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Archive mensuelle de septembre 2011

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Luther Blissett Project / Interview with Vittore Baroni

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C’est le temps des turbulences / la Revue des Livres / Edito

Le monde est agité de secousses multiples – politiques, sociales, écologiques, économiques et intellectuelles. En gestation souterraine depuis longtemps déjà, émergent aujourd’hui au grand jour partout dans le monde des éclats de nouveautés et de refus : de l’Amérique du Sud à la Chine, en passant par l’Afrique du Nord et l’Europe, des contestations et des révoltes majeures sont en train de brouiller les repères politiques et intellectuels, de bousculer les paresses, de troubler les habitudes.
Le tournant néolibéral du capitalisme a profondément affecté les modes de production et de reproduction des sociétés et, avec eux, l’espace et les clivages traditionnels de la politique, nos modes de vie et notre rapport à nous-mêmes et aux autres.
Parallèlement, la révolution numérique a commencé à modifier les conditions de la politique, elle en recompose le temps et l’espace, en défait les hiérarchies ; elle crée des instruments de communication et de travail qui tantôt libèrent, tantôt aliènent et disciplinent.
Trop souvent vécues entre passivité et tristesse, ces transformations s’accompagnent aussi d’une montée des radicalismes de toutes sortes, des plus réactionnaires aux plus « progressistes », la frontière entre les deux s’estompant parfois. Les débats sur la mondialisation, sur les conditions de la démocratie, sur la construction européenne ou sur la religion en témoignent.
Un sentiment de « ras le bol », face à l’injustice, à l’aliénation et à l’irrationalité de la vie quotidienne, sentiment qui se propage dans toutes les sociétés, sentiment largement partagé et pourtant encore à peine articulé, nous laisse comme suspendus entre révolte et dépression, désir d’émancipation et attitudes identitaires.
Cette période de turbulences est aussi un moment d’ouverture du champ des possibles. On entrevoit l’apocalypse sous la forme d’un effondrement du système économique, de la guerre civile mondiale ou des catastrophes écologiques. Simultanément, ce qui paraissait inimaginable il y a peu devient nécessité de pensée. Nous sentons, nous savons qu’il n’y a pas d’autre choix que d’inventer des alternatives. Il est temps d’expérimenter de nouvelles formes de vie, de déclarer de nouveaux droits, d’écrire de nouvelles constitutions. Qu’il s’agisse de sortir du nucléaire, de socialiser les banques ou de mettre en place un revenu universel, des propositions jusqu’ici inaudibles apparaissent soudain, sinon comme évidentes, du moins comme recevables et réalistes. Certaines d’entre elles traversent et déplacent les frontières idéologiques et politiques que l’on pouvait croire bien établies.
Alors qu’hier on proclamait encore, pour la déplorer ou s’en réjouir, la fin de l’histoire, prétendument dissoute dans la « gouvernance » consensuelle et l’apathie collective, alors que philosophes et politiques annonçaient que l’horizon indépassable de la politique était désormais la constitution d’une « société civile » pacifiée, personne ne peut plus ignorer aujourd’hui que nous vivons une nouvelle période de conflits, de luttes et d’affrontements, d’où germe une inouïe diversité de projets politiques.
Tout comme celles de la domination et du contrôle, les formes de la résistance et de l’insubordination sont multiples. Elles s’emparent de concepts abstraits comme de gestes de la vie quotidienne, elles affectent les modes de vie individuels et collectifs, elles s’approprient de nouveaux mots, elles se nourrissent de nouvelles pensées du passé et de l’avenir. De ces luttes, générales ou ponctuelles, parfois socialement et géographiquement éloignées, aucun prisme unificateur et totalisant ne se dégage encore – d’où le sentiment qu’il nous faut emprunter des chemins de traverse.
Il est temps de réarmer la critique. À l’ère de « l’économie des savoirs », de la gestion néolibérale et autoritaire des organismes d’enseignement et de recherche et de la concentration dans le monde de l’édition et de la presse, la production et la circulation de la pensée est profondément affectée. Les pensées critiques se disent aujourd’hui dans toutes les langues. Elles ne sont pas toujours à même de se faire entendre, ni non plus de s’entendre entre elles, et pourtant elles indiquent que le temps de la résignation intellectuelle, à laquelle n’échappaient que quelques travaux isolés, est terminé. De nouveaux questionnements, de nouveaux champs de recherche et de nouvelles subjectivités intellectuelles émergent. La facilité accrue de la diffusion des savoirs et de l’information, un accès plus large à la culture et l’émergence d’une nouvelle intelligentsia sans attaches, font que l’intellectualité déborde aujourd’hui largement les institutions dans lesquelles elle a longtemps été cantonnée.
C’est dans ces circonstances singulières que l’équipe qui animait la Revue internationale des livres et des idées lance, avec un collectif éditorial élargi, RdL, la Revue des Livres. Venus d’horizons politiques, sociaux et intellectuels variés, nous voulons ainsi créer, au carrefour des gauches critiques, une revue exigeante, en rupture avec le prêt-à-penser, la pensée rapide, et les anciennes certitudes ; une revue visant à diffuser et à discuter les pratiques politiques et les productions des différents champs de savoir les plus stimulantes, qui remettent en question les routines intellectuelles et les imaginaires sociaux et politiques établis ; une revue, surtout, qui ne s’adresse pas qu’à des spécialistes et des initiés, mais, autant que possible, une revue pour tous et une revue ouverte.
Essentiellement consacrée à des comptes-rendus de livres, qui seront en même temps des essais et des interventions politiques, dans lesquels les auteurs prendront parti et s’engageront, La RdL sera également structurée par un grand entretien et des rubriques régulières, permettant d’explorer autrement le monde des idées, selon une diversité de tons et d’approches.
La RdL ne peut rien être sans ses lecteurs et ses lectrices – sans ceux et celles qui l’achètent, qui s’y abonnent, qui la font connaître, qui la discutent et qui s’en nourrissent. C’est pourquoi son activité se prolongera naturellement par l’organisation de rencontres et de débats ; c’est pourquoi aussi nous avons besoin de vos réactions, de vos critiques et de vos propositions. Dans ce moment crucial, à la croisée des possibles, nous voulons jouer notre rôle, et nous attendons votre contribution.
Thomas Hippler, Laurent Lévy, Charlotte Nordmann,
Jérôme Vidal et Julien Vincent

Pour le collectif éditorial de RdL, la Revue des Livres / septembre 2011
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Post et Cyberféminisme / Manola Antonioli / Chimères n°75 / Devenir-Hybride

Le « devenir hybride », sous toutes ses formes, fait aussi l’objet d’une pensée que l’on pourrait définir comme « postféministe », pour laquelle les études féministes ou consacrées aux femmes ne doivent pas constituer un champ disciplinaire fermé, une sorte de « ghetto » de la pensée, mais au contraire un outil puissant d’ouverture théorique et pratique.
Cette position est énoncée avec force, par exemple, dans le seul ouvrage de la philosophe Rosi Braidotti traduit actuellement en français, où elle écrit que « le sujet du féminisme n’est donc plus, “simplement”, la femme comme deuxième sexe, comme un autre complémentaire de l’homme, mais comme un sujet non unitaire et complexe qui a pris sa distance de la machine binaire qui polarise les différences. De la sorte, le féminin se détache des femmes et devient un sujet nomade en mutation profonde. » (1)
Au lieu de poursuivre l’effort de la pensée occidentale qui a voulu multiplier les frontières et exclure toutes les formes d’altérité (l’autre sexualisé de la « femme » opposé et considéré hiérarchiquement inférieur à « l’homme », l’autre racialisé sous la forme de l’ « indigène » ou du « sauvage » soumis au « mâle blanc », l’autre naturalisé représenté par les animaux, l’environnement et les ressources naturelles, réduits au rang de simples objets d’une exploitation sans limites), la pensée postféministe aspire ainsi à affirmer la multiplicité des différences dans les processus de sexualisation, à dépasser la pensée de l’ethnicité et de la race dans l’ouverture en direction d’une pensée postcoloniale, à affirmer les processus d’hybridation au sein d’un nouveau continuum techno-culturel-naturel et des agencements animaux-hommes-végétaux-machines qu’ils pourraient être susceptible de produire.
Le texte inaugural de cette nouvelle approche est certainement le Manifeste cyborg publié en 1985 par Donna Haraway et traduit avec un retard considérable en français. (2) Donna Haraway présente d’emblée son texte comme la tentative de bâtir un « mythe politique ironique fidèle au féminisme, au socialisme, au matérialisme. D’une fidélité peut-être plus proche de celle du blasphème que de la vénération et de l’identification respectueuses ». (3)
Le cyborg est défini comme une créature hybride de machine et d’organisme, de réalité sociale et de fiction, une sorte d’hypothèse de recherche et d’expérimentation, qui ne correspond peut-être à aucune entité précise et reconnaissable dans la réalité mais dont les traits constitutifs (en premier lieu l’hétérogenèse et l’hétérogénéité) sont reconnaissables partout. On trouve depuis longtemps des cyborgs partout dans la science-fiction, qui fourmille de créatures mi-animaux, mi-machines, évoluant dans des mondes incertains, mi-naturels et mi-artificiels, mais on en trouve de plus en plus souvent dans la médecine qui couple incessamment des corps et des machines. Même le sexe cyborg est partout, là où la sexualité est dissociée des voies traditionnelles de la reproduction organique et se rapproche plutôt de mécanismes de réplication machinique. Le cyborg joue donc pour Donna Haraway le rôle d’une « fiction cartographique » de notre réalité sociale, corporelle et technique, face à laquelle la biopolitique annoncée par Michel Foucault ne sera plus bientôt qu’une pâle prémonition.
À la fin du XXe siècle, époque à laquelle cet essai a été écrit, mais encore plus au début du XXIe, « nous sommes tous des chimères, hybrides de machine et d’organisme d’abord théorisés puis fabriqués : en un mot, des cyborgs ». (4)
Le manifeste cyborg est avant tout un manifeste en faveur du brouillage des frontières et pour la responsabilité de leur construction, au-delà des traditions scientifiques et politiques occidentales et de leurs répartitions rigides des territoires entre le masculin et le féminin, le scientifique et la fiction, le mythe et la réalité, l’animal, l’humain et le mécanique, le corps et les machines. Définissant tout le cadre de la réflexion de Donna Haraway, le cyborg est un appel à retravailler les relations figées entre nature et culture, sachant que la première n’est jamais étrangère à la deuxième et que cette dernière ne peut plus prétendre la réduire à une simple ressource qu’il s’agirait de s’approprier ou d’assimiler. Le monde cyborg ne peut se construire qu’en mettant en question les totalités artificielles qui, par le biais de relations bi- ou multipolaires et des rapports de domination hiérarchique, visent à englober des éléments disparates en niant leurs différences.
Pour qu’une telle fiction socio-politique devienne possible, il a fallu au préalable que plusieurs brèches commencent à briser la continuité des frontières structurant le monde moderne. En premier lieu, la frontière séparant l’humain de l’animal a été profondément entamée par les progrès de l’éthologie, et nous savons désormais que rien ne justifie de façon convaincante les séparations traditionnellement instituées entre l’humain et l’animal (à travers l’usage de l’outil ou le langage, le comportement social ou la complexité des fonctions mentales). Ensuite, on commence à renoncer à la distinction qui opposait l’humain-animal (organique) de la machine, puisque les nouvelles « machines » instaurent une ambiguïté de plus en plus perceptible entre naturel et artificiel, esprit et corps, autodéveloppement et création externe : « Une vie troublante anime nos machines, alors que nous sommes nous-mêmes d’une effrayante inertie. » Pour finir, nous commençons à avoir une notion très floue de la frontière entre ce qui est physique et ce qui ne l’est pas (ou plus), suite aux découvertes de la physique quantique et à l’affirmation du principe d’incertitude qu’elle implique.
Au moins deux points de vue divergents peuvent être portés sur cet univers : d’une part, un monde cyborg peut être considéré comme le triomphe définitif de la société de contrôle et de l’appropriation et de la neutralisation définitive des corps ; mais, d’autre part, il peut apparaître comme un nouvel horizon susceptible de faire disparaître les craintes relatives à la double parenté de l’humain avec les animaux et les machines, un monde où les « identités fracturées » dont nous faisons tous l’expérience ne feraient plus peur.
Une approche « cyborg » implique également un nouveau regard sur la technique, pour lequel la machine ne peut plus être considérée simplement comme « une chose » ou « un outil ». La machine est un aspect de notre corporéité et de notre sensibilité, un élément essentiel de nos productions de subjectivité. Les machines ne se réduisent pas à une menace de domination, puisque nous sommes appelés à en être responsables, comme nous sommes responsables des frontières et des limites que nous instituons.
La théorie des cyborgs n’est donc jamais destinée à produire une quelconque « théorie totale » : il s’agit plutôt de construire une expérience et une théorie des frontières, de leur construction et de leur déconstruction, dans le but de produire de nouvelles formes d’action politique.
Pour Haraway, la première erreur à écarter est l’aspiration à produire une « théorie universelle totalisante », la deuxième est le refus immotivé et irraisonné de la science et de la technologie, au nom de présupposés métaphysiques désormais dépassés. La tâche à assumer pour les années à venir serait donc celle d’une reconstruction collective des frontières de la vie et de l’expérience quotidiennes (domaines traditionnellement réservés aux femmes et au féminin…) et des rapports théoriques et pratiques avec la science et la technologie. Ces dernières restent des matrices potentielles de domination, mais sont aussi des sources possibles de grandes satisfactions pour les humains-animaux-cyborgs que nous sommes désormais.
L’imaginerie cyborg « implique tout à la fois de construire et de détruire les machines, les identités, les catégories, les relations, les histoires de l’espace intersidéral » (5) et, pour revenir au contexte de la pensée féministe dans laquelle la réflexion de Donna Haraway est ancrée, pour les femmes du XXIe siècle il est préférable d’être un cyborg créateur plutôt qu’une déesse passive et inerte.
En 2003, Donna Haraway a publié un autre manifeste (le Manifeste des espèces de compagnie) (6) qui jette un nouveau regard sur le même continuum nature-humain-technique décrit dans les années 1980, mais en mettant cette fois l’accent plutôt sur les relations homme/animal que sur celles homme/machine. Le point de départ est l’expérience autobiographique des relations de cohabitation et de partenariat que l’auteure a établi au fil des années avec son chien, mais la réflexion s’élargit progressivement pour évoquer toute la complexité des relations de coévolution qui se sont tissées entre les chiens et les humains au cours des siècles, des premiers contacts avec ce « loup civilisé » jusqu’aux techniques d’élevage et de dressage et aux sports canins.
Cette coévolution s’étend jusqu’à l’échelle biologique la plus microscopique : « Au minimum, je soupçonne que les génomes humains contiennent une grande quantité de traces moléculaires laissées par les pathogènes de leurs espèces de compagnie, notamment des chiens. Les systèmes immunitaires jouent un rôle majeur dans les naturescultures ; ils déterminent où et avec qui les organismes – y compris les êtres humains – sont capables de vivre. L’histoire de la grippe est inconcevable sans faire appel au concept de coévolution entre humains, porcs, volaille, et virus. » (7)
La perspective d’une coévolution entre les hommes et les chiens, mais aussi entre les hommes et les animaux en général, permet d’aborder d’une nouvelle façon la question de la relation éthique (que celle-ci opère à l’intérieur d’une espèce ou entre différentes espèces), comme une forme constante d’altérité-en-relation. Nous ne sommes jamais (hommes, végétaux, animaux ou machines) « autonomes », et notre existence dépend de notre capacité à instituer des relations et à vivre ensemble.
Les questions éthiques et écologiques qui nous préoccupent remontent ainsi toujours à des histoires relationnelles et à des dynamiques d’hybridation.
Que l’on soit homme, chien ou cyborg, « l’important est ici d’accepter que l’on ne puisse jamais connaître ni l’autre, ni soi-même, sans jamais cesser de s’interroger sur le statut de ce qui advient à tout moment de la relation Cela vaut pour tous ceux qui s’aiment vraiment, de quelque espèce soient-ils ». (8)
Manola Antonioli
Post et Cyberféminisme / 2011
Publié dans Chimères n°75, Devenir Hybride, à paraître en septembre
à lire : http://www.cyberfeminisme.org/txt/cyborgmanifesto.htm
Sur le Silence qui parle : Cartographie subjective et momentanée des cyberféministes / Nathalie Magnan / Nous sommes la chatte future / VNS Matrix
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1 Rosi Braidotti, la Philosophie là où on ne l’attend pas, Paris, Larousse, 2009, p. 65.
2 La première version du Manifeste est parue en 1985 sous le titre A Cyborg Manifesto : Science, Technology and Socialist-Feminism in the 1980’s in Socialist Review, n°80, p. 65-108. La première traduction française n’a été publiée qu’en 2002, dans le remarquable ouvrage Connexions arts réseaux media dirigé par Annick Burreaud et Nathalie Magnan (Paris, Éditions de l’École nationale des beaux arts, 2002). Elle a été par la suite reprise en 2007 dans le recueil de textes de Donna Haraway Manifeste cyborg et autres essais, Paris, Exils éditeur, p. 29-106 ; une nouvelle traduction a été proposée en 2009 dans le volume Des singes, des cyborgs et des femmes, Actes Sud, p. 267-321. Les citations qui suivent feront référence à cette dernière édition.
3 Donna Haraway, Un manifeste cyborg : science, technologie et féminisme socialiste à la fin du XXe siècle, in Des singes, des cyborgs et des femmes, op. cit., p. 267.
4 Ibid., p. 269.
5 Ibid., p. 273.
6 Ibid, p. 321.
7 Traduit en français en 2010, avec le retard habituel, aux Éditions de l’éclat en 2010.
8 Donna Haraway, Manifeste des espèces de compagnie, op. cit., p. 38.
9 Ibid., p. 57.

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