Archive mensuelle de août 2014

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La gifle de Badiou à la rhétorique de Bensussan / Alain Badiou et Cécile Winter

Du haut de sa position de professeur à l’université de Strasbourg, monsieur Bensussan croit pouvoir dire, non seulement que je suis un stupide manieur de notions indigentes, ce qui est la moindre des choses qu’on puisse dire sur moi quand on parle de si haut, mais que je suis en quelque sorte le fondateur d’un supposé «antisémitisme d’extrême gauche» (lire antisémitisme du 23 juillet). Le premier point peut être laissé au jugement de l’opinion publique : que ceux qui préfèrent la haute contribution intellectuelle du professeur Bensussan à ma médiocre entreprise se lèvent, je n’y vois nul inconvénient.
Le second, je l’ai déjà dit à propos de quelques précédents, relève en droit des tribunaux : outre que, par définition, il ne saurait exister un antisémitisme d’extrême gauche – c’est un oxymore aberrant -, je défie en effet quiconque de trouver une seule phrase dans la totalité de mon œuvre qui puisse être qualifiée d’antisémite. Mais je n’aime ni les Etats tels qu’ils sont (l’Etat français, soit dit en passant, pas plus que l’Etat d’Israël) ni, par conséquent, les tribunaux. La conclusion est simple : si un jour je croise le professeur Bensussan, je lui donnerai une gifle, que sa rhétorique calomniatrice mérite amplement.
S’agissant des références du calomniateur au livre de 2005, Portées du mot « juif », elles sont toutes inexactes, ce qu’impose le but poursuivi par leur faussaire d’auteur. En outre, elles sont pour l’essentiel extraites, si l’on peut qualifier d’extraction de telles venimeuses déformations, de la contribution de Cécile Winter à ce livre. J’associe donc Cécile Winter à mon droit de réponse, dans le texte qui suit.
Alain Badiou

Monsieur Bensussan dit, l’attribuant à Badiou, que j’ai écrit que «le nom juif est une création politique nazie». J’en appelle donc à la simple lecture du texte. J’ai écrit : «Avant Hitler il y avait des juifs, individus et peuple, mais Hitler a fait de Juif un signifiant idéologique et étatique justifiant l’extermination.» Monsieur Bensussan conteste-t-il ce point ? Il semble que oui, puisqu’il s’élève contre l’idée d’une «invention hitlérienne au service de l’extermination», semblant considérer que l’hitlérisme n’était rien de nouveau sous le soleil.
J’ai dit ensuite que ce signifiant de Juif – avec une majuscule -, mis en avant comme devant être l’alpha et l’oméga de l’explication des événements de la dernière guerre mondiale, associé à l’invention de la notion de crime contre l’humanité, avait servi d’écran et d’intimidation empêchant l’examen historique détaillé de ce qui s’était réellement passé alors. Et que l’examen détaillé des faits conduisant forcément à envisager l’attitude des gouvernements et armées alliées – qu’ont fait tous ceux à qui les juifs ont lancé des appels désespérés à l’aide? -, lesdits gouvernements et armées ont préféré en faire un impensable relégué dans le ciel de Grandes Majuscules.
J’ai dit enfin que l’Etat d’Israël, sous le nom d’Etat juif, avait largement profité de ce dispositif issu de la fort compréhensible culpabilité occidentale pour justifier sa politique dans sa situation qui n’est pas celle des juifs d’Europe ; mais une situation du Moyen-Orient où le problème est de traiter des suites d’une installation sur un territoire, petit de surcroît, où vivait déjà un autre peuple ; soit, le difficile problème d’une situation coloniale. Et j’ai conclu que le maniement intimidant du signifiant Juif, servant à interdire tout examen et toute critique – immédiatement taxée d’antisémite – ne servait pas les gens, tant palestiniens qu’israéliens, qui sont nés et qui doivent faire leur vie là-bas – là encore, ceux qui brandissent ainsi ce signifiant brandissent le Juif contre les juifs.
M. Bensussan semble regretter que la solution de deux Etats ait fait long feu, et il en impute l’échec à «l’intervention badiousienne». C’est faire grand honneur à un «ectoplasme de pensée aux hypothèses indigentes» ! Là encore, suivons peut-être plutôt la méthode de l’examen des circonstances. Le pays dans sa totalité est petit et, c’est un fait, les gens, juifs et Arabes, y vivent côte à côte – c’est d’ailleurs un effet de la colonisation israélienne en Cisjordanie. Alors, que veulent messieurs Bensussan et consorts ? Nous pouvons dire ce que nous voulons, et qui nous paraît l’unique solution raisonnable : un seul pays, un Etat commun, où tous peuvent vivre et jouir des mêmes droits. Et nous osons prétendre que les gens, où qu’ils soient d’ailleurs, et là en particulier, sont parfaitement capables de vivre ensemble : «Nous partagions le travail et les jours de fête.» Ce sont toujours des intérêts coloniaux étrangers qui, sans vouloir dire ce qu’ils cherchent vraiment, poussent à la division, à la peur et à la haine. Quelle autre issue peut-il y avoir à une situation créée par une installation coloniale ? Il y a l’exemple américain de l’extermination des premiers habitants. Ou alors ? Vous tenez vraiment à pousser toujours plus les habitants d’Israël à une mentalité assiégée de pieds-noirs ? A qui voulez-vous faire croire que ce faisant vous ne les poussez pas dans le mur, tous juifs qu’ils sont, tout en hurlant à l’antisémitisme ? Vous vous élevez contre les manifestations où«des synagogues ont été attaquées sans vergogne» : c’est faux. Je vous renvoie à la déclaration du rabbin de la synagogue concernée qui a tenu à faire savoir que celle-ci n’avait fait l’objet d’aucune agression.
A l’origine des manifestations, un collectif d’organisations, dont en premier lieu l’Union juive française pour la paix et des comités Palestine. Au cours d’une conférence de presse, leurs représentants ont dit que Valls avait interdit la manifestation pour empêcher que «juifs et Arabes défilent main dans la main». Oui, parfaitement, ce sont ces gens qui manifestent ensemble qui montrent la seule voie raisonnable pacifique et juste, et vous, encore une fois, qui tenez pour néant ou pire tout juif où qu’il soit qui cherche la vérité et la justice, et ce, prétendez-vous, au nom de la lutte contre l’antisémitisme, que cherchez-vous ?
Cécile Winter
La gifle de Badiou à la rhétorique de Bensussan / Alain Badiou et Cécile Winter
Publié dans Libération le 12 août 2014

Invalides

Ariane s’est pendue / Michel Foucault sur Gilles Deleuze, Différence et répétition

J’aurais à «raconter» le livre de Deleuze, voici à peu près la fable que j’essaierais d’inventer.
Lasse d’attendre que Thésée remonte du Labyrinthe, lasse de guetter son pas égal et de retrouver son visage parmi toutes les ombres qui passent, Ariane vient de se pendre. Au fil amoureusement tressé de l’identité, de la mémoire et de la reconnaissance, son corps pensif tourne sur soi. Cependant, Thésée, amarre rompue, ne revient pas. Corridors, tunnels, caves et cavernes, fourches, abîmes, éclairs sombres, tonnerres d’en dessous : il s’avance, boite, danse, bondit.
Dans la savante géométrie du Labyrinthe habilement centré ? Non pas, mais tout au long du dissymétrique, du tortueux, de l’irrégulier, du montagneux et de l’à-pic. Du moins vers le terme de son épreuve, vers la victoire qui lui promet le retour ? Non plus ; il va joyeusement vers le monstre sans identité, vers le disparate sans espèce, vers celui qui n’appartient à aucun ordre animal, qui est homme et bête, qui juxtapose en soi le temps vide, répétitif, du juge infernal et la violence génitale, instantanée, du taureau. Et il va vers lui, non pour effacer de la terre cette forme insupportable, mais pour se perdre avec elle dans son extrême distorsion. Et c’est là, peut-être (non pas à Naxos), que le dieu bachique est aux aguets : Dionysos masqué, Dionysos déguisé, indéfiniment répété. Le fil célèbre a été rompu, lui qu’on pensait si solide ; Ariane a été abandonnée un temps plus tôt qu’on ne le croyait : et toute l’histoire de la pensée occidentale est à récrire.
Mais, je m’en rends compte, ma fable ne rend pas justice au livre de Deleuze. Il est bien autre chose que le énième récit du commencement et de la fin de la métaphysique. Il est le théâtre, la scène, la répétition d’une philosophie nouvelle : sur le plateau nu de chaque page, Ariane est étranglée, Thésée danse, le Minotaure rugit et le cortège du dieu multiple éclate de rire. Il y a eu (Hegel, Sartre) la philosophie-roman ; il y a eu la philosophie-méditation (Descartes, Heidegger). Voici, après Zarathoustra, le retour de la philosophie-théâtre ; non point réflexion sur le théâtre ; non point théâtre chargé de significations. Mais philosophie devenue scène, personnages, signes, répétition d’un événement unique et qui ne se reproduit Jamais.
Je voudrais que vous ouvriez le livre de Deleuze comme on pousse les portes d’un théâtre, quand s’allument les feux d’une rampe, et quand le rideau se lève. Auteurs cités, références innombrables – ce sont les personnages. Ils récitent leur texte (le texte qu’ils ont prononcé ailleurs, dans d’autres livres, sur d’autres scènes, mais qui, ici, se joue autrement ; c’est la technique, méticuleuse et rusée, du «collage»). Ils ont leur rôle (souvent, ils vont par trois, le comique, le tragique, le dramatique : Péguy, Kierkegaard, Nietzsche ; Aristote – oui, oui, le comique -, Platon, Duns Scot ; Hegel oui, encore -, Hölderlin et Nietzsche – toujours).
Ils apparaissent, jamais à la même place, jamais avec la même identité : tantôt comiquement éloignés du fond sombre qu’ils portent sans le savoir, tantôt dramatiquement proches (voici Platon, sage, un peu rengorgé, qui chasse les grossiers simulacres, dissipe les images mauvaises, écarte l’apparence qui chatoie et invoque le modèle unique : cette idée de Bien qui elle-même est bonne ; mais voici l’autre Platon, presque paniqué, qui ne sait plus, dans l’ombre, distinguer de Socrate le sophiste ricanant).
Quant au drame – au livre lui-même -, il a, comme l’Œdipe de Sophocle, trois moments. D’abord, l’insidieuse attente des signes : des murmures, des oracles qui grincent, des devins aveugles qui parlent trop. La haute royauté du Sujet (je unique, moi cohérent) et de la Représentation (idées claires que je traverse du regard) est minée. Sous la voix monarchique, solennelle, calculatrice des philosophes occidentaux qui voulaient faire régner l’unité, l’analogie, la ressemblance, la non-contradiction et qui voulaient réduire la différence à la négation (ce qui est autre que A et non-A, on nous l’apprend depuis l’école), sous cette voix constamment tenue, on peut entendre le craquement de la disparité. Écoutons les gouttes d’eau ruisseler dans le marbre de Leibniz. Regardons la fêlure du temps zébrer le sujet kantien.
Et soudain, au beau milieu du livre (ironie de Deleuze qui présente, selon l’apparence d’un équilibre académique, la divine claudication de la différence), soudain la césure. Le voile se déchire : ce voile, c’est l’image que la pensée s’était formée d’elle-même et qui lui permettait de supporter sa propre dureté. On croyait, on disait : la pensée est bonne (à preuve : le bon sens, dont elle a droit et devoir de faire usage) ; la pensée est une (à preuve, le sens commun) ; elle dissipe l’erreur, en entassant grain par grain la moisson des propositions vraies (la belle pyramide, finalement, du savoir…).
Mais voilà : libérée de cette image qui la lie à la souveraineté du sujet (qui l’«assujetti» au sens strict du mot), la pensée apparaît ou plutôt s’exerce telle qu’elle est : mauvaise, paradoxale, surgissant involontairement à la pointe extrême des facultés dispersées ; devant s’arracher sans cesse à la stupéfiante bêtise ; soumise, contrainte, forcée par la violence des problèmes ; sillonnée, comme par autant d’éclairs d’idées distinctes (parce que aiguës) et obscures (parce que profondes).
Retenons bien chacune de ces transformations, que Deleuze opère dans la vieille bienséance philosophique : le bon sens en contre-orthodoxie ; le sens commun en tensions et pointes extrêmes ; la conjuration de l’erreur en fascination par la bêtise ; le clair et distinct en distinct-obscur. Retenons bien surtout ce grand renversement des valeurs de la lumière : la pensée n’est plus un regard ouvert sur des formes claires et bien fixées dans leur identité ; elle est geste, saut, danse, écart extrême, obscurité tendue. C’est la fin de la philosophie (celle de la représentation). Incipit philosophia (celle de la différence).
Vient alors le moment d’errer. Non pas comme Œdipe, pauvre roi sans sceptre, aveugle intérieurement illuminé ; mais d’errer dans la fête sombre de l’anarchie couronnée. On peut désormais penser la différence et la répétition. C’est-à-dire – au lieu de se les représenter – les faire et les jouer. La pensée au sommet de son intensité sera elle-même différence et répétition ; elle fera différer ce que la représentation cherchait à rassembler ; elle jouera l’indéfinie répétition dont la métaphysique entêtée cherchait l’origine. Ne plus se demander : différence entre quoi et quoi? Différence délimitant quelles espèces et partageant quelle grande unité initiale ? Ne plus se demander : répétition de quoi, de quel événement ou de quel modèle premier? Mais penser la ressemblance, l’analogie ou l’identité comme autant de moyens de recouvrir la différence et la différence des différences ; penser la répétition, sans origine de quoi que ce soit et sans réapparition de la même chose.
Penser des intensités plutôt (et plus tôt) que des qualités et des quantités ; des profondeurs plutôt que des longueurs et des largeurs ; des mouvements d’individuation plutôt que des espèces et des genres ; et mille petits sujets larvaires, mille petits moi dissous, mille passivités et fourmillements là où régnait hier le sujet souverain. On s’est toujours refusé en Occident à penser l’intensité. La plupart du temps, on l’a rabattue sur le mesurable et le jeu des égalités ; Bergson, lui, sur le qualitatif et le continu. Deleuze la libère maintenant par et dans une pensée qui sera la plus haute, la plus aiguë et la plus intense.
On ne doit pas s’y tromper. Penser l’intensité – ses différences libres et ses répétitions  -n’est pas une mince révolution en philosophie. C’est récuser le négatif (qui est une manière de réduire le différent à rien, à zéro, au vide, au néant) ; c’est donc rejeter d’un coup les philosophies de l’identité et celles de la contradiction, les métaphysiques et les dialectiques, Aristote avec Hegel. C’est réduire les prestiges du reconnaissable (qui permet au savoir de retrouver l’identité sous les répétitions diverses et de faire jaillir de la différence le noyau commun qui sans cesse apparaît de nouveau) ; c’est rejeter d’un coup les philosophies de l’évidence et de la conscience, Husserl non moins que Descartes. C’est récuser enfin la grande figure du Même qui, de Platon à Heidegger, n’a pas cessé de boucler dans son cercle la métaphysique occidentale.
C’est se rendre libre pour penser et aimer ce qui, dans notre univers, gronde depuis Nietzsche ; différences insoumises et répétitions sans origine qui secouent notre vieux volcan éteint ; qui ont fait éclater depuis Mallarmé la littérature ; qui ont fissuré et multiplié l’espace de la peinture (partages de Rothko, sillons de Noland, répétitions modifiées de Warhol) ; qui ont définitivement brisé depuis Webern la ligne solide de la musique ; qui annoncent toutes les ruptures historiques de notre monde. Possibilité enfin donnée de penser les différences d’aujourd’hui, de penser aujourd’hui comme différence des différences.
Le livre de Deleuze, c’est le théâtre merveilleux où se jouent, toujours nouvelles, ces différences que nous sommes, ces différences que nous faisons, ces différences entre lesquelles nous errons. De tous les livres qui sont écrits depuis bien longtemps, le plus singulier, le plus différent, et celui qui répète le mieux les différences qui nous traversent et nous dispersent. Théâtre de maintenant.
Michel Foucault
Ariane s’est pendue in le Nouvel Observateur / 1969
Dits et Écrits tome I

Anton Webern / Symphonie – extrait

rothko

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien / Georges Perec

Il y a beaucoup de choses place Saint-Sulpice, par exemple : une mairie , un hôtel des finances , un commissariat de police , trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église à laquelle ont travaillé Le Vau , Gittard , Oppenord , Servandoni et Chalgrin et qui est dédiée à un aumônier de Clotaire Il qui fut évêque de Bourges de 624 à 644 et que l’on fête le 17 janvier, un éditeur , une entreprise de pompes funèbres, une agence de voyages, un arrêt d’autobus , un tailleur, un hôtel , une fontaine que décorent les statues des quatre grands orateurs chrétiens (Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon) , un kiosque à journaux, un marchand d’objets de piété , un parking, un institut de beauté, et bien d’autres choses encore.

Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages .
La date : 18 octobre 1974
L’heure   10 h. 30
Le lieu   Tabac Saint-Sulpice
Le temps : Froid sec.  Ciel gris.  Quelques éclaircies.

Esquisse d’un inventaire de quelques-unes des choses strictement visibles :
— Des lettres de l’alphabet, des mots « KLM » (sur la pochette d’un promeneur), un « P » majuscule qui signifie « parking » « Hôtel Récamier », « St-Raphaël », « l’épargne à la dérive », « Taxis tête de station », « Rue du Vieux-Colombier », «Brasserie-bar La Fontaine Saint-Sulpice », « PELF », «Parc Saint Sulpice ».
— Des symboles conventionnels : des flèches , sous le « P » des parkings, l’une légèrement pointée vers le sol, l’autre orientée en direction de la rue Bonaparte (côté Luxembourg ), au moins quatre panneaux de sens interdit (un cinquième en reflet dans une des glaces du café).
— Des chiffres : 86 (au sommet d’un autobus de la ligne no 86, surmontant l’indication du lieu où il se rend : Saint-Germain-desPrés ) , 1 (plaque du no 1 de la rue du Vieux-Colombier ), 6 (sur la place indiquant que nous nous trouvons dans le 6e arrondissement de Paris).
— Des slogans fugitifs : « De l’autobus , je regarde Paris »
— De la terre : du gravier tassé et du sable.
— De la pierre : la bordure des trottoirs, une fontaine , une église , des maisons…
— De l’asphalte
— Des arbres ( feuilles, souvent jaunissants )
— Un morceau assez grand de ciel (peut-être 1/6e de mon champ visuel)
— Une nuée de pigeons qui s’abat soudain sur le terre-plein central, entre l’église et la fontaine
— Des véhicules (leur inventaire reste à faire)
— Des êtres humains
Une espèce de basset
— Un pain (baguette)
— Une salade (frisée ?) débordant partiellement d’un cabas
Trajectoires:
Le 96 va à la gare Montparnasse
Le 84 va à la porte de Champerret
Le 70 va Place du Dr Hayem , Maison de l’O.R.T.F.
Le 86 va à Saint-Germain-desPrés
Exigez le Roquefort Société le vrai dans son ovale vert
Aucune eau ne jaillit de la fontaine. Des pigeons se sont posés sur le rebord d’une de ses vasques.
Sur le terre-plein, il y a des bancs, des bancs doubles avec un dosseret unique.  Je peux, de ma place, en compter jusqu’à six. Quatre sont vides. Trois clochards aux gestes classiques (boire du rouge à la bouteille) sur le sixième.
Le 63 va à la Porte de la Muette
Le 86 va à Saint-Germain-des-Prés
Nettoyer c’est bien ne pas salir c’est mieux
Un car allemand
Une fourgonnette Brinks
Le 87 va au Champ-de-Mars
Le 84 va à la porte de Champerret
Couleurs :
rouge (Fiat, robe, St-Raphaël, sens uniques)
sac bleu
chaussures vertes
imperméable vert
taxi bleu
deux-chevaux bleue
Le 70 va à la Place du Dr Hayem, Maison de l’O.R.T.F.
méhari verte
Le 86 va à Saint-Germain-desPrés : Yoghourts et desserts
Exigez le Roquefort Société le vrai dans son ovale vert
La plupart des gens ont au moins une main occupée : ils tiennent un sac, une petite valise, un cabas, une canne, une laisse au bout de laquelle il y a un chien , la main d’un enfant.
Un camion livre de la bière en tonneaux de métal (Kanterbraü , la bière de Maître Kanter)
Le 86 va à Saint-Germain-desPrés
Le 63 va à la Porte de la Muette

Un car « Cityrama » à deux étages

Un camion bleu de marque mercédès

Un camion brun Printemps Brummell

Le 84 va à la porte de Champerret

Le 87 va au Champ-de-Mars

Le 70 va Place du Dr Hayem , Maison de l’O.R.T.F.

Le 96 va à la Gare Montparnasse

Darty Réal

Le 63 va à la Porte de la Muette

Casimir maître traiteur.  Transports Charpentier.

Berth France S.A.R.L.

Le Goff tirage à bière

Le 96 va à la Gare Montparnasse

Auto-école

venant de la rue du Vieux-Colombier, un 84 tourne dans la rue Bonaparte (en direction du Luxembourg )
Walon déménagements
Fernand Carrascossa déménagements
Pommes de terre en gros
D’un car de touristes une Japonaise semble me photographier.
Un vieil homme avec sa demi-baguette, une dame avec un paquet de gâteaux en forme de petite pyramide
Le 86 va à Saint-Mandé (il ne tourne pas dans la rue Bonaparte , mais il prend la rue du Vieux-Colombier )
Le 63 va à la Porte de la Muette
Le 87 va au Champ-de-Mars
Le 70 va Place du Dr Hayem , Maison de l’O.R.T.F.
Venant de la rue du Vieux-Colombier, un 84 tourne dans la rue Bonaparte (en direction du Luxembourg)
Un car, vide.
D’autres Japonais dans un autre car
Le 86 va à Saint-Germain-desPrés
Braun reproductions d’art
Accalmie (lassitude ?)
Pause.
Georges Perec
Tentative d’épuisement d’un lieu parisien /1974-75
La suite et l’intégrale ICI

Renault-TN6-1932-Autobus-RATP-3006

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