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Archive journalière du 24 sept 2010

Le Con d’Irène / Louis Aragon

Ne me réveillez pas, nom de Dieu, salauds, ne me réveillez pas, attention je mords je vois rouge. Quelle horreur encore le jour encore encore la chiennerie l’instabilité l’aigreur. Je veux rentrer dans la mer aveugle assez d’éclairs qu’est-ce que ça signifie ces orages continuels on veut me faire vivre la vie du tonnerre on a remplacé mes oreilles par des plaques de tôle il y a des coups de grisou à chaque respiration de ma poitrine mes mineurs s’enfuient dans des galeries d’angoisse ça saute ça saute à qui mieux mieux. Mais ce n’est pas le jour c’est la dynamite On passe des épées dans mes paupières on enfonce des doigts dans ma gorge on frotte ma peau des graviers du réveil. N’arrachez pas mes ongles plongés dans le terreau des songes ma chair colle à l’ombre la nuit est dans ma bouche mon sang ne veut pas couler. Je dors nom de Dieu je dors.
Brutes je vais crier je crie brutes fils de truies enculées par les prie-Dieu avorton de caleçons sales boues de chiottes mailles sautées au bas des putains crapauds domestiques muqueuses purulentes vermines lâchez-moi roulures de rhododendrons poils d’aisselle bougies tontes de poux suints de rats copeaux noires déjections lâchez-moi je vous tue je vous pile je vous arrache les couilles je vous mâche le nez je vous je vous piétine.
Mort mort ils vont donc me réveiller ils me réveillent. A moi les cascades les trombes les cyclones l’onyx le fond des miroirs le trou des prunelles le deuil la saleté la photographie les cafards le crime l’ébène le bétel les moutons de l’Afrique à face d’hommes la prêtaille à moi l’encre des seiches le cambouis les chiques les dents cariées les vents du nord la peste à moi l’ordure et la mélancolie la glu épaisse la paranoïa la peur à moi depuis les ténèbres sifflantes depuis les cavalcades d’incendies des villes de charbon et les tourbières et les exhalaisons puantes des chemins de fer dans les cités de briques tout ce qui ressemble au fard des nuits sans lune tout ce qui se déchire devant les yeux en taches en mouches en escarbilles en mirages de mort en hurlements en désespoir crachats de cachou crabes de réglisse rages résidus magiques muscats phoques or colloïdal puits sans fond. A moi le noir.
Cul fientes vomissures loges lopes lopes cochons pourris marrons d’Inde saumure d’urine excréments crachats sanglants règles pouah sueur de chenilles colle morve bavure vous vous pus et vieux foutre abominables sanies enflures vessies crevées cons moisis mous merdeux renvois d’ail.
Si vous avez aimé rien qu’une fois au monde ne me réveillez pas si vous avez aimé !
Louis Aragon
le Con d’Irène / 1928
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