous nos yeux. Mais, rassurons-nous, ce n’est pas le seul modèle français qui s’effondre, c’est le modèle occidental tout entier qui se désintègre, non seulement sous le coup d’une violence externe (celle du terrorisme ou des Africains prenant d’assaut les barbelés de Melilla), mais encore de l’intérieur même.
La première conclusion et ceci annule toutes les homélies et les discours actuels c’est qu’une société elle-même en voie de désintégration n’a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés, puisqu’ils sont à la fois le résultat et l’analyseur sauvage de cette désintégration. La réalité cruelle c’est que si les immigrés sont virtuellement hors jeu, nous, nous sommes profondément en déshérence et en mal d’identité. L’immigration et ses problèmes ne sont que les symptômes de la dissociation de notre société aux prises avec elle-même. Ou encore : la question sociale de l’immigration n’est qu’une illustration plus visible, plus grossière, de l’exil de l’Européen dans sa propre société (Hélé Béji). La vérité inacceptable est là : c’est nous qui n’intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup, faute de les assumer, il ne nous reste plus qu’à les refiler aux autres de gré ou de force.
Nous ne sommes plus en mesure de proposer quoi que ce soit en termes d’intégration d’ailleurs, l’intégration à quoi ?, nous sommes le triste exemple d’une intégration « réussie », celle d’un mode de vie totalement banalisé, technique et confortable, sur lequel nous prenons bien soin de ne plus nous interroger. Donc, parler d’intégration au nom d’une définition introuvable de la France, c’est tout simplement pour les Français rêver désespérément de leur propre intégration.
Et on n’avancera pas d’une ligne tant qu’on n’aura pas pris conscience que c’est notre société qui, par son processus même de socialisation, sécrète et continue de sécréter tous les jours cette discrimination inexorable dont les immigrés sont les victimes désignées, mais non les seules. C’est le solde d’un échange inégal de la « démocratie ». Cette société doit affronter une épreuve bien plus terrible que celle de forces adverses : celle de sa propre absence, de sa perte de réalité, telle qu’elle n’aura bientôt plus d’autre définition que celle des corps étrangers qui hantent sa périphérie, de ceux qu’elle a expulsés et qui, maintenant, l’expulsent d’elle-même, mais dont l’interpellation violente à la fois révèle ce qui se défait en elle et réveille une sorte de prise de conscience. Si elle réussissait à les intégrer, elle cesserait définitivement d’exister à ses propres yeux.
Mais, encore une fois, cette discrimination à la française n’est que le micromodèle d’une fracture mondiale qui continue, sous le signe précisément de la mondialisation, de mettre face à face deux univers irréconciliables. Et la même analyse que nous faisons de notre situation peut être répercutée au niveau global. A savoir que le terrorisme international n’est lui-même que le symptôme de la dissociation de la puissance mondiale aux prises avec elle-même. Quant à chercher une solution, l’erreur est la même aux différents niveaux, que ce soit celui de nos banlieues ou des pays islamiques : c’est l’illusion totale qu’en élevant le reste du monde au niveau de vie occidental, on aura réglé la question. Or, la fracture est bien plus profonde, et toutes les puissances occidentales réunies le voudraient-elles véritablement (ce dont on a toutes les raisons de douter), qu’elles ne pourraient plus réduire cette fracture. C’est le mécanisme même de leur survie et de leur supériorité qui les en empêche mécanisme qui, à travers tous les pieux discours sur les valeurs universelles, ne fait que renforcer cette puissance, et fomenter la menace d’une coalition antagoniste de forces qui la détruiront ou rêvent de la détruire.
Heureusement ou malheureusement, nous n’avons plus l’initiative, nous n’avons plus, comme nous l’avons eue pendant des siècles, la maîtrise des événements, et sur nous plane une succession de retours de flamme imprévisibles. On peut déplorer rétrospectivement cette faillite du monde occidental, mais « Dieu sourit de ceux qu’il voit dénoncer les maux dont ils sont la cause ».
Ce retour de flamme des banlieues est donc directement lié à une situation mondiale ; mais il l’est aussi ce dont il n’est étrangement jamais question à un épisode récent de notre histoire, soigneusement occulté depuis, sur le même mode de méconnaissance que celui des banlieues, à savoir l’événement du non au référendum. Car le non de ceux qui l’ont voté sans trop savoir pourquoi, simplement parce qu’ils ne voulaient pas jouer à ce jeu-là, auquel ils avaient été si souvent piégés, parce qu’ils refusaient eux aussi d’être intégrés d’office à ce oui merveilleux d’une Europe «clés en main», ce non-là était bien l’expression des laissés-pour-compte du système de la représentation, des exilés de la représentation à l’image des immigrés eux-mêmes, exilés du système de socialisation. Même inconscience, même irresponsabilité dans cet acte de saborder l’Europe, que celles des jeunes immigrés qui brûlent leurs propres quartiers, leurs propres écoles, comme les noirs de Watts et de Detroit dans les années 60.
Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous désaffiliés, selon le terme de Robert Castel. Or, de la désaffiliation au desafio, au défi, il n’y a pas loin. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français « de souche », font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre. C’est leur seule façon, offensive, de n’être plus humiliés, ni laissés pour compte, ni même pris en charge. Car je ne suis pas sûr et ceci est un autre aspect du problème, masqué par une sociologie politique « bien de chez nous », celle de l’insertion, de l’emploi, de la sécurité , je ne suis pas sûr qu’ils aient, comme nous l’espérons, tellement envie d’être réintégrés ni pris en charge. Sans doute considèrent-ils au fond notre mode de vie avec la même condescendance, ou la même indifférence, que nous considérons leur misère. Peut-être même préfèrent-ils brûler les voitures que de rouler dedans à chacun ses plaisirs. Je ne suis pas sûr que leur réaction à une sollicitude trop bien calculée ne soit pas instinctivement la même qu’à l’exclusion et à la répression.
La culture occidentale ne se maintient que du désir du reste du monde d’y accéder. Quand apparaît le moindre signe de refus, le moindre retrait de désir, non seulement elle perd toute supériorité, mais elle perd toute séduction à ses propres yeux. Or, c’est précisément tout ce qu’elle a à offrir de « mieux », les voitures, les écoles, les centres commerciaux, qui sont incendiés et mis à sac. Les maternelles ! Justement tout ce par quoi on aimerait les intégrer, les materner !… « Nique ta mère », c’est au fond leur slogan. Et plus on tentera de les materner, plus ils niqueront leur mère. Nous ferions bien de revoir notre psychologie humanitaire.
Rien n’empêchera nos politiciens et nos intellectuels éclairés de considérer ces événements comme des incidents de parcours sur la voie d’une réconciliation démocratique de toutes les cultures tout porte à considérer au contraire que ce sont les phases successives d’une révolte qui n’est pas près de prendre fin.
J’aurais bien aimé une conclusion un peu plus joyeuse mais laquelle ?
Jean Baudrillard
Libération / 18 novembre 2005
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