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Archive journalière du 9 nov 2009

Des soins ambulatoires « sous contrainte » / Antoine Machto / Nuit sécuritaire – groupe des 39 / Rencontre nationale 28 novembre 2009 « Quelle hospitalité pour la folie ? » / Forum public du Collectif des 39 du 9-3 11 novembre / Pour la création d’un réseau de résistances

En prévision de la Journée Nationale du 28 novembre à Montreuil, nous voulons soulever plusieurs questions touchant directement aux conditions des pratiques en psychiatrie. Il y a certainement de nombreux aspects à rénover, à réformer, reste à penser dans quelles conditions et pour quelles pratiques de demain ?
Depuis plusieurs mois, les conditions de sortie se sont durcies dans de nombreux hôpitaux, du fait d’une pression de plus en plus vive de la part des préfets. Une réforme de la Loi de 1990 est à prévoir dans les prochains mois. Dans le contexte actuel, il est à craindre un durcissement de cette Loi concernant les hospitalisations sans consentement. Nous en reparlerons.
La notion de « soins ambulatoires sous contrainte » est parallèle à la question de l’hospitalisation sous contrainte. Elle pose des questions éminemment épineuses sur la pratique extrahospitalière et l’interaction avec l’intrahospitalier.
Dans une conception du soin et d’une pratique thérapeutique, la dimension relationnelle est primordiale. Que ce soit en pédopsychiatrie ou en psychiatrie adulte, il est naturel de s’interroger sur les conséquences d’un dispositif de contrainte en extrahospitalier. L’obligation de se rendre dans un lieu d’accueil et de soins en ville condamne toute possibilité de résistance, d’ambivalence chez les sujets en souffrance. Inévitablement vient à l’esprit la nature « des soins » « proposés ». Peut-on être obligé de participer à un repas thérapeutique ? à une réunion soignants-soignés ?
Nous connaissons le sens des mots « soin ambulatoire ». Les pratiques sont certainement diverses et variées. Nous connaissons tout autant la réalité de la contrainte, dont il est parfois nécessaire d’user, toujours dans un soucis de contenance. Mais l’association de ces termes perturbe toute la représentation du dispositif central dans la politique de secteur qu’est le soin ambulatoire.
Aurait-on décidé de faire disparaître la résistance de transfert ? Celle qui nous conduit dans nos pratiques quotidiennes, à innover, à créer de nouveaux dispositifs soignants, parfois au cas par cas, pour « proposer » une rencontre et non « contraindre ».
Le réalisme et la lucidité face au contexte actuel nous oblige, nous, professionnels et familles, à réfléchir profondément aux décisions que nous prendrons pour demain.
Le soin ambulatoire sous contrainte risque de se révéler véritablement contraignant pour tous les acteurs du soin psychique, les professionnels du sanitaire et du médico-social, comme les patients. Une fois que tous les moyens les plus modernes nous seront mis à disposition pour assurer notre mission de « bonne administration » de ces soins obligatoires, quel écart de liberté nous restera-t-il ? Est-ce cela la nouvelle norme du soin, de l’engagement soignant ?
La complience au soin devient obligatoire. Que fait-on de la singularité de chaque sujet ? Une source d’insécurité et d’approximation inadéquate à la bonne gestion ? Une « bonne évaluation » (de la qualité et des risques) implique la réduction maximale des incertitudes. Le facteur humain est effectivement l’un des critères les plus contraignant car imprévisible, sans parler du « transfert ».
La plus grande responsabilité est celle qui repose sur l’engagement de chacun en tant que soignant. Toute contrainte instituée induit un renversement de la responsabilité sur le patient. Il se retrouve par obligation au centre d’un dispositif. Un soin régi par la Loi ne nous dispenserait-il pas de tout engagement ? Le contrat de soin n’est-il pas avant tout un contrat moral à construire entre un sujet et une équipe ?
Certains perçoivent dans cette idée une utopie, une déraison. Au contraire, la pratique clinique donne la lucidité et le réalisme qui confèrent à nos connaissances une modestie. La psychiatrie de la contrainte, peut se perdre dans d’obscures convictions. L’utilisation d’un savoir médical comme d’une science exacte, pour légitimer, avec le recours à la Loi, un raitement sans l’accord du sujet, sort le sujet du soin pour le mettre au centre d’un système de contrôle social : le biopolitique.
Antoine Machto du groupe des 39
Collectif des 39 – Contre la nuit sécuritaire

Rencontre Nationale : Quelle hospitalité pour la folie ?
Non :
- au retour des gardiens de fous
- au grand renfermement
- à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart.
Au programme : la question de l’industrialisation de la santé, l’évaluation, les protocoles, la déshumanisation, puis un temps sur les soins contraints et les dérives sécuritaires, l’usage systématisé des chambres d’isolement et enfin la réflexion sur les moyens de résistance, de coordination, pour défendre nos pratiques cliniques.

SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009
à la maison de l’arbre et de la Parole errante
9, rue François Debergues, à Montreuil.
Inscriptions : http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=7″

Contraintes et responsabilités 2ème Forum public du Collectif des 39 du 9-3
Mercredi 11 Novembre 2009 de 15h à 19h à la Parole Errante
Le Collectif des 39 du 9-3 regroupe des professionnels de la psychiatrie de Seine Saint Denis qui mettent en question les pratiques actuelles de la psychiatrie. Ce collectif appelle à un débat dans l’espace public, avec celles et ceux qui se sentent concernés, car ces pratiques touchent au lien social et à la Culture.
L’enfermement a marqué de façon profonde l’histoire de la psychiatrie. Cependant depuis cinquante ans, des soignants ont su mettre en œuvre des pratiques ouvertes,- en rupture avec l’exclusion et la stigmatisation de la maladie mentale, de la folie – des pratiques prenant en compte la dimension de sujet et de citoyen du patient : thérapies institutionnelles et communautaires, psychiatrie de secteur, alternatives à l’hospitalisation.
Au cours des dernières années, le retour de pratiques coercitives s’est pourtant instauré en écho à ce qui se passe dans le champ social. Les discours politiques, les projets gouvernementaux viennent amplifier une perspective répressive, prônant un nouvel enfermement des patients, un abord avant tout sécuritaire de la question de la folie.Les contraintes aux soins viennent alourdir les contraintes qui s’imposent par le biais de la gestion bureaucratique et comptable, sous le couvert d’une idéologie généralisée de l’évaluation. Ainsi une visée de « production des soins », une rentabilité inadaptée viennent transformer les relations soignants – soignés, modifier l’ambiance institutionnelle, affecter l’atmosphère des espaces de soins.
Il n’empêche que la contrainte s’impose à nous, que ce soit sous la forme de pensées dérangeantes, ou plus largement des lois, du social. Il en va aussi parfois de la responsabilité de chacun d’être confronté à une contrainte aux soins, nécessaire. Sa mise en œuvre dans le respect des individus est une vraie question.
Affirmer la dimension de soin, préserver les espaces de travail thérapeutiques, l’apport des créations culturelles, pourraient être des thèmes de rencontre avec l’autre et ouvrir des espaces de parole partagée.
Avec Philippe Rappard psychiatre honoraire des hôpitaux / Monique Thizon psychiatre des hôpitaux / Équipe infirmière du 14ème secteur / Association Advocacy avec Martine Dutoit / Équipe de psychiatrie infanto-juvénile de Saint Denis / Appel des 39 / Didier Boillet et Pedro Serra / psychiatres de Seine-Saint-Denis / Anne Corlaix éducatrice

Pour la création d’un réseau de résistances
La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?
Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.

Depuis un an, le Collectif des 39 mobilise la parole dans un nouveau mouvement, pour redonner droit à la critique et à l’élaboration dans le soin psychique, pour lutter contre la déshumanisation qui touche les patients, comme les professionnels, et de réaffirmer l’humanité de la folie.
Ce mouvement se nourrit des hétérogénéités au sein même des membres du Collectif des 39 et au-delà. Parce que nous refusons la rationalité supposée scientifique d’une psychiatrie gestionnaire et sécuritaire, il est impératif de défendre la multiplicité des pratiques, la nécessité de toujours interroger et de faire vivre la critique au sein des différentes orientations présentes dans le champ du soin psychique
Le constat dramatique de la dislocation des liens au sein même des équipes pluridisciplinaires est une réalité dont il faut prendre acte pour mesurer la menace qui pèse sur tout mouvement de partage de la parole et d’élaboration de lien transversaux, nationaux.
Avant de nous retrouver irrémédiablement rigidifiés dans une nouvelle organisation géographique qui n’a de soignant que le nom, construisons ensemble un réseau de résistances.
Cette « menace sur le lien » pèse sur tout mouvement. La mise en réseau des luttes, des résistances, est une des grandes difficultés. Pourtant, elles existent dans nos pratiques quotidiennes. Nous protégeons le lien thérapeutique, notre outil de travail, par de multiples petits gestes, actes de refus.
Depuis des années déjà, les restrictions dues à la chute des moyens et aussi aux modifications des réglementations d’accueil nous obligent à contourner, à tordre un peu la prescription légale pour maintenir des activités thérapeutiques.
Nous pouvons lister les petites monstruosités dont nous sommes souvent témoins, ces petites choses, parfois invisibles, mais qui s’accumulent, déstabilisent le lien soignant, créent une ambiance aseptisée. Plus que la dénonciation, l’affirmation d’un autre soin psychique possible est une arme d’autant plus forte qu’elle reste de teneur variée.
Les résistances sont multiples, parfois isolées, parfois minimes, mais elles existent. Le caractère minoritaire de ces actes, ne doit pas en faire disparaître la force symbolique.
Refuser d’appliquer un protocole absurde et privilègier la singularité, dire non à une « note de service », et favoriser une créativité collective au sein des équipes. Dans nos pratiques quotidiennes, ce sont des actes synonymes de résistance.
Nous voulons donner à ces résistances toute leur force symbolique, celle d’un engagement soignant. Cette résistance doit prendre toute son ampleur par la mise en commun, en réseau, de nos expériences, de nos luttes, réussites et échecs.
Ecrivez à resistancepsy@yahoo.fr
http://www.dailymotion.com/video/x35nyi

Histoires autour de la folie / Ville-Evrard, en région parisienne. Paule Muxel et Bertrand de Solliers donnent la parole à certains de ceux qui y ont vécu ou travaillé, retraçant ainsi la genèse de l’histoire psychiatrique occidentale. Dvd disponible aux éditions Montparnasse.




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