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Archive mensuelle de décembre 2011

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La culture en clandestins. l’UX / Lazar Kunstmann

Toutes les clefs du monument étaient là. Elles portaient à chaque fois des étiquettes dont les noms laissaient songeur, des parties du Panthéon qu’ils n’avaient même pas pensé à visiter. Il leur semblait que les clefs de toute la ville étaient là, ce qui d’une certaine manière n’était pas très loin de la réalité. Leurs yeux se mirent à briller et leur sourire remonta jusqu’aux oreilles. Il y avait tout pour faire une sortie royale. La clef de la porte principale était là, en plus de celle des grilles extérieures… cependant, la sortie n’occupait déjà plus leur esprit. Non, le retour était maintenant l’ordre du jour. Certes il allait falloir faire preuve d’imagination, mais la domestication des lieux semblait maintenant tout à fait accessible… et les perspectives de futures explorations étaient autant multiples que prodigieuses. Ce n’était plus un simple terrain de jeux qui s’offrait à eux, c’était un monde… infini et prometteur. Ils y étaient entrés presque par hasard, mais ne comptaient absolument pas en sortir. Bien au contraire, ils allaient s’enfoncer dans cette jachère urbaine… et la coloniser. Chacun y songeait de son côté… en silence.
Dans le bureau de l’Administrateur du Panthéon, on n’entendait plus que le brouhaha de la ville au-dehors, troublé parfois par un craquement du parquet ou des meubles en bois.
Lazar Kunstman
la Culture en clandestins. L’UX / 2009
Untergunther
la Mexicaine de perforation
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L’État français se prépare à une lutte de classe – Stratégie de la violence de Sarkozy / Larry Portis

« Ramener la guerre sur le front intérieur ». C’est un slogan entendu durant toute la période de la guerre au Vietnam. Une formule gagnante, du moins temporairement dans ce qu’elle exprimait et renforçait la combativité de ceux et celles qui contestaient la guerre. L’idée étant que mouvement anti-guerre devait obliger les États-Unis et les autres pays occidentaux industrialisés à confronter en miroir leurs actions impérialistes à l’étranger (1).
En France, cette idée prend un tour surprenant, la guerre est ramenée sur le front intérieur par le président lui-même.
La propension à descendre dans la rue pour combattre les institutions oppressives fait partie d’une longue tradition politique française. C’est encore le cas, mais par ailleurs la répression de l’État fait aussi partie de cette tradition. L’histoire est ponctuée de révoltes et de révolutions, suivies de l’écrasement sanglant des mouvements populaires. Il faut se souvenir de 1789, de 1830, de 1848, de la Commune de 1871 et de 1936. Sans oublier les opérations militaires de « pacification » génocidaires perpétrées contre les populations en Indochine, en Algérie, au Maroc et à Madagascar, qui ont fait des émules parmi d’autres États impérialistes, les États-Unis en tête.
Dans un pays comme la France, qualifié de « laboratoire politique du monde » par Karl Marx, le gouvernement français actuel met les bouchées doubles pour mettre en place un « État policier » dans lequel les forces de répression ne sont pas seulement centralisées, mais militarisées au sens strict du terme. L’État perfectionne le pouvoir policier en gérant les « perturbations civiles » par la militarisation du contrôle de la population.
Pour ce faire, deux modèles servent à cette démarche. Le premier est le Patriot Act étatsunien qui centralise les agences de « renseignement » sous les auspices du Département de sécurité intérieure et efface toute distinction entre une intervention internationale et et le maintien de l’ordre à l’intérieur du pays. Le second est l’organisation des forces de sécurité nationale en Israël où le principe opérationnel est l’occupation d’un territoire hostile.
En juillet 2010, un pas important a été franchi dans cette démarche de centralisation et de militarisation de la police lorsque l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi de Nicolas Sarkozy, donnant au ministre de l’Intérieur le contrôle de la gendarmerie, considérée jusque là comme faisant partie de la défense militaire, bien qu’agissant pour le maintien de l’ordre hors des villes. Depuis 1921, la gendarmerie avait en effet le statut de corps militaire spécial disposant d’une sorte d’autonomie ambigüe. Elle n’était pas impliquée dans le contrôle des foules ou dans des opérations militaires, mais faisait partie de l’institution militaire. La gendarmerie jouissait donc en général d’une relative indépendance vis-à-vis des pressions politiques. Depuis les années 1960, la série de films populaires des gendarmes de St Tropez, avec son interprète-vedette Louis De Funès, a donné à la gendarmerie l’image quelque peu folklorique de force de l’ordre la plus respectée en France.
Cette indépendance est à présent sérieusement compromise. Non seulement Sarkozy a proposé qu’un contingent de gendarmes soit envoyé en Afghanistan, mais l’incorporation de la gendarmerie dans la police implique que la distinction entre le service public et la répression de la population n’existe effectivement plus. Il a également institué un système de quotas — ensemble de règles quantitatives — qui pousse la police à arrêter un nombre croissant de personnes.
Les personnes peuvent être maintenues en détention de 24 à 48 heures sans qu’il y ait d’acte d’accusation formel. La garde à vue permet ainsi à la police d’interroger un suspect sans le moindre contrôle. Autrement dit, en l’absence de tout principe d’habeas corpus, la détention est utilisée pour obtenir des confessions ou pour punir ceux et celles qui font preuve de manque de respect à l’égard de l’autorité policière.
Ces dernières années cette pratique de la garde à vue a atteint de telles proportions que des groupes ont été créés pour agir contre cette dérive. 900 000 personnes ont été détenues en garde à vue, sur une population de 65 millions d’habitants. Chiffres qui ont pratiquement doublé par rapport aux années qui ont précédé l’élection de Sarkozy à la présidence, en 2007. Il est fréquent que la police frappe les personnes qui expriment leur indignation lorsqu’elles sont arrêtées ou incarcérées. Ces victimes de brutalités policières sont alors systématiquement accusées d’avoir résisté violemment et injurié les policiers qui déposent plainte contre elles. Les témoins qui protestent subissent fréquemment le même traitement. Dans ses rapports annuels de 2005 et 2009, Amnesty International conclut « qu’actuellement en France les forces de l’ordre bénéficient d’une totale impunité ».
La connection avec Israël est primordiale dans la stratégie de Sarkozy. Sans qu’il y ait de déclaration officielle, le Canard Enchaîné a rapporté des rumeurs provenant des rangs des forces de la sécurité intérieure française révélant que la police nationale israélienne — la Mishtara forte de 26 000 policiers — servirait de modèle pour le contrôle de la population, avec la fusion des pouvoirs policiers, des activités d’espionnage et des opérations contre le terrorisme.
Déjà en 2005, après l’insurrection de certaines banlieues françaises, des experts israéliens en opérations contre les guérillas urbaines seraient venus en France à la demande des autorités, alors que Sarkozy était ministre de l’Intérieur. En juin 2010, des officiers de l’armée israélienne auraient participé à des combats simulés et il était question que leurs homologues français se rendent en Israël pour « s’entrainer au combat en zones urbaines ».
La technologie israélienne offre une autre dimension de cette collaboration bien qu’on considère qu’actuellement la population française ne soit pas prête à accepter certaines des innovations israéliennes. Par exemple le Shofar (nom hébreu pour une trompette fabriquée en corne de bélier), un « canon à bruit » israélien qui émet des sons comparables à ceux d’un avion de combat volant directement au dessus de votre tête (145 dcb) a été rejeté. Le colonel Didier Quenelle du centre d’entraînement de la gendarmerie de St Astier en Dordogne a expliqué à Hacène Belmissous en Janvier 2010 (2) qu’il avait refusé de tester l’engin. Cependant les nouveaux supérieurs de Quenelle ne l’ont pas exclu. « Nous avons conclu que de nombreux manifestants d’âges différents seraient blessés et que la capacité de nos concitoyens à accepter de tels outils semble problématique » a-t-il été noté dans un rapport officiel. Néanmoins, il a été demandé qu’il soit testé et les « balles en caoutchouc » ont été acceptées.
Pourquoi le gouvernement français se prépare t-il à des opérations de combat dans les villes ? En raison des phobies et de l’activisme de Nicolas Sarkozy ? De l’instabilité structurelle de l’économie française et des explosions sociales attendues, après la Grèce, l’Irlande, l’Angleterre… ?
Nicolas Sarkozy a été nommé ministre de l’Intérieur en 2002 et est depuis responsable du maintien de l’ordre. Depuis, la brutalité policière s’est accrue. Il n’est donc pas surprenant que les problèmes de « sécurité » tiennent une place majeure dans sa politique. Ignorant toute critique sur sa responsabilité de la hausse de l’insécurité, il ne cesse d’affirmer que les crimes sont en hausse et que les peines doivent être plus sévères. Quant à son interprétation des protestations à l’encontre des actions policières, il les juge comme irresponsables, au mieux, ou faisant partie de l’insécurité grandissante.

Brève chronique de quelques exploits de Sarkozy
Le 26 Octobre 2005, toujours ministre de l’Intérieur mais déjà en campagne pour l’élection présidentielle, Sarkozy se rend en visite surprise à Argenteuil, dans un commissariat de police. Objectif : montrer son soutien inconditionnel à la police. Harcelé par 200 jeunes habitants, mais protégés par les CRS, il déclare devant des caméras omniprésentes qu’il se débarrassera de la « racaille ». Le terme de racaille s’appliquant évidemment aux jeunes de banlieues à forte concentration de travailleurs immigrés et de leurs enfants.
Le lendemain, à Clichy sous Bois, deux adolescents sont électrocutés en tentant de se dissimuler de la police dans un transformateur électrique. Les policiers prétendirent alors faire une enquête sur des vols, mais n’avoir aucune responsabilité dans la poursuite des adolescents, affirmation contredite par des témoins dont les témoignages furent confirmés par la suite. Les adolescents, qui jouaient au foot, se sont enfuis à l’arrivée des policiers en raison de la peur généralisée de la police et, notamment, des interrogatoires fréquents dont sont victimes les jeunes du quartier. Durant six jours d’émeute, l’affrontement de la police et des habitants fut continuel.
Trois nuits d’émeutes suivent l’élection présidentielle du 6 Mai 2007.
Le 25 novembre 2007, des émeutes éclatent à Villiers le Bel, dans le nord de Paris, après la mort de deux jeunes en mobylette poursuivis et percutés par une voiture de police. Deux nuits de combat entre la police et les jeunes. Il est ensuite prouvé que la police avait menti sur la vitesse de leur véhicule. Environ 100 policiers et pompiers furent blessés après avoir essuyé des tirs provenant des immeubles du quartier. En réponse à ces évènements, le 18 Février 2008, 33 personnes sont arrêtées à l’aube par 1100 policiers de différentes brigades. Les conséquences du raid sont emblématiques en matière de justice. En Juillet 2010, trois des 33 jeunes arrêtés sont condamnés à 3 et 5 ans de prison ferme sur la base du témoignage d’un-e informateur/trice ayant reçu une prime pour sa dénonciation.
Il faut mentionner un paradoxe. Sarkozy a été élu par 54 % des votant-es lors de l’élection de Mai 2007. Et de nombreuses personnes ont voté pour lui en banlieue, croyant que Sarkozy prendrait des mesures pour sécuriser leur quartier. Ce fut le contraire, il est en réalité largement responsable de cette violence et a besoin d’invoquer l’insécurité pour justifier sa politique de la répression et de la régression. Si Sarkozy a perdu de sa popularité auprès de cet électorat, il néanmoins la majorité absolue à l’Assemblée nationale où les lois et les politiques qu’il propose sont approuvées et votées sans discussion.
Pourtant même avant les élections Sarkozy était généralement impopulaire. Après cinq années au ministère de l’Intérieur comme premier flic de France, la plupart des habitants des quartiers pauvres avaient déjà compris. Les 35 % qui ont voté pour lui dans ces quartiers ont certainement contribué à le propulser au sommet de l’État et à être élu. Mais les autres l’excècrent au point que Sarkozy évite se rendre dans ces quartiers par crainte de provoquer des émeutes.
Ceci est maintenant vrai partout en France. Là où se rend Sarkozy, quartier pauvre ou pas, l’endroit qu’il visite est bouclé et inaccessible à la population. Quand la présence d’une foule est nécessaire, des sympathisant-es et des membres de l’UMP sont recruté-es et reçoivent des « invitations » pour franchir les barrages de police ! Les autres, considérés à juste titre comme de potentiels protestataires, sont relégués loin derrière les barrages de police. Matraques et gaz lacrymogènes sont utilisés s’il y a des tentatives pour franchir les barrages.
Les manifestations contre la réforme des retraites en octobre et novembre 2010 ont fourni des preuves supplémentaires de la militarisation du contrôle de la population urbaine. À Lyon, deuxième plus grande ville du pays, on a assisté à des scènes de guérillas urbaines entre des robocops et des adolescents des banlieues venus en découdre avec la police. On estime de 1300 à 1800 le nombre de jeunes, sans distinction de genres, venus rejoindre les dizaines de milliers de manifestant-es protestant contre les réformes. Il semble que le gouvernement ait délibérément provoqué ce genre d’affrontements pour renforcer son contrôle militaire de la population.
À certains moments pendant les manifestations, la police a complètement encerclé la place centrale de Lyon — la Place Bellecour — interdisant aux manifestant-es d’en sortir (3). La technique de boucler des zones est aussi utilisée à Paris et dans d’autres villes à la fin des manifestations. Parfois des personnes bloquées essaient de se réfugier dans les stations de métro et se retrouvent nez à nez avec des CRS qui les y attendent.
La nuit du 24 juin 2010 Sarkozy a fait une visite nocturne surprise dans la ville de St Denis, accompagné de caméras TV. Un jeune noir de 21 ans l’a vu et l’a immédiatement interpellé : « va te faire enculer connard, ici c’est chez moi ! » Les gardes du corps lui ont immédiatement sauté dessus, lui cassant le nez et l’ont arrêté. Le caméraman d’une chaîne de TV publique a également été frappé alors qu’il tentait de filmer la scène.
Il est possible que Sarkozy n’ait pas été mécontent de cet incident. L’insulte du jeune homme noir ayant un nom arabe — comme cela a été révélé par la suite — peut être brandie par Sarkozy comme une preuve supplémentaire que les jeunes habitants des « ghettos » ethniques sont culturellement — si ce n’est « racialement » — des barbares n’ayant aucun respect pour les institutions et leurs représentants. De plus, le jeune homme a publiquement affirmé que son quartier était hors d’atteinte du président français. Aubaine pour Sarkozy qui justifie ainsi sa croisade pour occuper un territoire et créer l’illusion de pacifier la populace.
Et c’est là le point central. Sarkozy et son gouvernement reconceptualisent le territoire de la France en zones occupées et non occupées. Comme d’autres chefs d’État, il a besoin d’une guerre permanente contre un ennemi mal défini mais stigmatisé pour justifier son autorité. Il est significatif que des planificateurs militaires soient actuellement en phase de réévaluer le rôle de l’armée française dans la « Bataille d’Alger » de la fin des années 1950. Longtemps considérée comme un modèle par Israël pour les territoires occupés palestiniens et par les États-Unis en Irak, les leçons de l’occupation meurtrière de la casbah d’Alger sont actuellement considérées positivement par les stratèges pour la France.
Pourquoi et quel est réellement le problème dans les banlieues françaises ? D’après des chiffres publiés en décembre 2010, 43 % de jeunes hommes et 37 % de jeunes femmes vivant dans ces banlieues sont sans emploi. Chiffres qui reflètent le manque de perspectives futures pour toute une population de jeunes de ces banlieues, population stigmatisée, désignée à la vindicte comme « fauteurs de troubles » et utilisée par Sarkozy et ses sbires de bouc émissaire.
En 2002, Sarkozy a mis fin à la présence d’une police de proximité dans les banlieues, dont l’objectif avancé par le gouvernement précédent était d’intégrer les forces de police dans le tissu local et de réduire ainsi les tensions. À l’encontre de cette stratégie, Sarkozy a préféré les « incursions » militaires punitives dans les banlieues ghettoïsées. Vu le résultat, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi.
Larry Portis
l’Etat français se prépare à une lutte de classe / 2010
Publié dans Divergences
A lire également :
Bouffon Imperator / Alain Brossat

De quoi Sarkozy est-il le nom ? / Alain Badiou
A voir et écouter : Badiou / Brossat

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1 Cet article est paru dans la revue étatsunienne Counterpunch le 21 décembre 2010.
2 Cité dans le livre de Belmissous, Opérations Banlieues, 2010
3 Place Bellecour, « zone de guerre » ? in le Monde

Actualité de l’évolutionnisme anarchiste de Kropotkine / Yusuke Katakura

Mondialisation et anarchisme entre 1880 et 1914
A partir des années 1880 et jusqu’à la Première Guerre Mondiale surgit un ensemble de groupements politiques revendiquant le nom « d’anarchisme ». Plusieurs des mouvements anti-autoritaires qui avaient préexistés dans la Première Internationale s’y trouvent englobés : ainsi du « mutualisme », sous l’influence de Proudhon, ou du « collectivisme » bakouninien. Cette époque est un moment décisif, non seulement pour la propagation la plus large du mouvement anarchiste, mais aussi pour l’élaboration de la notion générale « d’anarchie » en tant que grille de déchiffrement permettant de reconnaître, en dehors de l’époque et des lieux où naquit cette notion, des précurseurs qui n’auraient pas pensé à s’en revendiquer. On a donc voulu découvrir de « l’anarchisme » dans des systèmes de pensée antérieurs aux temps modernes, voire extérieurs à l’espace européen : par exemple dans les révoltes populaires, le bouddhisme primitif, le christianisme ancien, chez Lao-Tseu… La notion d’anarchie est ainsi devenue un concept politique global, non seulement applicable à l’Europe, mais au monde entier. De cette formation de « l’anarchisme » à partir des années 1880, Benedict Anderson a récemment présenté un compte-rendu historique lucide, décrivant les rapports entre l’expansion du colonialisme dans le dernier quart du XIX siècle et les réseaux mondiaux de l’anarchisme. L’extension des réseaux anarchistes internationaux a connu son apogée avant le commencement de la Première Guerre Mondiale, dépassant celle du marxisme et traversant toutes les frontières européennes et jusqu’à des pays tels que l’Egypte, Cuba, le Brésil, la Corée, la Chine ou le Japon. Anderson a appelé Early Globalization (première mondialisation) le complexe développement de cette compétition mondiale et des réseaux créés par celle-ci. L’expansion mondiale du colonialisme s’est accompagnée de diverses innovations technologiques créant des migrations massives et des réseaux traversant les frontières dans le monde entier : invention du télégraphe et ses nombreux perfectionnements, installation de câbles sous les océans, développement de lignes régulières de paquebots internationaux, inauguration de l’Union postale universelle… Anderson a replacé l’anarchisme dans le cadre de ces réseaux mondiaux, en tant que rêve et pratique du dépassement des frontières, afin de nier non seulement l’Etat, mais l’ensemble des Etats qui dominent le monde sous la forme du colonialisme. Selon cette analyse, la formation de l’anarchisme se dégage d’un arrière-plan historique qui inclut celui-ci. Toutefois la méthodologie d’Anderson, qualifiée de Political Astronomy, se limite à établir une cartographie objective de l’anarchisme au sein des réseaux et des conflits du monde. Mon but est au contraire de tenter une interprétation intérieure de la pensée anarchiste, en tant que théorie disposant d’une problématique alternative aux pensées dominantes du colonialisme. Philosophe représentatif qui procéda à la systématisation de la philosophie anarchiste, Pierre Kropotkine présente en 1885 son diagnostic pour l’époque contemporaine : « Si la révolution s’impose dans le domaine économique, si elle devient une impérieuse nécessité dans le domaine politique, elle s’impose bien plus encore dans le domaine moral. (…) Les relations de plus en plus fréquentes qui s’établissent aujourd’hui entre les individus, les groupes, les nations, les continents, viennent imposer à l’humanité de nouvelles obligations morales ». Il me semble que, pour l’auteur, la possibilité de réalisation des idées anarchistes tient justement à ces relations de plus en plus fréquentes à travers les frontières. Pourtant, qu’est-ce qui est lié par de telles relations ? Qui supporte ces nouvelles obligations ? La réponse, me semble-t-il, se trouve dans l’évolutionnisme, que Kropotkine présente en sujet révolutionnaire contre le colonialisme. L’évolutionnisme a été une des théories principales parmi les anarchistes de cette époque. Mon projet est donc de mettre au clair un élément central de la philosophie libertaire des années 1880-1914, l’évolutionnisme, imaginé par Pierre Kropotkine, dont les oeuvres ont eu la plus large influence sur le monde anarchiste de l’époque. Alors qu’avant cette période la philosophie anarchiste s’articule sur la théorie dialectique pour saisir le devenir du monde, Kropotkine et les autres anarchistes la remplacent par l’évolutionnisme. La transformation qu’opère Kropotkine du principal facteur philosophique de l’anarchisme aboutit à la découverte de la notion de « vie » en tant que principe du devenir toujours déjà existant dans la multiplicité, non seulement en Europe, mais dans toutes les régions du monde.
Je voudrais d’abord comparer On the Origin of Species de Darwin avec l’oeuvre principale de Kropotkine, dans laquelle ce dernier systématise sa conception de l’évolutionnisme : Entr’aide : un facteur de l’évolution, ouvrage qui constitue une lecture fidèle du précédent. On the Origin of Species et Entr’aide débutent tous deux par une description de voyage hors de l’Europe. D’une part, l’expérience et les observations poursuivies à bord du navire « Beagle » ont permis à Darwin de remettre en question le système de taxonomie en vigueur dans une Europe où régnait encore le créationnisme, autrement dit la croyance dans l’invariabilité de chaque espèce, excluant du champ du savoir biologique l’élément temporel et la possibilité des divergences. La diversité du vivant dans sa distribution géographique ne pouvant être comprise par la taxonomie classique, Darwin formula sa propre théorie de l’évolution dans On the Origin of Species : une connaissance généalogique de la vie, introduisant dans la connaissance du vivant la divergence à travers le temps. Pour sa part, Kropotkine appuya sa théorie sur des observations pratiquées en Sibérie et en Mandchourie, où il découvrit la diversité des animaux qui parviennent à subsister au sein d’une nature extrêmement sévère. De la conservation de cette diversité sous de telles conditions, deux causes sont données : les migrations, d’une part, opérées par les animaux pour éviter le manque de nourriture et chercher un milieu plus favorable, à travers un territoire extrêmement vaste sans frontière artificielle ; d’autre part la coopération ou la sociabilité permettant aux vivants de survivre et de se diversifier malgré la dureté des conditions naturelles : selon les termes de Kropotkine, l’Entr’aide. Pour le dire autrement, Darwin et Kropotkine rencontrent tous deux la diversité du monde hors d’Europe et proposent une théorie de la connaissance permettant de saisir le devenir de la multiplicité au sein du vivant, qui ne saurait être réduit aux classifications de la taxonomie classique propre à l’Europe. Par ailleurs, l’un et l’autre interdisent toute hiérarchisation du vivant en comprenant l’évolution comme un processus contingent et sans fin. Je voudrais indiquer certains points communs à Darwin et à Kropotkine concernant l’explication des transformations du vivant.
Pour Darwin, la transformation du vivant (ou évolution, mais il n’utilise pas ce mot) est provoquée par accumulation de variations légères opérant sur les caractères individuels à travers une temporalité immense. Ce processus de variation individuelle entraîne graduellement une divergence de variété, puis d’espèce. La sélection naturelle, concept original formé par Darwin contre la taxonomie classique fondée sur le créationnisme, désigne une action opérant au sein de cette divergence sans recours à l’intervention d’un être transcendant. Son dynamisme est produit par l’ensemble des relations mutuelles entre les vivants. Autrement dit, certains individus sont sélectionnés du fait des variations qu’ils présentent, qui leur permettent de survivre par rapport à d’autres individus. Au cours de la sélection, les variations divergent pour engendrer de nouvelles espèces. Darwin appelle « lutte pour l’existence » l’action sélective provoquée par l’insuffisance des ressources alimentaires dans les relations mutuelles au sein du vivant. La sélection naturelle est donc un procès contingent sans fondement transcendant ni téléologie. En effet, la variation est contingente et le survivant de la « lutte pour l’existence » n’est déterminé que par la dynamique des relations accidentelles entre ceux qui vivent dans certaines conditions naturelles. Dans l’argumentation de Darwin, Kropotkine s’attache à l’enjeu impliqué par la « lutte pour l’existence » en tant que relation entre les vivants, sélectionnant ceux d’entre eux qui sont destinés à survivre. Kropotkine, comme on le sait, affirme en effet que l’entr’aide est un facteur d’évolution supérieur à la lutte pour l’existence. Cette théorie est toutefois une forme élargie de celle de Darwin. Kropotkine le suggère lui-même, dans le premier chapitre de l’Entr’aide, en distinguant l’évolutionnisme darwinien du darwinisme social. Il réfute le darwinisme social, pour la raison qu’il applique à la compétition économique l’expression de « lutte pour l’existence » en prenant le terme de « lutte » littéralement, dans son sens le plus étroit. En fait, Darwin explique lui-même qu’il emploie, par commodité, le terme de « lutte pour l’existence » au sens métaphorique afin d’exprimer l’ensemble des « relations mutuelles de dépendance des êtres organisé ». L’expression de « lutte pour l’existence » représente aussi bien la relation de dépendance entre le gui et le pommier que la « lutte » entre un parasite et son hôte.
Afin d’élargir la portée du concept de « lutte pour l’existence », comprise comme l’action des relations mutuelles des vivants, Kropotkine introduit le concept « d’entr’aide », c‘est-à-dire, la coopération ou la sociabilité du vivant, autour de ces « relations mutuelles de dépendance des êtres organisés ». Ce que Kropotkine nomme « entr’aide » est donc une relation mutuelle qui rend possible de survivre et de maintenir l’accumulation des variations légères en chaque individu . Selon lui, la vie en société, coopération ou sociabilité, est l’arme la plus puissante dans la lutte pour la vie au sens le plus large. L’action de l’entr’aide, ajoute-t-il, peut être perçue à tous les niveaux de la vie, du microbe jusqu’à l’organisme le plus complexe. Le principe d’entr’aide explique la diversité du vivant à travers le monde entier : les vivants dans la vie sociale peuvent se garder contre la dureté des conditions naturelles, se diversifier en conservant leurs variations individuelles et s’adapter au nouveau milieu. En outre, cette diversité n’établit pas une hiérarchie, parce que l’action des relations mutuelles et des variations, de même que dans la théorie de Darwin, opère de manière contingente sans être prédéterminée dans une certaine direction. Ainsi chaque espèce, à n’importe quel niveau de complexité organique, peut-elle obtenir, de manière variée, un caractère qui la rend propre aux conditions où elle vit. Même un organisme simple peut se diversifier et s’adapter sous l’effet de l’entr’aide. L’apparente complexité de la structure organique ne permet donc pas de juger le degré de la supériorité du vivant. L’humain ne se situe pas nécessairement au sommet hiérarchique de l’évolution. Kropotkine décentralise, pour ainsi dire, la hiérarchie de la diversité au sein du vivant, dont il affirme la multiplicité. Par ailleurs, contrairement à l’opinion commune qui veut que l’anarchisme croit au caractère fondamental du Bien, à l’Etre ou à l’Individu, l’entr’aide ne constitue pas la substance de la vie, mais seulement une relation dynamique et contingente entre les vivants, toujours antérieure à l’individualité, qui forme l’individu et en conserve la variation. On pourrait voir ici une conscience du temps propre à Kropotkine, un conservatisme refusant l’essentialisme. L’organisme capable de créer un nouveau caractère et de se diversifier est celui qui parvient à conserver cette relation mutuelle, telle que l’entr’aide, qui existe depuis la vie la plus primitive. Même l’organisme en son apparence ancienne et simple peut s’adapter et prospérer grâce au principe de l’Entr’aide. En bref, la conservation de l’antériorité aboutit à la création d’un ensemble nouveau d’états postérieurs et à une diversité accrue. Dans la théorie de Kropotkine, la multiplicité est toujours rendue possible par le retour de l’antériorité. L’importance de l’antériorité dans l’évolution apparaît de manière encore plus significative dans la deuxième moitié de l’Entr’aide, où Kropotkine traite du monde humain. La formule est fameuse : « L’homme n’a pas créé la société : la société est antérieure à l’homme ». La deuxième moitié de l’Entr’aide décrit la multiplicité de la forme sociale égalitaire dans l’ensemble du monde contemporain. Celle-ci se réalise en conservant et en développant le principe d’entr’aide comme antériorité. L’expression « survivre encore » est plusieurs fois répétée. Il s’agit là des sociétés égalitaires qui précèdent l’Etat et survivent encore jusqu’à nos jours. Le mot d’Etat, pour Kropotkine, désigne plutôt l’Etat moderne, dispositif qui commence à se construire au XVIe siècle pour régler le capitalisme en garantissant le droit de propriété. Il est donc un produit récent dans l’histoire et propre à l’Europe. La question est de savoir ce qui l’a précédé et existe encore, réellement et diversement, dans le monde. Ainsi, se fondant sur des travaux pionniers de l’anthropologie tels que les œuvres de Lewis Henry Morgan, Edward Taylor, Bachofen…, Kropotkine décrit la société primitive telle qu’elle survit en dehors de l’Europe. Diverses formes égalitaires y sont reconnues : le système de partage équitable des richesses, le clan soutenu par des systèmes de parenté complexes, des formes de redistribution telle que potlatch, etc. La notion d’entr’aide permet de synthétiser toutes les structures de la société primitive qui excluent l’inégalité politique et économique. Kropotkine décrit également les diverses formes d’entr’aide qui, à l’intérieur des Etats modernes autoritaires de l’Europe contemporaine, aujourd’hui, continuent à survivre et à renaître en opposition au capitalisme, à travers diverses formes : communautés de village, coopération agricole dans sa forme moderne, associations diverses, syndicalisme, clubs de labeur, associations de soutien mutuel, etc. Ces formes sociales diverses se conservent ou renaissent contre l’unité du capitalisme et de l’Etat, telle qu’elle se déploie non seulement en Europe mais aussi à l’extérieur de l’Europe, ajoute Kropotkine. La scène décrit en somme une nature et des sociétés que l’on rencontre seulement sous le colonialisme, entendu comme gouvernementalité excédant l’Europe – l’enquête même de Kropotkine en Sibérie et en Mandchourie n’a été rendue possible que par l’expansion territoriale de la Russie. Ces sociétés présenteraient une antériorité que le colonialisme oppresse, mais susceptible de conservation et de résistance. On peut dire que Kropotkine prend pour enjeu la coexistence de la multiplicité des formes sociales égalitaires dans l’antériorité du colonialisme.
Au bout du compte, je voudrais situer la théorie de Kropotkine dans l’histoire des idées, afin d’en éprouver la valeur en tant que problématique alternative au colonialisme. Une comparaison s’impose avec l’histoire du darwinisme social. L’un et l’autre, en effet, me semblent ressortir du bouleversement épistémologique décrit par Michel Foucault dans les Mots et les Choses. En introduisant le facteur du temps dans la connaissance de la vie, contre la taxonomie et le créationnisme, Darwin brisa le cadre fermé et statique des classifications établies sur le principe de l’invariabilité des espèces. Foucault a montré que l’origine de cette transformation épistémologique autour de la vie trouve son origine dans l’anatomie comparée de Cuvier au début du XIXème siècle. C’est alors, dit-il, qu’une « histoire » de la nature s’est substituée à l’histoire naturelle comme taxonomie. La rupture de ce cadre a permis la découverte d’une historicité propre à la vie, en même temps qu’elle faisait apparaître la finitude de l’homme, être dominé par le travail, la vie et le langage. Je me limiterai ici au problème du savoir biologique. Dans cette « histoire » de la vie que décrit l’évolution, l’homme réside parmi les animaux à la fois comme espèce privilégiée, ordonnatrice, située à l’ultime extrémité d’une longue série évolutive, et comme une espèce semblable à toutes les autres qui doit s’achever indéfiniment sur la voie de l’évolution. L’homme apparaît comme un être instable et inquiétant qui, dans l’histoire de la vie, se trouve en recul par rapport à son origine animale en même temps qu’il ne peut arriver à sa fin. Peut-on dire que la controverse religieuse et morale soulevée autour du darwinisme dans la deuxième moitie du XIXème siècle est un symptôme de cette inquiétude vis-à-vis de l’homme ? C’est en effet la position de l’humain qui constituait l’enjeu, dans la mesure où la théorie de Darwin niait le privilège accordé à l’Homme par le créationnisme chrétien. Dans cette controverse, la plupart des darwinistes sociaux, comme Herbert Spencer, ont affirmé le caractère téléologique de l’évolution, tendue vers l’humain et, dans le monde humain, vers la suprématie de la race européenne ou de l’homme européen. Une telle hiérarchisation du procès d’évolution s’oppose en fait à la théorie de Darwin qui n’assigne aucun but aux divergences biologiques et ne laisse à l’homme qu’un statut relatif parmi les autres espèces. En orientant le cours du temps en direction de la fin de l’homme, me semble-t-il, le darwinisme social a pour rôle de voiler l’inquiétude dont la position de l’homme fait l’objet. Contre une telle conscience du temps arc-boutée sur l’Europe, Kropotkine insiste pour décrire la multiplicité du vivant humain qui coexiste et se diversifie, non pas au sein de la temporalité européenne, mais dans le monde entier, Europe comprise. Prenons un autre exemple de darwiniste social : Gustave Le Bon a lui aussi voyagé en Asie, en Afrique du Nord et laissé des études anthropologiques. Dans Psychologie des foules, la barbarie, la folie, le crime, la foule, et l’anarchie sont rangées dans la même série négative des symptômes de la société. Pour Le Bon, ces situations doivent être surmontées par la civilisation européenne. La théorie kropotkinienne de l’évolution inverse complètement l’argument par lequel Le Bon prône une sorte de colonialisme civilisateur. Dans la Science moderne et l’anarchie, ouvrage qui offre une synthèse de sa philosophie des sciences, Kropotkine reformule la thèse de l’entr’aide, dont il montre que le sujet est la « foule » sans nom : « …les usages et les coutumes que l’humanité créait dans l’intérêt de l’entr’aide, de la défense mutuelle et de la paix en général furent élaborés précisément par la « foule » sans nom », « …tout le long de l’évolution humaine, cette même force créatrice de la foule anonyme a toujours élaboré de nouvelles formes de la vie sociétaire, d’entr’aide, de garanties de la paix ». D’ailleurs, pour Kropotkine, cette foule est le sujet révolutionnaire permanent et crée, d’une manière indéfiniment variée, de nouvelles formes égalitaires contre l’Etat. Au commencement de cette intervention, j’ai posé certaines questions quant au diagnostic que Kropotkine portait sur les relations mondiales en train de se développer : qu’est-ce qui est lié par ces relations ? Qui est-ce qui supporte ces nouvelles obligations ? Il me serait maintenant possible d’y répondre : c’est la foule en tant qu’instance d’entr’aide, que le savoir colonialiste renvoie à la négativité afin de mieux l’oppresser.

Conclusion
Les éléments que j’ai extraits de la théorie de Kropotkine, c’est-à-dire, l’entr’aide comme ensemble des relations mutuelles de contingence ou la conscience du retour de l’antériorité, s’opposent profondément à la conception que les darwinistes sociaux se sont formée du temps, laquelle s’articule sur l’Europe. La « foule », déjà toujours existante, ne cesse de diverger et sa diversité même crée une société égalitaire multiple : mouvement que le progressisme colonialiste s’efforce de réprimer, du fait qu’il ne peut concevoir l’évolution autrement qu’en tant que hiérarchie, ramenant à la seule dimension de l’Europe les multiples tendances des sociétés du monde. Contre ce cadre épistémologique qui place « l’Homme » au sommet de la hiérarchie de l’évolution, la théorie de Kropotkine prétend saisir la coexistence des différents moments dans l’ensemble du monde. A ce titre, elle veut relier entre elles, par des formes de résistance alternative, les sociétés opprimées et régies par le colonialisme. On pourrait dire que la théorie de Kropotkine fournit une problématique alternative à la première mondialisation : elle est une autre manière de concevoir la multiplicité dans le monde. Cette théorie peut en effet sembler fruste, par comparaison avec la rigueur du marxisme, autre théorie de résistance à la même époque. Pourtant elle s’inscrit dans une conception multilinéaire de l’histoire pour préserver la multiplicité qui survit dans le monde : ce qu’exclut le marxisme, fondé sur une histoire linéaire tendue vers la société communiste. La problématique de la théorie de Kropotkine ne prend-elle pas une actualité nouvelle, de nos jours où la violence de la mondialisation est partout de plus en plus sensible ?
Yusuke Katakura
Actualité de l’évolutionnisme anarchiste de Kropotkine / 16 octobre 2011
Texte publié sur Ici et ailleurs
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