• Accueil
  • > Archives pour le Vendredi 9 octobre 2015

Archive journalière du 9 oct 2015

Pour une histoire populaire de la psychanalyse. De quoi Ernest Jones est-il le nom ? / Florent Gabarron-Garcia

Certains manuels du champ psychanalytique nhe?sitent pas a? sugge?rer que Freud aurait e?te? e?tonne? de limplication du mouvement psychanalytique franc?ais autour de mai 1968 (1). Le milieu analytique dominant contemporain estime que, depuis ces anne?es derrance , la psychiatrie et la psychanalyse auraient enfin atteint la?ge de raison : la malheureuse parenthe?se du militantisme dans lhistoire de la psychanalyse serait close (2). Dans un pre?ce?dent article, nous avions montre? comment la critique du freudo-marxisme par les disciples patente?s de Freud et de Lacan relevait de lide?ologie : la psychanalyse e?chouait dans limpasse du psychanalysme (3). Nous poursuivons ici notre critique en de?voilant un autre motif de ce dernier, relatif a? la manie?re de?crire ou de re?e?crire lhistoire de la discipline psychanalytique. La de?cre?dibilisation de lentreprise freudo-marxiste ne?tait pas suffisante : il fallait purifier la psychanalyse. Axiomatisant la notion de lor pur de la psychanalyse (4) , le psychanalysme impose alors un choix impossible : ou bien lillusion fantasmatique du politique ou bien le?thique du Sujet et sa ve?rite? . Une fois de?grise? des ide?aux , il ne se peut pas que le psychanalyste soit (ou ait e?te?) militant… sauf de la psychanalyse (5). Les dangereux exce?s politiques de lAnti-dipe ou dun Reich indiqueraient leur me?connaissance de la clinique . Il ne sagirait, du reste, que de figures isole?es et bien marginales . Jones navait-il pas rapporte? que Freud e?tait sans couleur politique, sinon celle de la chair (6) ? La position du mai?tre viennois e?tait donc cense?e relever de lindiffe?rentisme , soit le parti pris… de nen navoir pas (7). Dans le me?me temps, cette vulgate mettait e?galement en avant une historiographie bien particulie?re relative aux rapports des analystes avec larme?e dans lentre-deux-guerres (8). Freud ne de?couvrait-il pas en effet la compulsion de re?pe?tition mortife?re avec le proble?me des traumatismes de guerre ? De?s lors, lindiffe?rentisme freudien se doublait du pessimisme freudien , cause dune glose infinie et convenue du psychanalysme. Mais cest ainsi que?taient rele?gue?s dans lombre dautres faits dhistoire pourtant cruciaux.
Quiconque se penche en effet sur les pratiques analytiques de?couvre une tout autre histoire que la fable unilate?rale et pessimiste promue par le psychanalysme. En effet, les analystes des anne?es 1920 baignaient dans un contexte re?volutionnaire et les candidats a? lanalyse, pas plus que Freud, ne?taient des conservateurs (9). Cest ainsi quils fonde?rent la policlinique de Berlin dont lorientation politique sexprime jusque dans son choix orthographique : le i de policlinique signifiait le politique, la cite?, et laide a? une population de?munie (10). A? linstar de Berlin, plusieurs institutions voient ainsi le jour a? partir de pre?occupations relatives a? la justice sociale (11). De plus, si on e?largit la focale danalyse historique de cette se?quence de lentre-deux-guerres a? celle des analystes politise?s de lapre?s-guerre franc?aise et de la fin des anne?es 1960, on rele?vera sans peine, non seulement une forme de continuite? dans leurs pre?occupations, mais plus encore une filiation. Freud naurait pas e?te? e?tonne? du mouvement psychanalytique autour de mai 1968. In fine, cest bien la promotion de lindiffe?rentisme en analyse qui pose question : comment rendre compte de cette histoire occulte?e des pratiques analytiques ? Le traitement si particulier des figures emble?matiques de la psychanalyse engage?e (comme Reich ou Guattari) allait se re?ve?ler en re?alite? consubstantiel a? une autre ope?ration qui venait re?ifier la psychanalyse.
Florent Gabarron-Garcia
Pour une histoire populaire de la psychanalyse.
De quoi Ernest Jones est-il le nom ?
/ 2015
Extrait de l’article publi dans Actuel Marx 2015/2 (n 58)
http://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2015-2-page-159.htm

1

1 Mijolla Alain, Mijolla-Mellor Sophie, Psychanalyse, Paris, Puf, 1996, p. 792.
2 De?claration de Jacques Hochmann au se?minaire Utopsy.
3 Gabarron-Garcia Florent, Psychanalyse du cuirasse? Potemkine , Actuel Marx, n 52, 2012, pp. 48-61. Pour rappel : le psychanalysme participe de la domination et de la fabrication de lide?ologie en un sens marxiste classique comme ensemble des productions ide?elles par lesquelles une classe dominante justifie sa domination .
4 Il sagirait dopposer ainsi lor pur de la psychanalyse au plomb des psychothe?rapies . Or, cest la? une erreur de traduction de Bernam du texte de Freud qui en inverse le sens, comme nous le verrons.
5 Miller Jacques-Alain, Lacan et la politique , Cite?s, n 16, 2003, pp. 105-123.
6 Jones Ernest, La Vie et l’uvre de Sigmund Freud, Tome III, Paris, Puf, 2006, p. 389.
7 Assoun Paul-Laurent, Freudisme et indiffe?rentisme politique , Herme?s, n 5-6, 1989, p. 346.
8 Sokolowski Laura, Freud et les Berlinois, Paris, LHarmattan, 2013.
9 Pappenheim Else, Politik und Psychoanalyse in Wien vor 1938 , Psyche, n 43, vol. 2, 1989, pp. 120-141 ; Federn Ernst, Psychoanalyse und Politik. Ein historischer U?berblick , Psychologie und Geschichte, n 3, 1992 pp. 88-93.
10 E?crit avec un y, il se rattache a? la racine du mot grec polus et de?signe une clinique apte a? donner des soins divers.
11 Danto Ann Elizabeth, Freuds Free Clinics : Psychoanalysis and Social Justice, 1918-1938, New York, Columbia University Press, 2005.




boumboumjames |
femmeavenirhomme |
Toute une vie... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Warhol l'avait dit...un qua...
| juliette66
| les bonnes "occaz" de Murielle