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Archive journalière du 8 mai 2010

Nous ne sommes pas sortis des années d’hiver / Florent Gabarron-Garcia / Chimères n°72

Nous ne sommes pas sortis des années d’hiver. Et les conflits actuels autour du sabordage des institutions en témoignent. À l’heure où le psychiatre, le juge, le professeur, le psychanalyste, se rassemblent (enfin) pour condamner la politique qui les vise, on peut voir aussi qu’ achève de se réaliser la prophétie foucaldienne : ce sont les anciennes figures du pouvoir disciplinaire qui sont aujourd’hui directement mises à mort, et leurs institutions avec (institutions que bien souvent ils incarnaient personnellement).
Évidemment cela ne va pas sans dégâts et cela ne va pas sans morts. Et l’on ne saurait aucunement se réjouir, ou fêter cette nouvelle violence déterritorialisante du CMI. Non pas parce que la fin de cet ancien mode de gouvernementalité signe la prolétarisation de ces anciennes figures du pouvoir, mais surtout parce que ces dernières continuent d’oublier, dans leur ambition de résistance, les vrais prolétaires : ceux qui, depuis longtemps déjà, triment, oubliés dans les recoins ténébreux du Socius. Pour que le sommet de l’iceberg se fissure de la sorte à son faîte dans un tel craquement spectaculaire, il fallait que le bloc ait déjà été défait depuis longtemps à sa base, et que, surtout, rien n’ait été fait à temps pour prévenir son délitement fracassant, qui résonnera encore longtemps bruyamment dans nos esprits.
Quand, en d’autres époques, le mot d’ordre politique était de critiquer l’aliénation par le travail, aujourd’hui, sous le signifiant de résistance s’est glissée la revendication dérisoire (et assez triste) d’un : « nous voulons continuer à travailler! ». Évidemment, personne n’est dupe. C’est bien que l’on soupçonne que l’aliénation qui vient (à défaut d’une véritable insurrection) est bien pire que la précédente. Foucault l’appelait « biopouvoir », et Deleuze, lisant Foucault, « contrôle ». Et, de la société disciplinaire à la société de contrôle, seule la réaction mélancolique semble se faire entendre : « Redonnez nous un vrai maître pas un manager ! » L’alternative paraît être entre Charybde ou Scylla : soit se résoudre à l’aliénation ancienne, soit en risquer une bien plus grande encore. C’est l’histoire qu’on raconte à l’enfant de « la fin de l’histoire » : il doit choisir entre deux craintes, entre d’anciens maîtres et de nouveaux plus terribles. Il doit se résigner à serrer les rangs – pour ne pas dire les fesses – « face à la menace », et c’est ainsi qu’on lui fait oublier qu’il pourrait combattre et refuser et les uns et les autres. Ironie du sort (ou logique des choses), c’est la psychanalyse la plus normative qui devient l’une des figures de proue de cette injonction au renoncement, érigée tel le dernier et seul rempart face à la barbarie !
Ce n’est donc pas seulement la casse actuelle de toutes les institutions héritées de l’après-guerre, que tout le monde déplore, que nous constatons. Mais c’est surtout d’abord l’échec quant à la création de nouvelles institutions et même l’abandon de tout projet révolutionnaire ou d’émancipation qui est en cause, et dont nous souffrons. Pour que l’on puisse quitter le « réalisme politique », les « leçons de l’histoire » – et surtout celles où il est question sempiternellement de sa fin -, il s’agit de rouvrir l’histoire, de rêver et de mettre en lien notre histoire, nos histoires avec l’Histoire : pour que l’on schizo-analyse en somme. Voilà l’ambition de ce numéro, voilà la scène conflictuelle sur laquelle se place Chimères. Et comme l’Histoire est d’abord une histoire de désirs et d’inconscient, ce numéro sera spécialement consacré au rapport de la « science psy » (psychanalyse, psychologie, psychiatrie) et du politique pour aujourd’hui et surtout pour demain. Chimères propose donc de larguer les amarres, et d’ouvrir ses pages à cette critique qui manque (et qui appellera son peuple), et à ces lignes de fuite toujours possibles. Assurément, il se pourrait que l’une des tâches qui s’annoncent ne consiste pas seulement à repolitiser le champ psy, mais à repolitiser l’inconscient lui-même. C’est dire l’immense travail qui nous attend, le gai savoir qui se prépare en ce moment même, secrètement, à l’ombre des puissances de l’inconscient.
Florent Gabarron-Garcia
Edito de Clinique et politique, Chimères n°72 / à paraître en juin 2010
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