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Archive mensuelle de janvier 2014

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Qu’est-ce que l’écosophie ? / Félix Guattari / textes agencés et présentés par Stéphane nadaud

Qu’est-ce que l’Écosophie ? réunit les textes rares ou inédits que Félix Guattari rédige entre 1985 et 1992, à l’issue de ce qu’il a nommé « les années d’hiver ». Proche des partis écologistes, qui lui paraissent alors pouvoir exprimer un « nouveau type de militantisme » (il déchantera rapidement), il entreprend de formaliser une théorie écologiste dont l’ambition ne se limite nullement à la sauvegarde de l’environnement. Les textes qui composent ce volume exceptionnel constituent un témoignage précieux sur une période dont l’histoire politique reste en grande partie à écrire ; ils anticipent également les errements partisans du mouvement écologiste actuel.

Félix Guattari l’écosophe
Un titre en forme de question, « Qu’est-ce que l’écosophie ? », ne peut qu’appeler une réponse. Réponse qui est en réalité très simple : l’écosophie est le nom que Félix Guattari donne à son expérience philosophique et politique, depuis le milieu des années quatre-vingt jusqu’à sa mort, le 29 août 1992. Dans le titre choisi pour le présent recueil, on aura évidemment raison de voir un clin d’œil au livre de Gilles Deleuze et de Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, paru aux éditions de Minuit en 1991. Au fil de la lecture des différents textes qu’il réunit, on constatera en effet qu’il y est bien question de la pensée politique et philosophique de Félix Guattari, de l’exposition de celle-ci et de sa construction – de son work in progress.
Si l’on suit Guattari dans les textes réunis ici, on le verra s’inscrire dans les grands mouvements de la philosophie occidentale. Dressant, à grands traits, une généalogie, on évoquera Husserl et Heidegger, à propos de sa manière de penser ontologie et subjectivité. On reconnaîtra la figure de Sartre dans certaines de ses actions, ou dans la multiplication des formes d’écriture qu’il explore alors activement : romans, pièces de théâtre philosophiques, essais. Il n’y a pas jusqu’à la psychanalyse qui, comme on le sait, ne l’ait assurément marqué ; cette dernière sera profondément questionnée par Félix Guattari, au point qu’il ira jusqu’à proposer, avec son ami Gilles Deleuze, de la rebaptiser « schizoanalyse » (1).
Félix Guattari était un penseur engagé  dans son temps, qui s’inscrit, par les dialogues constants qu’il entretint avec Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jean Baudrillard, etc., au sein de ce que les Américains ont appelé la French Theory. Ces penseurs des années soixante-dix et quatre-vingt s’efforcèrent de surmonter le « choc » structuraliste des années quarante et cinquante – ils ont d’ailleurs abandonné leurs propres héritiers à la difficile tâche de surmonter à leur tour le post-structuralisme qu’ils avaient fabriqué.
Félix Guattari, c’est aussi la lutte contre, tout contre la post-modernité, aux côtés de Jean-françois Lyotard, de Paul Virilio. On connaît le Guattari popphilosophe (2) qui se saisit des objets les plus courants pour développer sa pensée. Mais s’il le fait alors, ce n’est pas de la façon si triste, si guindée, si faussement populaire (« snob », pourrait-on dire), avec laquelle d’autoproclamés « fresh théoriciens » s’essayent aujourd’hui à l’exercice. Si Guattari s’intéresse par exemple à la publicité télévisuelle, ce n’est pas pour la réduire à des concepts pré-existants. Il ne regarde pas la télévision comme on apprend sur les bancs de l’université à lire les Écrits de Lacan. Il invente une méthode qui consiste à lire Lacan comme on a pris l’habitude de regarder la télévision. Et puis, comment ne pas évoquer Nietzsche, bien que Guattari le cite rarement – l’a-t-il même jamais lu ? -, l’animal Nietzsche qui se devine, comme une carpe japonaise dont on soupçonne les mouvements sous les lentilles d’eau recouvrant la surface de l’étang, sans jamais l’apercevoir ? Nietzsche ne luttait-il déjà pas, comme Guattari le fit, pour ne pas rabattre la philosophie sur l’eudémonisme (une philosophie qui servirait à trouver le bonheur) ou sur  le système (une philosophie qui permettrait à ces « professionnels »de confectionner leur toile d’araignée afin d’y faire prisonnier quiconque serait tenté de s’en approcher – c’est ce qu’il reprochait à Spinoza) ? Une chose est sûre : Guattari n’a cessé, sa vie intellectuelle durant, de faire de la philosophie, c’est-à-dire, selon ses termes, de devenir écosophe. Autrement dit, l’écosophie est pour Félix Guattari le moyen d’associer son appétit insatiable pour la production théorique à son souci permanent de la praxis, de la prise en compte des réalités complexes du monde contemporain.
(…)
Lecteur, je t’invite à picorer ce livre, à faire comme le papillon auquel j’ai plus haut comparé Guattari. Utilise ce recueil comme tu pourrais utiliser le journal de Kafka, en y cueillant, chaque fois que l’envie t’en prend, ce que le hasard ou la nécessité te poussent y cueillir. Comme t’y invite Sade, « c’est à toi à prendre [ce qui te convient] et à laisser le reste, un autre en fera autant, et petit à petit tout aura retrouvé sa place. (…) choisis et laisse le reste sans déclamer contre ce qui reste, uniquement parce qu’il n’a pas le talent de te plaire. Songe qu’il plaira à d’autres et sois philosophe » (3).
Stéphane Nadaud
Qu’est-ce que l’écosophie ? / 2014
Textes de Félix Guattari agencés et présentés par Stéphane Nadaud
Éditions Lignes

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1 Sur ce terme, et sur tous les concepts guattariens utilisés, le lecteur pourra se reporter au glossaire proposé en fin de volume, p. 575, constitué à partir de définitions tirées des textes de ce recueil. Ce choix s’explique par le fait que les concepts de Guattari n’ont cessé d’évoluer depuis ses premiers écrits des années soixante, alors qu’il gardait le plus souvent le même terme pour les qualifier. Le concept de ritournelle a ainsi profondément varié entre l’Inconscient machinique (1979) et les présents écrits. Aussi, pour ne pas subsumer ses concepts-outils (au sens deleuzo-guattarien du terme) sous une définition par trop signifiante et fixée – qui ne serait après tout que la mienne -, une reprise de certains passages des textes de cet ouvrage a été préférée.
2 Sur cette question, voir l’appendice « Pophilosophie » de mon Manuel à l’usage de ceux qui veulent réussir leur [anti]œdipe, Paris, Fayard, 2006.
3 D.A.F. de Sade, Les 120 Journées de Sodome, Sceaux, Éditions Jean-Jacques Pauvert, 1953, p.100.
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La petite Borde / Emmanuelle Guattari

Les enfants de La Borde
Nous nous déplacions comme une nuée de passereaux, dans une nébuleuse hardie et bavarde.
Nous allions au château.
Nous traversions le Grand Salon, enfilions la Salle à manger vers la Cuisine (ou en sens inverse) dans de grandes effiloches d’enfants. Nous allions voir René, le cuisinier (mon oncle) ; nous lui demandions toujours quelque chose.
On demandait à aider pour porter les grosses poubelles, celles avec les restes que l’on triait à la fin des repas et les épluchures (et parfois, par hasard, d’autres choses) aux cochons. ils avaient de terribles petits yeux bleus. Ils mangeaient les mains qui traînaient et écrasaient leurs petits dans la bousculade qui poussaient des cris suraigus.
Quand un pensionnaire ne l’avait pas encore fait, on portait le seau de pain dur trempé aux canards de la Mare.
On allait pêcher de la friture aux étangs.
Nous glissions les plus minces par les soupiraux du Château sous la cuisine, pour remonter de la Cave les boîtes collectivité de fruits au sirop (prunes ou oreillons d’abricots) ou celle de crème de marron et nous allions nous cacher.
il y avait le cimetière de voitures, au parking à l’entrée de la Clinique, sur le chemin du Poulailler. Quand il pleuvait, on s’installait sur les banquettes et on conduisait tout l’après-midi les volants crantés et les boîtes de vitesse des vieilles Tractions noires, des 403 et des Dauphines, des DS. Ça sentait le moisi et l’huile de vidange.
À l’automne, au moment des batailles de marrons, nous prenions les couvercles des poubelles en métal pour faire des boucliers. Nous faisions de grandes batailles rangées avec des cocards et des larmes ; nous ne remettions pas toujours les couvercles.
Nous fumions en cachette les mégots que ne finissaient pas les Pensionnaires.
Nous allions au Poulailler gober les œufs, foulant la paille que nous avions escaladée.
Nous avions le droit d’aller dans les ateliers. Nous faisions de la poterie à la grande Serre ; de la couture avec Lala, quand elle installait une table dehors, sous le grand Cèdre près de la Chapelle. Nous faisions des guirlandes pour les fêtes ; nous allions à l’atelier Théâtre.
Nous allions voir nos parents, à l’Infirmerie du Château ou du Parc, ou à la Vaisselle.
Nous allions dire bonjour aux pensionnaires ; certains donnaient parfois des pièces de 1 franc pour aller boire un verre de soda au Bar ou acheter des bonbons.
On nous costumait pour les Kermesses. Nous allions jouer dans les kiosques et les cabanes vides qui avaient été construites et qui restaient ensuite.
À Noël, il y avait un grand sapin dans le Grand Salon et les enfants assis du personnel recevaient un cadeau.
On allait voir l’âne, Tintin, près de la scierie. C’est comme ça qu’on s’est approchés de la fosse.
Emmanuelle Guattari
La petite Borde / 2012

© Mercure de France, 2012

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The Beat Generation (Notes, sans partition) / G. Mar

Sur le Hors-Temps et la résistance par la littérature aux logiques dominantes – sur la contextualisation d’un certain rapport de la littérature aux événements historiques :  la chute du mur de Berlin et les attentats du World Trade Center, « L’Histoire est un cauchemar dont j’essaie de m’éveiller » – sur l’écriture comme activité séparée et dé-maîtrise à l’œuvre – sur un certain Cruor qui appartient à l’enfance, persiste et signe dans le texte – sur une hypothétique spécificité de la littérature française –  « Politique, drôle et violent » – sur le travail de composition à l’œuvre en l’absence supposée de modèle – sur l’emprise des voix qui hantent tout autant le lecteur que celui qui écrit et la puissance subversive des œuvres de fiction – sur l’accointance entre l’espace littéraire et le crime, le temps propre à l’écriture et la Révolution avec, en post-scriptum, un J’accuse contre la mauvaise équation établie par Richard Millet entre la littérature et le mal – sur ce qui dans la littérature peut être envisagé comme une guerre de droit qui fasse place à l’humour, l’inconvenance et l’esprit de déréliction envers les tenants du Grand Jeu – sur l’impossibilité d’en jamais finir avec l’écriture… « S’il s’agissait de musique, ces Notes, sans partition ne pourraient se poser ni sur les lignes ni trouver place dans les interlignes de la portée. Il faudrait pour elles chercher une graphie, un espace comme en conçoivent certains compositeurs. Pour emprunter au jeune René Char, c’est d’«artisanat furieux » qu’il convient de parler. » (Préface de Michel Enaudeau). 

G. Mar / The Beat Generation / 2014
Paru aux éditions D-Fiction
Voir aussi :
La part du Mythe

Copie de Copie de NOTES SANS PARTITION COUV La guerre

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