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Archive mensuelle de janvier 2009

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Race d’Ep ! Royal Opéra / Guy Hocquenghem

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Guy Hocquenghem et Lionel Soukaz

Race d’Ep ! Royal Opéra / 1979

« Nous disons simplement : pourquoi ne supportez-vous pas de retrouver chez un homme les attitudes, les désirs et les comportements que vous exigez d’une femme? Ne serait-ce pas que le désir de dominer les femmes et la condamnation de l’homosexualité ne font qu’un ? Nous sommes tous mutilés dans un domaine que nous savons essentiel à nos vies, celui qu’on appelle le désir sexuel ou l’amour. Certes, le Pakistan ou les usines, c’est plus important. Mais à poser les priorités, on diffère toujours d’aborder les problèmes sur lesquels on peut agir immédiatement. Alors, on peut commencer par essayer de dévoiler ces désirs que tout nous oblige à cacher, car personne ne peut le faire à notre place. » la Dérive homosexuelle / 1972

« A un moment où à un autre, une force politique française, quelle que soit sa couleur, demande la fermeté contre les infiltrations. (…) Cette plaie-là que la France porte depuis longtemps à son flanc, elle ne la sent plus. (…) La France n’a jamais consciemment intégré aucune minorité étrangère : elle s’est faite sur leur reconduction aux frontières (naturelles). L’expulsionisme français n’est donc pas marginal, ne se limite pas à une réaction provisoire. Les peuples qu’il vise changent, pas le principe. Nous expulsons constitutionnellement, si j’ose dire, et aussi discrètement qu’on chie. » la Beauté du métis / 1977

« C’est à toi, jeune homme, que ce discours s’adresse, toi qui m’a dit un jour, lors d’une promenade, comme je tentais de te résumer le projet de ce livre : “Moi, Mao, Mai 68, connais pas. J’étais à peine né. Pourquoi y attaches-tu tant d’importance ? Oublie-les. En remâchant ces rancœurs, tu en fais partie, de cette génération grise. Et au nom de quel principe, de quelles idées, toi qui critiques les autres, nous parles-tu ? Retour à la Révolution, voilà ton rétro à toi…”  Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au rotary club / 1986

« Tu sais on a fait les poubelles à cinq heures du mat’, il a trouvé une pièce de un franc, ça porte bonheur ; on était encore ronds comme des billes, et on s’est mis à pisser en pleine rue. Il a une bite, mais une bite, c’est pas une queue, c’est une trompe… » Race d’Ep / 1979

« Beau ? Comment pourrais-je dire s’il est beau ? Ce serait le trahir. Quand on devient comme lui, on oublie les fleurs, les nuages, les visages. Quand on est comme lui, tout doit disparaître, en quelques jours ou en quelques mois. » l’Amour en relief / 1982

Désir Hocquenghem prochain numéro de Chimères prévu pour février 2009

La deuxième mort du judaïsme / Eric Hazan

Les millions de juifs qui ont été exterminés par les nazis dans les plaines de Pologne avaient des traits communs qui permettent de parler d’un judaïsme européen. Ce n’était pas tant le sentiment d’appartenance à un peuple mythique, ni la religion car beaucoup d’entre eux s’en étaient détachés : c’étaient des éléments de culture commune. Elle ne se réduisait pas à des recettes de cuisine, ni à des histoires véhiculant le fameux humour juif, ni à une langue, car tous ne parlaient pas le yiddish. C’était quelque chose de plus profond, commun sous des formes diverses aux ouvriers des usines textiles de Lodz et aux polisseurs de diamants d’Anvers, aux talmudistes de Vilna, aux marchands de légumes d’Odessa et jusqu’à certaines familles de banquiers comme celle d’Aby Warburg. Ces gens-là n’étaient pas meilleurs que d’autres, mais ils n’avaient jamais exercé de souveraineté étatique et leurs conditions d’existence ne leur offraient comme issues que l’argent et l’étude. Ils méprisaient en tout cas la force brutale, dont ils avaient souvent eu l’occasion de sentir les effets. Beaucoup d’entre eux se sont rangés du côté des opprimés et ont participé aux mouvements de résistance et d’émancipation de la première moitié du siècle dernier : c’est cette culture qui a fourni son terreau au mouvement ouvrier juif, depuis le Bund polonais, fer de lance des révolutions de 1905 et 1917 dans l’empire tsariste, jusqu’aux syndicats parisiens des fourreurs et des casquettiers, dont les drapeaux portaient des devises en yiddish et qui ont donné, dans la MOI, bien des combattants contre l’occupant. Et c’est sur ce terrain qu’ont grandi les figures emblématiques du judaïsme européen, Rosa Luxembourg, Franz Kafka, Hannah Arendt, Albert Einstein. Après guerre, nombre des survivants et de leurs enfants soutiendront les luttes d’émancipation dans le monde, les Noirs américains, l’ANC en Afrique du Sud, les Algériens dans leur guerre de libération. Tous ces gens sont morts et on ne les ressuscitera pas. Mais ce qui se passe en ce moment à Gaza les tue une seconde fois. On dira que ce n’est pas la peine de s’énerver, qu’il y a tant de précédents, de Deir Yassin à Sabra et Chatila. Je pense au contraire que l’entrée de l’armée israélienne dans le ghetto de Gaza marque un tournant fatal. D’abord par le degré de brutalité, le nombre d’enfants morts brûlés ou écrasés sous les décombres de leur maison : un cap est franchi, qui doit amener, qui amènera un jour le Premier ministre israélien, le ministre de la Défense et le chef d’État-major sur le banc des accusés de la Cour de justice internationale. Mais le tournant n’est pas seulement celui de l’horreur et du massacre de masse des Palestiniens. Il y a deux points qui font des événements actuels ce qui est advenu de plus grave pour les juifs depuis Auschwitz. Le premier, c’est le cynisme, la manière ouverte de traiter les Palestiniens comme des sous-hommes, ­ les tracts lâchés par des avions annonçant que les bombardements vont être encore plus meurtriers, alors que la population de Gaza ne peut pas s’enfuir, que toutes les issues sont fermées, qu’il n’y a plus qu’à attendre la mort dans le noir. Ce genre de plaisanterie rappelle de façon glaçante le traitement réservé aux juifs en Europe de l’Est pendant la guerre, et sur ce point j’attends sans crainte les hauts cris des belles âmes stipendiées. L’autre nouveauté, c’est le silence de la majorité des juifs. En Israël, malgré le courage d’une poignée d’irréductibles, les manifestations de masse sont menées par des Palestiniens. En France, dans les manifestations du 3 et du 10 janvier, le prolétariat des quartiers populaires était là, mais des hurlements de colère d’intellectuels juifs, de syndicalistes, de politiciens juifs, je n’en ai pas entendu assez. Au lieu de se satisfaire des âneries du gouvernement et du CRIF (« ne pas importer le conflit »), il est temps que les juifs viennent en masse manifester avec les « arabo-musulmans » contre l’inacceptable. Sinon, leurs enfants leur demanderont un jour « ce qu’ils faisaient pendant ce temps-là » et je n’aimerais pas être à leur place quand il leur faudra répondre.

Eric Hazan
article publié dans Union juive française pour la paix / 15 janvier 2009

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Subprimes, crise de la gouvernementalité / Maurizio Lazzarato / les mardis de Chimères

On laisse à penser que la crise actuelle est seulement une incapacité à réguler la monnaie et qu’il suffirait d’introduire une régulation pour résoudre la crise. Moi, je pense que la crise est quelque chose de plus profond : c’est une crise de la gouvernementalité dans le sens où en parle Foucault : la gouvernementalité, c’est la façon de gouverner le comportement et les conduites des différents acteurs économiques et sociaux. Deux mots sur la crise à partir du concept de la dette que je reprends dans L’Anti-Oedipe où Deleuze-Guattari le reprennent de Nietzsche dans La généalogie de la morale : « S’appuyant sur les recherches de Will, Michel Foucault montre comment, dans certaines tyrannies grecques, l’impôt sur les aristocrates et la distribution d’argent aux pauvres sont des moyens de ramener l’argent aux riches, d’élargir singulièrement le régime de la dette… (Comme si les Grecs avaient découvert à leur manière ce que les Américains retrouveront avec le New Deal : que les lourds impôts d’Etat sont propices aux bonnes affaires). Bref, l’argent, la circulation de l’argent, c’est le moyen de rendre la dette infinie (…) L’abolition des dettes ou leur transformation comptable ouvrent la tâche d’un service d’Etat interminable (…) Le créancier infini, la créance infinie a remplacé les blocs de dette mobiles et finis (…) la dette devient dette d’existence, dette d’existence de sujets eux-mêmes. Vient le temps où le créancier n’a pas encore prêté tandis que le débiteur n’arrête pas de rendre, car rendre c’est un devoir, mais prêter une faculté, comme dans la chanson de Lewis Carroll, la longue chanson de la dette infinie : « Un homme peut certes exiger son dû, mais quand il s’agit du prêt, il peut certes choisir le temps qui lui convient le mieux« . (L’Anti-Oedipe, Deleuze-Guattari) La dette va être l’instrument de la gouvernementalité, selon mon hypothèse, aussi bien du comportement de la subjectivité, que de l’organisation économique.

Deux hypothèses fondamentales : 1) La finance fonctionne comme une machine qui transforme les droits sociaux en dette (l’organisation économique) ; 2) la finance comme machine à produire des subjectivités particulières, ce que les libéraux appellent le capital humain. Comment les deux choses s’imbriquent ?

Pourquoi la dette ? aux USA, le problème fondamental vient de la manière dont a été géré le crédit. Normalement, on dit que d’un côté, il y aurait une économie réelle qui serait une économie saine, et de l’autre l’économie financière qui, par contre, aurait des problèmes de régulation. Les deux sont imbriquées. L’économie réelle impose le blocage des salaires, par exemple, et la réduction des services sociaux. La finance intervient par un mécanisme d’impôt de la finance des gouvernés et de l’autre côté pour compenser cette réduction, elle propose des crédits. C’est-à-dire, vous n’aurez plus de droits à la retraite, mais à une assurance individuelle. Vous ne devez pas demander d’augmentation salariale, mais un crédit à la consommation. Vous n’avez plus droit à la formation, mais vous demandez un crédit à la formation, etc… C’est une logique qui transforme les droits sociaux grâce à la finance qui se substitue à ces mécanismes. C’est un projet politique qui a une certaine cohérence dans le libéralisme parce qu’il transforme le travailleur et le salarié en capital humain. Il transforme les salariés en petits propriétaires. La logique de la politique de Bush : la société des propriétaires. Qu’est-ce que ça veut dire « capital humain » ? Ca veut dire que vous êtes responsable de votre capital qui est représenté par une force de travail. C’est une fraction infinitésimale du capital et vous devez valoriser les compétences et les acquis que vous avez. La retraite, l’assurance santé, etc, sont des investissements individuels. Il n’y a pas un système général qui vous assure, vous devez investir vous-même. Toute la transformation depuis trente, quarante ans, c’est de passer le l’Etat providence organisé autour des droits sociaux, de façon très violente aux USA, et ici de façon plus contrôlée, à ce type de mécanisme. Ce programme a été complètement intégré par le patronat français, lorsque le MEDEF a fait à l’époque de Kessler et de Seillière par ce qui s’appelait : la Refondation sociale écrit par un élève de Foucault (François Ewald). Il y a une hétérogénéité radicale entre l’économie et la politique qui ne peut être résolue qu’avec l’intervention du social. Le social est le terrain privilégié de l’action des libéraux depuis la IIème guerre mondiale. Pour que les mécanismes du marché fonctionnent, il faut intervenir sur le social qui va produire cette subjectivité particulière du capital humain. Comment transformer cette subjectivité en subjectivité d’un individualisme méthodologique très poussé : la déprolétarisation. Une schizophrénie car les libéraux introduisent des ruptures à l’intérieur de la subjectivité : le salarié investit également en bourse. Deux logiques à l’intérieur de l’individu qui créent des problèmes personnels et pour l’action politique. La crise des « subprime » est en réalité la crise de ces mécanismes en oeuvre depuis 40 ans. La transformation des droits sociaux en dettes et crédits, et la transformation du salarié en capital humain, et donc en petit propriétaire, a trouvé ses limites évidentes. Ce n’est pas un hasard que ça tombe sur les « subprimes », c’est-à-dire sur la maison individuelle. Ce n’est pas une crise économique mais une crise de la gouvernementalité. Ce projet libéral (travaillé depuis les années 30) est bloqué. La crise est une crise du crédit qui concerne les individus en tant qu’acteurs (différence avec 1929). Pourquoi cette histoire de la dette ? Parce que la dette est une forme de gouvernement des comportements très efficace (rapprochement avec le pouvoir pastoral de Foucault : le pouvoir micro-politique concerne le comportement des individus de façon permanente). La dette implique une production de subjectivité particulière : Nietzsche explique que le passage des sociétés barbares aux sociétés civilisées se fait à partir de la dette. Une dette qui est une dette morale et économique. La monnaie naît de la dette. La dette sert à construire une mémoire de l’individu : sa capacité à promettre. Comment garantir le fait qu’un individu tienne sa promesse, et donc, comment anticiper sur son comportement. C’est une mémoire de l’avenir. Pour que cette mémoire soit possible, il faut l’inscrire sur le corps : les supplices, la torture… On n’est plus dans cette situation, mais le problème de la construction d’une mémoire existe toujours avec une double problématique. Celle de maintenir une promesse, et celle de la responsabilité. C’est lié à la subjectivité que le libéralisme a produit : le capital humain où l’individu est entrepreneur de soi-même avec la capacité d’être autonome et donc responsable. Dans le projet de refondation sociale du MEDEF, c’est évident : par exemple, les chômeurs sont responsables de la situation sociale dans laquelle ils sont. La cause vient du comportement des individus. C’est donc très lié à la culpabilité (Nietzsche dit : dette et faute, c’est le même mot). Double processus très bizarre avec la politique néo-libérale : déculpabiliser l’individu pour lui permettre d’accéder au crédit et à la dette, et de l’autre côté, une culpabilisation collective (par exemple, les salariés seraient responsables de la dette des retraites). Travail sur les RMIstes et les intermittents : ce qui circule le plus, c’est la culpabilité. Le mécanisme Dette/ Subjectivité dans l’Anti-oedipe, il faudrait le réutiliser. Je voulais faire le commentaire d’une phrase de Marx : « Dans le système du crédit, dont l’expression achevée est le système de la banque, on a l’impression que la puissance du pouvoir étranger, matériel, est brisée, que l’état d’aliénation de soi est aboli et que l’homme se trouve de nouveau dans des rapports humains avec l’homme (…). Mais cette suppression de l’aliénation, le retour de l’homme à lui-même et donc à autrui n’est qu’illusion. C’est une aliénation de soi, une déshumanisation d’autant plus infâme et plus extrême que le milieu où elle sévit n’est plus la marchandise, le métal, le papier, mais l’existence morale, l’existence communautaire, les tréfonds du cœur humain : sous l’apparence de la confiance de l’homme en l’homme, c’est la suprême défiance, l’aliénation achevée. Qu’est ce qui constitue l’essence du crédit ? Nous faisons ici totalement abstraction du contenu du crédit, qui est toujours l’argent. Nous ne considérons donc pas le contenu de cette confiance, c’est à dire qu’un homme reconnaît l’autre en lui avançant des valeurs. [Dans le meilleur des cas (…), le créancier considère le débiteur non comme un fripon, mais comme un homme « bon ». Par « bon », le créancier comme Shylok – l’usurier juif du « Marchand de Venise » n.d.r. – entend solvable.] (…) Toutes les « vertus sociales du pauvre (débiteur, n.d.r.), le contenu de son activité sociale, son existence elle-même », représentent pour le riche (créditeur, n.d.r.) le remboursement de son capital avec les intérêts ordinaires. (…) L’individualité humaine, la morale humaine se transforment à la fois en article de commerce et en incarnation matérielle de l’argent. Au lieu de l’argent, du papier, c’est mon existence personnelle, ma chair, mon sang, ma vertu sociale et ma réputation sociale qui sont la matière, le corps de l’esprit-argent. Le crédit exprime la valeur monétaire non pas en pièces de monnaie mais en morceaux de chair humaine, de cœur humain. «  (Critique de l’économie politique, Manuscrits de 1844) Ce qui est étonnant dans le texte de Marx, c’est qu’il dit que le crédit fonctionne à rebours de la manière dont fonctionne le capital. Le capital, fondamentalement, est un rapport entre les hommes médiatisé par des choses : la relation de travail, etc… Avec le crédit, cette médiation des choses est annulée parce que le crédit est fondé sur la confiance : un homme reconnaît l’autre en lui avançant des valeurs. Le crédit ne circule plus comme la marchandise, mais relève de l’existence morale. Ce qui est exploité n’est plus le travail, mais l’existence morale, communautaire, le tréfonds du cœur humain, la singularité humaine (ma chair, mon sang, ma réputation sociale, etc.).

Maurizio Lazzarato

les mardis de Chimères /  19 décembre 2008

voir aussi Puissances de la variation

sur la refondation sociale : MEDEF, Jean Zin, le Monde diplomatique

Subprimes, crise de la gouvernementalité / Maurizio Lazzarato / les mardis de Chimères dans Flux cube-300x165

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