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Cinq propositions sur la psychanalyse / L’Ile déserte et autres textes / Gilles Deleuze

Un système comme le capitalisme fuit de tous les côtés, il fuit, et puis le capitalisme colmate, il fait des nœuds, il fait des liens pour empêcher que les fuites soient trop nombreuses. Un scandale par-ci, une fuite de capitaux par-là, etc. Et il y a aussi des fuites d’une autre sorte : il y a les communautés, il y a les marginaux, les délinquants, il y a les drogués, les fuites des drogués, il y a des fuites de toutes sortes, il y a des fuites schizophréniques, il y a des gens qui fuient de façon très différente. Notre problème (nous ne sommes pas complètement stupides, nous ne disons pas que cela suffira à faire la révolution) est : étant donné un système qui fuit vraiment de tous les côtés et qui, en même temps, ne cesse d’empêcher, de réprimer, ou de colmater les fuites par tous les moyens, comment faire pour que ces fuites ne soient pas simplement des tentatives individuelles ou de petites communautés, mais qu’elles forment vraiment une machine révolutionnaire ? Et pour quelle raison, jusqu’à présent, les révolutions se passées si mal ? Il n’y a pas de révolution sans une machine de guerre centrale, centralisatrice. On ne se bagarre, on ne se bat pas à coups de poing, il faut une machine de guerre qui organise et unifie. Mais jusqu’à présent, il n’a pas existé dans le champ révolutionnaire une machine qui ne reproduisait pas, aussi, à sa façon, tout autre chose, c’est-à-dire un appareil d’État, l’organisme même de l’oppression. Voilà le problème de la révolution : comment une machine de guerre pourrait tenir compte de toutes les fuites qui se font dans le système actuel sans les écraser, les liquider, et sans reproduire un appareil d’État ? Alors quand Jervis dit que notre discours se fait de plus en plus politique, je crois qu’il a raison, parce que, autant nous insistions, dans la première partie de notre travail, sur de grandes dualités, autant nous cherchons à présent le nouveau mode d’unification dans lequel, par exemple, le discours schizophrénique, le discours drogué, le discours pervers, le discours homosexuel, tous les discours marginaux puissent subsister, que toutes ces fuites et ces discours se greffent sur une machine de guerre qui ne reproduise pas un appareil d’État ni de Parti. C’est pour cela même que nous n’avons plus tellement envie de parler de schizoanalyse, parce que cela reviendrait à protéger un type de fuite particulier, la fuite schizophrénique. Ce qui nous intéresse, c’est une sorte de maillon qui nous ramène au problème politique direct, et le problème politique direct est à peu près celui-ci pour nous : jusqu’ici, les partis révolutionnaires se sont constitués comme des synthèses d’intérêts au lieu de fonctionner comme des analyseurs de désirs des masses et des individus. Ou bien, ce qui revient au même : les partis révolutionnaires se sont constitués comme des embryons d’appareils d’État, au lieu de former des machines de guerre irréductibles à de tels appareils.
Gilles Deleuze
Cinq propositions sur la psychanalyse / 1973
in L’Ile déserte et autres textes / 1953-1974
À lire également sur le Silence qui parle :
Y a-t-il moyen de soustraire la pensée au modèle d’État
Trois problèmes de groupe 1 et 2

À paraître en octobre 2014 :
Chimères n°83 / Devenirs-révolutionnaires

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