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Archive journalière du 23 déc 2008

Vingt-quatre heures de la vie d’une canaille / Abou-Moutahhar al-Azdî

Ô toi qui fais songer à la pénurie d’eau par les temps d’incendie,
Ô joug de la dette sur le front du nécessiteux,
Ô chemin offert à celui qui vient de se faire dépouiller par le voleur,
Ô naufrage de la barque par les mauvais vents de décembre,
Ô misère de celui qui n’est plus que dettes,
Ô réunion confinée dedans un bouge,
Ô carcan élu par les poux,
Ô gêne insistante du pauvre,
Ô repentance de l’infortuné livré à la griffe du lion,
Ô souffrance de la main gelée qui va puiser l’eau à la source,
Ô vesse de l’éléphant frappé d’indigestion,
Ô toit de la maison menacée de ruine et qui fuit,
Ô souffrance de celui qu’on a délaissé par un jour de fête,
Ô coup de pied de mule qui vous cogne en plein dans la rate,
Ô coup de babouche ajusté droit sur l’occiput,
Ô piqûre de frelon juste au coin de l’oeil,
Ô matin du jour qui scelle la séparation des amants,
Ô répudiation calamiteuse, – terreur des épouses de libre condition -,
Ô pénurie d’encre dans l’encrier du copiste,
Ô suffocation du pendu étreint par la corde,
Ô morsure de la vipère – attentat sans remède -,
Ô synthèse de la grossièreté,
Ô abrégé de l’horrible,
Ô hure de truie engrossée par le diable,
Ô tignasse qui sous la teinture cache ses tristes poils blancs,
Ô angoisse du conjoint voué à la séparation et au regret,
Je n’ai pas fini !
Ô breuvage purgatif,
Ô loyer douloureux à acquitter,
Ô mine cafarde du censeur,
Ô lever brutal du bien-aimé qui trouve prétexte à fuir dès l’aurore,
Ô retour du voyageur déçu d’avoir manqué le but de son voyage,
Ô lettre d’excuse circonstanciée reçue de celui qui manque à toutes ses promesses,
Ô médecin du petit jour, qui réconforte d’un fade bouillon l’homme condamné à fraterniser avec la maladie,
Ô épine enfoncée au point le plus sensible du pied et qu’aucune main experte ne parvient à déloger,
Ô promenade épuisante où l’on s’échine à suivre un marcheur enragé,
Ô essaim de mouches installé dans la jarre à vin,
Ô indécision du malheureux acculé à la ruine par le renchérissement des denrées – terreur de l’homme affublé d’une nombreuse famille !…
J’ai dit que je n’avais pas fini !…
Ô toi semblable au front buté du lion,
Ô toi face de clampin, étron d’éléphant, chair de mollusque !…
Ô toi échéance à acquitter comptant et d’avance,
Ô nuit passée dans un caravansérail dont le toit goutte !…
Ô saumure amère,
Ô mâcheur de charognes,
Ô accès de fièvre périodique,
Ô vieillard promis à tous les radotages,
Aucun être parmi ceux qui hantent les lieux d’aisances ne loge plus bas que toi – mais je m’interroge : si tu viens à mourir, qui te remplacera ?…
Qu’on me laisse continuer :
Ô toi, première nuit de l’exilé arraché à la personne aimée !
Ô toi, regard du préposé à la surveillance !
Ô toi, dernier mercredi du mois de Safar ! *
Ô toi, cauchemar qui vient visiter le dormeur au petit matin !
Ô toi, maison de ruine qui fait honte aux opulentes demeures élevées par les habitants de l’Irâq !
Ô toi, impôt foncier réclamé à celui qui ne peut payer !
Ô toi, voyage imposé au valétudinaire !
Ô toi, plus loqueteux que le manteau persan d’Ibn-Harb ! **
Ô toi, plus actif encore à l’oeuvre de déshonneur que les coups de vent lâchés par Wahb ! ***
Ô toi plus haïssable que le gobelet d’infusion de pariétaire dans la main du malade; plus hostile que le regard jeté au créancier par l’indigent !
Ô toi plus vil que le tisseur de laine grossière, que le tanneur de peaux, que le montreur de singe, que l’ânier de la caravane !
Ô toi plus odieux encore que le pique-assiette qui cherche noise aux invités, réclame une chanson sans se soucier du voeu des autres, discute l’ordre des plats en invoquant les nécessités de la saison, assaille ses voisins ou se colle inopportunément à eux !…
Ô toi, plus énervant qu’un voile démesuré sur le visage de la femme libre, plus renfrogné que le portier préposé à sa garde, plus brutal que le chambellan qui vous éconduit, plus versatile que le caractère de de l’imbécile, plus irritant que celui qui, à l’heure de se tirer d’un mauvais pas, hésite et recule !…
Ô toi, plus pitoyable que le visage du vendeur qui n’arrive pas à écouler ses marchandises au marché, plus chagrin que le coeur de l’envieux, plus affligeant que la voix du chanteur qui s’ennuie en poussant son couplet !…
Chez toi la malchance se sent à l’abri : tu lui tends la paume de ta main, tandis que la main d’autrui brûle de te fesser la joue !
Parvenu au-dessus de chez toi, le nuage se renfrogne et refuse de répandre sa pluie.
Evite, s’il te plaît, de fouler le sol alentour : l’herbe hésite à repousser là où tu as posé le pied.
Détourne-toi même du désert : fauves et lézards entrent en agonie après ton passage.
Je te décommande jusqu’au Paradis : ses élus à ta vue risqueraient d’y perdre leur éternelle jeunesse.
Tu es le déficit à demeure : celui qui imprudemment t’accueille est pour jamais interdit de bénéfice.
Ta seule abondance est celle de la tinette : on y a si bien chié que la merde un jour ou l’autre finit par l’engorger, et nous remonte jusque sous le nez.
Ton insistance est celle de la pluie qui pisse du toit au long de la nuit, et tache les tissus de soie d’auréoles indélébiles.
Tu es l’étroitesse et le resserrement ; tu es aussi le sac informe où l’on fourre tout ce que l’on peut fourrer.
J’ai entendu quelqu’un t’affubler du nom d’homme, et c’est tout le genre humain qui s’en est senti insulté.
Ô le bel édifice humain !
Un néant sur lequel tombe en pluie le foutre des amants qui s’enfilent !
Une goutte du mien te devrait suffire : si tu n’es pas assez vaste pour l’avaler, elle le sera bien assez pour te contenir et te servir même de jardin d’agrément !
Ô fils de la vicieuse, fils de la péteuse, ô fils de la chienne – toi dont la mère gagne sa vie en cuisinant sa propre colique afin de la revendre en pastilles au prix du gland de chêne !… Que Dieu noircisse ton visage, toi le fils de plusieurs hommes à la fois, le fils de toute une assemblée de fouteurs assis en rond, toi l’aimable rejeton d’une femelle lubrique, d’une chienne en chaleur, d’une tête à claques connue de par le monde pour se farder de crotte, d’une experte en l’art de vous soutirer toujours un supplément, d’une coriace agile à la course, sans cesse aux trousses de ceux qu’elle a repérés comme fouteurs potentiels, sans cesse à l’affût de la bourse à vider, sans cesse à brailler, à pépier, à faire miroiter aux yeux des sots ses miroirs de pacotille !… Que Dieu transforme en briquet l’anneau plissé de mon cul, et que ta barbe lui serve de mèche ! Mais le ciel déjà comble mes voeux : à l’heure où je te parle, un montreur de singe pustuleux, arrivé depuis peu à Baghdâd, est en train de lutiner ta femme sous les murs du palais d’al-Khould, le Palais du Paradis ; oui, il vient de quitter son manteau persan, et le voilà qui met à la place, sur ses épaules, les deux jambes haut dressées de ta tendre épouse, cependant que son instrument la fourre jusqu’au milieu du ventre !… Allons, ô fils de la noiraude, de l’ivrognesse, la seule bouche qu’ait jamais eue ta mère pour exprimer son tempérament, et que l’on prétend si bien distinguée – lèvres goulues, gosier avale-tout -, mérite sans doute d’être exposée, accrochée par les poils qui font touffe alentour, aux murs de l’oratoire de Médine, sur la tribune réservée aux grands personnages ! Par la vie de son anneau plissé couleur de bruyère, par la toison de sa partie chaude – tapis de prière souillé par de nombreuses bottines -, par son clitoris aussi dodu qu’une saucisse, par toute la végétation bariolée qui sert d’ornement à son cul, – poils noirs et poils blancs confondus -, je m’en vais arracher sur l’heure, brin à brin, la barbe qui fleurit entre tes deux fesses ! Ô fils de la branleuse à l’ample clitoris, apprends donc que ta mère, debout de grand matin, a déjà offert à tous le bas de son dos : un fier instrument dans son cul batifole, barattant le produit de sa défécation, tandis que des grelots accompagnent la danse…
Abou-Moutahhar al-Azdî
24 heures de la vie d’une canaille / Baghdâd, Irâq, entre X° et XI° siècle
* Deuxième mois lunaire du calendrier arabe – le mercredi passe, dans ce cas particulier, pour un jour néfaste.
** Ibn-Harb al-Mouhallabî (X° siècle) : membre d’une famille de vizirs célèbre pour ses farces. Il avait offert un jour à un poète dont il voulait se moquer un manteau d’apparat tout rapiécé.
*** La tradition rapporte que le dénommé Wahb, convoqué comme témoin par un juge, laissa échapper un vent… ce qui valut une lourde condamnation à l’inculpé.
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