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Archive journalière du 9 juil 2008

Appel pour le livre

Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».
Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.
Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.
Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.
Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.
Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.
De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.
En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.

Pour signer la pétition, cliquez sur le lien Appel pour le livre
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Militant / Michael Hardt & Antonio Negri

A l’ère post-moderne, avec la dissolution de la figure du peuple, le militant est le seul qui exprime le mieux la figure de la multitude : l’agent de la production biopolitique et de la résistance contre l’Empire. Lorsque nous parlons de « militant », nous ne pensons pas au triste agent maigre de la Troisième Internationale, dont l’âme était toute pénétrée de la raison d’Etat soviétique, de la même façon que la volonté du pape était gravée dans les coeurs des membres de la Compagnie de Jésus. Nous ne songeons à rien de semblable, pas plus qu’à celui qui agit sur la base du devoir et de la discipline, et qui prétend que ses actions se conforment à un plan idéal. Nous nous référons, au contraire, à quelque chose comme les combattants communistes et libertaires des révolutions du XX° siècle : intellectuels persécutés et exilés au cours des luttes antifascistes, républicains de la guerre civile espagnole et des mouvements de résistance européens, combattants de la liberté de toutes les guerres anticoloniales et anti-impérialistes. L’un des prototypes de cette figure révolutionnaire est le militant agitateur des Industrial Workers of the World. Les Wobbly ont construit des associations à partir de la base au sein de la population ouvrière, par le moyen d’une agitation continuelle, et tout en les organisant ils ont donné naissance à la pensée utopique et à la connaissance révolutionnaire. Le militant a été l’acteur de la « longue marche » de l’émancipation du travail, du XIX° au XX° siècle, l’individualité créatrice de ce gigantesque mouvement collectif qu’a été la lutte de la classe ouvrière.
Tout au long de cette période, l’activité des militants a consisté avant tout dans des pratiques de résistance, à l’usine et dans la société, contre l’exploitation capitaliste. Elle a constitué aussi, à travers et au-delà de la résistance, dans la construction collective et l’exercice d’un contre-pouvoir capable de déstructurer le pouvoir du capitalisme et de lui opposer un autre programme de gouvernement. En opposition au cynisme de la bourgeoisie, à l’aliénation monétaire, à l’expropriation de la vie, à l’exploitation du travail, à la colonisation des affects, etc., le militant a organisé la lutte. L’insurrection a été son emblème, fièrement affirmé. Ce militant a été régulièrement martyrisé dans la tragique histoire des luttes communistes. Parfois – mais assez peu souvent – les structures normales de l’Etat de droit ont été suffisantes pour les tâches répressives que requérait la destruction du contre-pouvoir. Mais lorsqu’elles n’étaient pas suffisantes, les fascistes et les gardes blancs de la terreur d’Etat, ou encore les mafias noires ou brunes au service des capitalismes « démocratiques » étaient invités à prêter la main pour renforcer les structures répressives légales.
Aujourd’hui, après tant de victoires capitalistes, après que les espoirs socialistes se sont dissous dans la désillusion, et après que la violence capitaliste contre le travail s’est cristallisée sous le nom d’ultra-libéralisme, comment se fait-il que le militantisme existe toujours ? Pourquoi les résistances se sont-elles aggravées ? Pourquoi la lutte réapparaît-elle toujours avec une vigueur nouvelle ? Il faut dire d’emblée que ce militantisme nouveau ne se contente pas de répéter les formules d’organisation de la vieille classe ouvrière révolutionnaire. Aujourd’hui, le militant ne saurait prétendre être un représentant, pas même des besoins humains fondamentaux des exploités. Le militantisme politique révolutionnaire actuel doit, au contraire, redécouvrir ce qui a toujours été sa forme propre : non pas une activité de représentation, mais une activité constituante. Le militantisme contemporain est une activité positive, constructive et innovante. Telle est la forme sous laquelle nous – avec tous ceux qui se révoltent contre le règne du capital – nous reconnaissons comme militants aujourd’hui. Les militants résistent à l’autorité impériale d’une façon créative : autrement dit, la résistance est immédiatement liée à un investissement constitutif dans le domaine biopolitique et à la formation des dispositifs coopératifs de production et de communauté. Là est la puissante nouveauté du militantisme actuel : il reprend les vertus de l’action insurrectionnelle de deux siècles d’expérience subversive, mais il se rattache, dans le même temps, à un monde nouveau, un monde qui ne connaît pas d’extérieur. Il ne connaît qu’un intérieur, une participation vitale et inéluctable à l’ensemble des structures sociales, sans possibilité de les transcender. Cet « intérieur » est la coopération productrice de l’intellectualité de masse et des réseaux affectifs, la productivité de la biopolitique moderne. Ce militantisme fait de la résistance un contre-pouvoir, et de la rébellion un projet d’amour.
Il est une légende ancienne qui pourrait servir à éclairer la vie future du militantisme communiste : celle de saint François d’Assise. Considérons son oeuvre. Afin de dénoncer la pauvreté de la multitude, il a adopté la condition commune et y a découvert le pouvoir ontologique d’une société nouvelle. le militant communiste fait de même, en identifiant dans la condition commune de la multitude son énorme richesse. Par opposition au capitalisme naissant, le Poverello refusait toute discipline instrumentale ; en opposition à la mortification de la chair (dans la pauvreté et dans l’ordre constitué), il proposait une vie joyeuse, incluant tous les êtres et toute la nature, les animaux, « soeur lune », frère soleil », les oiseaux des champs, les hommes pauvres et exploités – tous ensemble contre la volonté de pouvoir et de corruption. Dans la postmodernité, nous nous retrouvons dans la situation de saint François, opposant à la misère du pouvoir la joie de l’être. C’est une révolution qu’aucun pouvoir ne contrôlera – parce que le biopouvoir et le communisme, la coopération et la révolution restent ensemble, en tout amour, toute simplicité et toute innocence. Telles sont l’irrépressible clarté et l’irrépressible joie d’être communiste.
Michael Hardt & Antonio Negri
Empire / 2000
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