Archive mensuelle de avril 2014

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L’affamée / Violette Leduc

Il pleut. Ce sont des colonnes de grosses gouttes. Je suis à l’aise avec la lampe qui est sur ma table. Nos laideurs s’entendent. Je ne changerai pas son abat-jour. Pas de chirurgie esthétique pour les objets. Je n’ai pas de cigarettes. Je n’ose pas sortir. La solitude qui se distrait sous un meuble pourrait me reprendre.
Elle me fera signe. J’ai abandonné la campagne, le village, la gare du village, la voie ferrée avec les fleurs étoilées, les tiges vieux rose qui sortent entre les rails, la lumière de sept heures du soir, enfin cette fraîcheur qui retape la joue. Je suis revenue dans sa ville. À la gare, la foule guettait sur la pointe des pieds. J’ai dû fendre la foule. Je n’ose pas me coucher. Je n’ose pas m’endormir. Je rêverais d’elle, je m’éveillerais, je serais un gros poids. J’aurais d’autres poids dans l’estomac. J’aurais un casque sur la tête qui est un casque de guerrier harassé. Elle me fera signe. Je n’ose pas téléphoner. Je n’ose pas lui écrire. Je prononce plusieurs fois son nom et son prénom, mais je ne les sors pas de moi. Quand je ferme les yeux, j’ai la générosité de sa bouche, ses petits pas affairés, son diadème de cheveux dociles, la dimension de son front, ce relèvement de la lèvre supérieure sur laquelle l’enfance se survit.

L’émotion a vadrouillé en moi. Mes oreilles bourdonnaient et m’isolaient. Elle me parlait au téléphone, j’étais sourde parce que j’étais émue. Je me suis laissée tomber au fond de l’événement. Au téléphone, entre sa voix et la mienne, entre sa bouche et la mienne, il y a la mer. Elle a dit : « Ne m’appelez plus, Madame… » J’écris cela dans mon lit de merisier : celui de la campagne. Je la reverrai, alors j’ai revu la campagne qui est mon plus grand espoir. Je dois ruser pour allonger mes jambes dans ce petit lit. Un papillon a fait une entrée remarquable. Il se détachait de la nuit. Un bouton de nacre sur une chemise noire. Il s’est cogné plusieurs fois à l’ampoule électrique, puis il s’est jeté dans la même nuit.
Violette Leduc
L’Affamée / 1948

deux

Présentation de Théories et pratiques écologiques – de l’écologie urbaine à l’imagination environnementale / Ouvrage collectif sous la direction de Manola Antonioli / Installation Francine Garnier / Performance Alain Engelaere – Aude Antanse – Marco Candore / Galerie Dufay/Bonnet / Jeudi 3 avril, Paris

La plupart des textes réunis dans cet ouvrage s’inscrivent dans les traces de l’écosophie guattarienne, pour la prolonger, la critiquer ou la remettre en question. En 1989, dans Les Trois écologies, Félix Guattari affirmait qu’il est impossible de séparer les phénomènes de déséquilibre écologique qui menacent aujourd’hui la planète de la détérioration qui affecte en même temps nos intelligences, nos sensibilités, nos modes de vie : il s’agit désormais de penser « ensemble » la sauvegarde et la réinvention de notre environnement naturel, psychique et social. L’écosophie est présentée donc comme le projet (philosophique, politique et esthétique) d’une nouvelle articulation complexe et désormais indispensable « entre les trois registres écologiques, celui de l’environnement, celui des rapports sociaux et celui de la subjectivité humaine ». L’objet écosophique ne se ramène donc pas à un objectif défini de façon univoque ou à un projet politique traditionnel, mais constitue plutôt une passerelle transversaliste entre des domaines hétérogènes, dans une perspective fondamentalement hétérogénétique et re-singularisante. Il implique une remise en question permanente des institutions existantes, mais également une ouverture attentive aux mutations subjectives de notre époque, une vision radicalement transformée de la société, de la nature et de la technique, la nécessité de repenser et de réinventer sans cesse nos environnements.
(…) L’intention première de cet ouvrage est celle de donner un aperçu global des champs théoriques et pratiques où une nouvelle pensée des environnements et des natures/cultures est en train aujourd’hui de prendre forme, dans l’espoir qu’il puisse contribuer à l’ouverture des possibles que le philosophe Hicham-Stéphane Afeissa appelle de ses vœux dans sa contribution, ouverture nécessaire pour que nous puissions espérer nous soustraire aux menaces d’étouffement, d’ordre théorique, politique, esthétique et existentiel qui pèsent sur nous de toutes parts.
Manola Antonioli
Théories et pratiques écologiques :
de l’écologie urbaine à l’imagination environnementale
/ 2014
Présentation du livre / Installation et performance JEUDI 3 AVRIL 2014

GALERIE DUFAY/BONNET
Cité artisanale – 63 rue Daguerre – Paris 14ème

francinegarnier.com
mecanoscope.com

visuel 3 avril
Fly 3 avril

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