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Jungle, basse-cour, labo zoologique – Projections et déjections de l’animal colonisateur / Christiane Vollaire / Chimères n°81 / Bêt(is)es

Frantz Fanon écrit et publie Les Damnés de la terre en 1961, non comme une analyse à froid, mais comme une arme en période de combat, pendant la lutte de décolonisation de l’Algérie dont il est un acteur-phare. L’ouvrage retourne directement contre le système colonial l’imputation d’animalité, que celui-ci a monté comme une vraie machine de guerre, et dont il va démonter pièce à pièce les mécanismes.
Au cœur de ce dispositif, la médecine coloniale, comme outil « scientifique » de représentation du colonisé en animal de laboratoire. Fanon montre que tout le montage en repose sur une tautologie, première faute logique : l’indigène est bête parce qu’il est bête, animal sauvage dont le mieux qu’on puisse en faire est de le transformer en objet d’observation ou, mieux, d’expérimentation.
Fanon, psychiatre cultivé d’origine antillaise épousant la cause du FLN, ne va pas simplement dénoncer la barbarie physique infligée aux colonisés par ceux-là même qui les traitent de barbares, mais la profonde bêtise de ces Bouvard et Pécuchet de la médecine positiviste que sont les médecins-chercheurs coloniaux. Leur faire rentrer dans la gorge l’abyssale prétention de leur ignorance, leur faire ravaler l’illogisme profond de leur prétention à la scientificité.

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S’occuper d’un débat d’experts psychiatres et de neurologues en pleine guerre d’Algérie, est-ce bien nécessaire ? Fanon montre que c’est précisément là, au sens propre, le nerf de la guerre.
C’est en 1935 au Congrès des aliénistes et neurologistes de langue française qui se tenait à Bruxelles que le professeur Porot devait définir les bases scientifiques de sa théorie. Discutant le rapport de Baruck sur l’hystérie, il signalait que « L’indigène nord-africain, dont les activités supérieures et corticales sont peu évoluées, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par son diencéphale » (1).
Selon les définitions classiques, le diencéphale est la partie de l’encéphale dont le rôle essentiel est l’intégration des fonctions sensorimotrices, neuro-végétatives et neuro-endocriniennes, fonctions identiques à celles de l’ensemble du monde animal. Le cortex cérébral est au contraire le siège des fonctions neurologiques élaborées : intelligence, mouvement volontaire, conscience, jouant un rôle indispensable dans les fonctions supérieures, et proprement humaines, que sont le langage et la mémoire.
Christiane Vollaire
Jungle, basse-cour, labo zoologique
Projections et déjections de l’animal colonisateur
/ 2014
Extrait du texte publié dans Chimères n°81 / Bêt(is)es

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1 Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, in Œuvres, La Découverte, 2011, p. 665.

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