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Archive mensuelle de juillet 2014

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Fluxfilm 23 / Sun in Your Head / Wolf Vostell

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Wolf Vostell
Fluxfilm 23 / Sun in Your Head / 1963

Eloge de la page blanche : l’Interluttants n°33 est paru / CIP-IdF

Le mouvement social appelé conflit des intermittents du spectacle dure depuis plus de vingt ans. C’est une longévité exemplaire dans l’histoire des luttes.
Pourquoi ? Parce qu’il dépasse largement le seul enjeu de la culture. Le régime spécifique d’assurance chômage des intermittents a été pensé dans une période de plein emploi pour assurer une continuité de revenu aux techniciens puis aux artistes qui par nature enchaînent des contrats courts. Aujourd’hui, 86 % des embauches se font en CDD. Ces contrats courts ne font plus exception, ils sont la norme. Le Medef ne veut pas supprimer ce régime spécifique pour des raisons économiques mais bien pour des raisons idéologiques : il ne faudrait surtout pas que ce modèle serve aux autres.
C’est un des principaux enjeux de ce conflit. En cette période d’austérité et de précarité grandissante, 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés. La situation est catastrophique et l’État se cache derrière le Medef pour faire 2 milliards d’économies en 3 ans sur le dos des pauvres. C’est un massacre.
En 2012, lors de l’élection présidentielle, aucun candidat n’a parlé d’assurance chômage. Seules des solutions toutes faites pour parvenir au Graal du fameux plein emploi étaient proposées. Toutes ces recettes faciles visaient à promettre un emploi aux 6 millions de chômeurs de notre pays. C’est aussi risible que tragique.
(…)
La lutte contre la précarité est un enjeu central. Nous devons donc nous battre, nous n’avons pas le choix, il en va de nos vies et de celles de tous les chômeurs. Notre slogan n’a pas changé : ce que nous défendons, nous le défendons pour tous.
(…)
Il n’en reste pas moins que tout ce qui a été acquis par le mouvement l’a été grâce aux mouvements de grève de 2003.
La grève est non seulement utile, elle est nécessaire. La grève, c’est un moment de respiration, un arrêt, un temps où nous pouvons nous retrouver, échanger, réfléchir.
Oui, nous voulons du temps.
Nous nous battons pour reprendre possession du temps. La grève c’est d’abord ça : du temps retrouvé. Nous sentons tous, et cela bien au-delà du monde de la culture, que ce qui nous échappe, ce dont nous sommes dépossédés, c’est le temps. Le temps de ne rien faire. Le temps de parler. Le temps de prendre du recul par rapport à notre travail, nos pratiques, nos vies. Les droits à l’intermittence pour tous que nous revendiquons, c’est la possibilité pour chacun de reprendre le pouvoir sur son emploi du temps.
Le Medef et la CFDT ont menacé de quitter l’Unédic ?
Quelle bonne idée ! Nous récusons depuis des années le déni de démocratie que constitue le paritarisme.
Nous souhaitons qu’une page blanche s’ouvre, que le jeu politique s’ouvre enfin sur la question centrale du chômage.
S’il le faut, nous la créerons nous-mêmes la page blanche, et enfin, il sera possible d’inventer.
Oui, pour créer, pour inventer, pour être libres, artistiquement comme politiquement, il nous faut du temps libéré de la contrainte, il nous faut du vide, il nous faut enfin ouvrir une page blanche.
Quoi qu’il en soit, nul n’écrira pour nous. La page blanche, nous la remplirons ensemble.

CIP-IdF, la suite ICI

Interluttants n°33 à télécharger : fichier pdf interluttants 33

À lire aussi : http://paris-luttes.info/intermittence

Sans titre

Chérir la diversité sexuelle / Gayle Rubin à Paris juin 2013 / Collectif, dir. Mayette Viltard / Cahiers de l’Unebévue

Chérir plutôt qu’éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, cela ne va pas de soi, n’est pas un donné. Il y faut, oui, ainsi que l’observe Gayle Rubin, une «théorie politique radicale» de la sexualité, qui place en son cœur la notion de «variation sexuelle bénigne».

Textes de David halperin, Jean Allouch, Rostom Mesli, Gayle Rubin, Daniel Defert, Laurie Laufer, Lee Edelman, Mayette Viltard

 

Quelques mots pour saluer Gayle Rubin / Daniel Defert / extrait :

J’avais reçu une invitation à participer aujourd’hui à l’accueil de Gayle qui est pour moi à la fois une légende et une pionnière mais j’étais aux États-Unis, d’ailleurs en même temps qu’elle, à Chicago, et je n’ai pas pu répondre positivement. J’ai juste à mon retour signalé que je serai heureux d’être parmi vous sans avoir pour autant grand-chose à dire après ces exposés très théoriques de ce matin. Simplement, voilà aussi plus de trente ans que je connais Gayle, qui pour moi, je le répète, est une pionnière, et aussi une légende.
Je voudrais d’abord dire en quoi c’est une pionnière. C’est Leo Bersani qui m’a fait lire en 1976 je crois, son premier article Traffic in women, Le marché aux femmes, qui était véritablement un texte de haute tenue théorique et politique, et c’était la première fois qu’on faisait une critique radicale de Lévi-Strauss, de son texte Les structures élémentaires de la parenté, qui est quand même un des grands textes fondateurs de la modernité anthropologique. Il y avait là une analyse radicale extraordinairement théorique, claire, magnifique, le texte a eu un énorme impact dans les universités américaines et chez les féministes américaines. Non seulement ce texte remettait en cause au fond toute la question de la parenté, mais d’une certaine manière les questions qui étaient posées sont notre actualité d’aujourd’hui, elles sont au cœur des débats actuels sur le mariage. C’est donc un texte de 1975 que je trouve absolument fondateur.
Ensuite, Gayle est une pionnière au sein du mouvement féministe. Vous avez entendu à quel point c’est rare, c’est une lesbienne qui aime les hommes, les hommes gays, et c’est agréable à entendre, pour moi en particulier. Gayle est une des rares personnalités du monde féministe qui a pointé une dérive réactionnaire au sein du féminisme. C’est vrai que le corps de la femme est un enjeu politique considérable, mais les féministes ont été extrêmement mal à l’aise dans la gestion de cette question du corps féminin, le corps féminin était, quoi qu’on fasse, un corps soumis, corps objet, corps marchandise, ce qui fait qu’il y avait une lutte considérable contre la pornographie. Les féministes s’en prenaient également aux pédophiles. Je me rappelle qu’à l’époque, les homosexuels masculins étaient censés être les protecteurs des pédophiles et il était difficile de dissocier homosexualité masculine et pédophilie. À chaque fois, on venait voir les homos en disant : Comment ! Vous ne défendez pas assez les pédophiles ! Alors que statistiquement, il y quand même beaucoup plus de pédophiles hétérosexuels que de pédophiles homosexuels. Mais néanmoins, il y avait une espèce de couplage, dans l’opinion, et les féministes étaient extrêmement remontées contre les pédophiles. Donc, il y avait une demande de criminalisation, une lutte contre la pornographie, et le féminisme était à la fois progressiste et de plus en plus porteur de positions réactionnaires, de recours à la judiciarisation, et c’était de plus en plus difficile d’être solidaire des positions féministes. Là encore, Gayle a été pionnière en défendant l’érotique du corps féminin malgré ces analyses prétendument politiques, et on a bien vu ce matin le sens de son travail.
Pionnière enfin dans un troisième registre dont on a eu une présentation partielle tout à l’heure. La dernière fois que j’ai rencontré Gayle, c’était à San Francisco en 1987 et nous ne nous étions pas revus depuis 1987 et nous nous sommes reconnus d’emblée, c’est agréable ! Elle m’avait exposé son projet. En tout cas, ce que j’avais compris de son projet était l’émergence de la visibilité gay en milieu urbain. Elle associait l’émergence de la visibilité gay à toute la sémiotique du cuir. Le milieu SM cuir a été conduit à exprimer ses préférences érotiques pour éviter de perdre son temps à tomber sur le mauvais partenaire, et il y a eu, vous avez tous vu, à une époque, les mouchoirs les couleurs, toute une sémiotique qui a rendu visible l’érotique gay. Gayle Rubin associait l’émergence de la visibilité gay à l’émergence de la visibilité du choix érotique, et j’avais trouvé ça tout à fait passionnant, on l’a bien vu, partiellement, dans les exposés d’aujourd’hui.
Voilà les trois dimensions dans le travail de Gayle qui m’avaient très tôt retenu, fasciné, et que j’ai souvent commentées. Il y avait une anthologie de textes féministes qui avait reproduit le texte Traffic in women et avec mes étudiant(e)s, nous avons souvent étudié ce texte. Vous savez qu’il a inspiré Bourdieu, d’une manière que personnellement j’estime malhonnête. Dans la Domination masculine, il y a un chapitre entier qui est un décalque complet du texte de Gayle Traffic in women. Gayle a fait deux éditions de son texte, et dans la deuxième édition, elle a fait une critique de sa première analyse, et Bourdieu utilise cette critique comme étant sa propre critique du texte de Gayle…

l’Unebévue

Chérir la diversité sexuelle

Également paru : Le Rapport Turquet / préface José Attal

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