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Archive journalière du 12 nov 2009

Abécédaire-Déboulé : Crack-capitalisme / les Abécédairiens de la crise

Nous sommes la crise du capital et nous en sommes fiers. Assez de dire que les capitalistes sont responsables de la crise ! Cette seule pensée est non seulement absurde, mais dangereuse. Elle nous constitue en victimes. Le capital désigne une relation de domination. La crise du Capital est une crise de la domination. Les dominants ne sont pas capables de dominer avec efficacité. Et nous descendons dans les rues pour le leur reprocher ! Que ce que nous exprimons par là, sinon qu’ils devraient nous dominer plus efficacement ?! Il semble plus simple d’admettre que la relation de domination est en crise, parce que les dominants ne se soumettent pas suffisamment. L’inadéquation de notre subordination est la cause même de la crise. Tel est l’argument de Marx dans son analyse de la baisse tendancielle du taux de profit dans le Capital. Il y soutient que, même si le taux d’exploitation demeure constant, le taux de profit est affecté par une baisse tendancielle. Ce phénomène s’accompagne d’un déplacement dans la composition organique du capital, à travers l’importance accrue que revêt la machinisation dans le processus de production. En d’autres termes, la façon la plus efficace dont dispose le capital pour contrer la baisse du taux de profit consiste à accroître le taux d’exploitation, ce qui signifie non seulement l’intensification du travail à l’usine, mais encore la subordination de tous les aspects de la vie à la logique du capital. La reproduction du capital requiert une subordination toujours plus dense de nos vies au capital : un perpétuel tour d’écrou. La baisse tendancielle du taux de profit est une manifestation de l’inadéquation de notre subordination. Dans cette situation, il n’y a vraiment que deux solutions. Nous pouvons nous excuser de notre défaut de subordination et demander davantage de travail : “s’il vous plaît, exploitez-nous davantage et nous travaillerons plus dur, nous soumettrons ainsi tous les aspects de nos vies au capital”. Telle est la logique du travail abstrait, la logique ineffective de la lutte du travail contre le capital. L’alternative réside dans l’abandon de la lutte pour le travail, et dans la déclaration ouverte et conséquente que la lutte contre le capital est inévitablement une lutte contre le travail, contre le travail abstrait qui produit le capital. En ce cas-là, nous ne présentons aucune excuse, mais trouvons au contraire une grande fierté en notre insubordination, en notre refus de plier à la logique qui est littéralement responsable de la destruction rapide de l’humanité. Nous sommes fiers d’incarner la crise du système qui nous achève. La dernière option est, bien sûr, la plus ardue. Au sein du capitalisme, la survie matérielle dépend de notre subordination. Si nous ne faisons pas cela, comment survivrons-nous ? Sans fondement matériel, notre autonomie à l’égard du capital est plus que difficile. Cela semble relever de l’impossibilité logique, mais c’est au demeurant l’impossibilité dans laquelle nous vivons, l’impossibilité avec laquelle nous ne cessons de nous colleter. Tous les jours nous tentons la réconciliation de notre opposition au capital avec la nécessité de survivre. Certains d’entre nous le font d’une manière relativement confortable, en trouvant du travail (dans les universités par exemple), ce qui nous permet de libérer des espaces au sein desquels nous combattons le capital tout en percevant une rémunération. D’autres sont pris dans d’autres enjeux, et se sacrifient pour toute forme d’emploi (par choix ou par nécessité), allouant toute leur énergie aux activités qui vont à l’encontre et au-delà de la logique du capital, survivant tant bien que mal, en squattant ou en occupant du terrain, en le cultivant, ou en vendant des ouvrages anticapitalistes, en créant des structures alternatives de soutien matériel, que sais-je encore ? D’une façon ou d’une autre, mais de façon toujours contradictoire, nous tentons d’ouvrir des brèches dans la domination capitaliste, des espaces ou des moments au sein desquels nous disons au capital “non, ici tu n’as pas prise : ici nous agissons et vivons selon nos décisions propres, selon ce que nous seuls considérons nécessaire ou désirable”. Nous le faisons tous, tout le temps : telle est notre humanité, telle est notre intégrité (ou notre folie). Nous le faisons tous, à chaque instant, mais il n’en reste pas moins que nous nous trouvons à chaque instant au bord de l’échec, à la limite de l’effondrement. Telle est la nature de la lutte : nous courons délibérément contre le flux du capital. Nous ne sommes jamais loin du désespoir, mais tel est le lieu où l’espoir subsiste : voisin de pallier du désespoir. Le monde qui est le nôtre est dénué de réponses : un monde de pérégrination interrogative (asking-we-walk), un monde d’expérimentation. La crise, dont nous sommes fiers, nous met face à ces deux options. Soit nous empruntons l’autoroute de la subordination à la logique du capital, dès lors conscients que cela nous mènera directement à l’autosuppression de notre humanité ; soit nous empruntons le chemin semé d’embuches de l’invention, ça-et-là, au travers des brèches que nous ouvrons dans la domination capitaliste, vers un monde différent.
les Abécédairiens de la crise
extrait du texte publié dans Multitudes / septembre 2009
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