Le Papillon / Francis Ponge

Lorsque le sucre élaboré dans les tiges surgit au fond des fleurs, comme des tasses mal lavées, – un grand effort se produit par terre tous les Papillons tout à coup prennent leur vol.
Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la véritable explosion d’où les ailes symétriques flambèrent,
Dès lors le papillon erratique ne se pose plus qu’au hasard de sa course, ou tout comme.
Allumette volante, sa flamme n’est pas contagieuse. Et d’ailleurs, il arrive trop tard et ne peut que constater les fleurs écloses. N’importe : se conduisant en lampiste, il vérifie la provision d’huile de chacune. Il pose au sommet des fleurs la guenille atrophiée qu’il emporte et venge ainsi sa longue humiliation amorphe de chenille au pied des tiges.
Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale superfétatoire, il vagabonde au jardin.
Francis Ponge
le Papillon / in le Parti-pris des choses / 1942
luluoperabastillealbanberg.jpg

2 Réponses à “Le Papillon / Francis Ponge”


  • Le Ponge, qu’il serait fâcheux, de dépit d’une quasi-homonymie, de prendre pour l’Eponge, est en réalité aux antipodes de ce Caenlentéré – avec lequel seule son immobilité lui confère une certaine ressemblance. Si le Ponge est rond, aux contours nets et sans bavures, l’Eponge, qualifiée parfois de délire sacré ou d’incontinence verbale, est informe et laisse pendre autour d’elle d’ectoplasmiques prolongements. L’Eponge s’imbibe du liquide qui la baigne et le recrache tel quel, le Ponge au contraire happe et digère des substances plutôt solides et ne les rend qu’après les avoir totalement métamorphosées en elles-mêmes. Restituant leur identité perdues aux choses, dont il prend le parti, il avale des aiguilles de pin (sa nourriture favorite) et livre en échange des épingles à cheveux.
    Phénomène encore inexpliqué : le Ponge peut donner un exemplaire de l’objet curieusement dédoublé en lui à chaque phase de sa transformation. Il jette généreusement ces états à l’avidité des gourmets, lesquels s’y cassent les dents.
    JMD, Bêtises, Tschann Editeur.

  • Hellsy, la bien nommée

    Pour sûr, pas confondre avec Bob.

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