Archive mensuelle de avril 2014

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« Contre-courant » : Alain Badiou face à Michel Onfray

Pour cette nouvelle édition de « Contre-courant », Alain Badiou et Aude Lancelin reçoivent Michel Onfray, fondateur de l’Université populaire de Caen, auteur de nombreux ouvrages de philosophie depuis le Ventre des philosophes, paru en 1989 aux éditions Grasset. Figure désormais très médiatique du paysage intellectuel français, auteur de best-sellers controversés comme le Traité d’athéologie ou Le Crépuscule d’une idole, brûlot consacré à Freud en 2010, Michel Onfray se réclame aussi, on le sait, d’une gauche libertaire, anti-antiautoritaire et autogestionnaire.

Au programme de la discussion du jour : la nomination de Manuel Valls comme premier ministre, l’avenir de l’internationalisme, la question de l’individu face au capitalisme mondialisé, la vitalité de l’Islam face à un monde occidental en plein doute, la guerre continuée à travers les époques de figures intellectuelles comme Sartre et Camus. Autant de questions politiques et philosophiques conflictuelles évoquées au cours de cette heure d’entretien.

http://www.dailymotion.com/video/x1nrryt

12 avril 2014

Le 12 avril : « Walk On The Wild Side » / Christian Salmon

Le 12 avril, il ne s’agit pas d’une manifestation de plus, il ne s’agit pas de protester seulement, mais de se mettre en mouvement… C’est aussi simple qu’une envie soudaine de se remuer, de se secouer,  aussi simple qu’une chanson de Lou Reed : Take a Walk On The Wild Side. Traduisez comme vous voudrez, « prendre la tangente », « suivre la mauvaise pente » ; surtout s’ensauvager !

C’est l’évidence qui s’impose à nous. Ces hommes et ces femmes que nous avons portés au pouvoir le 6 mai 2012 dans un remake essoufflé du scénario du 10 mai 1981 : eh bien tout simplement, ils ne sont pas de gauche. Ces hommes et ces femmes à qui nous avons confié nos espoirs de changement n’avaient ni l’idée, ni la capacité, ni même la volonté de changer quoi que ce soit.
Être de gauche c’est une affaire de perception, et la perception que nous avons de ces hommes et ces femmes c’est celle d’hommes et de femmes de pouvoir, prêts à tous les arrangements, à toutes les manipulations, pour y rester.
Sans doute pour les plus lucides, c’était prévisible.
Depuis 2002, les candidats au pouvoir ont continué à faire de la politique à l’ancienne, avec fiefs, régions et affidés, comptant seulement sur le retour de balancier que leur offrirait l’alternance sans même essayer de comprendre ce qui se passait: les uns louchant sur le vieux blairisme  que les mensonges sur la guerre en Irak ont pourtant démasqué, d’autres sur Gerhard Schröder et son « agenda 2010 » dont la date d’expiration est largement dépassée. Clinton, Blair, Zapatero, Obama leur ont servi successivement de modèles et les voilà qu’ils découvrent dans le communiquant Matteo Renzi leur maître et leur inspirateur.
Ils se sont leurrés et nous ont leurrés considérant que rien n’avait changé que, par exemple, ils pourraient compter à jamais sur l’Europe, à laquelle une majorité d’électeurs avait dit non il y a plus de dix ans, sans qu’ils ne changent rien politiquement à leur conception de l’Europe, à leur relation à l’Europe, sans se rendre compte que la crise des dettes souveraines creusait au sein de l’Europe un mur, non pas entre l’est et l’ouest mais entre le nord et le sud, et que ce mur traversait la France, la coupant en deux. Ils se sont leurrés à l’idée qu’ils pourraient continuer à compter sur une politique néolibérale à laquelle ils s’étaient abandonnés dès les années 1980 et dont la crise de 2008 avait pourtant montré les effets dévastateurs. Ils se sont leurrés en cédant à l’hypermédiatisation confiant aux médias corrupteurs leur survie dans les sondages, troquant la transformation réelle de la société contre la survie médiatique.
Ils ont eu l’illusion de pouvoir compter à jamais sur la police pour maintenir les graves inégalités dans les quartiers. Ils se sont laissés aller à stigmatiser les minorités, à pourchasser les étrangers, les Roms, pour rivaliser avec les politiques sécuritaires de la droite.
Ils ont cru pouvoir compter sur une armée nationale pour faire respecter, sous le masque des droits de l’homme, leurs intérêts économiques et stratégiques dans les ex-colonies, escomptant retrouver des couleurs régaliennes au prix d’interventions couteuses et déstabilisatrices. Ils ont cru pouvoir leurrer l’opinion en déclarant la guerre à la finance tout en signant un armistice avec le Medef. Ils ont cru pouvoir déplacer la bataille de la réindustrialisassions dans les rayons des supermarchés et faire de la carte bleue des consommateurs un substitut du bulletin de vote, transformant leur ministre de l’industrie en VRP tricolore alors que le pouvoir, qu’eux-mêmes continuaient à détenir et à gérer, continuait la même politique de l’offre, la même compression des soi disant coûts du travail, livrant l’industrie française à la concurrence déloyale.
Ils ont cru pouvoir retrouver une hégémonie culturelle en empruntant à la droite et à l’extrême droite son lexique et son imaginaire  sous le prétexte de ne pas lui laisser le monopole de la Nation… Et surtout ils se sont persuadés et ils nous ont persuadés que pour gouverner aujourd’hui il suffit de contrôler la perception des gouvernés. Ils se sont persuadés et ils nous ont persuadés qu’il n’y avait pas d’alternative à leur morne gouvernance… qu’il fallait abandonner nos espoirs, nos désirs, nos révoltes à leurs calculs de comptables, à leurs ajustements de technocrates, à leur vision myope de bureaucrates… Ils ont pris pour du courage ce qui n’était qu’un lâche abandon à l’air du temps.
Le 12 avril il ne s’agit pas d’une manifestation de plus, il ne s’agit pas de protester seulement, mais de se mettre en mouvement…
C’est aussi simple qu’une envie soudaine de se secouer,  aussi simple qu’une chanson de Lou Reed : Take a Walk On The Wild Side.
Traduisez comme vous le voulez, « prendre la tangente », « suivre la mauvaise pente » ; surtout s’ensauvager !
Contre l’assignation à résidence des politiques sécuritaires il  faut sortir de chez soi,
Contre l’occupation de l’espace public et médiatique par les religieux et les extrémistes, il faut aller dans les rues,
Contre l’injonction à la raison néolibérale, il faut se mettre en mouvement, chercher d’autres chemins,
Contre la préférence médiatique pour le FN, il faut changer de fréquence, prendre la tangente…
C’est pourquoi je me joindrai à la marche du 12 avril.
Devant l’immobilisme du pouvoir mais aussi pour conjurer notre propre immobilisme, il faut se mettre en mouvement :
Take a Walk On The Wild Side.
Christian Salmon
Le 12 avril : « Walk On The Wild Side » / 10 avril 2014
Publié sur le blog Mediapart de l’auteur

lire les appels à manifester sur les sites d’Alternative libertaire et du NPA

dm

Onfray en pleine confusion de genre / Beatriz Preciado

Dans sa dernière chronique, Michel Onfray (1) dit avoir découvert «avec stupéfaction les racines très concrètes de la fumeuse théorie du genre popularisée dans les années 90 aux États-Unis par la philosophe Judith Butler». Pour expliquer son effarement, il nous raconte l’histoire de David/Brenda Reimer. Etant bébé, David subit une opération du phimosis au cours de laquelle son pénis est accidentellement cautérisé. Le docteur John Money propose en 1966 une ré-assignation sexuelle de David vers la féminité : l’enfant doit devenir Brenda à l’aide d’opérations chirurgicales et de traitements hormonaux. Money, inventeur de la notion clinique du «gender», prétend ainsi prouver scientifiquement sa thèse, selon laquelle le genre n’est pas déterminé anatomiquement, mais peut être intentionnellement produit par l’interaction des variables hormonales et le contexte pédagogique. David/Brenda «grandit douloureusement… il est attiré par les filles». Il refuse la vaginosplastie, se fait prescrire de la testostérone, puis deux opérations de phalloplastie. Onfray s’exalte : «Devant sa détresse ses parents lui révèlent enfin la vérité. Brenda redevient ce qu’il était : David. Il épouse une femme. Mais ne trouve ni la paix ni la sérénité. Il se suicide en 2002 par une overdose de médicaments.» En 1997, le docteur Milton Diamond «découvre la falsification et la dénonce». Money n’a pas réussi à faire d’un garçon une fille. Le réel, la vérité anatomique du sexe de Reimer, finit par s’imposer.
Et Onfray dénonce : «Judith Butler fait le tour du monde en défendant ces délires.» Il imagine une continuité stricte entre les théories et la clinique de Money et les théories féministes et queer de Butler. Le drame de Reimer prouverait le caractère «délirant» des «fictions dangereuses» de la philosophe. Onfray conclut en qualifiant les hypothèses de Butler de «déraison» et de «sidérante idéologie postmoderne» et appelle de ses vœux le jour où «le réel» viendra dévoiler ses erreurs pour empêcher leurs «considérables dommages». La lecture de cette chronique grotesque nous permet de tirer plusieurs conclusions sur le manque de rigueur dans la méthode du maître de Caen, mais aussi sur la confusion théorique qui traverse la France.
Son récit est truffé d’erreurs et de contresens. Plus grave si l’on songe à l’agressivité de ses propos contre Butler, il semble qu’il n’ait jamais lu la philosophe américaine. Mais si Onfray n’a pas lu Butler, où trouve-t-il ses arguments sur Reimer et sur la théorie du genre ? Le réseau d’Internet est une forêt digitale dans laquelle les mots sont des miettes électroniques permettant de retrouver la trace du lecteur enfui : et voilà que les approximations d’Onfray (se tromper sur le nom de naissance de Reimer, Bruce et non David, ou ignorer que Diamond a été le médecin de Reimer, etc.) nous conduisent à un article d’Emilie Lanez publié par le Point, intitulé «L’expérience tragique du gourou de la « théorie du genre »». Cet article est un exercice d’une insondable sottise et d’une grande malhonnêteté intellectuelle : il établit une relation erronée entre les théories de Money et celles de Butler, ce qui est inadmissible dans un contexte où l’instrumentalisation politicienne prime sur la rigueur dans l’usage des sources. Mieux encore, des passages entiers du texte d’Onfray sont repris d’un article de la page internet «Pour une école libre au Québec», site explicitement homophobe, dans lequel Onfray puise ses perles herméneutiques selon lesquelles Money «défendait la pédophilie et stigmatisait l’hétérosexualité comme une convention à déconstruire».
Il est étonnant que, pour s’exprimer sur le genre, Onfray choisisse de plagier des sites de catholiques intégristes. Ces bonnes sources de droite ne l’ont pas informé que l’histoire de Reimer est l’un des cas les plus commentés et critiqués par les études du genre et queer. S’il avait lu Butler, il saurait qu’elle consacre à l’analyse de l’histoire de Reimer un chapitre de son livre de 2004, Défaire le genre. Elle critique aussi bien l’usage normatif d’une théorie constructiviste du genre qui permet à Money de décider qu’un enfant sans pénis doit être éduqué comme une fille, que les théories naturalistes de la différence sexuelle défendues par Diamond, selon lesquelles l’anatomie et la génétique doivent définir le genre.
Contrairement à ce qu’imagine Onfray, Money n’avait rien d’un transgresseur du genre, et Diamond n’était pas un héros de l’authenticité du sexe : ils partageaient une vision normative de la différence sexuelle. Selon eux, il ne peut y avoir que deux sexes (et deux genres) et il est nécessaire de reconduire le corps des personnes intersexuelles et transsexuelles vers l’un ou l’autre sexe, genre. Judith Butler, avec les associations intersexuelles, fut une des premières à articuler une critique des usages normatifs des notions cliniques du genre et de la différence sexuelle. Money, affirme Butler, «impose la malléabilité du genre violemment» et Diamond «induit la naturalité du sexe artificiellement».
Le traitement brutal imposé à Reimer fut le même que celui réservé aux enfants intersexués : ces nouveau-nés, dont l’appareil génital ne peut être défini comme masculin ou féminin, sont soumis à des opérations chirurgicales de ré-assignation sexuelle. L’objectif reste le même : produire la différence sexuelle – quand bien même ce serait à travers la mutilation génitale. Pourquoi les anti-genre se scandalisent du sort réservé à Reimer mais n’ont jamais haussé la voix pour demander l’interdiction des chirurgies de mutilation génitale des enfants intersexuels?
Les représentations biologiques et les codes culturels permettant la reconnaissance du corps humain en tant que féminin ou masculin appartiennent à un régime de vérité historiquement donné dont le caractère normatif doit pouvoir être interrogé. Notre conception du corps et de la différence sexuelle dépend de ce que nous pourrions appeler, avec Thomas Kuhn, un paradigme scientifico-culturel. Mais, comme tout paradigme, il est susceptible d’être remplacé par un autre. Le paradigme de la différence sexuelle qui fonctionnait en Occident depuis le XVIIIe siècle entre en crise dans la deuxième partie du XXe siècle, avec le développement de l’analyse chromosomique et des données génétiques. Un enfant sur 2 000 naît avec des organes génitaux considérés comme ni masculins ni féminins. Ils ont le droit d’être des garçons sans pénis, des filles sans utérus, et même de n’être ni fille ni garçon. Ce que montre bien le cas dramatique de Reimer, ce sont les efforts des médecins pour sauver le paradigme de la différence sexuelle coûte que coûte. Nous ne voulons plus ni du genre avec Money ni de la différence sexuelle avec Diamond. Voici notre situation épistémologique : nous avons besoin d’un nouveau modèle d’intelligibilité plus ouvert, moins hiérarchique. Nous avons besoin d’une révolution dans le paradigme de représentation du corps semblable à celle que Copernic a initié dans le système de représentation planétaire. Face aux nouveaux Ptolomée, nous sommes les athées du système sexe, genre.
Beatriz Preciado
Onfray en pleine confusion de genre / 14 mars 2014
Publié dans Libération

picabia
1 Publiée sur son blog mo.michelonfray.fr et reprise par «le Point» du 6 mars.

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